X DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Verbe incarné. Le Yerbe était le soleil des esprits , mais le soleil derrière les nuages. Tout ce qu'on voyait de lumière dans Tunivers venait de lui, mais les passions allaient ton* i jours voilant la vérité ; et la nuit dans laquelle il est né à Beth- j léem est l'image de cette nuit profonde où se trouvait enseveli le genre humain. Enfin le Verbe parait , à la présence I de ce soleil moral toutes les vérités sortent de Tombre et reprennent leur éclat. Le Verbe parait et il achève la révélation faite aux patriarches et à Mo'ise , il apprend à distinguer pa^ tout Terreur de la vérité , il sépare de nouveau la lumière des ténèbres; le Verbe paraît, le monde se trouble, le règne du mal est ébranlé, ce qu'il y a en nous de divin éprouve le besoin de briser sa chaîne et de recouvrer sa liberté. Le Verbe parait, le sang des victimes devenu inutile cesse de couler. Les autels des faux dieux s'ébranlent, les idoles tombent, les temples consacrés aux passions sont changés en maisons de prières, et le culte en esprit et en vérité s'établit successivement dans Tunivers. Ce divin soleil continue maintenant son cours, il éclaire successivement le monde. Des extrémités de Taurore il s'abaisse aux bornes du couchant. Rien ne se dérobe à la chaleur de ses rayons , son éclat se répand dans toute la terre, et se qui s'est passé autrefois parmi les nations païennes avant Jésus-Christ se reproduit aujourd'hui parmi les nations livrées encore à l'idolâtrie. Mais le premier rayon de lumière pour les peuples est parti visiblement de la crèche où repose le Verbe incamé.
Quermélange de grandeur et d'humilité! Suivons en effet Jésus-Christ de sa crèche au Calvaire; tout y révèle les deux natures qu'il a réunies. Les pleurs et les gémissements an-
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Boncent son entrée dans l'univers, une étable est sa demeure, nne crèche son berceau ! Voyez-le faisant lever Tétoile qui annonce aux mages sa venue , recevant les adorations des Gentils , commençant ainsi la conversion du monde, jetant les fondements de ce royaume spirituel qui s'étend aujourd'hui dans tout Tunivers.
Si les démons avaient reconnu dans Jésus-Cbrist , le Verbe divin , ils n'auraient pas , dit saint Paul , crucifié le Seigneur de la gloire. Jésus Christ attire notre ennemi au combat en lui cachant sa divinité! Tu t'es élevé, 6 Satan, tu t'es élevé contre Dieu de toute ta force , Dieu descendra contre toi armé seulement de faiblesse. Tu as voulu être , dit nn Père^ le Dieu de l'homme , un homme sera ton Dieu ; tuas établi ton empire sur la terre en attachant les hommes 2 de faux honneurs , à des richesses mal assurées, pleines d'iilosion; les opprobres, la pauvreté, l'extrême misère détruiront ton empire de fond en comble.
Il ne faut pas. oublier que Dieu ne rencontre pas seulement pour obstacle à l'œuvre de sa miséricorde la liberté de l'homme qu'il veut respecter, mais encore la perversité des anges déchus. Il a donc fallu pour guérir l'orgueil de l'homme et tromper la haine des démons, cacher la grandeur et Fhumilité d'un Dieu dans les abaissements de la crèche et l'ignominie de la croix.
Toutes les misères de l'humanité sont rassemblées en Jésus-Christ, et tous les crimes, toutes les faiblesses ont pris part à son supplice. C'était un conseil de Dieu , ajoute le grand évêque de Meaux , que celui qui devait mourir pour le péché mourût aussi par le péché.
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Considérez Jésus-Christ au temps de la dernière fête de Pâques , il marche vers Jérusalem pour y célébrer le sacrifice de sa mort ; et dans le moment où il annonce à ses disciples qu'il sera raillé , flagellé, crucifié , le peuple accourt à sa rencontre avec des branches d'arbres et des acclamations de joie.
Après avoir laissé à ses disciples le testament de son amour, Jésus-Christ traverse le torrent de Cédron et vient au jardin des Olives. C'est là qu'il est en proie à toutes les anxiétés de rame y à toutes les défaillances de l'agonie ; c*est là que le trouble et la langueur s'emparent de lui ; il ne peut se soutenir; il entre dans une tristesse mortelle.
Mon âme est troublée , dit-il , mon âme est triste jusqti*à la mort; ses disciples sont endormis, et , trouvant dans leur faiblesse le premier sentiment de son abandon, il s'écrie: Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi I Une sueur de sang coule de ses membres jusqu'à terre. Sa tristesse n'a point de bornes, les douleurs de la mort Fenvironnent, les torrents de l'iniquité l'ont troublé.
A peine Jésus-Christ sort de cette terrible agonie qui a jeté son âme dans une mer de tristesse, que voici Judas, un de ses disciples, à la tête d'une troupe de soldats envoyés par les princes des prêtres pour arrêter le Sauveur. Ce disciple indigne ose donner un baiser à Jésus-Christ, et ce baiser de Judas, qui d'une marque d'amitié fait le signal de la plus noire trahison , ne précédait que d'un moment la fuite des disciples et le reniement de Pierre. ^
Jésus-Christ avait eu des apôtres, des disciples; il avait guéri une multitude de malades , il avait rempli toute la Ju-
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dée de son nom et de ses miracles ; un grand nombre d'accusatears se lèvent contre lui, personne ne prend sa défense. Le peuple, trompé par les railleries d'Hérode, par les incertitudes de Pilate , par les calomnies des pontifes , poursuit sa condamnation par des clameurs. Pilate, convaincu de son innocence , propose aux Juifs de délivrer Barrabas ou Jésus ; et ce peuple , au milieu duquel Jésus avait passé en faisant du bien , lui préfère Barrabas , un insigne malfaiteur, Non huncj sed Barrabam. Les soldats pour insulter à la royauté de Jésus, le couvrent d'un manteau d'écarlate , placent un roseau dans ses mains, une couronne d'épines sur sa tête, ils fléchissent le genou devant lui avec des rires moqueurs. Alors Pilate montre Jésus-Christ à la multitude , qu'il croit adoucir par l'aspect de tant de douleurs. Déjà il avait espéré apaiser sa fureur, en faisant attacher Jésus à un poteau pour le livrer à la flagellation. Ecce homo , dit-il , voilà l'homme I Vain calcul delà prudence humaine! Le sang du juste excite la férocité de la populace , et Pilate , dans sa faiblesse , envoie à la mort celui qu'il a reconnu innocent dans sa justice.
Et c*est cet homme qui s'est dit Dieu , ôls de Dieu , égal à Dieu I Ce n'est pas un monarque superbe qui fait taire l'univers en sa présence , et qui , dans Tîvresse de ses victoires , se proclame un demi-Dieu, un Dieu semblable aux dieux de l'olympe. Non, ce conquérant nouveau a passé sa vie dans l'obscurité , et chez une nation préservée miraculeusement de l'idolâtrie , chez un peuple qui avait écrit en tête de sa loi : Tu n'adoreras qu'un seul Dieu, tu ne transport ras pas sa gloire à un autre. Chez un peuple où il était défendu , sous peine d'être lapidé comme blasphémateur, de s'attribuer les