L'ATTENTE
Les mois repassent, l'un après l'autre, à l'horloge Du Temps. 0 la plongée des heures!... Février!...
Je voudrais énerver le Temps que j'interroge,
Accélérer le cœur fatal du Sablier.
On compte, heure par heure, ou saison par saison.
Mon doigt crispé appuie sur la pulsation
Des minutes... Alors? pensai-je... Hé bien? me dis-je.
Déjà que d'idéals tombés!... Quelle jonchée!...
Que c'est long l'avenir!... J'incline mon vertige
De l'heure disparue à l'heure rapprochée.
Rien ne me répond. Gomme une femme en travail,
Le temps accouche de son œuvre décevant. L'avenir est pour moi tantôt la toile au vent Qui va céder, tantôt l'inflexible vantail D'un sanctuaire, avec un archange devant I.., Derrière, qu'y a-t-ilP. . . C'est long I Dieu, que c'est long ! Les sombres délégués du Destin délibèrent .^.. Que naîtra-t-il du formidable tourbillon? Grever la nuit pour qu'il en sorte la lumière I J'entends le bruit d'un monde en parturition... Mais, oh I ne rien savoir de la chimie obscure Que le destin distille et pèse, goutte à goutte ! . . . Si ma terre sortait de ce creuset, dissoute?... En ce moment un dieu qui broie ou transfigure, Un dieu aux yeux de qui tout s'enchaîne et s'explique, Penché sur l'océan des ondes prophétiques, Connaît le dénouement de l'Histoire, et décrète Un arrêt, qui sera un jaillissement d'aube, Ou qui fera dresser nos cheveux sur nos têtes I... Rien ne peut arrêter le balancier du globe!...
Nous attendons, l'haleine étranglée, inquiète. Je compte : Mars. Avril. Mai... Vertige!... Juillet Rienî... Le cadran marque une éternelle demie.
LA COULÉE DU SABLIER. a<i5
Oh! douleur d'osciller entre ces deux effets : La chose commencée et la chose finie !... Marchez, rouets obscurs et que tout s'accomplisse I Février... Fais ton œuvre, ô Temps 1... Et tisse, tisse!