‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 11 sur 39 · II · texte numérisé non relu

II

lie LA DIVINITÉ

Cependant je sentais une inclination secrète à voyager, je nourrissais ce désir, et je formai ia résolution de passer en Europe pour apprendre les langues européennes ie plus en usage et me mettre au fait de la constitution des états , des mœurs , des usages , des lois et du gouvernement des nations principales, afin d'acquérir, par ces connaissances politiques, plus de considération dans ma patrie et de lui être plus utile. Telles étaient mes vues liumaines : je ne me doutais pas des desseins secrets de la Providence , qui me préparait par là des avantages infiùiment plus précieux. Je m'embarquai donc pour TEurope; j'arrivai en France vers la fin de l'année 1781. Je me mis à lire les meilleurs auteurs et à m'instruira des principes du gouvernement. J'essuyai alors une maladie, et, comme je craignais qu'elle ne devint grave, mon premier soin fut de défendre qu'on laissât approcher de moi aucun prêtre catholique , tant j'étais attaché à ma secte !

« Après mon rétablissement , j'allai passer trois mois en Angleterre, appliqué, comme en France, à observer les mœurs et les usages du pays. On m'y invita à prêcher; je le fis , et Ton trouva que ma doctrine n'était pas conforme à celle du pays où je parlais. Je répondis que je l'avais puisée dans l'Evangile : c'est que les protestants trouvent dans le même Evangile bien des doctrines différentes. Je revins ensuite en France , pour aller de là à Rome , toujours occupé des mêmes vues, mais bien prévenu, comme on l'imagine aisément , contre la religion du pays et contre la nation, que l'on m'avait représentée sous les traits les plus odieux. J'avais cependant déjà conçu , dans mon séjour en France , une idée moins défavorable de ia religion catholique , et mon commerce avec les Italiens me fit revenir aussi de mes préventions contre eux. Dans le trajet de Marseille à Rome, nous fûmes obligés , faute de vent, de nous arrêter plusieurs jours dans un petit port que l'on nomme Pori-Ercoie. Le marquis d'Elmoro , vieillard respectable, mtyor de ia place , sans que

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j'eosse aucune recommandation auprès de lui , m'accueillit et me traita avec une bonté et une affection paternelles : sa maison , sa table , sa bibliothèque , tout fut à mon service. Quand nous nous quittâmes , il me fit promettre d'entretenir avec lui un commerce de lettres. J'ai eu le bonheur de rencontrer partout des Italiens du même caractère ; et tous ceux auxquels j'ai eu affaire m'ont témoigné le môme empressement à m'obliger, surtout dans la maison honnête et vertueuse où j'ai logé à Rome, et dans laquelle je me suis trouvé comme au sein de ma famille. Tant de bonté et de cordialité à l'égard d'un étranger, d'un protestant connu pour tel , me touchait et m'étonnait tout à la fois. Cette religion , me disaîs-je , n'est donc pas si insociable, et elle n'inspire pas, comme on me l'avait dit, des sentiments d'aversion et d'intotérance pour ceux qui lui sont étrangers. Je condamnais ainsi moi-même, de jour eu jour, les injustes préventions que Ton m'avait suggérées contre elle , et Dieu disposait les choses de loin pour me conduire insensiblement au terme heureux où je suis parvenu. Dès que je fus arrivé à Rome, je n'eus rien de plus pressé que d'aller voir ces chefs-d'œuvre fameux et ces monuments antiques qui attirent les étrangers, entre autres la Rotonde ou le Panthéon , temple a^utrefois consacré au culte de toutes les fausses divinités du paganisme , et aujourd'hui dédié à l'honneur de la sainte Vierge et des saints.

« A la vue de ce superbe édifice , je fas frappé d'une idée qui me parut grande et qui serait , me disais-je à moi-même, bien propre à fournir la matière d'un beau discours, si la religion catholique était vraie. Voici en substance l'idée qui me vint alors à l'esprit. Ce temple autrefois consacré au culte des faux dieux , devenu un temple du vrai Dieu ; la croix de Jésus-Christ élevée sur les débris de toutes les idoles réunies, comme pour lui faire un plus beau trophée, et de là, montrée à toute la terre^ cette ville , autrefois maitrcAse de

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tout i*anivers et la capitale da inonde païen , devenue la ca« pitale du monde chrétien : voilà des monuments parlants et toujours subsistants du triomphe de Jésus-Christ sur le fort armé, et de l'établissement de son empire sur les ruines de l'empire du démon; il était digne de Dieu de faire du centre de ridolâtrie le centre de la vraie religion ; de la première ville du monde, la capitale de l'Eglise; de cette école fameuse de tous les arts , de cette ville célèbre qui fixe tous les regards et attire les curieux et Içs étrangers de toutes les parties de Tunivers, Técole de la vérité et le centre commun d'union entre tous les fidèles qui croient en Jésus-Christ, Alors il ne manquerait rien à la gloire extérieure de sa religion et à la visibilité de son Eglise, qu'il a voulu, sans doute, mettre sous les yeux de tous les peuples; alors elle serait véritablement cette ville bâtie sur la montagne, exposée à la vue de toutes les nations, de manière à ne pouvoir être cachée. Cette idée me plaisait beaucoup, et, comme j'aimais l'éloquence de la chaire , je désirais qu'elle f&t vraie , pour pouvoir traiter un si beau sujet. Ce premier trait de lumière aurait dû me conduire plus loin ; mais ce n'était encore, à mes yeux , qu'une belle chimère, et je la laissai là pour m'occuper des objets que Je m'étais proposés.

« J'appris l'italien beaucoup plus vite et plus aisément que le français, et je fus bientôt en état de lire les meilleurs auteurs en cette langue. J'étudiais en même temps, selon mon projet, la constitution et l'état actuel de Rome.

« Cependant la religion catholique me revenait de temps en temps à l'esprit : quoiqu'elle n'entrât point dans le plan d'études que je m'étais tracé, je désirais de m'en instruire à fond , pendant que j'étais dans cette ville , comme j'aurais voulu connaître la religion de Mahomet si je m'étais trouvé à Constantinople. Du reste , j'étais bien éloigné de soupçonner que la mienne fût fausse , ou du moins de penser à en

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embrasser une autre ; seulement Je voulais apprendre la doctrine des catholiques de leur propre bouche , afin de ne leur imputer que ce qu'ils disent eux-mêmes. Je m'adressai pour cela à plusieurs ecclésiastiques, et, selon ma coutume de faire parler chacun sur sa profession , je les mis sur la religion ; mais ils avaient plus de piété que de lumières. Voyant un protestant décidé, ils me condamnèrent sans m'éclairer, et nous nous quittâmes également mécontents , eux de mon attachement à mon erreur, et moi de leur zèle qui ne me paraissait pas selon la science ; au reste , je ne voulais que connaître leurs opinions et non me détromper des miennes ; je ne sentais pas le besoin de m'éclairer, mais je désirais de satisfaire ma curiosité; et , grâce à cette Providence; admirable qui faisait tout servir à mon bien , comme le désir de voyager m^avait amené au centre des lumières sans que je le susse, le désir de m'instruire me conduisit aussi à la connaissance de la vérité sans que j'y songeasse. ^

a Après avoir souvent cherché l'occasion de m'entretenir avec un homme instruit , qui pût et qui voulût me mettre au fait de la doctrine catholique , je rencontrai deux eccié" siastiques dans un endroit où j'avais coutume d'aller : je liai conversation avec eux et je leur déclarai ce que j'étais et ce que je désirais. Je pensais alors , au sujet des jésuites , ce qu*en pensent tous les protestants ; cependant j'ajoutai que je serais bien aise de faire connaissance avec quelqu'un d'entre eux. Je n'ignore pas, disais-je, qu'ils sont adroits et politiques ; mais ils passent pour être très-éclairés : je saurai bien profiter de leurs lumières et me tenir en garde contre leurs subtilités ( c'était justement à deux jésuites que je parlais ). Ma franchise ne leur déplut pas ; ils m'avouèrent qu'ils étaient eux-mêmes de la société. Nous n'entreprendrons pas, me dirent-ils , de vous donner par nous-mêmes les instructions que vous désirez ; nous vous adresserons à un fort habile homme , qui est bien capable de vous satisfaire. Us

m'introdolsirent en effet chez un de leurs ec mtrèreê tnteonh na dans Rome et très- considéré pour sa scfence et poor m vertu. Monsieur, lui dis-Je en l'abordant , il sepeutquej'al^^ quelques fausses idées sur votre religion , ne la connaii que sur les rapports que m'en ont fait ses ennemis. Si est, mon dessein est de me détromper^ car je ne vondraii^ avoir de préjugés contre personne. IN 'espérez pourtant pasdl me convertir , à coup sûr vous n'y réussirez pas. Ce dândj un peu brusque n'empêcha pas qu'il ne me reçut avec mw^ douceur et une affabilité qui ne pouvait êtr.e l'effet que d'miv. charité véritable : il consentit à la demande que Je lui Ai ^ d'avoir avec lui des entretiens sur la religion. D*abord 8' m'exposa par ordre tous les articles de la doctrine cathoK!.; que : cette exposition dura plusieurs jours. Je Técoutai 9^ tentivement et sans l'interrompre ; mais de retour chez moi^ ; je ne manquais pas chaque fois de mettre par écrit les dilB» cultes et les raisonnements qui semblaient combattre chacni de ces dogmes et de ces articles. Quoiqu'il me vint à Pesprit bien des difficultés y je ne laissai pas de remarquer cet ae* cord merveilleux qui se trouvait dans l'ensemble de la rd^ gion catholique , et d'y entrevoir une sagesse qui me parai» sait avoir quelque chose de divin. Quand il eut achevé cettt exposition , je lui proposai , à mon tour, mes difficultés et mes doutes : nous passâmes plus de trois mois ensemble i discuter tous les articles. Je me vis plus d'une fois sans réponse , parce que j'apportais de la droiture dans cette discussion et que je voulais sincèrement m instruire et ne pas chiea^ ner. Il me restait néanmoins encore des nuages et des embarras que j'étais fort empressé d'éolaircir ; et comme cet homme respectable ne poiîvait me donner que quelques heih res, et par intervalle, pour remplir le vide qui se trouvait entre nos conférences, j'eus recours à un autre jésuite qui n'avait pas moins de zèle ni moins de lumières. Geiut-ci s'j prit avec mol d'une manière qui m'étonna d'abord : Nooi

n'entrerons pas en matière aujourd'hui , me dit-il ; allez , récitez l'oraison dominicale trois fois et revenez tel jour. Je ne jm m'empècher de sourire à ce début. Eh quoi I lui dis-je ,

ne suis pas encore de votre Eglise et déjà vous m'imposez nie pénitence ? Je le quittai après ce propos ; cependant , en menant chez moi , je fis cette réflexion , que la prière , loin de m*égarer, ne pourrait que m'étre utile , et qu'une religion fid enseigne à commencer par la prière Texamen que Ton en lût, était apparemment bien sûre d'elle-même^ j'exécutai donc ce qu'il m'avait prescrit, et j'allai le trouver au jour qui m'avait indiqué. Je savais déjà quelle était la doctrine citholique; il ne s'agissait, avec lui , que d'éclairer les diffirents points sur lesquels il me restait encore des nuages. A nesure que je lui proposais mes difficultés sur chacun de ces I points, il m'indiquait les endroits des meilleurs théologiens ft eontroversistes où elles étaient traitées avec étendue, et ne procurait leurs ouvrages. Je les étudiais attentivement; cette étude me donna lieu d'examiner à fond chacun des articles contestés entre les protestants et les catholiques , et de |aer les raisons que ceux-ci apportent pour prouver leurs Mtiments. Je tirais encore beaucoup de secours d'un reli gleux augustin, à qui je m'adressai dans le même temps; il ifattacha à me faire distinguer ce qui est de foi parmi les catholiques, d'avec les simples opinions que l'Eglise permet de traiter dans les écoles, sans les adopter hi les rejeter. Cette distinction répandit du jour sur la matière , et contrika beaucoup à mettre de la netteté dans mes idées; car les irotestants ont coutume de confondre ces deux objets , et par là Us embrouillent tout. Il y a une parfaite unité dans le iogaxe, la diversité n'est que dans les opinions; en mêlant Cei deux choses , ils en prennent occasion d'attribuer à la foi ee qui ne convient qu'aux opinions libres et indifférentes.

c Le soins que j'eus de consulter aussi plusieurs docteurs Bc ftit doublement utile ; je profitais de lehrs lumières par-

ticaiières^ et je fas à portée de remarquer qu'ils étaient parfaitement d'accord snr la foi , qui , en effet, doit être une , comme la vérité est une. Cette uniformité de sentiments qui , dans tous les siècles , a régné entre les catholiques , me faisait une vive impression , parce que Je ne l'avais jamais vue parmi nous....

a J'avais eu des liaisons avec lés chefs de nos sectes ; je m'étais souvent entretenu avec eux ; je connaissais bien leurs sentiments; Il n'y en avait pas deux qui fussent d'accord sur les articles les plus essentiels : bien plus, il n'y en avait au* cun qui n'eût varié dans sa doctrine. Je me souviens qu'un de nos plus célèbres prédicateurs m'en fit un jour l'aveu. Quand je préchai dans un tel endroit, me dit-il , je passai pour hétérodoxe. Je Tétais effectivement alors , j'avais des sentiments très-erronés ; mais j'ai changé depuis ce tempslà , et si je prêchais aujourd'hui , ma doctrine serait jugée pure et exacte. Au reste , ajoutait-il , cela m'est commun avec tous nos prédicateurs ; je n'en connais aucun qui n'ait varié comme moi dans ses sentiments sur la doctrine. Cet aveu ne me fit point impression dans le temps qu'il me parlait , mais il me revint depuis à l'esprit, et fit naître en moi bien des réflexions; nouvelle preuve de ce que l'on dit ordinairement que les bons ou mauvais principes reçus dans la jeunesse produisent tôt ou tard leur effet.

« Cette instabilité de nos chefs dans leur doctrine me faisait peiné. Je voyais qu'elle était une suite inévitable du principe fondamental des protestants, selon lequel chacun est seul juge de sa foi. D'après ce principe , il n'y a autfine règle fixe de croyance; de là l'éternelle contradiction des ministres entre eux , de là la fréquente variation de chacun d'eux dans sa doctrine. J'avais essayé de les concilier tous, et je n'y avais trouvé d'autre moyen que de prétendre qu'il suffisait de croire en Jésus-Christ et d'avoir intention d'honorer la divinité ; mais avec ce système , qui me plaisait beaucoup,

/aorais réani toutes les sectes , même les plus opposées ; aussi je me mettais de Jour en jour plus au large et je ne donnais point de bornes à la liberté de penser. J'avais des amis chez les quakers et les anabaptistes , les arméniens et autres ; j'aulais peu à peu adopté le tolérantisme dans sa plus grande universalité. Les protestants ont beau dire qu'ils admettent l'Ecriture pour règle de leur foi; dès qu'ils ne reconnaissent aucune autorité vivante pour en fixer le sens ; dès qu'ils m abandonnent l'interprétation à chaque particulier, il n'y a plus moyen de les convaincre d'erreur ; et s*il plslt an socinien, par exemple , de dire qu'il ne trouve dans l'Ecriture rien qui démontre la divinité de Jésus- Christ , personne n'a droit d'exiger de lui qu'il croie ce dogme , ni de le condamner parce qull le rejette. Ce principe mène encore plus loin, il conduit un homme qui raisonne juste à l'indiffiérence de toutes les religions , et il renverse les fondements du christianisme , en établissant la raison de chaque particulier arbitre suprême de sa croyance. Cette réflexion , et mille autres qui me vinrent à l'esprit , n'eurent pas alors tout Feffet qu'elles devaient produire , mais elles me disposèrent à ouvrir un jour les yeux à la vérité. Déjà mes recherches m'avaient conduit beaucoup plus loin que je n'avais pensé ; Je ne voulais d'abord que prendre une connaissance exacte de la doctrine catholique , et insensiblement j'en étais venu au point de n'y trouver rien que de raisonnable : je n'avais, en commençant cet examen , aucun soupçon que ma secte fût fausse; déjà j'en apercevais les endroits faibles et j'avais des doutes ; il s'en fallait bien cependant que je fusse résolu de la quitter.

» Les préjugés dans lesquels javais été élevé avaient encore trop d'empire sur mon esprit , et mon cœur n'était pas encore disposé au sacrifice que ce changement exigeait de moi. Je crus faire beaucoup en prenant la résolution d'emporter avec moi , en Amérique , les meilleurs ouvrages de n. 7.

controverse composés par des catholiques, et de les lire à mon retour dans ma patrie, déterminé alors à changer de religion si je ne pouvais répondre à lears raisonnements après y avoir bien réfléchi ; car j'avais pris le parti , quelque preuve (|ac Ton pût m^apporter, de ne point faire mon abjuration à Rome, de peur, medisais-je à moi même, de faire une démarche précipitée. Mais la Providence, toujours attentive sor moi , ne me permit pas d'user de tous ces délais , qui auraient ))u m'étre funestes ; elle ménagea divers événements qui hltèrent le moment de ma conversion : il me tomba entre les mains un ouvrage du père Segnery sur l'Ânge^ardien. GettB pieuse croyance , que chacun de nous a un ange tutélain pour témoin de toutes ses actions , n'était pas nouvelle pour moi ; on me Tavait inspirée dès Tenfance ; mais elle n*avalt jusqu'alors influé en rien , ou du moins très-peu , sur ma conduite ; la lecture de cet ouvrage réveilla les premières impressions de piété que l'on m'avait données autrefois. Je ]fé- , fléchis sur na vie passée , je me reprochai d'avoir si souvent ' manqué au respect que je devais à mon ange gardien , et Je formai la résolution de veiller désormais sur moi-même pour éviter tout ce qui pourrait lui déplaire. Cette attention à m'é* ioigner du péché contribua sans doute à ma conversion i la foi ; c^était un obstacle de moins à la grâce que Dieu voulait m'accorder.

K J'en étais là , lorsque la mort du vénérable Labre , et lef miracles que l'on disait obtenus par son intercession , coinmençèrent à faire du bruit dans Rome , et à devenir le sujet de presque toutes les conversations. Malgré les instruetions que j'avais reçues et les lumières qu'elles m'avaient procurées, je n'étais nullement disposé à croire tout ce qu'on en racontait. De tous mes préjugés contre les catholiques , le plus enraciné était une incrédulité formelle à l'égard des faits miraculeux qu'ils disent être arrivés <;hez eux; j'avais été élevé dans cette persuasion comme tous les protestant!)

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qui, bien loin d'admettre le don des miracles, le dédaignent, et prennent le parti de nier qu'il soit véritable. Je ne me contentai pas de nier absolument ceux que l*on publiait alors , J'en fis un sujet de raillerie ; je me permis , dans les cafés , des plaisanteries très- indécentes sur le serviteur de Diea , dont la pauvreté et la malpropreté apparente me révoltaient, et, sur cet article, j'allais beaucoup plus loin que mes amis même protestants comme moi. Cependant, le nombre et le poids des témoignagnes croissant chaque jour, je ems que je devais examiner la chose par moi-même, je m'entretins plusieurs fols avec le confesseur du défunt, duquel j'appris une partie de sa vie. J'allai voir quatre des personnes que Ton disait avoir été guéries miraculeusement; je m'assurai de leur état actuel et de celui dans lequel elles étaient précédemment; je m'informai du genre et de la durée de la maladie dont elles avaient été attaquées , et des circonstances de leur guérison opérée en un instant ; Je recueillis les témoignages de ceux qui les connaissaient, et d'après toutes ces informations, faites avec le plus grar.d loin , je restai pleinement convaincu que la réalité de chaeun de ces miracles était mieux prouvée que ne le sont les Caûts les plus avérés. Une de ces personnes , religieuse au Couvent de Sainte- Appollonie , avait un vaisseau rompu dans la poitrine , depuis dix-huit mois; elle était tombée dans hùq. langueur qui augmentait chaque jour ; sa faiblesse était telle ^'elle ne pouvait supporter aucune nourriture. Elle invo({im le vénérable Labre; elle prit avec foi une liqueur où l .m avait trempé une de ses reliques, et elle se trouva guéiio 4ans un instant. Le jour même , elle descendit au chœur avec les autres religieuses ; elle mangea sans être incommodée, et fit avec facilité les ouvrages les plus pénibles de la xmaison. C'est ce que la supérieure et six de la même coin* Uionauté m'attestèrent. Je vis moi-même plusieurs fois l^i rellghnue guérie , je lui parlai et la trouvai pleine de santé et

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de force. Te ne m'en tins pas là ; Je fis visite an médecbi qui en avait pris soin pendant tout le temps de son infirmité; il me confirma tout ce que la communauté avait dit à son n* jet , et il ajouta qu'il était prêt à jurer sur l'Evan^rile que ia maladie était naturellement incurable. Je continuai de voir la religieuse i^endant tout le reste de mon séjour à Rome, c'est-à-dire pendant environ quatre mois; j*eus le temps de m'assurer que sa guérison était constante, et à mon départ je la laissai en parfaite santé. Persuadé comme je Tétais qvB les guérisons avaient quelque chose de surnaturel , je ne pcNh vais me défendre de faire des retours sur moi-même et sur le danger que Je courais en restant dans ma ^ecte ; ces réflexions me mettaient dans d'étranges perplexités : il serait difficile d exprimer la situation violente où je me troQfii alors. La vérité se montrait à moi de tout côté , mais elle était combattue par tous les préjugés que j'avais sucés avee i6 lait ; je sentais la force des raisons que Ton oppose à la do^ trinedes protestants , Je n'avais pas le courage de me rendre; je \oyais clairement que la vérité de l'Eglise romaine est foD* dée sur des preuves multipliées et sans réplique ; Je voyais que ses réponses à tout ce que les protestants lui reprochent sont solides et satisfaisantes; mais il fallait abjurer des e^ reurs dans lesquelles J'avais été élevé , et que j'avais ma' même prêchées aux autres. J'étais ministre dans ma 8ect^ et il fallait renoncer à mon état , à ma fortune ; j'étais tendrement attaché à ma famille , et il fallait encourir son indignation ; des intérêts si cbers me retenaient : en nn mot, mon esprit était convaincu , mais mon cœur n'était pas changé. Ce fut dans ces circonstances, où J étais flottant et irrésoiay qu'on me mit entre les mains um petit livre intitulé : ifasi* festo d^Mu* cavalière cristiano convertito alla religiwe eé toHca; livre qu'il serait bon de traduire en plusieurs lan^ueSt et de répandre partout où il y a des hérétiques. L'auteur rend compte historiquement de sa conversion , et discale brièfe-

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ment tons les points controversés entre ies catholiques et les protestants. Il place an commencement une prière , qui lui fut communiquée par un catholique, pour implorer les lumières del'Esprit-Saint , que Ton ne sera pas fâché de voir ici. « Dieu de bonté , tout-puissant et éternel , père des miséricordes , sauveur du 'genre humain , je vous supplie humblement, par votre souveraine bonté, d'éclairer mon esprit et de toucher mon cœur, afin que , par le moyen de la vraie foi, de Tespérance et de la charité , je vive et je meure dans la vraie religion de Jésus-Christ. Je suis ceP» tain que, comme il n'y a qu'un seul Dieu il ne peut y avoir qu'une seule foi , une seule religion , une seule voie de salut , et que toutes les voies opposées à celles-ci ne peuvent conduire qu'à l'enfer. C'est cette foi , ô mon Dieu ! que je recherche avec empressement pour l'embrasser et me sauver. Je proteste donc devant votre divine majesté, et je jure par tous vos divins attributs , que je suivrai la religion que vous m'aurez fait connaître pour vraie , et que j'abandonnerai , quoiqu'il doive m'en coûter , celle où je reconnaîtrai des erreurs et de la fausseté. Je ne mérite pas , il est vrai , cette faveur, à cause de la grandeur de mes péchés , dont j'ai une profonde douleur, puisqu'ils offensent un Dieu si bon , si grand , si saint , si digne d'être aimé ; mais, ce que je ne mérite pas, j'espère l'obtenir de votre infinie miséricorde , et je vous conjure de me l'accorder par les mérites du sang précieux qui a été répandu pour nous, pauvres pécheurs, par votre Fils unique Jésus-Christ. Âmen. »

a J'avais , en recevant ce livre, un pressentiment qu'il allait me porter un dernier coup; aussi ce ne fut qu'avec une extrême difficulté que je pus me déterminer à le lire ; mon âme était, pour ainsi dire, déchirée par deux mouvements contraires. Quels combats , quels assauts n'eus-je pas alors à soutenir 1 Je parcourais surtout des yeux cette prière, sans

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pouvoir me résoudre à la dire ; Je désirais d*étre éclairé , et Je craignais de l'être trop ; mon intérêt temporel et mille autres motifs se présentaient en foule à mon esprit , et balançaient les salutaires impressions de la grâce. Enfin l'intérêt du salut éternel l'emporta; je me jetai à genoux, Je m'excitai à réciter cette prière avec le plus de sincérité qu'il me fut possible; et la violente agitation de mon âme, ainsi que les combats qui venaient de s'y livrer, produisirent une abondance de larmes. Je me mis donc à lire ce livre, qui est %ic exposition abrégée des principales preuves qui établissent la vérité de la religion catholique. L'ensemble de ces ^différentes preuves , que je n'avais vues jusqu' alors que séparément, tant de traits de lumière réunis dans un foyer roe frappèrent vivement ; d'ailleurs, je n'opposais plus à la grâce les mêmes résistances; Dieu parlait à mon cœur en même temps qu'il éclairait mon esprit , et me donnait la force de surmonter les obstacles qui m'avaient arrêté Jusque-là. Je n'avais pas achevé la lecture de ce livre , que Je m'écriai : Mon Dieu , Je vous promets de me faire catholique. Le même Jour, J'annonçai ma résolution à la famille chez laquelle je demeurais, elle en eut beaucoup de Joie , parce qu'elle avait une piété sincère. J'allai le soir au café, où je fis part de mon changement à tous mes amis , la plupart protestants; et, pour réparer autant (fu'il était en moi le scandale quej*avais donné, Je défendis la sainteté du vénérable Labre, et Je déclarai que J'avais plus de preuves de la vérité dé ses miracles que je n*en exigerais pour quelque fait que ce fût. De plus , pour ne pas rougir de Jésus-Christ , j'invitai un grand nombre d'amis à être témoins de mon abjuration. Plusieurs plaignirent ma faiblesse , quelques-uns s'en moquèrent ; mais Dieu , qui m'a appelé à la foi , m'a soutenu, et J'ai cette ferme confiance qu'il me soutiendra Jusqu'à la mort. Je dois avouer ici qu'avant mon abjuration , j'eus encore quelque temps à combattre mon imagination sur

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le culte de la sainte Vierge et des saints. J'étais cependant éclairé sur cet article ; je ne doutais pas quMl ne fût utile d'employer auprès du Fils l'intercession de sa sainte Mère , et que, loin de lui faire injure en aimant et honorant celle qu'il a aimée lui-même si tendrement , c*était l'honorer davantage. Cependant mes anciennes préventions me reve- K^aJent/f^lj^trs à Fesprit, et me troublaient malgré moi. Le reproek«^, maf^trie, que j^avais entendu faire aux catholi- (pies, à^t fnitljet, m'effrayait encore, quoique je le crusse très-mal fondé. Je ressemblais à ces personnes qui , ayant BU dans leur enfance l'imagination fortement frappée des contes ridicules de revenants , ne peuvent , même dans Tâge mûr, se défendre d'un frémissement involontaire, lorsque ces Idées reviennent à leur esprit , en dépit de la raison qui en rougit. Il fallut me faire violence; et , quand je commençai à Invoquer la sainte Vierge, je ne le fis qu'en tremblant. Je m'adressai d'abord à Jésus-Christ , lui protestant que je n'avais d'autre dessein que de l'honorer , et que je désirais le faire plus parfaitement parTentremise de sa sainte Mère, le priant de ne pas m'imputer les intentions idolâtriques que je désavouais de toute mon âme. Ensuite, m*adressant à la sainte Vierge elle-même : « Mère tendre, lui dis-je , s'il est permis d'implorer votre secours , aidez-moi dans Fétat misérable où je suis ; c'est par vous que le Sauveur est venu à nous , c*est par vous que je désire d*aller à lui. Les Ecritures m'apprennent que c*est par votre moyen que s'est opéré le premier miracle de la foi évangélique dans l'ordre de la grâce ( la sanctification de saint Jean-Baptiste), et le premier dans l'ordre de la nature (le changement de l'eau en vin) ; en voici un autre à faire : ne me refusez pas d'y employer votre crédit ; je ne le mérite pas , il y a trop longtemps que je vous méconnais ; mais je commence, quoique en tremblant , à m'adresser à vous ; intercédez pour moi auprès de votre divin fils. » Puis revenant à Dieu : « Seigneur, ajoutai-jc , je vous

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demande vos lumières ; vous avez promis d'exaucer ceux qaf vous invoquent ; c'est de tout mon cœur que je ie fais. Je cherche la yérité , à quel prix que ce soit; vous en êtes témoin , ô mon Dieu I je ne saurais me tromper en m'adressant à votre sainte Mère ; vous seriez vous-même la cause de mon erreur. » La confiance et la tranquillité furent le fruit de cette prière. Depuis ce temps, j'ai toujol]^rs^c$MClQn^u à la sainte Vierge, et je suis sûr d'avoir obtenu çl^duisicçj^ grâces par son intercession ; la reconnaissance m'oifi livrs faire cet aveu f je cherche à entrer dans toutes les intentions qui tendent à rhonorer ; je me suis engagé , et je travaille à étendre son culte en tout ce qui peut dépendre de moi. Il se présente ici une réflexion bien naturelle : Dieu peut-il permettre qu*un homme se trompe dans le choix d^une religion , quand, après une vigilance exacte sur sa conduite , après des prières fer- Tentes, après des recherches longues et laborieuses, il s'est déterminé à Tembrasser aux dépens de tout ce qu'il y a de plus cher au monde , famille, état, fortune, réputation? Si cette religion était fausse, ne pourrait il pas dire à Dieu avec un célèbre théologien : Seigneur, c'est vous qui m*ayez trompé ? Cette réflexion acquerra un nouveau degré de force , si j'ajoute le prodigieux changement qui s'est fait eu moi depuis ma conversion. J'hésite à le publier; mais il me semble que je dois le faire pour glorifier la divine miséricorde , et pour rendre hommage à la religion catholique que J*ai maintenant le bonheur de professer. Que mon état est différent de celui où j'étais auparavant I mes pensées, mes goûts , mes desseins , tout est changé , je ne me reconnais plus moi-mén^e. Dès que j'eus pris mon parti , je renonçai aux études profanes qui m'avaient occupé jusque-là; je laissai mes livres à-demi lus ; je me défis de ceux qui étaient à moi. Depuis ce temps, les passions n'ont eu que peu d'empirç sur moi, mes projets d'ambition et d'établissement dans le monde m'ont quitté entièrement; je n'y prétends plus rien;

Je n*ai plus de plaisir que dans les choses de Dieu ; je sens au fond de mon cœur une paix que je n'avais jamais connue. Ce n*est plus, comme auparavant, la trompeuse sécurité d*ODe conscience assoupie qui présume de la miséricorde de Dieu, et qui ne voit pas le danger auquel elle est exposée; c'est la douce confiance d*un fils qui se trouve dans les bras de son père, et qui a lieu d*espérer que rien ne pourra l'en arracher, malgré les périls qui Tenvironnent. Oui , cette religion est faite pour le cœur; quelque solides , quelque fortes que soient les preuves qui m'ont convaincu qu'elle est la véritable religion de Jésus-Christ ^ le contentement, la joie pore qui raccompagne, est pour moi une autre espèce de preuve qui n*est pas moins persuasive. Les vérités que j'ai eu le plus 4e peine à croire sont celles qui me donnent aujourd*hui le plus de consolation. Le mystère de l'Eucharistie, qui m'avait paru si incroyable, est devenu pour moi une source Intarissable de délices spirituelles. La confession, que j'avais regardée comme un joug insupportable , me semble infiniment douce par la tranquillité qu'elle produit dans mon âme. Ah 1 si les hérétiques et les incrédules pouvaient sentir les douceurs que Ton goûte aux pieds des autels, ils cesseraient bientôt de Fétre 1 Que ne puis-je me faire entendre à tous ! Je leur crierais : Goûtez et voyez par votre propre expérience combien le Seigneur est doux , combien il est bon pour ceux qui le servent dans la sainte société qu'il a formée lui-même et qu'il vivifie par son esprit. Voilà le désir dominant , l'unique désir de mon cœur, celui d'étendre autant que je le pourrai l'empire de la véritable foi qui fait maintenant^ mon bonheur ; je n'ambitionne rien de plus : c'est pour cela que je désire de retourner dans mon pays, espérant d'y être, malgré mon indignité , l'instrument de la conversion de mes compatriotes. Et telle est la conviction où je suis de la vérité de TEglise romaine , et ma reconnaissance de la grâce signalée que Dieu m'a faite de m'appeler à la vraie foi , que

je la sceHerals de mon sang , si Dien m'accordait cette grâce; Je ne doute pas qn'il ne m*en donnât la force. Je çonjareceux qui liront cet écrit de prier avec ferveur le père des lumières et le Dieu des miséricordes, d'accomplir ses volontés sur son serviteur, d'ouvrir un accès facile à la foi dans mon pays, de la faire germer et fructifier dans un pays où elle n'a jamais été professée. Peut-être (Je m'arrête avec plaisir à cette pensée consolante), peut-être celui qui établit les empires et les détruit à son gré , qui fait tout pour ses élus et pour l'intérêt de son Eglise, n'a-t-il permis et conduit à une fin glorieuse l'étonnante révolution dont nous venons d'être les témoins , que pour accomplir quelque grand dessein et une dévolution bien plus hcfdreuse encore dans l'ordre de la grâce. Ainsi soit-il. »

Après sa conversion, M. Thayer revint en France, entra au séminaire, et reçut la prêtrise en 1787.

An 1785. — Le duc Adolphe-Frédéric de Mecklenbourg- Schwerin^ né le .18 décembre 1785 , et quatrième fils de Frédéric-François, grand-duc de Mecklenbourg , et de Louise de Saxe-Gotha. Dès sa Jeunesse, il montra beaucoup de penchant pour la religion catholique, et ce penchant se fortifia par le soin qu'il avait de lire de bons ouvrages. Le jeune prince en vint au point de demander à son père la permission de changer de religion ; et , pour le distraire de cette idée^ on lui ordonna de voyager, et on le mit sous la con* duite d'un gouverneur qui devait le conduire dans les diverses universités protestantes d'Allemagne , et à qui il était recommandé surtout d'empêcher que son élève ne fréquentât les catholiques , ou ne lût leurs ouvrages. Mais cette défense ne changea point les dispositions du jeune prince, qui trouvait , dans les livres protestants mêmes , des motifs d'éloi-

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gnement pour lenr doctrine. Il exposait ses doutes à son gouverneur, qui tâchait de les résoudre de son mieux , mais qui , d'ailleurs , en homme sage et modéré , s'abstenait de ces imputations de fanatisme et dlmposture que tant de protestants se permettent encore contre les catholiques. Charmé lui-même de la solidité d'esprit du prince, et voyant l'inutilité des précautions prises pour le détourner de son projet , il finit par lui permettre délire les livres catholiques, et se contenta de rendre au père de son élève compte des sentiments de cet intéressant jeune homme. C'est alors que le prince Adolphe lut V Exposition de la doctrine de V Eglise catholique , de Bossuet , lecture qui fit sur lui une profonde impression , et le décida tout-à-fait. On a vu un exemplaire de l'ouvrage sur lequel il avait exposé en abrégé les principaux motifs de sa conversion. Enfin, après bien des instances, il obtint du prince son père la liberté de suivre les mouvements de sa conscience ; mais à condition qu'il ferait son abjuration loin de sa famille, et qu'il resterait en pays étranger. On lui assignait seulement une certaine somme par an. Le prince Adolphe fit son abjuration à Genève 9 il y a déjà bien des années. Il alla ensuite passer quelque temps à Fribourg , en Suisse , où il menait la vie la plus édifiante. Sa piété , son assiduité aux pratiques de la religion , ses entretiens, qui annonçaient assez la vivacité de sa foi, tout chez lui était d'un grand exemple. On était touché en outre de la simplicité de ses manières, de la franchise de son caractère et de la solidité de son esprit. Le prince se rendit ensuite à Roine, où il ne se fit pas moins estimer. Ce fut pendant son séjour dans cette capitale quMl perdit successivement son père et son frère aîné. Celui-ci s'était toujours montré trèsopposé à la conversion du prince. Ces événements rappelérent le prince Adolphe dans sa famille ; mais il ne devait pas jouir longte;nps du plaisir de 1^ revoir ; une maladie l'a emporté à Tftge de trente-sept ans.

1786. — Mademoiselle Pittj parente dn célèbre mfaiistre d'Angleterre de ce nom , et née à Londres. — Ayant perdu tirès-jeune encore son père et sa mère , elle fat confiée à une grand'tante qui l'éleva dans les principes de la religion protestante dont elle faisait profession. Elle lui parlait souvent de la vie religieuse (vie inconnae en Angleterre depuis que la religion catholique en a été bannie ] et des personnes à qui elle l'avait vu pratiquer. Quoique protestante , elle avait passé plusieurs années dans un couvent qu*on croit être de la Flandre autrichienne. Sans avoir été assez heureuse pour en rapporter le don de la foi , elle en était revenue pleine d'estime et de vénération pour le genre de vie qu'on y menait. Gomme elle en parlait souvent avec complaisance à son élève, celle-ci , dès Tâge de quinze ans , conçut un grand désir de voir quelque monastère de religieuses , pour le connaître par elle-même. L'opinion avantageuse et distinguée que lui en avait laissée sa grand'tante , allait jusqu'à désirer qu'il lui fût possible d'embrasser cet état, sans renoncer à la religion de ses pères , car elle y était fort attachée. Mais il manquait à l'institutrice l'assistance et l'esprit de celui qui tient les cœurs dans sa main ; et ce n'est pas dans la bouche d'une protestante que Dieu met le don de les attirer à lui. Les paroles de la tante furent toutefois pour la nièc^ comme une première semence qui, par une disposition particulière de la Providence , devait produire son fruit dans son temps , semence qui demeura longtemps comme étouffée dans son cœur par l'amour du monde qui crut eu elle avec l'âge , et lui eut bientêt fait perdre de vue toute idée de retraite dans un monastère.

Elle se fit remarquer par sa simplicité et sa modestie, tant qu'elle vécut sous les yeux de celle qui lui tenait lieu de mère ; car il ne manquait à celle-ci que de professer la vraie foi pour lui servir de modèle en tout; et quoiqu'elle ait eu le malheur de mourir hors de TEglise , c'en fat un pour

la jenne pupille de l'avoir perdue à Tâge de vingt-trois ans. Privée de sa compagnie , de ses leçons et de ses bons conseils , elle prit le goût du grand monde et se livra atout ce qu'il avait d'attrayant pour une personne de sa condition, avec d'autant plus de facilité, qu'elle avait tout ce qu'il fallait pour lui plaire. Jusqu'à l'âge de trente-un ans , elle ne montra pas d'autres inclinations. Voici par où commença son chaDgement.

Le l^*" janvier 1785 ^ étant convalescente, après une maladie qui l'avait conduite aux portes de la mort, elle eut pendant son sommeil un songe dont elle fait ainsi la description dans une lettre adressée à M. Roussen, curé de Saint-Jacques, à Abbeville.

a Je m'imaginais, dit-elle , entrer dans un couvent dont toutes les religieuses portaient une croix d'argent sur la poitrine. Je fus conduite au chœur , où je les vis toutes placées en ordre. A leur tête j'en aperçois une qui était le vrai portrait de ma grand'tante. On me dit d'entrer , et on me le dit trois fois, en ajoutant : Ne craignez point; c'est une véri'table amie que vous trouverez dans cette personne. Vous aurez de la peine à lui rendre vos sentiments j mais que cette difficulté ne vous arrête point. J'entrai.

« Du chœur on me conduisit dans un appartement qui m'était destiné. L'escalier qui y conduisait se trouva si mauvais, que je fus contrainte, pour m'y soutenir, de prendre une corde qui servait de guide. J'entendis alors une voix qui me dit encore que je mourrais dans cette maison. Cette parole fit une grande impression sur mon esprit; et i'atten* tion que j'y prêtais me donnait beaucoup de mécontentement contre moi-même. Ce songe me revint les deux nuits suivantes. »

« Huit mois après ce songe, reprend-elle dans sa lettre à M. le curé de Saint*Jacques , j'eus la curiosité de voir la France , et un grand désir d'y venir passer quelque temps

ao Là divinité

pour e& apprendre la langue. Je le communiquai à quelqu'un de ma nation, qui, par ses correspondances dans plusieurs villes françaises, pouvait facilement m'aider à l'exécution de mon projet. Il entra dans mes vues. Comme il connaissait un respectable négociant de Saint -Valéry -sur- Somme, il m'offrit de m'adresser à lui. J'acceptai la proposition et je m'embarquai sur le vaisseau du capitaine Lamy. Arrivée chez le négociant de Saint-Yalery , je m'en rapportai à tout ce qu'il ferait pour me rendre le service que j'étais venu chercher en France. Deux de ses enfants avaient été élevés au couvent de la Visitation d*Abbeville , et il connaissait parfaitement cette maison. Il m'adressa à la supérieure en qualité d'Anglaise qui désirait y passer quelque temps avec les grandes pensionnaires. Il ne savait rien de mon songe, et moi-même je n'y pensais plus. C'était là cependant où il devait se vérifier dans tous les points.

« J'y arrive ( le S7 septembre 1785 ) , je vois les religieuses avec leur croix d'argent. Présentée à la supérieure , qui était alors madame de Maison , je reconnais à son visage le portrait de ma grand'tante. J'avoue que je fus si frappée de cette ressemblance , que je me sentis prête à tomber en faiblesse. Je ne fis d'ailleurs en ce moment nul cas de mon songe : tenant alors de de l'incrédulité dé Thomas, surnommé Didyme , je ne pus y igouter foi. La vie religieuse que je devais embrasser, à en croire ce qui m'avait été dit, me paraissait trop contraire à la liberté anglaise, dans laquelle j'avais vécu jusque-là. Bien loin de penser que je dusse mourir dans cette maison , plusieurs choses me donnèrent , dès. le premier jour, envie de la quitter, entre autres, la vue de Fescaiier tournant par où Ton me conduisit à la chambre que je devais occuper.

« J'avais conçu d'abord tant d'aversion d'un séjour aussi pauvre et aussi simple que la chambre dont on m'avait mise en possession, que, ne pouvant dissimuler ma mauvaise Ita-

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meiir, mes premières pensées avaient été de repartir sans délai, et Je m'en étais expliquée ouvertement. On m'engagea àdifférer un peu ; j'y consentis. Mon éloignement diminua y et, an bout de deux jours, je pris le parti de rester, mais uniquement pour apprendre la langue. Devenue habitante de h maison , J^avais besoin d une personne capable de me former à parler français. On m'envoya une religieuse qui m'offrit de me rendre ce service. Les premiers entretiens ne roulèrent que là dessus ; mais nous ne tardâmes pas à parler religion. Je tenais trop à la mienne pour écouter favorablement les doutes qu'on voulait m'inspirer contre elle; je la croyais la plus conforme à la raison et à TËvangile. Persuadée que l'Eglise romaine était tombée dans l'erreur et la superstition , j'en concluais toujours que la réforme était nécessaire. Je ne me refusai pas néanmoins à la discussion des différents articles qui divisent l'Eglise catholique de la protestante. Celle-ci ne me fera pas un crime , je l'espère , d'a- Toir usé de cette condescendance, puisque, n'admettant point sur la terre de juge en matière de foi , elle ne peut trouver mauvais que toute personne particulière, même de notre sexe , examine si la doctrine qu'on professe est confor- Be à l'Ecriture sainte et à la droite raison. Je voulus donc Uen entrer dans l'examen de quelques points contestés. Je les discutai avec la religieuse qui m'avait été donnée pour la langue française, et un ecclésiastique parlant assez bien TangUs pour m'expliquer les motifs de crédibilité qui se réulissaient en faveur de la religion catholique , et résoudre ks objections que je faisais pour la mienne. Je fus frappée

des raisonnements qu'on me fit sur les promesses de Jésus- 1 Christ : Je serai avec vous jusqu^à la consommation des [ <ièefes. Les portes de V enfer ne 'prévaudront point contre

*um Eglise. Je me déterminai dès lors à Texamen le plus

ifarieux. Il fut long.

» J'avais trop cru que l'Ecriture était suffisante pour fixer

notre fol. On me démontra, par TËcriture elle-même, qu'elle ne pouvait sufûre, au moins à tous les hommes. On m'allégua les paroles de saint Pierre lorsqu'il avance que , dans les écrits de saint Paul , il se trouve des endroits obscurs et difficiles que les esprits ignorants et peu solides entendent malj ainsi que d'autres écrits ^ pour leur propre ruine. Ce raisonnement et plusieurs autres me persuadèrent que Jésus- Christ avait établi une autorité permanente pour régler notre foi et pour déterminer le sens des différents textes qui établissent nos dogmes, selon ces paroles : Celui qui txms écoute, m'écoute; celui qui vous méprise, me méprise.

« Je conçus encore que si TËglise catholique , avant la réforme, était tombée dans l'erreur et dans la superstition^ comme je l'avais toujours pensé , dès lors 11 ne serait plus resté d'autorité légitime pour guider les fidèles dans leur croyance : ce que je ne pouvais concilier avec les promesses de notre Seigneur. Tout ceci , sans me convaincre entièrement, ne laissait pas de me troubler beaucoup. Je désirais de m'instruire de plus en plus et de connaître la véritable Eglise. Ce que je cherchais surtout, c'était où se trouvait Tunité de la foi ; car je voyais clairement qu'elle ne pouvait être dans l'église protestante, chaque membre de cette église s'attribuant le droit d'interpréter à sa manière les textes qui expriment les différents dogmes ^ ce qui ne peut manquer de produire de la diversité dans la foi , surtout quand il s'agit d'interpréter les textes difficiles dont parle saint Pierre , inconvénient que je vis bien ne pouvoir se trouver dans l'Eglise romaine. Ce fut alors que je me sentis portée à me rendre à son autorité et à me soumettre à ses décisions.

« A l'égard de l'Eucharistie, on me cita les promesses de Jésus-Christ , au sixième chapitre de TEvangile selon saint Jean , et les paroles de Tinstitution : Ceci est mon corps , ceci est mon sang; paroles qui , dans le sens naturel, n'expriment autre chose que la doctrine catholique. J'ai long-

temps réfléchi sur ces textes, et , après y avoir bien pensé en la présence de Dieu , je n'ai pu résister à l'autorité de TEglise QDiverselle , qui, dès avant la réforme, en avait déterminé le sens légitime 9 sans avoir eu recours à des interprétations figurées ou spirituelles. Quant au rapport de nos sens , comme ils peuvent nous tromper , je comprenais qu'ils devaient céder à la parole de Dieu , toujours infaillible, expliquée par son Eglise.

« J'eus plus de peine à me rendre au dogme du purgatoire. Cepend&nt , outre le texte du livre des Machabées ( livre à la vérité que les protestants n'admettent pas , mais qui n'en exprime pas moins une doctrine très-ancienne et fort répandue chez les Juifs ) , je fus trè&ébranlée par ces paroles de saint Paul et par l'interprétation que leur donne l'Eglise universelle : Si Pouvrage de quelqu'un est brûlé, il en souffrira la perte : il sera néanmoins lui-même sauvée mais comme en passant par le feu.

« Il ne me fut pas difficile de reconnaître un chef ecclésiastique, successeur de saint Pierre, distinct des princes temporels, ainsi que la nécessité de la confession et des rigueurs de la pénitence.

» J'avais encore quelque inquiétude à Tégard des honneurs rendus aux images ; mais je fus rassurée quand on m'eut fait voir que ces honneurs ne se rapportaient nulle- , ment à la matière dont elles sont composées , et qu'ils se dirigeaient uniquement vers Jésus-Christ ou les saints qui régnent avec lui dans le Ciel ; qu'il en était du respect que nous portons aux images à peu près comme de l'accueil que ferait un peuple reconnaissant à la statue ou à l'image d'un prince célèbre par ses vertus et ses bienfaits. Je reconnus de même que l'invocation des saints n'est point injurieuse à Dieu ni à Jesus-Christ , puisque nous les supplions seulement de joindre leurs prières aux nôtres pour obtenir de Dieu, par Jésus-Christ , les grâces dont nous avons besoin.

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