IV DISCOURS PRÉLIMINAIRE
de sa parole. » G*est le Verbe qui a suspendu les astres au-des* sus de nos têtes; qui leur a imprimé des loià dont ils ne s'écartent jamais, ces lois par lesquelles ils s'attirent sans se con- ' fondre. C'est encore le Verbe qui, selon Origène, est lumière à ^ nos yeux , harmonie à nos oreilles ; il est le parfum des fleurs, la saveur des fruits. Tout ce qui brille dans le ciel , dit saint Augustin, tout ce qui vole dans les airs, tout ce qui respire sur la terre ; toutes les créatures , les anges , les hommes , sont l'ouvrage de la sagesse, et le monde est l'image du Verbe ' comme le Verbe est lui-même l'image de Dieu. Le Verbe eski donc partout en Dieu , dans l'homme comme dans le moindre atome de l'univers.
L'homme était dans le paradis terrestre en communication directe avec Dieu. Il se nourrissait du Verbe , la beauté suprême, il connaissait la vérité sans l'aide d'aucune image corporelle.
Dieu , dit un Père, avait mis dans le premier homme une | lumière divine par laquelle Adam le connaisait directement. Cette connaissance tenait le milieu entre la fol, notre lumière d'ici-bas, et la vision bienheureuse, dont nous Jouirons dans le ciel. L'homme ne voyait pas Dieu face à face, mais il ne le voyait pas ainsi que nous à travers un miroir. U connaissait alors son âme en elle-même , et au lieu que nous avons tant de peine à la trouver, et que nous la confondons avec toutes les images que nos sens nous apportent, il la démêlait d'abord de tout ce qui n'était pas elle.
Aussi saint Bernard dit que Thomme en cet état participait de la société des anges, mais Adam par sa chute cessa de pouvoir contempler la vérité en elle même; il ne l'entrevit
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as qu'à trayers des figures. Le regard de sa raison fat obsirci, il perdit les yeux de l'esprit par lesquels il voyait son ne et les choses célestes ; il cessa d'être en communication rec les natures spirituelles, il ne vit plus que les créatures msibles , et son corps jusqu'alors limage de son âme , devint n voile entre Dieu et lui.
Voilà comment par le péché tout changea pour l'homme. Ufot exclu de la demeure où il Jouissait de la vue de Dieu. H jamais ses rapports avec Dieu n'auraient pu se rétablir, M le Verbe divin, au moment de la chute, ne s'était offert
Klui en holocauste, agnns occism est ab origine mundi. le à rincarnation promise , le Verbe n'a pas cessé d'éclaier les intelligences et de conserver entre l'âme et Dieu ces lations mystérieuses mais réelles que nous appelons la raiet la conscience. Comment en effet malgré la différence des lors, du langage, des hommes séparés par l'espace et par temps , des hommes qui ne se sont jamais vus ni concertés, it-ils pu connaître les principes des sciences et des arts, les tons du juste et de l'injuste, les idées d'ordre et de beauté? 'où vient cet accord? Grâce à la lumière du soleil , nous fiécouvrons les même objets, les mêmes couleurs, les mêmes (iroportions. Qui produit ainsi sur les esprits le même effet iQe le soleil sur Thorizon ? Il existe donc un soleil de vérité , lue raison commune à tous, une beauté universelle. Cette 'aison, cette beauté, cette lumière, cette vérité, c'est le Ferbe, la lumière incréée, la parole de Dieu. La parole hunaine est l'image de cette parole divine dont le soleil n'est pe l'ombre, voilà pourquoi le Verbe s'appelle lumière, ineliigence, vie divine . raison y parole , et de même que sans
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le soleil Fanivers serait dans la nait et dans la mort , aind sans le Verbe, la parole divine, Fâme et le ciel lui-même seraient sans vie et sans chaleur. C'est dans le Verbe que Die« se voit, c'est dans le Verbe que nous nous voyons. Notre raison, le regard de notre âme, nous sert à contempler la vérité dans la raison de Dieu, la raison éternelle 1
Voilà ce qui nous explique cette lumière intérieure qui vient éclairer nos esprits sur nos fautes, sur nos devoirs^ sur nos rapports avec Dieu et avec les hommes. Cette ¥oix . intime qui parle à nos cœurs, ces inspirations secrètes de no- J tre raison et de notre conscience sont les illuminations du Verbe divin , la lumière de Dieu qui ne cesse de se communiquer à l'homme.
Indépendamment de ces illuminations intérieures, il y a toujours eu dans Puni vers une révélation du Verbe directe, permanente ^ et les Patriarches et les Grands- Prêtres ont gardé ce dépôt sacré jusqu'à Jésus-Christ. Le genre humain
a toujours eu sous les yeux le spectacle de cette tradition vi-
vante qui a conservé et transmis Tunité de Dieu , la chute de rhomme , la promesse d'un Rédempteur. Aussi , grâce à la raison, à la conscience, à la foi, malgré la haine des méchants pour la vérité , son règne est établi désormais dans le monde, et rien ne saurait le renverser. Les efforts de l'impiété, les erreurs, les préjugés, tout passera; la vérité, le Verbe demeurera toujours. La vérité n'est pas seulement une lumière sur les objets créés, une opinion, une doctrine, une œuvre de l'esprit humain, elle est une loi vivante^ immuable, éternelle, elle est la justice, l'essence même de Dieu, elle est le Verbe divin. Partout où elle nous apparatt , nous
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ma devons Taiioer et la défendre jusqu'à mourir pour elle. Il n^ faut l'aimer ou la haïr y riudifféreiMse pour elle n*est ni perei| mise ni possible, elle est un outrage pour la vérité puisque liJ la vérité doit régner sur nous malgré les intérêts et les pasitc sioDa.
. Avant comme après rincamation , en deçà comme au-delà
n: j de la croix, en tout temps comme en tout lieu, le Verbe a donc
été la lumière qui a éclairé nos ténèbres. Il était dans le
monde et le monde ne Ta point compris.
L'homme a reçu du Verbe non -seulement toutes les idées ,
I . mais encore les inspirations et les secours dans Tordre du sa-
I lut Imposons silence, dit le grand Pape saint Léon , à ceux
qui osent murmurer contre la Providence divine et se plain-
I' dre du retard de la naissance du Sauveur, comme si les siècles écoulés n'avaient aucune part aux mystères accomplis dans les derniers Jours. L'Incarnation du Verbe a produit les m^mes effets avant son accomplissement qu'après, et le plan du salut des hommes n'a été interrompu dans aucun
> temps.
^ Ainsi llncamation du Verbe a sauvé non-seulement les hommes venus après la naissance de Jésus-Christ , mais en-
^ core ceux qui l'avaient précédé. £n vertu du sacrifice offert i^ l'origine du monde, le Verbe n'a pas cessé de luire pour
, les hommes. Voilà pourquoi la religion de Jésus-Christ est la
^ religion universelle. Elle ne comprend pas seulement tous les lieux, elle comprend tous les temps. Le Verbe n'a Jamais manqué à aucun homme par ses illuminations ni par sa grâce. Jésus-Christ était avant l'aurore, avant les collines, avant Abraham. Le^salut attaché à cette religion à laquelle seule
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le salut 86t promis n*a Jamais manqué à aucun homme digne de le recevoir et quiconque en a été privé s'en était rendu indigne. L'infidèle a reçu des grâces suffisantes pour s'élever -
à la connaissance du créateur, accepit; et s'il en fait un bon usage, il recevra celles qui luisent nécessaires pour connai*
tre le rédempteur, acdpiet
Aujourd'hui même les peuples qui ne connaissent pas l'In* carnation reçoivent par l'union de la nature, divine à la na* ture humaine toutes les grâces nécessaires pour arriver à la vérité , et pour accomplir la loi du Verbe écrite dans leurs cœurs.
Jésus-Christ, le Verbe divin , est né pour tous les hommes dans une crèche , et il n'y aurait eu qu'un homme à sauver qu'il serait mort pour lui sur la croix. Dieu nous a Commandé d'aimer tous les hommes comme nos frères parce qu'il les aime tous comme ses enfants. Il veut qu'aucun homme ne périsse, il veut que tous les hommes de bonne volonté soient sauvés.
Le Verbe avant l'incarnation était donc la conscience, la raison ou la loi des peuples. Toutes les idées vraies conservées parmi les hommes étaient son ouvrage et leurs erreurs le fruit de leurs passions. L'intrépide Romain sacrifiait à la peur, et la Grèce honorait la chasteté de Xénocrate en se prosternant devant les aittels de Vénus, preuve manifeste que la lumière du Verbe, la raison, ne cessait de luire au milieu des ténèbres du paganisme , et le cri de la conscience de se faire entendre au milieu du tumulte des sens. Le Verbe était donc la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde.
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Mais rhomme ne voulait pas comprendre de peur d'ôtre lige de bien agir, et de là cet enseignement de crimes et lYolnpté qu'on appelait la religion païenne. Dans ce temps t l'abus de la force opprimait le sexe le plus faible, où Toul.des premiers sentiments faisait exposer et délaisser FeniDce, où une moitié du genre humain était esclave de Fau- 9, ceux qui ne se faisaient pas des idoles de bois , se fai- ^kntdes idoles de chair, et comme Fa dit Tertullien, tout ^t Dieu excepté Dieu lui-même. Quarante siècles s'étaient |Hmlés dans ces erreurs et dans ces folies, comme si Dieu eût
lia constater par tant de crimes et par sa longue patience
IBéant de la sagesse de Fhomme et la vanité de ses pensées.
Les peuples avaient répandu les ténèbres sur les obliga-
morales qu'ils ne voulaient pas accomplir. Voilà com-
\t ils conservèrent la vérité sur quelques points et comme
iraltérèrent sur tant d'autres. Mais ils n'ont jamais cessé
is'entendre sur toutes les vérités que n'obscurcissaient pas
I passions.
Dieu était connu, adoré dans la Judée, mais fiers d'être kpeuple choisi et méprisant les autres, les Juifs avaient si I6U d'idée du remède aux deux grandes plaies du genre hulain, la volupté et l'orgueil, que leurs descendants encore dèles à leurs traditions attendent un Messie guerrier et conuérant , comme si Jésus-Christ n'avait pas réalisé toutes les rophéties par la conquête des cœurs et des intelligences. fn petit nombre seulement d'hommes de désirs parmi eux ivaient découvrir le Messie dans les sacrifices et sous laletre de la loi.
Voilà l'état du monde avant la venue de Jésus-Christ^ le