II
<( Enfin, après de grands combats et de longues perplexités , je ne pas résister plus longtemps à la lumière ni aux mouvements secrets du Saint-Esprit. »
Ce fut alors que mademoiselle Pitt se rendit à Téglise , et que 9 prosternée devant Tautel , elle fit cette prière avec toute Feffusion d'un cœur qui cherche ardemment la vérité : « Seigneur , je yeux sauver mon âme. Si la religion protestante est la vraie religion , faites-moi mourir avant que j'en embrasse une autre. Si, au contraire, la religion catholique est la vraie, laissez-moi la vie, et donnez-moi la force de l'embrasser , avec la grâce de suivre tout ce qu'elle enseigne. » Elle se lève comblée de joie quelques moments après, et pleinement décidée à faire profession de la foi catholique qu'elle avait déjà dans le cœur.
« Dieu , poursuit-elle , me demandait le sacrifice de ma raison et de tout ce qui m'avait retenue dans le monde jusqu'au moment de mon voyage en France. Je le fis aux pieds de notre Seigneur ; je rentrai dans le sein de l'Eglise catholique romaine, la plus ancienne des églises, où je trouvai dès lors , par ma soumission à la vraie épouse de Jésus-Christ , et où je trouve encore aujourd'hui le calme parfait de la conscience , avec la plus forte persuasion que je suis dans la voie du salut. »
Mademoiselle Pitt a supprimé dans sa lettre le détail de son abjuration^ voici ce qui en a été rapporté par des témoins oculaires. Quand on la vit ferme dans son projet qu'elle avait conçu de renoncer solennellement à la religion anglicane, on désigna, pour le jour de la cérémonie, le 22 février 1786. La Providence fit survenir un obstacle qui obligea de la remettre au lendemain. Ce délai fut un nouveau sujet de joie pour mademoiselle Pitt. Quel bonheur pour moi ^ àxXrçWt ^ ce sera le jour anniversaire de mon baptême! Elle abjura donc le 23 , cinq mois après son entrée au couvent«
Après son abjuration, elle délibéra sur l'état qu'elle choi-
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sirait Elle se sentait portée à la vie religiduse. Elle n^avait point d'obstacle à craindre de la part de ses parents, qui ne lui donnaient nulle inquiétude sur le parti qu'elle avait pris ; mais la vivacité de son caractère et la délicatesse de sa santé lui paraissaient à elle-même, autant qu'aux religieuses, résister à ce dessein. Pendant cinq à six mois elle consulta Dieu dans la prière, et prit conseil des personnes sages qui devaient diriger la démarche importante qu'elle méditait. Au mois d'avril 1786, elle fut tourmentée d'un rhume fort opiniâtre. L'envie.qu'elle avait depuis quelque temps de pfendre le voile et d'entrer au noviciat ne laissa pas de s'affaiblir, et ce n'était pas sans inquiétude, ni même sans frayeur qu'elle y pensait. Dien voulait, par cette épreuve , la mieux préparer à la grâce qu'il lui réservait. Le besoin fréquent qu'elle avait d'être dispensée alors de plusieurs points de la règle dont elle faisait l'essai , donnait à ceux mêmes qui prenaient le plas d'intérêt à son entrée dans le cloître , tout lieu de craindre que ce ne fût pas sa vocation. Mais, encouragée par les exemples qu'on lui cita de plusieurs religieuses dont la santé fort délicate s'était fortifiée, soit au noviciat , soit après avoir fait leurs vœux, elle prit le voile le^s Juillet 1786.
An 1 7 86. ^- Za princesse Gallitzin , née comtesse Amélie de Schmettau. — Placée dès son enfance dans un pensionnat de Breslau pour y recevoir une éducation à la mode, elle en sortit après huit ou neuf ans avec quelques connais* sancesen musique , mais du reste si ignorante, qu'elle était encore très-peu exercée à lire et à écrire. Elle se montra de plus si gauche dans les sociétés , que sa mère la mit à Berlin dans un pensionnat tenu par un certain athée français nommé Prémonval. Elle y resta dix-huit mois , non pour apprendre à lire et à écrire , mais à danser , à parler français , avec un
^„ LA DivmrrÉ
pea de mythologie. Sous la direction d'un pareil gnide, sorti de l^école de Lamethrie, elle oublia nécessairement Ws idées religieuses qu'on lui avait inspirées précédemment. Revenue à la maison paternelle , elle ise dégoûta bientôt de la vie enimyease et froide du grand monde; son orgueil était froissé, d'ailleurs, de se v6ir, par suite de son ignorance , incapable de parler de tout , comme les autres demoiselles de qualité, avec un air d*esprit et de savoir. Elle résolut d*acquérir cette facilité par la lecture. Sans aucune direction pour le choix des ouvrages , il lui fallut s'abandonner à un loueur de livres, qui lui en envoyait de temps en temps. Quoique ce fassent des romans et qu'elle les dévorât , cette manie de lire ne produisit sur elle d'autre effet que de lui faire aimer la solitude, qu'elle partageait entre la lecture et la musique. Peu à peu une certaine réminiscence de ses premières impressions religieuses lui fit considérer son état moral : elle en conçut une peur terrible de Tenfer et du diable. Le besoin de se rassurer éveilla en elle ce penchant à la méditation, qui occupa nue grande partie de sa vie, et qui, enfin , par bien des écarts et par les sentiers stériles de la sagesse naturelle, la conduisit à la porte de la vérité eéleste. Le sentiment de la dignité morale de l'homme, l'importance de la distinction entre le bien et le mal , se réveillèrent en elle. Tels furent les résultats de la réfiexion à laquelle s'était assujétie une jeune personne de quinze ans. Combien peu de son sexe, par la lecture des romans , deviennent capables de faire une réflexion sérieuse sur leur conduite. Cependant la jeune comtesse n'échappa pointa la contagion qui, d'Angleterre et de France, par les frivoles écrits d'un Voltaire, d'un Helvétius, d'un Diderot et autres , répandait l'incrédulité , le matérialisme et le libertinage de la pensée parmi tous les grands et dans la plupart des cours. La princesse, guidée par le sentiment du juste, mais étrangère à la religion positive, cherchait, par le moyen de sa raison , à se rendre évidentes les vérités de
Texistence de Dieu et de rimmortalité de l'âme. Même après son mariage avec le prince de Gallitzin en 1768 , elle continaa , avec une ardeur toujours croissante , à consacrer la plus grande partie de ses lieures à réfléchir sur sa destination en ce monde, et des sujets semblables. Gallitzin, son époux, était admirateur passionné de Voltaire et de Diderot. Partout où la princesse se trouva , en l'accompagnant , elle ne découvrit que la iicence la plus immorale et la plus profonde corruption. Ces expériences la déterminèrent, au commencement de Tannée 1770, à se retirer tout-à-fait du monde et de son commerce, pour se consacrer exclusivement à l'éducation de ses enfants, Marianne, née en 1769, et Démétrîos, né en 1770, et pour suppléer à ce qui avait été si fort négligé dans la sienne propre. Après plusieurs années de séjour en Hollande , où son mari était ambassadeur de Russie, elle établit, en 1779, son domicile à Munster. Là elle se lia d'amitié avec M. deFurstenberg, à qui ses connaissances en fait d'éducation avaient acquis une grande renommée. Cependant elle continua longtemps encore à n'appuyer la conduite morale que sur Tamour de soi ou Fégoïsme, et s'efforçait , d'après ces principes , de faire de ses enfants des gens de bien. Ce ne fut que plus tard qu'elle reconnut Tinsufflsance de ces principes d'éducation , et regretta d'avoir, manque de croyance , fondé la sienne si tard sur la base de la mérité religieuse. En Tannée 1783, la miséricordieuse main de Dieu lui envoya une grave maladie. Gomme elle commençait à prendre un caractère fort sérieux , M. deFnrstenberg envoya son confesseur au. lit de la malade pour lui offrir la croyance au Sauveur et les secours de TEglise. Elle s'en excusa, manque de conviction. Toutefois , elle fit à M. de Furstenberg une réponse qui le tranquillisa, lui promettant sans doute, si Dieu lui prolongeait la vie, d'étudier sérieusement le christianisme et de s'en instruire. Elle guérit , et , pendant sa convalescence , elle commença effectivement à réfléchir n. 8.
sur le christianisme. Vers la fin da mois d*aoAt 17S6, èU revint à la foi et à TEglise. Profondément conyaineiie, pv ses réflexions et son expérience , de la faiblesse humaine, i^ vement pénétrée de Finsuffisance de ses forces, èUe pana te reste de ses jours dans la prière , dans des combats contre*'' volonté propre et dans des regrets sar sa vie passée. L*i^' négation de soi-même , la plus profonde humilité et le renofr cément à sa volonté étaient devenus son exercice continveL: Sous la direction de Furstenberg et particnlièrem«At de M sage confesseur Overberg , elle s*avança dans les vola k la piété et de la mort continuelle à soi-même. Ses demièm années furent une grande épreuve de sa résignation à la volonté de Dieu. Elle avait à lutter contre des maladies coa*: tinues et douloureuses. De plus, son mari étant mort, A eut beaucoup à souffrir de la part de sa famille , qui raooh sait d avoir contribué à faire prendre à son fils la résolQtfoi, non -seulement de se faire catholique, mais d'embrasser 1^ tat de missionnaire dans le Nouveau -Monde. Enfin, après M très douloureuse maladie , qu'elle souffrit avec une religieM patience, elle mourut le 27 avril 1806, munie de tout» tel consolations des mourants.
An 1788. — M. Allègre, jeune ministre protestant, convertit peu avant la révolution, et écrivit à ce sujet la M tre suivante à M. Thayer, autre ministre protestant ooiverti :
« Monsieur, vous avez eu tant de part à ma converm que la reconnaissance m'engage à vous en apprendre en déj tail les circonstances. Je viens donc , pour m'acquitterdefl^ que je vous dois, vous inviter à bénir le Seigneur de lltfi" reux changement qu'il a opéré dans mon cœur. Souffres qM je me félicite du bonheur que j*ai de vous témoigner rtf*
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feetiûn et le respect que j'ai pour vous : sentiments que m'ont Inspirés Thistoire de votre conversion et les détails édifiants qu*une Inain charitable m'a communiqué sur votre eompte. Pour vous , monsieur, qu'anime un zèle si ardent pour la gloire de Dieu , avec quel plaisir n'apprendrez- vous pas que , tandis que vous recevez tant d'abjurations , la relation de votre conversion est lue avec fruit en province ! « Je suis fils de ministre, et j'ai été ministre moi-même. Mon père , mort depuis longtemps, me laissa fort jeune avec deux frères dont je suis Tafné , sous la conduite de notre mère, femme respectable, dont Tunique occupation Ait dèslors de veiller à notre éducation et de nous donner de bonnes mœurs : elle vint s'établir avec nous à Ntines, et nous fit entrer au collège de MM. les Doctrinaires. A peine j'eus fini mes premières études, que cette bonne mère, consentant à s'expatrier, nous accompagna à Lausanne , où j'ai passé six années sous ses yeux. Je dois donc rendre grâces à Dieu d'avoir été élevé par une aussi bonne institutrice^ dont la conduite édifiante et les bonnes leçons ont fait germer dans mon cœur la vertu et la piété, m'ont peu à peu corrigé de mes défauts , et ont ainsi préparé de loin ma conversion. La tendresse de ma digne mère était trop vigilante pour que je pusse tomber dans le libertinage des autres jeunes gens. Mais le démon, qui a plus d'un moyen pour nous perdre, m'inspira de lire, lorsque j'étais en pbilosopbie, les ouvrages de quelques incrédules modernes , auteurs dangereux , qui se cachent sous le masque de la probité et de la religion même pour saper plus sûrement les fondements de la foi; méprisables auteurs , qu'il suffit de connaître pour être à l'épreuve de leur fausse philosophie et de leur séduisante éloquence : c'était à peu près ce que dès gens de bien me disaient contre ces auteurs. Hélas ! je prenais leur défense. Dieu sait le regret que j'en ai. Cependant leurs mauvais principes diminuèrent insensiblement mes sentiments de religion et ré-
daisîrent mon christianisme à bien peu de chose. Je trouvai alors fort commodes les principes des protestants , selon lesquels chacun est juge de sa foi. Je me fis un système de religion d*où les mystères furent bannis. Vainement m'aurait-on opposé l'autorité de l'Ecriture et des textes formels ; j'en aurais aisément éludé la force , en leur donnant un tour favorable à mes principes, à Texemple, je ne dis pas des socinieus , mais d'un grand nombre de protestants qui rejettent réternité des peines, le mystère de la Trinité, l'existence des démons , etc. , quoique ces dogmes soient assez clairement énoncés dans les livres saints. En général , on peut dire que les protestants s'abusent par ce respect qu'ils prétendent avoir pour l'Ecriture , qui n'est dans le vrai pour eux qu'un fantôme de juge auquel ils font dire tout ce qu'ils veulent , et dans les décisions dut[uel ils ne voient que ce qu'ils croient.
a Je persistai pendant plus d'un an dans cette espèce d'incrédulité assez générale parmi les protestants. Il est vrai qu'elle n'était pas absolument décidée chez moi. Je doutais, je craignais de me tromper ; je demandais souvent à Dieu qu'il me fit connaître la vérité. Il eut pitié de mon état. Une longue maladie , qui suspendit mes études , me donna le temps de m'occuper de la religion : j'étais bien loin encore d'en croire les mystères ; Dieu changea mon cœur d'une manière extraordinaire. Un soir, après avoir eu avec une personne , qu'il serait inutile de nommer, une longue conversation sur le socinianisme, j'allai me coucher; le lendemain , je trouvai ma façon de penser toute différente ; je ne me sentis plus de répugnance à croire les dogmes que j'avais rejetés jusqu'alors.
« Dieu ne laisse rien d'imparfait, ce qu'il a commencé il l'achève. C'est ce qu'il a fait à mon égard : en cessant d'être socinien , je commençai à douter de la vérité du calvinisme; le titre de calviniste me choquait; car, outre qu'il attestait la nouveauté de notre croyance , je ne voulais pas me dire le
diidple d'an homme. D'ailleurs, disais-je en moi-même, je ne vois pas pourquoi Ton ne pourrait point mettre Luther, Calvin et lenrs sectatenrs au nombre des hérétiques : comme eux Luther; le chef des réformés, a soutenu des opinions opposées aux opinions reçues : comme eux il a été anathématisé par TEglise assemblée : comme eux il a protesté contre le concile qui Ta condamné. La lecture des ouvrages de Nicole contre les protestants fit naître en moi de nouvelles réflexions. Dès-lors il ne me fut plus possible de douter qu'ils ne fussent coupables de schisme. Pour se laver de ce reproche , les protestants disent qu'à la vérité ils se sont séparés de l'Eglise romaine, mais que TEglise romaine n'est point la vraie Eglise. On leur demande où était donc la vraie Eglise avant Luther et Calvin ! Ils sont forcés de dire qu'elle était invisible. On les presse par cet argument auquel il est difficile de répondre : La vraie Eglise doit toujours subsister, suivant les promesses de son fondateur ; elle ne peut subsister sans une profession publique de foi , puisque c'est le devoir des fidèles de confesser Jésus-Christ devant les hommes ; donc la vraie Eglise doit toujours être visible.
« Au reste , Nicole n'était pas le seul qui me rendait la referme suspecte. Les écrits polémiques des protestants , ceux en particulier de Jurieu produisaient sur moi cet effet. Vous eonnaissez , monsieur, le fanatisme de ce ministre , et ses inconséquences qui sautent aux yeux ; mais , pour ne parler que du plus fameux de ses ouvrages , quelle idée pouvais-je avoir d'un système qui ne fait entrer la société des protestants dans l'Eglise de Jésus-Christ qu'en ouvrant la porte de cette sainte Eglise aux sectes les plus opposées par leur croyance et leur profession de foi ?
« Cependant on me fit faire les études relatives au ministère. Pendant le peu de temps que je consacrai à cet objet , J'aurais dû perdre de vue mes difficultés et mes doutes, si Jen'avais eu occasion de remarquer la cohérence qui se trouve
i4â LA DIVINITÉ
entre les principes de la religion catholique ; je la fis remarquer à un de mes amis. Ne serait-ce pas là, lui dis- je, une preuve de la vérité et de la divinité de cette religion ? Non , me ré* pondit-il , mais plutôt de son ancienneté. Cette réponse, dans le sens que je la pris , n'était pas capable de diminuer le respect que j'avais pour l'Eglise romaine. Je puis dire qu'alors même j'étais catholique , puisque si une maladie dangereuse m*eût fait voir la mort de près , je n'aurais pas hésité à demander un prêtre, et j'aurais volontiers passé par-dessus quelques difficultés qu'il me restait encore à résoudre. Ce fut dans ces dispositions que je quittai Lausanne pour retourner en France , charmé de venir dans un pays où la religion catholique était établie et où je pouvais promptement trouver des secours spirituels , si la mort venait à me surprendre. Cependant , pour ne pas faire une démarche imprudente , je me remis sur de nouveaux frais à chercher la vérité. Je lus d'abord une partie de l'histoire des variations des protestants , par M. Bossuet , ouvrage si propre à me faire sentir la justesse d'une réflexion que l'auteur met à la tête de sa préface: a Si les protestants, dit-il, savaient à fond comment s'est formée leur religion , avec combien de variations et avec quelles circonstances leurs professions de foi ont été dressées ; comment ils se sont séparés premièrement de nous ,
et puis entre eux cette réforme dont ils se vantent ne
les contenterait guère ; et, pour dire franchement ce que j'en pense, elle ne leur inspirerait que du mépris. » Et quel autre sentiment, en effet, peut-on avoir pour la réforme, quand on lit dans l'histoire les emportements de son auteur, ces propos indécents dans lesquels il fait intervenir, tantôt d'une manière ridicule le nom du diable , tantôt d'une manière impie le nom adorable du Sauveur. D'ailleurs, les changements successifs qu'a subis la doctrine des protestants et les divisions continuelles qu'il y a eu entre eux depuis leur schisme, devraient , ce me semble, leur prouver invinciblement, d'uu
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cMé , que la yérité n'est pas chez eux , puisque la vérité est une; et, de l'autre, la nécessité d'un tribunal infaillible qai termine les disputes et entretienne Tunité, la paix et la charité.
« Quelques progrès que j'eusse déjà faits dans la recherche delà vérité, je ne me déclarai point alors pour elle, parce qu'il me restait encore plusieurs doutes à éclaircir : ainsi , après avoir été pendant un an proposant à Saint-Laurent, dans le diocèse de Nîmes, je fus placé sous le même titre à Hontaran, près d'Uzès. Ce fut la Providence elle-même qui me conduisit dans cette paroisse, dont le respectable vicaire devait, par sa conduite édifiante et ses bonnes prières, avancer l'ouvrage de ma conversion. Il était impossible que je ne fusse pas touché de la régularité de ce saint prêtre , de son désintéressement, de son amour pour les pauvres, et que je n'aimasse toujours davantage une religion qui lui inspirait tant de zèle et de ferveur. J'eus avec lui , sous certains prétextes, une longue conversation , dans laquelle, distinguant soigneusement les articles de foi des opinions, il m'exposa avec clarté la doctrine de l'Eglise catholique, et me présenta plusieurs motifs de crédibilité en sa faveur. Les difficultés que je ne pus lui proposer alors , et la solution de ces difficultés, furent le sujet d'une correspondance par lettres, que nous eûmes quelque temps après notre entrevue. Le culte des saints étak ce qui me faisait le plus de peine , parce que ^ le croyais contraire à l'Ecriture, qui ne nous défend pour* tant nulle part d'honorer les serviteurs de Dieu et d'avoir recours à leurs prières. L'invocation de la sainte Vierge , en f particulier, me paraissait condamnée par la réponse de Jésus à Marie, qui lui demandait un miracle aux noces de Cana : femme p qu'y a-t-il entre votts et moi? Tandis que j'aurais dû observer que, quelque dure que paraisse la réponse du Sauveur à sa mère, il ne laisse pas d'accueillir sa demande ' ^de Texaucer, puisqu'il accorde à son intercession un mira-
iU LA DIVINITE
de d*autaBt plas grand , qu*il dérangeait en qaelqne sorte Tordre de la Providence , le temps de manifester sa gloire n'étant pas encore venu.
« Pour la présence de notre Seigneur dans reucharistie,' j^étais assez disposé à la croire, quand je lisais sans préjugés rinstitution de cet auguste sacrement. J*ai vu, depuis, les preuves multipliées de ce dogme ; mais dès-Jors même les propres principes des calvinistes me le faisaient regarder comme très-compatible avec le salut , puisqu'ils offrent leur communion avec les luthériens qui le croi^t, et dans la doctrine desquels ils conviennent unanimement qu'il n'y a point de venin. La présence réelle une fois admise, la manière .dont les catholiques Tentendent, et* les conséquences qu'ils en tirent, ne devaient rien avoir de rebutant pour beioI , et devaient , au contraire , me paraître très-justes et très-naturelles. Mais les préjugés de mon enfance me revenaient toujours dans Tesprit , et résistaient à tous les moyens d^instraction que j'employais. Persuadé que Dieu seul pouvait me faire connaître la vérité , j'eus recours à la prière ; je ne l'a« vais jamais négligée, j'en fis alors un usage particulier. Je ne cessai de demander au Père des lumières qu'il éclairât mon esprit.
« Combien de fois lui ai-je dit avec' la plus grande ferveur: Mon Dieu, ouvrez les yeux de mon entendement, afin que je sache dans quelle religion je dois vivre et mourir. Pour ne mettre nul obstacle aux grâces de Dieu, dont j'avais un si pressant besoin , je tâchai de me corriger des plus petits défauts : je m'imposai même des privations et des pénitences. Dieu fut touché de mes vœux et de mes bonnes dispositions. Deux semaines avant la fin de Tannée que je devais passer à Montaran, lorsque j'étais indécis sur ce que je devais faire, ou , pour mieux dire , comme j'étais bien déterminé à prendre encore une année pour me décider, le saint vicaire dont j'ai parlé me fit passer ia relation de la oonver*
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sion d'un ministre protestant opérée à Rome à Foccasion des miracles du pieux Labre. Quelle impression fit sur moi la lecture de ce petit ouvrage ! Je ne pouvais révoquer en doute la réalité des miracles que M. Thayer avait examinés avec toute la défiance d*un protestant. Il était entré dans la plus grande discussion des points controversés; 11 ne s*était rend» qu'à révidence. Des miracles aussi bien appuyés, un exem*pie aussi frappant que le vôtre, voilà, Monsieur, ce qui acheta de me convertir. Je lus avec transport la prière qui se trouve dans votre relation, et je l'adressai plusieurs fois à Dieu, avec le plus vif désir d'être exaucé. Je m'occupai ensuite des moyens de me rendre à Avignon. Après avoir fait à Dieu la sacrifice pénible de ma famille et de mon état, et pris quelques arrangements nécessaires , je vins me jeter entre les bras de M. le supérieur du séminaire de Saint-Charles , qui m'accueillit avec tous les témoignages d'amitié et de charité que l'on peut attendre d'un vrai ministre de Jésus-Christ. Mon premier soin fut de proposer, soit à M. le supérieur soit à MM. les directeurs, ses dignes confrères, toutes les difficultés que j'avais eues et celles qui me restaient encore : les réponses qu'on me fit ne laissèrent rien à désirer. Je méditai ensuite avec soin sur les preuves de la vérité de la religion catholiquCi et une forte conviction prit la place des doutes. Je ne soupirai plus qu'après le moment de mon abjuration, que je fis le jour de la fête de saint Pierre, mon patron. Que de grâces n'ai-je pas reçues de Dieu depuis ce jour I II a daigné me recevoir quelquefois à sa table. A l'anxiété, à Fincertitude^i me désolaient » il a fait succéder dans mon cœur la tranqnillité et la paix ; et la crainte de la mort et des jugements de DIeq a fait place à la confiance et à la joie. Maintenant je ne désire rien par rapport à moi, si ce n'est que Dieu joigne à tant de grâceâ qu'il m'a faites , celle d'une reconnaissance proportionnée à la grandeur de ses bienfaits : Quia misericordia tua magna est super me : et eruUti anim^m meam ex inferno inferiori. n. 9
<t Voilà, Monsieur, en peu de mots , Thistoire de ma conversioD. Je désire qu'elle puisse vous édifier. Qu'il me soit permis , après vous avoir renouvelé mes protestations d'estime et d'attachement, de vous demander une grâce : c'est que vous vous souveniez de moi dans vos prières^ et que l'abondante moisson que Dieu vous prépare dans un pays éloigné ne vous fasse pas oublier une âme dont la conversion est , pour ainsi dire, votre ouvrage. Si vous daignez m'écrire quelques mots d'édification, et m'apprendre les nouvelles merveilles que Dieu a opérées par votre moyen , croyez que je sentirai le prix de cette faveur. Je me ferai un devoir à raveniir, si vous le voulez bien , de vous apprendre tout ce qui pourra m'arriver d'intéressant , surtout si Je prends l'état ecclésiastique , et si j'ai ce nouveau trait de ressemblance avec une personne que je voudrais pouvoir imiter en tout.
« J'ai l'honneur, etc.
An 1788. — Lelchevalierde MarHneau.L'}ûsto\reàesaL conversion et de sa mort est rapportée dans la lettre suivante d'un directeur du séminaire de Paris à un de ses confrères : u Monsieur et cher confrère , vous me demandez un détail de la conversion de M. de Martineau ; je vous Tenvoie d'autant plus volontiers que , malgré les vifs regrets qu'excite dans mon cœur le souvenir de ce respectable ecclésiastique, je trouve une grande douceur à m'occuper encore de lui. Vous comprenez déjà qu'avec l'histoire de sa conversion que vous attendez , je vous envoie celle de sa mort que vous n'attendiez pas ; vous lirez l'une et l'autre , je l'espère, avec beaucoup d'intérêt , et vous ne manquerez pas de les faire lire à M. Allègre, votre cher néophyte. Il y trouvera de quoi s'affermir de plus en plus dans la religion qu'il vient 'embrasser, en reconnaissant , dans la personne de M. Mar-
DE Jtsfss-mast. mr
tioean, raceoroplisaemeni le plus marqué de cette promesse de TEsprit saint : « Celui qui craint le Seigneur Jouira d'un grand bonheur à la fin de sa vie , et il sera béni au Jour de sa mort . » Timenti Dominum benè eritin extremis, et in die defunctionis suœ benedicetur (Eee\. 1 , 13); bonheur dont il n'eût pu jouir, s'il n'avait eu celui de mourir dans le sein de TEgUse et muni des derniers secours qu'elle porte à ses enfants.
« Pierre-Mathieu-François Saint- Avit de Martineau de la Jalqne naquit le 8 mars 1708 , dans la petite Yille de Sainte* Foi y en Agénois^ d'un père et d'une mère faisant profession du calvinisme) mariés à la manière des protestants. Peu de jours après sa naissance , il fût baptisé par un ministre de la prétendue réforme ; mais, à l'âge de quatre ans, il tomba entre les mains de quelques lélés catholiques qui , ayant lieu de suspecter la validité de ton baptême, le firent rebaptiser soos condition.
a Son père , lorsqu'il le vit en état de commencer ses étu* des I l'envoya au collège de Bordeaux, il savait bien qu'en le confiant aux instituteurs de cette maison , il le Hvrait à des maîtres qui lui itispireraieut des sentiments fort différents des siens, mais il se rassurait sur les leçons qu'il se proposait de lui donuer lorsque le temps des vacances le rappellerait auprès de lui. Dès son premier voyage, il n'omit rien avant le départ pour le prémunir contre les principes de la foi catholique. L'enfant ne fat que trop docile aux impressions que ce premier maître avait pris soin de jeter dans son esprit. Il fit toutes ses humanités avec un succès qui répondait à ses heureuses dispositions ; et , par les attestations de ses professeurs, que J'ai trouvées après sa mort, on voit qu'il se distingua toujours entre ses condisciples. On remarqua de plus qu'il sut également se concilier l'estime de ses maîtres par les belles qualités de son esprit , et gagner leur affection par les agréments de son earactère. Ils crurent pendant
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quelque temps élever an enfant catholique , mais ils découvrirent dans sa conduite quelques traits d'hypocrisie ; tontefois ils ne désespérèrent pas de le gagner peu à peu , et d'en faire un enfant de TEglise. Lorsqu'on lui témoignait les soupçons qu'on avait sur sa religion , il en était quitte pour dissimuler adroitement les sentiments qu'il conservait toujours dans son cœur. Ainsi , quand on lui eut reproché de s'être échappé plusieurs fois de la chapelle pendant la sainte messe, ou de s'être caché pour n'y point assister, il s'y rendit assidu. Il se confessait tous les mois pour seconformer à la règle du collège, mais il faisait un jeu de la confession; et, lorsqu'il se trouvait avec ses parents ou ses amis protestants, il plaisantait sur ce qu'il avait dit à l'oreille du confesseur. Celui-ci lui parla souvent de la première communion pour l'engager à s'y préparer. Sa réponse ordinaire était , que la chose avait trop d'importance pour n'y pas penser longtemps , et qu'il ne pouvait se déterminer à la faire si tôt. Sorti du collège, il se démasqua, et reprit, dans la maison paternelle, tout le langage qu'on y parlait. Il venait d'achever sa rhétorique. Son père, gentilhomme d'une fortune aisée, et jaloux de lui procurer une éducation conforme à sa naissance et au dessein qu'il avait de le mettre ab service , n'épargna rien pour en faire un officier capable de se distinguer dans la profession des armes. Comme il avait une taille avantageuse , de la souplesse dans les membres et beaucoup de dextérité , la danse , le manège et l'exercice des armes firent remarquer en lui tous les talents extérieurs qui peuvent relever ceux de Fesprit. Au mois de mai 1780, on obtint pour lui une place sur la frégate la Raillettsef commandée par M. de Saint-Côme. Il avait dix-neuf ans, lorsque, par ordre de M. de la Touche, lieutenant-général des armées navales , il s'embarqua pour passer en Amérique. Après avoir servi vingt mois en qualité de volontaire navigateur, au mois de janvier 1783, il reçut ordre de s'embarqua sw le vais-
seau du roi la Victoire, commandé par M. le cheYaiier d'Albert Saînt-Hippolyte, chef d'escadre. Ce second service ayant fini par le retour du vaisseau dans les ports de France , il se rendit chez son père au mois de mai 1782, bien résolu de suivre la carrière où il avait fait les premiers pas. On voit , par les certificats des officiers supérieurs sous Tordre desquels il avait fait ses deux campagnes , qu*il avait su mériter leurs suffrages autant par sa conduite et ses mœurs que par sa bravoure et sa fidélité à la discipline militaire. Ce n'est pas qu'il ne s'ep soit quelquefois écarté; son génie vif et bouillant, joint à son habileté à manier les armes, Texposait plus que beaucoup d'autres à tourner contre lui-même et ses collègues celles dont il ne devait user que contre les ennemis de la patrie et de Tétat ; plus d'une fois il oublia la défense imposée par les lois divines et humaines à tous ceux qui portent le glaive, de l'ensanglanter par un crime; il se laissa emporter à la fureur du duel. Mille fois , depuis que la religion eut tout changé en lui , il a béni le Seigneur de n'avoir point péri dans ces détestables combats , comme de n'avoir porté le coup de la mort à aucun de ses complices. Il n'y pensait qu'avec horreur ; et , de tous les égarements de sa vie, c'était celui dont le souvenir faisait les plus vives impressions sur ison esprit.
« De retour dans sa famille , il s'appliqua à cultiver ses talents militaires, et attendit Foccasion la plus prochaine de s^embarquer de nouveau. Comme il aimait beaucoup l'exercice, son père lui fit présent d'un beau cheval , sur lequel il se promenait souvent sans lui mettre de mors, pour ne point lui gâter la bouche. Voulant un jour le monter, et ne trouvant point le bridon avec lequel il avait coutume de le gouverner, il se contenta d'un licou. L'animal , qui se sentit plus libre qu'à l'ordinaire, eut à peine fait quelques pas, qu'il prit le galop sans que le cavalier pût venir à bout de le retenir ; il eut bientôt parcouru un très-long espace de terrain , et , loin
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de modérer ta course^ pins il avaisçait , pttis sdn impétaoslté redoublait. Le Jenne officier, pour éviter le péril affreux dont il était menacé , prit le parti de se débarrasser et de se Jeter par terre ; en se précipitant , il se reoversa snr une de ses jambes ; la secousse fat si violente , que le poids de son corps fit casser cette même Jambe, et &vec tant de bruit , qu*il ne put douter, à l'instant même de sa chute, de Taccident funeste qni venait de lai arriver. Quelques personnes de la campagne, qni travaillaient près de là , aecoururent À l'instant; il avait déjà perdu connaissance. On le transporta ehez son père, où Ton n'eut rien de plas pressé que d'appeler un chirurgien pour visiter la jambe et pour la remettre. On conçoit aisément tout ce que dut soaffHr, dans cette douloureuse opération, un Jeune homme naturellement fort impatient^ et combien ii lui en coûta de se voir condamné à garder ie lit durant des mois entiers. Il eut tout le temps de se livrer à ses réflexions; celle qui le tourmentait le plus, c'était la crainte de ne pouvoir dans la suite marcher que très-difficilement, de demeurer même peut-être boiteux tout le reste de sa vie. La toDgueur de sa guérison ne contribua pas peu à augmenter cette crainte; il fut contraint de garder le lit plus longtemps qa'il n*est ordinaire après un accident semblable. Dieu, qui voulait l'attirer à lui , ne prolongea ses souffrances et l'espèce de captivité où il avait permis qu'il fût réduit , que pour le forcer en quelque sorte à rentrer dans son cœur, et à s'occuper moins de son sort temporel que du sort étemel de son âme. Soit que les instructions qu'il avait entendues au collège de Bordeaux lui revinssent à l'esprit , et commençassent à produire en lui ce qu'elles n'avaient pu opérer alors , soit qu'il fut visité par quelque zélé catholique du pays , qui plaignait plus son aveuglement spirituel que la situation de son corps , et qui entreprit de l'instruire ( ce que Je n'ai pu découvrir), il est certain que les grâces , tant intérieures qu^Ktérieures , qu'il reçut alors , ne trouvèrent plus
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ccear aussi iDdocile qu'il l'avait été jusque-là. On n'est Jamais mieux disposé à reconnaître la vérité de la religion catholique et le vice des sectes qui Font abandonnée , que lorsque, seul avec Dieu et soi-même , on sait arrêter ses regards sur les années éternelles, et méditer l'Evangile. Le Inme chevalier de Martineau en fit l'expérience ; et , con- IQdDCU déjà de la fausseté de la doctrine qu'il avait sucée il? ec le lait , il prit la résolution d'y renoncer pour se faire Mtholiqne. Mais de si heureuses dispositions ne furent pas ik longue durée; la bonne semence qui promettait des RHiits permanents de salut fut étouffée presque aussitôt qu'on ràvalt vue naître. Les souffrances étaient le moyen dont la fttyine Providence s'était servie pour lui faire ouvrir les peux à la lumière ; mais , assuré de sa guérison , il oublia htent^t ses promesses, et ne pensa plus à renoncer à l'er- KVDr. Les démarches éclatantes qu'il s'agissait de faire pour idffarer le calvinisme , les sacrifices que ce changement exigeait de lai, et surtout la faiblesse de son cœur, qui n avait Bas le courage de rompre les liens de ses passions , ni de s'é~ lever au-dessus du respect humain , ennemi si terrible aux Icônes gens, tout cela fit avorter le généreux dessein qu'il jBvait formé de se convertir.
« Au retour de la santé dont il était enfin à la veille de iouir, après plusieurs mois de langueur et d'ennui , le sou- ^mir de Téternité s'éloigna entièrement de son esprit ; et , (désabusé des dogmes de Calvin, dont il sentait l'absurdité, ■ans avoir le courage de dévouer à la religion catholique un «Bur dont Tambition et les autres passions de son âge s'étaieat emparées de nouveau , il ne savait plus lui-même ce 4|a'll était ; il ne se félicitait plus que des avantages dont on la flattait et des moyens de s'avancer qui l'attendaient après «m rétablissement, lorsque la main , qui l'avait frappé si ruteaent une première fois , lui porta un nouveau coup au- ^1 il ne s'attendait pas et qu'il n'avait pas même lieu d'ap-
préhender. Comme te chirurgien l^assnra que sa jambe était parfaitement remise et qu'il pouvait commencer d'en faire «sage, muni des appuis qu'on prend en pareil cas , il essaya «de marcher ; il n'avait fait que trois ou quatre pas , lorsque le pied lui ayant glissé , sa jambe se brisa une seconde fois : nouvel accident qui fut infiniment plus fâcheux que le pre* mier. Les secours- ne lui manquèrent pas; mais la seconde fraction se trouva I)eaucoup plus dangereuse que la première , et le chirurgien ne dissimula point la difficulté qu'il y aurait, non -seulement à rétablir la jambe, et surtoat sans que le jeune officier perdit rien de la bonne grâce avec laquelle il marchait , mais encore à la conserver. Je voudrais être à portée de recueillir ici tout ce qui se passa dans son âme et tout ce que lui suggéra , dans cette extrémité , la violence d'une douleur qui devait peu différer du désespoir. Ce que je sais au moins , c'est qu'il ne put méconnaître dans cette seconde chute une punition du ciel , et qu'il ne tarda pas à s'en avouer digne par ringratitude avec laquelle il avait abusé de sa guérison. On ne l'eut pas plus tôt rapporté sur son lit, qu'il l'arrosa de ses larmes; mais ce n'était encore que des larmes arrachées par le sentiment d'une douleur aigûe; ii ne tarda pas à en verser qui furent le fruit d'un cœur brisé par la contrition. « Hélas ! disait-il , « que deviendrai-je s'il faut en venir à me couper la jambe , c comme j'en suis visiblement menacé ? (on crut long-temps « qu'il n'y avait plus d'autre parti à prendre) et s'il faut suc bir cette terrible opération , qui m'a dit que je serais du «I petit nombre de ceux qui ont le bonheur d'y survivre ?» Ces réflexions lui étaient toujours présentes ; se voyant menacé de si près d'être enlevé de ce monde et porté au tombeau , il ne pouvait penser sans frémir que son sort roulait sur l'effrayante alternative ou d'être éternellement dans le séjour des incrédules et des impies , on d'aller jouir du bonheur promis aux fidèles et aux pécheurs sincèrement con-
îertis. Ainsi I n'ayant plas la force de résister aux sollicitatioDs pressantes de la grâce , et persuadé qu'il serait hors de h voie du salut tant qu'il ne se jetterait pas entre les bras de l'Eglise romaine , il se détermina à faire venir secrètement un vertueux curé qui n'était pas éloigné de sa maison. Celuici, aussi consolé des dispositions où il le trouva qu'il avait été affligé de son retour à ses premières erreurs lors de sa eonvalescencci seconda ses désirs de conversion avec tout le lèle d'an digne ministre de Jésus-Christ et de son Eglise. Il rinstraisît dans les fréquents entretiens qu'il eut avec lui , et la dirigea avec autant de sagesse que d'a^ection et de charité. Mais, pendant que la grâce avançait Tœuvre de Dieu, dans son âme, les hommes de Part à qui sa jambe était livrée voyaient s'affaiblir de jour en jour l'espoir de le rétablir. Le mal crut tellement, que, désespérant de pouvoir rejoindre les deux parties de la jambe , ils décidèrent qu^on procéderait incessamment à l'amputation. On en faisait tous les préparatifis , et en même temps on y disposait le malade par toat ce qui peut inspirer la patience et la force nécessaires dans une épreuve si douloureuse. Il forma dès-lors la résolution inébranlable d'exécuter, si Dieu lui accordait de nouveau la guérison , un projet qui était un gage bien assuré do changement de son cœur ; c'était de quitter la maison paternelle, où il voyait bien qu'il ,ne pouvait faire son salut, pour faire hautement profession de la religion catholique. A son second baptême, on lui avait donné saint Pierre pour patron ; il l'Invoqua alors, pour la première fois de sa vie , en lui promettant de ne plus vivre séparé de l'Eglise, mais d'embrasser la foi et de tout sacrifier à son salut. Après avoir pris ses mesures avec Dieu et avec son âme , il pria instam- .,ment son père de consentir qu'on différât l'opération. C'est , à moi-même ou en ma présence qu'il a assuré plusieurs fois que , du moment qu'il eut fait cette prière , il s opéra un changement si heureux dans l'état de sa jambe, qu'il l'a toun. 9.
Jours regardé comme une sorte de miracle. On continua donc de le panser sans lai parler d*amputation , et l'on attendît le moment favorable de Ty déterminer. Mais Ton fut bien surpris de trouver sa Jambe, au bout de quelques Jours , entièrement différente de ce qu'elle avait été Jusque-là. Le doigt de Dieu se montrait trop sensiblement à lui dans une guéridon si désespérée de ceux qui le traitaient ou qui le visitaient , pour qu'il ne le reconnût pas. Il renouvela sa résolution et s y affermit plus que jamais; dès-lors plus de projet de service de marine, ni de démarches pour avancer sa fortune. Il était sincèrement catholique dans le cœur ; mais il lui fallait un guide pour marcher dans la carrière où Jésus-Christ l'appelait , et il ne lui fut pas aisé, tant qu'il garda le lit ou la chambre, de se le procurer. Il fut assez heureux toutefois pour se ménager quelques entrevues avec le ^\gae ecclésiastique qui avait déjà tenté l'œuvre de sa conversion , et l'on convint des mesures que Ton prendrait dès que le malade serait en état de sortir. Ce ne fut qu'après onze mois , depuis sa chute, qu'il se trouva rétabli. On craignait beaucoup pour lui , et il craignait lui-même que sa Jambe, après avoir essuyé tant de traitements entre les mains des chirurgiens, n'eût contracté, soit quelque difformité considérable, soit une faiblesse qui rendit son pas défectuepx ; on s'attendait même à le voir boiter un peu ; mais on fut heureusement trompé , et tout ce qui lui resta fut un anneau qui s'était formé autour de sa Jambe, ù l'endroit de la fracture. Un succès aussi complet, loin de lui faire oublier la main paternelle qui, après l'avoir affligé, venait de le guérir si parfaitement , ne fît que ranimer sa ferveur ; le premier usage qu'il fit de ses jambes fut d'aller rendre à notre Seigneur ses actions de grâces et recevoir les charitables avis du pieux directeur qui lui avait déjà porté les premiers secours spirituels. Celui-ci lui donna à lire V Histoire des variations , les Avertissements et les /nsiructions pastorales y avec V Exposition de la doctrine ca^
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thoHque et autres ouvrages de M. Bossuet , composés pour la défense de la foi contre les protestants. Quoiqu'il n'eût étudié ni théologie ni philosophie, il comprit assez ce qu'il lisait pour se convaincre de la nécessité d'embrasser la religion eatholiqne. Mais comment se déclarer pour elle dans le sein d'une famille où le nom seul de l'Eglise romaine était en horreur? Il sonda les dispositions de son père i qui Taimait tendrement. Il espéra que son affection le rendrait , sinon favorable, du moins indifférent sur son projet. De temps en temps, il hasardait quelques mots dans la conversation, à dessein de faire entrevoir le projet qu'il roulait dans son esprit. Il savait se taire quand il le fallait, de peur de choquer un père dont il était infiniment jaloux de conserver l'amitié. Celui-ci se borna d'abord à prendre le ton de la plaisanterie, et son cœur paternel substitua cette peine douce et légère à la rigueur que lui eût inspirée contre un autre son attachement pour sa secte. Le jeune homme , enhardi par cette espèce d'impunité , prit ses moments pour s'ouvrir davantage et pour annoncer sans détour qu'il pensait très-sérieusement à se déclarer enfant de l'Eglise catholique. Alors on changea de langage à son égard ; aux représentations et aux railleries succédèrent les reproches et les menaces. Tous deux se trouvaient dans une étrange perplexité. L'amour filial ne cédait qu'avec peine dans le cœur de l'un aux motifs supérieurs qui lui faisaient un devoir de la résistance ,* une affection réciproque combattait chez l'autre la nécessité où il croyait être de sévir contre son cher chevalier. Chacun s'occupait du dernier parti qu'il avait à prendre. On sait que le zèle de la religion chez les sectaires est capable de se porter aux derniers excès. L'affection qu'avait toujours eue ce père infortuné pour son enfant se changea en résolution de le déshériter, f\\ en venait à abjurer le calvinisme , et de le bannir de sa maison. Un traitement si dur plongea le jeune de Martinenu dtns la douleur la plus amère, mais il ne le découragea point;
lae LA DIVINITÉ
pour prévenir le coup , il résolut de s'éloigner Ini-méme deh maison paternelle ; et , déterminé à se voir privé de toot plutôt que de perdre son âme , il se concerta avec son directeur et un curé voisin qui connaissait à Poitiers des prétrei aussi vertueux que lui , sur les moyens de mettre son projet à exécution. La maison de M. Bernard, alors professeur de philosophie et depuis principal du collège de Poitiers, M Tasile que Dieu prépara à ce généreux transfuge. Tout M disposé secrètement pour le voyage ; et , dès qu'il eut tXNMhé la somme qui kii était due pour appointemi nts de son servies de mer, il partit. Rendu à Poitiers , il alla se Jeter entre ta bras de i^homme charitable qui devait lui servir de père; il en fîit reçu avec une charité et une tendresse qui soulagèrent beaucoup la douleur quMl avait ressentie de s'être vu obligé de fuir de la maison paternelle , et le chagrin qui le suivait partout de s'en voir exilé peut-être pour toujours, sans avoir pu dire adieu à la personne du monde la plus chère à son cœur. Depuis plusieurs années il avait perdu sa mère; il était inconsolable du malheur qu'elle avait eu de mourir hors da sein de TEglise. Il n'avait plus qu'un père et qu'un Arère, mais qui lui étaient devenus plus étrangers que si jamais il n'avait eu de rapports avec eux. Quelle tribulation pour nn fils plein d'âme et des grands sentiments que donne la reil' gion ! Dieu lui fit éprouver alors ce que promet Notre-Selgneur à ceux qui auront quitté pour lui père et mère , frèrSi sœur et ami ; pour un père et un frère selon la chair, qnH venait de perdre, il en trouva plusieurs selon Tesprit. M. Be^ nard et M.deSenailhac, ci-devant principal du collège de Poitiers , et depuis vicaire- général de Saint-Claude, eurent bientôt connu tout le prix du dépôt que la divine Providenee avait remis entre leurs mains. Ils l'instruisirent , et en pende temps ils le trouvèrent capable de recevoir les sacrementsde pénitence et d'eucharistie. Gomme il n'avait assisté aux pré^ ches que dans son enfance > et que , depuis son retour do
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eMégeie Bordeaux chez son père, où li s'occupait moins des exercices de sa religion que de ses fonctions militaires, il n'y avait point repara ; comme d'ailleurs la vie édifiante qu'il m€pait à Poitiers , depuis qu'il était arrivé daus cette ville , était déjà un témoignage éclatant de sa foi et de sa vertu , on ne jugea pas nécessaire de r^eevoir son abjuration avec la solennité ordinaire. La confession , dont il avait fait si longtemps un sujet de dérision et une profanation horrible, était devenue pour lui une source de consolation et de paix. Sa première eommunlon offrit à ceux <^i en furent témoins un spMtaek attendrissant. Tout ee qu'il avait perdu en quittant la maison de son père, il le retrouvait dans le pain céleste , avee les délices intérieures qu'il n'avait jamais connues.
« Les hommes de Dieu qui lui administraient les secours ^rituels n'étaient pas moins attentifs à ses besoins temporels. Il n'avait emporté, en quittant Sainte-Foix, sa patrie, qae la somme de 427 livres, qui était la récompense de son service militaire , ressource précieuse que Dieu lui avait comme mise en réserve pour le besoin actuel où il venait de se trouver, et qu'il se félicitait de n'avoir reçue que deux ans après son débarquement. Ce secours lui avait fourni les frais de son voyage et de quoi faire les premières dépenses de son séjour à Poitiers. Ses protecteurs , après l'avoir instruit et fortifié dans les principes de la foi qu'il professait , le placèrent dans la maison d un respectable magistrat ( M. de la Mardière ), conseiller au présidial de cette ville, pour y remplir les fonctions de précepteur ; il fut chargé de l'éducation de deux enfants ; il s'en acquitta avee un zèle et une intelligence qui le firent bientôt estimer et chérir comme le premier enfant de la maison. Tout cela n'était point la maison paternelle ; et , en esprit chaque jour auprès du père et du frère avec lesquels il ne lui était plus permis de vivre , il ne pouvait trouver que dans la méditation de quoi soutenir le poids de la douleiMT qui l'accablait. A la tristesse qui paraissait sur
son visage lorsqu'on lui parlait de sa famille, on s'apercevait bientôt du chagrin qu*ii nourrissait dans son cœur ; on n'en sentait que mieux le prix des services quHl rendait et de ce que l'on faisait pour le payer de retour. Dans toutes les maisons de Poitiers où l'on s'entretenait du jeune chevalier de Martineau, de ses malheurs, de son esprit, de ses talents, des charmes de sa conversation, de sa douceur, de sa tendre piété , c'était à qui en ferait le plus d'éloges.
« Prêt à tou); et capable de tout , on eût voulu pouvoir le multiplier et le posséder tout à la fois dans plusieurs des premières maisons de Poitiers. Une partie des moments libres qui lui restaient après avoir donné des leçons à ses élèves, il ia consacrait à instruire un autre enfant dans une maison voisine de celle de M. de la Mardière. Mais, plus occupé encore du soin de se former lui-même , il assistait aux leçons de philosophie que donnait M. Bernard au collège, et il s'y distinguait autant par ses succès que par sa vertu. Elle fut mise plus d'une fois à l'épreuve ; mais , outre l'esprit de lumière qui l'avait conduit dans cette ville , il avait , dans les personnes qu'il fréquentait , plus d'un ange visible qui veillait sur lui et savait le mettre en garde contre les périls auxquels était exposé son salut; tous les pièges qu'on lui tendit ne servirent donc qu'à l'affermir dans la vertu. Qnelques-uns
de ses condisciples lui proposèrent une fois d'aller à la comédie : il refusa ; et , aux instances qu'on lui fit pour l'y entraîner, il répondit en homme incapable de se laisser ébranler. Plus il résistait, plus on le pressait de se rendre. Dans la pensée que peut-être il était arrêté par la petite dépense qu'il faudrait faire , on lui offrit un billet : c'eût été une conquête et un triomphe pour les jeunes gens qui l'entouraient; mais tous leurs efforts n'aboutirent qu'à faire connaître la fermeté de son âme et la solidité de sa vertu. On ne fut pas tenté, dans la suite , de lui faire Jamais semblable proposition. Autant ceux qui aimaient leur plaisir étaient jaloux de
l'attirer à eux, aotantll avait de zèle à les attirer à Dieu. « Non , m'écrivait M. Tabbé d*Âviau y depuis archevêque de Bordeaux , je n*ai rien vu en lui , ou entendu , qui ne tendit au bien , à la perfection ; et comme il cherchait à répandre sur ceux qui Tentouraîent le beau feu dont il était consumé, plus d'une fois Dieu a béni les essais de son zèle. »
L'épreuve dont je viens de parler n'est pas comparable à feelle dont j'ai été informé tout récemment par Thomme du monde le mieux instruit sur ce qui le regarde. Une vertu médiocre y eût succombé; la sienne n'en devint que plus so- Hde et plus forte. Peu de temps après qu'il eut quitté Sainte- Foix , sa patrie, on l'accusa dans cette ville d'avoir joué la religion en la faisant servir dé voile à un commerce criminel , dont on prétendait donner des preuves sans réplique. On ajoutait qu'il avait fui au moment où le scandale devenait trop public pour qu'il pût se dérober autrement à la dif« fumation. Les apparences rendaient le fait si vraisemblable , et les couleurs qu'on lui donnait étaient si séduisantes , que les catholiques de Sainte-Foix, comme les calvinistes, ne croyaient pas pouvoir l'en disculper. Le curé même, qui avait adressé M. de Martineau à M. deSenailhac, d'après lequel je raconte le fait, le crut comme les autres* Il en écrivit à celui-ci , et il le fit en homme qui voulait obliger son ami , lui marquant qu'il était trompé par le prétendu converti à qui il avait fait accueil ; que c'était un jeune homme sans mœurs et un hypocrite, dont on ne parlait plus à Sainte-Foix qu'avec indignation et horreur. M. de Senailhac le connaissait trop bien pour ajouter foi à l'imputation. Après avoir hésité longtemps s'il lui en parlerait, il fut déterminé, par des raisons de prudence et de sagesse , à ne pas lui laisser ignorer la calomnie. Une accusation si cruelle fut pour loi un coup de foudre qui le frappa rudement sans le renverser. « Ce sont, dit-il, mes ennemis qui me poursuivent; Jamais je n'ai fait rien de semblable à ce qu'ils m'imputent.
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pas même étant calviniste. » M. de Senailhae le eoBSoh,, sortOQt en lui rapportant que saint Athanase , entro pMeun { autres, avait essuyé une calomnie encore plus atroce, pok-j qu'elle tombait sur la personne d'an évèque, a Pdiit4trei| lui répondit-il en sanglotant , que Dieu fera omnattre innocence. » Elle fut reconnue en effet ; mais ce ne iàt qa'i bout d*un an , et sans qu'il eût rien fait ni ri«i éeift pou se justifier. La fausseté du bruit qui s'était répandu eoBtn: son honneur fut mise dans une évidence à laquelle 11 étdt impossible de se refuser. Aussi tous les catholiques qui IV valent cru coupable firent-ils aux calomniateurs qui avakit accrédité Topinion publique, des reproches proporttonBéii Tinjure qu'ils avaient faite à sa réputation. C'est ainsi qw Dieu , après avoir éprouvé son serviteur, le vengea de la manière la plus éclatante, et confondit la malice denses penécuteurs par l'hommage qu'on fut forcé partout de rendn à sa vertu.
» Il était alors dans sa vingt-unième année ; il se sentait de l'attrait pour l'état ecclésiastique : un des motife qui Vj portait était le désir, s'il avait le bonheur de parvenir an lacerdoce , de consacrer les prémices de son zèle à aller teater la conversion de son père et de son frère. Plein d*ard«iret d'émulation par caractère , cette perspective augmentait beaucoup l'énergie de son âme. Il fallait, pour exécuter son dèasein , entreprendre un cours de philosophie : depuis plus de trois ans il avait perdu de vue les belies-lettret^, et, entièrement livré à l'étude de la navigation, il avait négligé totalement la lecture des auteurs latins. Avec moins de pénétration et de facilité , il lui eût été impossible d'embrasaff tout à la fois tant d'occupations différentes, et il eût entrepris trop de choses pour réussir dans aucune; mais préceptaor excellent dans deux maisons, il était encore meilleur élève dans l'université , où il étudiait la philosophie. Les élémaob de cette science, tout arides qu'ils sont, ne le dégoûtèrent
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point. Ce fàt an jeu pour lui , et en quatre ou cinq mois il fit de si rapides progrès dans la logique et la métaphysique, qa'on pensa à le produire au premier acte public. Il accepta Toffire qu'on lui fit d'ouvrir la carrière des thèses au commencement d'avril , en disputant sur la partie de la philosophie qu'il avait déjà parcourue; et le programme était imprimé lorsque la même Providence qui l'avait conduit à Poitiers sembla avoir de nouveaux desseins sur lui.
y La sensation que fit ce jeune étudiant dans la ville parmi toutes les personnes vertueuses , ne tarda pas à inspirer le plus grand intérêt à son sort. M. l'abbé d'Aviau , vicairegénéral ^ depuis archevêque de Vienne, ne fut pas le dernier à s'occuper de lui. Il avait lu depuis peu de temps la relation de la conversion de M. Thayer, cet ex-ministre de Boston, depuis missionnaire apostolique, dont tout le monde sait riiistoire , et qui venait de recevoir la tonsure au petit séminaire de Saint-Sulpice , où il demeurait : il la fit lire à M. de Martineau , celui-ci fut frappé des traits de la grâce dont elle était remplie; et ce qui lui fit une impression toute particulière , ce fut d'apprendre que M. Thayer soupirait comme lui après le moment où , ayant reçu le sacerdoce , il pourrait se rendre auprès de son père et de ses frères , ne désirant rien tant, après son propre salut, que de leur procurer le trésor de la foi. M. d'Aviau ayant connu ses dispositions, lui obtint une place au séminaire de Saint-Sulpice, où M. Thayer lui-même se préparait , par l'étude de la théologie , à recevoir les saints ordres. Les deux néophytes s'embrassèrent avec tendresse , comme deux frères en Jésus- Christ qui , après avoir couru les plus grands périls sur mer, se trouvent miraculeusement rendus au même port. M. de Martineau fut un modèle de piété et de vertu. Il reçut le sousdlaconat au mois de septembre 1787. Sa santé s'était altéifée : elle se rétablit dans le courant de l'année suivante. Mais, au mois de décembre 1788, ayant travaillé au-delà
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de ses forées dans un Incendie qui avait éclaté mt sémlnairt, il en tomba grièvement malade , et moorat dana les plus admirables sentiments de résignation et de patienee, •
An 1790. -r- Nicolas- Joseph-Albert de Diesbach. —Né à Berne le 15 février 1732, d'une des familles les plus distinguées du canton , il était d'abord entré au service, et devint capitaine dans le régiment d'infanterie dont le comte de Diesbach, son oncle, était colonel, au service du roi de Sardaigne. Étant entré par basard dans une église à Turin , il fut frappé d'un sermon de controverse qu'il enteDdit, s'entretint ensuite avec le prédicateur et finit par rentrer dans le sein de l'Eglise. Son changement ayant été oonni, on le renvoya du régiment et on confisqua son patrimoine, en vertu de la tolérance que les protestants prêchent avec ' tant de chaleur , qu'ils oublient de la pratiquer. Le roi de ' Sardaigne donna à M. de Diesbach une compagnie dans un de fies régiments italiens, et le jeune officier époqsa la fille du consul d'Espagne à Nice. H en eut une fille qui depuis se fit religieuse. Pour lui , ayant perdu sa femme , il quitta le service , entra chez les Jésuites en 1759, et reçut les ordrek Il se consacra aux missions, et rendit de grands services en Piémont et en Suisse; il donnait des exercices et des instructions à Turin, allait à Fribourg, et visitait ses parents pnh testants , qui , toutefois, ne lui rendirent pas son bien; sealement une de ses sœurs lui comptait chaque année la po^ tion du revenu qui lui était échue. La suppression de la Société afOigea vivement le P. Diesbach, et il .conçut l'espoir de parvenir à la rétablir ; il se donna beaucoup de mouvement à ce sujet , de concert avec le P. Yirgineo, jésuite piémontais, qui est mort à Vienne lors de la première Invaikm des Français , ayant été victime de son zèle à assister les nu-
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bdfli àênê les hApifaux. Le P. Diesbach , visita aussi, eomme Mliflloniiafre , une partie de l'Allemagne et de la France , et mounit à Vienne vers 1798. Il avait publié le Chrétien catholique inviolablement attaché à sa religion , le Solitaire chrétien catholique, ainsi que quelques antres livres de piété. Il avait aussi un frère , mort catholique, qui était maréchalie-eamp au service de France, et qui commandait un régi* Mut suisse au commencement de la révolution.
An 1800. — FrédériC'Léopoldj comte de Stolberg^ né à Bramstœd, dans le Holstein , le 7 novembre 1750. Son pèrci .Btnistre du roi de Danemarck, ne négligea rien pour Téducation de'son flls^ il l'envoya faire ses études à Goettingue , puis à Halle. Le jeune comte se distingua par ses progrès dans les lettres ; il apprit non-seulement le latin et le grec , mais encore le français, l'anglais et l'italien; il s'appliqua aussi à l'étude de la philosophie et de la jurisprudence , et montrait dès ce temps un amour ardent poujr la vérité. A peine eut-il terminé ses cours, qu'il se fit remarquer , comme éerivain et comme poète , par une traduction en vers de 11liade d'Homère^ ainsi que par plusieurs autres ouvrages en prose et en vers. Il devint bientôt Tami intime de tous les sa* vants et beaux esprits de TAliemagne, tels que KIopstock , Cramer , Gleim , Yoss , Goethe , Lavater. Il fit , en la compagnie de ces deux derniers, un voyage dans la Suisse, le Milanais, le Piémont et la Savoie, avec son frère aîné Christian, qui partageait tous ses goûts littéraires. En 1782 , il épousa Agnès, baronne de Witzlében, femme d'un rare mérite, qui lui donna quatre enfants, et mourut en 1788. Cette dame faisait, ainsi que son mari , profession de la religion luthérienne. Le comte de Stolberg occupa plusieurs emplois honorables; il fut successivement gentilhomme de la
chambre da roi de Danemarck , ministre plénipotentiaire de Lubecl^ à Gopenliague , ambassadeur de DanemarclL à Berlin /président dn goavemement à Eutin , envoyé extraordinaire du duc d*01denl)oarg en Russie, où il fut décoré des ordres de Sainte- Anne et de Saint-Alexandre Newski.
Pendant Tannée 1789 , M. de Stolberg épousa , en secondes noces, Sophie, comtesse de Rœdem, dont il eut neuf enfants. Il fit avec elle un voyage en Italie et en Sicile, de 1790 à 1793, parcourant cette belle contrée en observateur, et rédigea même une relation de ce voyage où Ton admire tour à tour la pureté de son goût , le brillant de son imagination ) la variété et retendue de ses connaissances, la rectitude de son jugement.
Le comte de Stolberg avait puisé , dans sa première éducation , des sentiments religieux qu'on retrouve dans tous ses écrits, et qui allaient se fortifiant avec l'âge. Bien loin de se laisser entraîner à cet esprit d'irréligion et d*anarchie qui , de la France bouleversée de fond en comble , se répandait en Allemagne, il travailla constamment à y mettre une digue. Dans cette vue, il publia en trois volumes une traduction des derniers discours de Socrate et des plus sublimes dialogues de Platon, avec des notes et une épitre dédicatoire adressée à ses fils. Ces notes, et surtout la dédicace, excitèrent contre lui les amis de la révolution, beaucoup plus répandus alors qu*on ne le suppose dans les universités germaniques. Frédéric-Léopold avait hautement et publiquement manifesté son zèle pour la religion ; on osa publiquement lui reprocher d*étre chrétien.
L'esprit révolutionnaire avait même pénétré dans les sciences morales et théologiques. Une grande partie des ministres protestants, se laissant aller au courant des nouvelles doctrines, en proclamaient les principes, soit dans des ouvrages exégétiques, soit dans les chaires des temples et des écoles, et livraient le texte des saintes Ecritures aux interprétations
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les pins hardies et les plas révoltantes. Au même temps , le clergé de France , pour être resté fidèle aux règles de l'Ëgllse, était dispersé dans toutes les contrées de TËurope. Le nord de l'Allemagne avait reçu un assez grand nombre de ces honorables proscrits, et leur courage était un témoignage de plus en faveur deTËglise à laquelle ils appartenaient. Le comte de Stolberg se joignit aux âmes généreuses qui accueillirent ces fugitifs et qui s*empressèreut d'adoucir les rigueurs de leur exil. Ce fut dans ces circonstances qu'il commença de s'occuper plus particulièrement de religion , et de chercher la vérité de bonne foi. Il eut occasion de connaître la princesse de Gallitzin, née comtesse de Schmettau , qui , après avoir résidé à La Haye, où son mari était ambassadeur, s'était retirée à Munster et y avait embrassé la religion catholique. Cette dame, d'un esprit élevé et d'une piété solide , avait de fréquents entretiens avec le comte, tantôt sur la religion, tantôt sur des matières de littérature et de philosophie. Elle contribua beaucoup à le fortiffer dans ses re* cherches , et à dissiper les préventions qu'il avait conservées de son éducation. M. de Stolberg étudia TËcriture , les Pères de TËglise et les controversistes. D'abord il n'avait cherché dans les Pères que le mérite de l'éloquence et la force du raisonnement; mais leurs ouvrages lui découvrirent l'antiquité de la doctrine catholique et la nouveauté du protestantisme. Toutefois il ne se pressa point ; et , mettant dans ses recherches toute la candeur et la maturité d'une âme droite, il travailla, pendant plusieurs années, à s'environner de toutes les lumières. A cet effet , il noua une correspondance avec M. Asseline , évêque de Boulogne, réfugié alors en Allemagne. Il exposa ses doutes au prélat, qui y répondît par des réflexions qui ont été insérées dans le t. 6 de ses Œuvres choisies^ et que le comte reçut avec la plus vive reconnaissance. Toutefois il lui restait bien des obstacles à vaincre; le rcsped humain , la perte des titres honorifiques et peut-être de
la fortune, les railleries d*une famille entière, de nombreux amis et compatriotes trop prévenus , l'éclat qu'allait faire une démarche extraordinaire , tout cela aurait arrêté peutêtre une âme moins généreuse , mais le comte de Stolberg se mit au-dessus de toute considération humaine ; après sept ans d'examen et de recherches , il rendit hommage à la yérité. S'étant démis de toutes les places que le duc d'Oldenbourg lui avait confiées, il se rendit à Munster, ainsi que sa femme, et tous deux y abjurèrent le protestantisme en mai 1800. Deux fragments de lettres montrent quelle était la ferveur de leurs sentiments :
«1 Munster, i6 mai xSoo.
a Mon cœur et ma chair ont tressailli de Joie dans le Dieu vivant ; le passereau trouve sa demedre, et la tourterelle se fait un nid pour y déposer ses petits ; vos autels , Dieu des vertus , 6 mon roi et mon Dieu , sont Tasile où maintenant Je repose en paix et dans l'allégresse^
« Voilà; Madame, voilà les sentiments dont mon âme devrait être pénétrée. Inttidé d'un torrent de sainte joie , mon cpur devrait être un temple où la louange du Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob , la louange du Dieu et du.Père de notre Seigneur Jésus-Christ , se fit entendre sans cesse, car il a fait miséricorde à moi et à Sophie , et il la fera à mes enfants. Il a regardé avec une complaisance indulgente le désir de connaître la vérité , désir que lui-même avait &it naître. Il a exaucé les prières ferventes que plusieurs saintes personnes lui adressaient pour moi , prosternées aux pieds des autels. Il est tombé de mes yeux comme des écailles dans le moment où mon cœur opposait une disposition d'amertume et de dégoût à la douceur d'une manne céleste que Dieu me faisait offrir.
« Lsov. »
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« Eutin, i6 août 1800.
' « Je ne saurais vous exprimer combien je suis pénétré de la grande idée que Dieu a bien voulu nous faire, à Sophie et à moi , la grâce de nous faire entrer dans son Eglise : c'est un bonheur toujours nouveau pour nous. Que notre louange de son nom ne tarisse pas, jusqu'à ce que nous entonnions le nouveau cantique! 11 est bien juste que ce bonheur soit mêlé de quelque amertume; la situation dans laquelle nous nous trouvons dans ce moment n'en manque pas. On nous fait, on nous abandonne Je voudrais déjà être à Munster, car notre situation ici est pénible au-delà de ce que Je pourrais vous dire. Je sens cependant qu'il ne tient 9i'& moi de cueillir des roses immortelles de ces épines; que r edui qui a bien voulu se faire couronner d'épines m*en .donne la grâce! qu'il veuille dompter ma nature rebelle, et
bi faire subir volontiers le saint joug de la croix ! Quelle
grâce Dieu nous a faite I que son saint nom en soit béni éternellement. »
Après sa conversion , le comte quitta Eutin , et se fixa pendant onze ans à Munster ou dans les environs : il habita «nsulte le comté de Ravensberg , et enfin le château de Sondermulhen, dans le pays d'Osnabruck. Il eut la satisfaction de voir tous ses enfants suivre son exemple; ceux qui étaient en âge de raison embrassèrent aussi la religion catholique, les autres furent élevés dans les principes de cette religion. .Iln*y eut qu'une fille du premier lit, qui, ayant épousé le ,eointe de Stolberg-Wernigerode, persévéra dans le protestiatisiDe. On n'a pas besoin de dire que M. de Stolberg hotara sa démarche par tout le reste de sa conduite. Il était ûdèle aux pratiques de piété. Dès lors ses travaux prirent un caractère plus grave, et il s'occupa principalement de sujets
de religion. D traduisit en allemand deux écrits de saint Au*
gustin : De la vraie Religion et Des Mœurs de l'Eglise chrétienne. Mais son ouvrage le plus important est VEistoire de la Religion de J.-C.y qui parut pour la première fois à Hambourg, en 1806, et eut successivement quinze volo-rj mes. Cet ouvrage commence à la création et va jQsqa*à l'an 450 de l'ère chrétienne; il suppose beaucoup de recherchei et un grand zèle pour la religion. L'histoire profane y estsoavent mêlée avec l'histoire sainte. Le style en est agréable et varié, la critique saine, les réflexions courtes et Justes. Lu traditions des peuples, les égarements de la mythologie, les anciens usages de l'Eglise , la réfutation des erreurs et de lincrédulité, tout cela jette dans le récit un vif hitérét : auni cet ouvrage a confirmé beaucoup de catholiques dans leur croyance, et ramené plusieurs protestants. On dit que c*est «{ à cette lecture que le prince de Mecklenbourg a dû sa oon- ^ version. Dans ce moment, on imprime à Rome, avec les presses de la Propagande , une traduction de cet ouvrage en italien. ^
Quoique V Histoire de la Religion demandât beaucoup de i recherches, et que les volumes se succédassent rapidemaity ^ cependant Fauteur trouva encore le temps de composer d'au- i très ouvrages, tels qu'une traduction d'un Discours de sainte Catherine de Sienne y sur la perfection ^ une Vie d'Alfred' le-Grandy la Vie de saint Vincent de Paule, un opuscule de V Esprit du siècle y etc. , des Réflexions sur la sainte £• criture , et enfin le Livre de la Charité , plein de piété et d'onction , qui parut quelques jours après sa mort , et peut être regardé comme son testament.
La dernière année de sa vie , se voyant attaqué par le conseiller yoss,plus furieusement que jamais, et jusque dans son honneur, le comte de Stolberg ne crut pas pouvoir se dispenser de lui répondre ; mais il le fit avec une modération rare. Il regrettait, disait-il à ses amis, d'être obligé de montrer la fausseté des imputations de son adversaire , et il craf-
gnait qQ*on ne le soupçonnât de quelque ressentiment. La maladie dont i( fut atteint , et qui était provoquée, en grande partie, par la peine qu'il éprouvait de se voir aussi outrageusement calomnié par un homme qu'alors même il appelait encore son ami , Tempécha d'achever cet écrit, qui fut terminé et publié par son frèi^, sous le titre de Coufie ré" futoHon du conseiller Voss,
La mort du comte de Stolberg fut digne de sa vie. L'abbé Keliermann , ecclésiastique estimable, qui avait été gouve^ neur de ses enfants , et qui occupait alors une cure à Munster, étant venu passer quelques Jours à Sondermuhlen à la fin de novembre 1819 , parut avoir été envoyé par la Providence pour donner au comte les dernières consolations. Dès le lendemain de son arrivée, M. de Stolberg tomba malade. Un médecin des environs d'Osnabruck , ayant Jugé la maladie mortelle, le comte témoigna aussitôt le désir de recevoir les sacrements , qui lui furent administrés dans la nuit du 3 an 4 décembre. Il voulut se lever pour adorer à genoux le Saint-Sacrement , et il édifia tous les assistants par la vivacité de sa foi. Six heures avant sa mort , il fit venir tons ses enfants , et leur adressa la parole à tous , puis à chacun en particulier. Il leur recommanda de prier pour les morts , de demeurer fermes dans la religion catholique et de conserver Funion entre eux. Souvent, avant sa maladie, il les avait exhortés à pardonner au conseiller Vosâ ses procédés , et il répéta cette invitation avant de recevoir le viatique et Fextréme-onction. Il ne nous est pas permis, dit-il , de nous dispenser de prier pour lui. Depuis , il ne nomma plus cet adversaire , et il ne s'occupa plus que de l'éternité. Sentant ses forces diminuer , il demanda lui-même les prières des agonisants, que sa fille Julie et son confesseur commencèrent auprès de lui. Les larmes les empêchant decontinuer, le mourant continua lui-même les prières. Ses dernières paroles furent : Loué soit Jésus-Christ! Il mourut quelques instants après 11. 10
les avoir proférées, le 5 décembre 1819 , vers sept heures du soir , étant âgé de soixante-neuf ans. 11 avait composé lui-même son épitaphe ainsi conçue : Ci-gît Frédéric-Léopold de Slolberg, né le 7 novembre 1750 , mort le... Dieu a tellement aimé le monde ^ quHl a donné son fils unique y afin que quiconque croit en lui ne périsse point , mais ait la vie étemelle. Il défendit à sa famille de rien ajouter à cette épitaphe ; car , disait-il , lorsqu'il est question de Téternité , il faut taire les choses qui passent avec le temps. II fut enterré, sur sa demande, à Stockampen, en Prusse, auprès d'un de ses entants, François de Stolberg , qui y était mort le 29 mars 1815 , à Tâge de treize ans, ayant montré , dans un âge si tendre, une innocence de mœurs , une disposition à la piété et une résignation toachant&s»
• An 1800. — Sarrosm 9 célèbre ministre calviniste à Genève , fut ramené à la religion catholique par la vue des persécutions endurées avec tant de patience par le pape Pie YI. ( Voir sa Confession de fol, publiée à cette époque. )
An 1802. «—Une conversion dont les motifs furent publiquement développés et juridiquement déposés à la grande chancellerie d'Angleterre, est celle de Mme Hartzinger^, née à Angerstroem. Elle avait vécu jusqu^en 1802 dans une complète indifférence sur la religion. A cette époque , étant âgée de cinquante ans, elle voulut en avoir une avec connaissance de cause. Elle se met d'abord à étudier la liturgie anglicane, principalement les trente-neuf articles. N*y trouvant pas les éclaircissements qu'elle cherchait, y voyant au contraire des choses contradictoires, elle consulte, d'après
ravis de son frère , les plus habiles ministres. Leurs réponses lui paraissent vagnes , incertaines et contraires les unes aux iQtres. Ayant demandé à Fun d^eux sll avait le pouvoir de remettre les péchés , ainsi que Notre-Seigneur le donna IQX apôtres^ tout déconcerté il répondit que c'était pour lai une question si nouvelle et si inattendue , qu'il n'y avait pas encore pensé Jusque-là. Afin de pouvoir mieux comparer xs diverses réponses , elle les écrivait sur la marge de son Ivre de liturgie. Ne trouvant point la lumière de ce côté, elle se tourna d*un autre. Gomme elle recevait dans sa maison plusieurs émigrés français, et parmi eux quelques ecclésiastiques, elle les engageait , comme malgré eux , à discuter tanlAttel point de controverse, tantôt tel autre. Nos compa* :riotes se prêtaient avec peine à ces discussions , de crainte ]a*on ne les dénonçât comme des faiseurs de prosélytes. Quellaes-uns mêmes pensaient à quitter la maison pour éviter ses controverses sans cesse renaissantes, lorsque tout d*un BOQp cette dame se déclara catholique et fit publiquement son ibjuration. Son mari , à la suite d'affaires moitié politiques Dsoitié commerciales dont il avait été chargé sur le contilent , avait reçu défense de reparaître en Angleterre. Son ftls étudiait pour être ministre anglican. Quand la mère eut déclaré sa conversion , un membre de la famille, son frère, toi fit promettre juridiquement , si elle voulait conserver la tutelle de son fils et de sa fille , qu'elle n'userait point de son mtorité pour les engager à suivre son exemple , ce qui l'aurait mise dans le cas d'être déportée à Botany-Bay. Le fils , çrès avoir en grande partie achevé ses études, fut pris d'un sml de Jambe qui le retint plusieurs semaines sur son Ht. Peniant ce temps , il lisait les ouvrages anglicans qui devaient le préparer à son examen de ministre. Qui le croirait I c'est la lecture de ces livres-là même qui le convertit , et un jour, HUIS que personne s'y attendit^ il annonce à sa mère qu'il Kt catholique , et demande un prêtre pour recevoir les der-
niors sacrements , persuadé qn'il devait moQrir Iràeiitôt. Il mourut en effet peu de jours après. A ce coup , toute la famille s*émeut et crie à la séduction. Le frère de madame Hartzinger la dte par-devant le chancelier, comme préTenue d'avoir provoqué le changement du jeune homme par des moyens illégaux. Arrivée à la chancellerie , elle prête sèment que ni elle ni personne de sa maison n'a influencé la démarche de son fils. Interpellée par le chancelier de déclarer qui l'avait «ec^wï^ elle-même, elle raconte l'histoire de sa conversion, annonce que ce qui Ta éloignée de Tanglicanisrae , c'étaient les réponses insoutenables et contradictoires des ministres ; et , pour preuve , fait voir ces mêmes réponses écrites jour par jour sur la marge de sa liturgie, qui reste déposée à la chancellerie. Gomme il n'y avait rien à répondre, on assoupit l'affaire et il n'en fut plus question. Pendant ces débats , la fille partageait les préventions des autres parents et entretenait une correspondance active avec son père. Le calme rétabli, sa mère se contentait de prier pour elle, lorsqu'un jour elle l'aperçoit à genoux devant une image de la sainte Vierge; surprise, elle lui demande ce qu'elle fait là. « Ah ! ma mère, lui répond l'autre en se jetant dans ses bras, et moi aussi je suis catholique. » Elle s'était instruite et convertie en secret. A cette nouvelle, le père fit venir sa fille auprès de lui , et la mit entre les mains de trois ou quatre ministres protestants, qui, l'un après l'autre , cherchèrent à l'ébranler par leurs raisonnements. A chaque conférence, la jeune personne demandait un délai pour répondre , et puis , sous main , consultait un prêtre catholique. Cette curieuse controverse a été imprimée. Le père , voyant que tous les efforts n'aboutissaient à rien , la renvoya à sa mère. Depuis cette époque Mme Hartzinger s'adonna entièrement aux bonnes œuvres , au soulagement des j^auvres, à la visite des hôpitaux, et mourut dans ces saintes pratiques il y a quatre ou cinq ans.
An 1 808. — Frédéric de SchlégeL — Il était né à Hanovre en 1 773. Gomme Starck et Zoêga , comme fiamann , il devait le jour à un pasteur de la confession d'Augsbonrg. Son père , sarintendant consistorial , autear de cantiques estimés et rédacteur du nouveau cathéchisme hanovrien , le nourrit de la plus pure sève du luthéranisme. Il n'avait rien ^négligé d'ailleurs pour Téducation de ses fils. L'atné, Augnste-Guillaame, grâce à ses liaisons avec Mme de Staël, est devenu Tan des noms les plus européens de l'Allemagne. Le second , Frédéric, se montra bientôt digne du droit d'aînesse, même avec un tel frère; et tous deux devaient encore faire oublier la triple illustration de leur famille , celle de leur père comme littérateur et poète, celle d'un de leurs oncles comme auteur dramatique , et d'un autre comme historien du Danemarek.
Destiné d'abord au commerce , Frédéric était entraîné vers les lettres par une vocation irrésistible et supérieure. Un morceau de lui sur les Ecoles des poètes grecs ^ des travaux philologiques d'une richesse ^t d'une nouveauté remarquables , des aperçus critiques d'un ordre éminent , confiés à un Jour- * nal de Berlin [Allemagne)^ éveillèrent une attention générale.
Quand Frédéric fit paraître , en 1797^ son livre des Grecs et des Romains^ l'originalité de pensée, la profondeur d'é« rudition , firent Jeter un long cri d'admiration , et le vieux Heyne lui-môme , le roi littéraire de Gœttingue, combla d'éloges le jeune homme qui venait de saisir le sceptre de l'esthétique ou de l'art de sentir et déjuger le beau , et qui devait le garder Jusqu'à la fin.
Son amour d'artiste pour le moyen-âge avait singulièrement modifié ses préventions d'enfance contre la foi catholique. Son puissant génie entrevit bientôt que Luther et Calvin , avec leur littérature superficielle , pédantesque , avaient méconnu la grandeur et la beauté du chrlstia- II 10.
nisroe. Il sentit bien vite et profondément qne ^si Fœavre de la création et de la rédemption ne devait aboutir qu'à rinforme réforme du moine défroqué de Wittemberg, la Providence divine et l^hîstoîre humaine ne seraient an fond qu'une ignoble caricature, une moquerie sacrilège de Dieu et des hommes. Il y avait dcmc ches Frédéric une lutte profonde de lui-même avec lui-même. Sa femme , Dorothée' Mendetssohn , fille du célèbre philosophe Juif de œ nom , se trouvait dans un état semblable. Femme d'un grand mérite , auteur elle-même de plasienrs ouvrages distingués en littérature , capable de seconder son mari dans tom ses travaux, le Judaïsme actuel fut loin de répondre à l'étendue de son esprit et de son cœur. Elle vit sans peine que depuis dix-huit siècles, ce n'est qu'un corps sans âme, une lettre morte; et que depuis dix-huit siècles, son âme et sa vie ont passé dans le christianisme. Elle eut donc la pensée d*émbrasser le christianisme protestant. Mais son mari lui lit l'observation que , pour rester à moitié chemin , il ne vakit pas la peine de changer. Ce fut dans cette situation d'esprit qu'ils vinrent l'un et l'autre à Paris. C'était en 1802 , lorsque les temples se rouvraient au milieu d'une influence croissante , et que dix-huit siècles après la mort de son divin fondateur, l'Eglise sortait du tombeau , glorieuse de ses blessures. Frédéric Schlégel assista à ce grand spectacle. Il fut dégoâté du matérialisme qui trônait à l'institut et pérorait sans rival dans les chaires publiques. Il essaya des leçons de philosophie ; mais Cabanis et Fourcroy avaient plus d'autorité que les enseignements spiritualistes d'omtre-Rhin. Frédéric put écrire avec une sanglante t mais juste réprobation , qu'il n'y avait plus parmi nous ni philosophie ni poésie , et que la chimie et l'art oratoire étaient les deux principales branches de la littérature française.
C'est dans ces dispositions qu'il quitta la France en 1803. Peu de mois après, il embrassait le cathoUcisme avec sa
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fanme, dans eette incomparable cathédrale de Ciologne , qai €Bt le plas saMInw chef-d'œavre de Tart chrétien , comme Saint-Pierre de Rome est la plus admirable transfiguration de l'art grec. La sincérité de cette conversion n'a point été Blie en dente. Je crois , dit Heyne Ini-méme , son ennemi , qnll en agit sérieusement avec le catholicisme. En effet , il supprima la seconde partie de sa Lucinde , et n'épargna rien poor effacer le sonvenîr de la première, jusqu'à en retirer 1008 tes exemplaires qui se trouvaient encore en librairie.
Bientôt VEurope succéda à VAthenœum et continua la haute et édatante protestation de Frédéric Schlégel contre le ntioDalisme de Paris et de Berlin. Sans avoir la force d'esprit et de cœur pour imiter le catholicisme complet de son flrm , A.-G. Schlégel s'associait à ses protestations comme par le passé. Celui qui est aujourd'hui le plus grand poète et le plus grand critique de l'Allemagne , Tieck s'unit à ce mouvement avec un abandon si intime qu'on le crut tout-èfait catholique. L'homme que l'opinion désignait conime le légitime et définitif successeur de Kant, Schelling, fut gravement soupçonné dans le même sens. Un troisième , Frédéric de Hardenberg, si connu sous le nom de Novalis, se mourait en composant des chants religieux dont la véritable Eglise ne désavouerait point l'inspiration virginale et sainte. Ces hommes supérieurs auraient pu s'appeler les amis d'Iéna , emnme ceux qui se pressaient autour de Stolberg adolescent l'étaient appelés les amis de Gœttingue.
An 1808. — M. de Hardenberg ^ conseiller provincial dans le comté de Mansfeld. Au nom de M. Hardenberg il bat joindre celui de plusieurs personnages distingués qui se avertirent vers le même temps au catholicisme, tels que ha son frère, qui avait épousé en secondes noces une fille du
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comte de Stolberg» depuis dame d'honneur de la princesse Gonégonde , tante du roi de Saxe; la première femme de M. de Hardenberg avait aussi fait abjuration ; M. le comte de Senft- Pilsach, ancien ambassadeur du roi de Saxe en France, qoi s'est fait catholique, ainsi que toute sa famille, et est actuellement ambassadeur d'Autriche à Turin; le docteur Christian Schlosser, professeur à Bonn , et le docteur et conseiller Frédé* ric Schlosser, deux frères , connus comme littérateurs et publicistes, qui ont fait abjuration , ainsi que leurs femmes; le docteur Nicolas Moeller, actuellement professeur à Funiversité catholique de Louvain. Il s'est converti à Haml)ourg, en 1803 , avec sa vertueuse épouse, Charlotte Alberti, fille du ministre protestant de ce nom , et connu par ses rapports avec Lessing. Cette dame est sœur de la femme du célèbre poète allemand Tieck , laquelle s'est convertie avec sa fille ainée. M. le baron d'Ëckstein , écrivain collaborateur des Annales de Vienne; M. Adam Muller, de Berlin, conseiller de cour à Weymar, depuis consul autrichien à Leipsick , et publiciste distingué; M. Biester,de Berlin, fils d'un homme qui s'était fait un nom par son opposition à la religion; M. Freudenfeld , professeur à Bonn , et pasteur protestant converti , dit-on , en assistant à une instruction qu'un jeune séminariste catholique faisait à des enfants, et parti ensuite pour Rome afin de se consacrer aux missions; les deux frères Gossier, fils du président de ce nom , auparavant étudiants à Bonn , et aujourd'hui demeurant à Berlin : il parait que leur conversion est due principalement au zèle de M. Freudenfeld , leur professeur ; M. Voitz , prédicateur de la cour de Carisruhe, qui a fait abjuration en 1817 , et est aa- Jourd'hui professeur à Fribourg et prêtre; M. Overbeck, célèbre artiste de Lubeck , maintenant à Rome. On dit que d'autres artistes allemands, qui sont dans cette capitale, ont aussi embrassé la religion catholique. £n l'année 1822 , un jeune homme d'une famille distinguée, M. Ernest défia-
DE JË^JS-CnUST. if 7
géra , frère du eâM)re dépoté de ce nom , a fait abjuration à Mayenee pendant le carême , après des instructions préalables, et avee Tassentiment de son père qui est luthérien. M. Ernest de Gagem est entré depuis dans un couYent de Franciscains.
An 1808. — M, Georges Chamberlayne ^ prêtre, qui est nort il y a quelques années , avait été élevé dans la religion protestante et occupait une place dans l'université de Cambridge. Ayant eu occasion de voyager en France peu de temps avant la révolution , il rencontra un père de l'Oratoire , qui Ht' naître en lui quelques doutes sur les fondements du protestantisme. Par son conseil , M. Chamberlayne lut VExpositkm de la doctrine de V Eglise catholique^ de Bossuet, le Discours sur l'Histoire universelle , la Perpétuité de la fin, etc. Ces livres firent impression sur un esprit droit eft Nir un cœur bien disposé. M. Chamberlayne devint zélé catholique, renonça à sa place de Cambridge, et, quoiqu'il ne ttt pas jrane, alla faire ses études à Douai , et fut ordonné ^prêtre. Il fat pendant plusieurs années chargé d'une congrégation dans sa patrie , et mourut à Londres , en 1815 , également aimé pour ses heureuses qualités et estimé pour sa piété et son zèle. Il y a eu en Irlande, il y a peu d'années, i'autres conversions très-remarquables, entre autres celle d'an gentilhomme , M. Charles-Robert Frizell , qui demeure maintenant en France.
An 1809. — M. E. Cleveland Blythe^ médecin, né à Sakm, dans l'état de Massachusets, le 20 janvier 1771 , d^une Cunilkéf^scopale, est aussi revenu à l'Eglise; il voyagea dns \m Indes al en Europe, et ayant lu, jeune encore,
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siastfqae. Le prélat le plaça dans son séminaire d'Atebaflènbourg, où M. Wemer reçut Tordination sacerdotale en 1814. Etant allé a Vienne, il sy livra au ministère de la chaire, préchant Thlver dans la capitale , et Tété dans les provincea environnantes. Un grand concours se portait à ses sermons. La Hongrie, la Styrie, Venise même, forent le théâtre di son zèle. Il passa une partie de Tannée 1817 chez te eomta Nicolas de Grohalski, vice-gouverneur deKaminiek, dans la partie de la Pologne russe, et il y connut TévAque de Ma^^ kiewiez , qui le nomma chanoine honoraire de son égliseLci C^est à son retour de Vienne que ce prédicateur est entr& dans la congrégation du Saint-Rédempteur, fondée en Itaiia par le B. Liguori. On a de M. Wemer quinze différents ouvrages qui Font placé au rang des littérateurs distingués, et qui , pour la plupart , sont antérieurs à sa conversion. Un dss^ plus connus est son poème dramatique des Fiis de la vaUéêu ( 1 803, 2 volumes ). Ses tragédies ont en du succès. En 1807| y il publia son Martin Luther^ qu*il a réfuté lui-même, en 1 8 14. ^^ Il n'y avait encore dimprimé, en 1822, que deux de ses ser-^ mons. Depuis 1814, cet homme estimable a été continuellement en butte aux calomnies et aux sarcasmes des protestantii; on ne peut lui pardonner son changement et son zèle, tandis qu'il est visible que son ancien attachement au protestantisme prouve la droiture de son cœur; il était de bonne foi, il cherchait la vérité, et s*est déclaré pour elle dès qu'il l'eût trouvée.
An 1810. — Une conversion remarquable est celle de M, Jcan-Uenrij Rahké, de Worms. — Né le 7 décembre 1790, de parents protestants , il avait dès son enfance beaucoup de goût pour la religion. Aux approches de la conscription, sotf Bonaparte, il se plaça, pour éviter le service militaire, dans la manufacture d'armes de Mutzig , en Alsace. Il y fit cob-
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naissance avec un peintre estimable, M. Sorg, rentré luimême dans le sein de TËglise catholique. Cet artiste s'intéressa à M. Rahké, et lui donna des leçons de dessin. Pieux, fort attaché à TEglise, et doué d'un caractère aimable, il gagna la confiance de M. Rahké, qui était le premier à lui parler de religion , et à lui demander des explications sur ses diflScultés et ses doutes; celui-ci avait déjà beaucoup lu sur ces matières, et ne pouvait s'empêcher de trouver le protestantisme trop sec, trop vague , et peu fait pour tranquilliser. Il ne voyait dans cette religion rien de touchant, deconso* lant, de fortifiant. M. Sorg, sans provoquer des entretiens sur ce sujet, répondait aux questions de son jeune ami , et lui faisait part de ses propres impressions avec franchise. M. Rahkë eut beaucoup d'obstacles à vaincre : sa famille et ses amis n'omirent rien pour le détourner et l'effrayer ; mais s'étant convaincu du vice de la réforme , il fit publiquement abjuration à Mutzig même , en 1810, y poursuivit ses études , qu'il avait interrompues , et se mit en état d'entrer en philosophie. En 1812, il retourna dans sa patrie, et entra au séminaire de Mayence, où il étudia sous MM Liebermann, Kalt et Mertian. En 1818, il reçut les ordres. Depuis il a été vicaire à Hemnsheim, près de Worms : aujourd'hui il est aumônier à l'hôpital de Mayence , et il remplit les fonctions du ministère avec autant de charité que de zèle, se félicitant tous les jours de la grâce que Dieu lui a faite.
An 1815. Conversions de plusieurs personnages anglais et écossais: Lord Filtz Gérald;\ine sœur de lord Grenvile; lady Arundell; ladtf Burke^ épouse d'un seigneur irlandais ; madame la générale Pèche ; miss Charlotte Slade^ fille d'un général anglais ; M, James Banks , fils d'un ministre protestant; M, Morlatfy ministre anglican, qui a quitté la place Il 11
1S9 KàDivonrÉ
qa'il occupait, est venu en France et areçQ les (k4m i^ crés ; M, Thomton, à Nantes , qai s'est décidé , dit-oll, IN| la lecture de la lettre de M. de Haller; missCamj^^ Ecossaise , la même qui épousa depuis M. le prince de FpHl gnac , et se convertit , en 1 8 1 8 , avant qu*U fût question ià son mariage; cette dame est morte depuis; madame Jitf ningham , née MidcUeton , qui fut un modèle de foi , de du|{ rite et de bonnes œuvres. M. Hill^ lieutenant dans lé premiB régiment des gardes à cheval du roi d'Angleterre , s*étaH converti il y a quelques années, est devenu piètre etn|| gieux , et est aujourd'hui missionnaire en Amérique; deq| personnes de sa famille ont suivi son e^iemple, ratre autn| sa sœur, madame Myott , femme d'un ministre anglican , ||« quelle se fit catholique après la mort de son mari , et es^ aq[| Jourd'hui la supérieure du couvent des dames anglaises, jj Bruges , communauté florissante et maison renommée poq réducation. Dans le collège de Saint-Edmond, à Old-Hafl^ Green , qui forme le séminaire du district de Londres, pag mi les jeunes gens qui se destinent à l'état ecclésiastique, | s'en trouvait , il y a peu d'années , six qui étaient des ftfh testants convertis.
An 1816. — Henri Moorman, La conversion de ce jeoiM Anglais , du plus beau caractère , fut remarquable par plusieurs de ses circonstances. Il se trouvait, en 1815 , habita à Londres la même maison qu'un de nos plus célèbres éeri* vaiuS) M. F. de La Meunais, alors retiré en Angleterre. Henri Moorman, plein de candeur, regardait M. de La MenniA comme plongé dans les ténèbres d'une religion superstlticiii^ Dans la ferveur de son zèle, il entreprit de le oonvert|r| TEglise anglicane, et il lui présenta, pour le persuader, ^ trente-neuf articles de la confession de foi de cette égUia ISotre compatriote reçut son présent avec bonté j et lui prth
DE jfisris-çinasT. t»
pon inodestemçnt quelques difficultés sur plusieurs articles f^ cette confession de foi. Le jeune liomme n^en trouve pas . liî solution, mais promet de consulter les ministres. Ceux-ci dédaignent de lui répondre ou ne lui donnent que des ré- {opses ea l'air. La bonne foi du jeune Moorman est liumillée ^litre obligée d*avouer ce procédé de ses pasteurs ; il a plu- ^rs entretiens avec l'écrivain français, dont les lumières À i^ charité triomphèrent de ses préventions. Cette âme «noçlie et loyale s'ouvrit à la vérité et l'embrassa avec ar- Inr. Moorman s'échappa d'Angleterre, en 1816, et vint re- H^er à Paris celui qui l'avait éclairé ; il fit abjuration en leeret, retourna ensuite à Londres et résista à toutes les sé« ductions comme à toutes les menaces par lesquelles on essaya d'ébranler sa constance. Les contradictions qu'il éprouva fuient peut-être la cause d'une maladie qui l'emporta en peu : |b Jours, en 1818. Son caractère aimable et sa foi généreuse [.favâîâît lié de la manière la plus étroite à Thomme illustre [^fà avait contribué à sa conversion et qui a vivement ressenti .ésbé' perte. Le jeune Moorman entretenait avec lui une correspondance assidue, et il y montrait une foi ,, une piété et un eoorage dignes d'admiration.
An 1817 (à 1822). — Plusieurs Anglais et Anglaises ont
■ossl fait abjuration en France : Madame la comtesse de
Oinseul, née Johnson j a renoncé au protestantisme le 18
aov^bre 1817, entre les mains de feu Tabbé Carron. Marie»
Elisabeth Clare^ fille d'un ministre anglican , fit la même dé-
t wufche en décembre 1818, à Meung-sur-Loire ; elle avait
» ||ors quarante-cinq ans , et travaillait depuis plus d'un an à
riidairer et & s'ibstruire. Mademoiselle Smith et madame
fyuivema^ celle-ci Anglaise , celle-là Américaine , se réuni-
M^ à riSçUseï le 9 août 1818| dans la chapelle du même
abbé Carron. Lady Boyle , qui a épousé depuis sir Thomas Webb ; miss Loveday, miss Nancy Alleriy madame Marie Sam de Paimer^ femme de M. le comte de Laage de Foussac, marécbai-de-camp , ont eu le même bonheur en 1822 , ainsi que madan^e Adrienne-Victorine de Suffren de Saint- Tropez et Marie- Anne Ershine^ veuve Emden. Enfin, le 24 décembre 1822, un Anglais d'une famille riche et honorable, sir Léopold Wright , fit abjuration du protestantisme à Paris , entre les mains de M. Guillaume Poynter, évêque d'Hali et vicaire apostolique de Londres. Sir Léopold a exposé les motifs de sa conversion dans une lettre très-touchante à sa mère, et qui a été rendue publique.
An 1817. — Le duc de Saxe- Gotha ^ proche parent du roi d^Angleterre, édifiant à la fois , par sa tendre piété , les protestants et les catholiques, a embrassé la religion catholique.
An 1 8 1 8. — Le prince Frédéric^Auguste-Charles , troisième fils du grand-duc de Hesse-Darmstadt , né le 4 mai 1788. Pour le féliciter de son retour à TEglise catholique , et répondre en même jtemps aux lettres qu'il en avait reçues , notre saint Père le Pape Pie VII lui adressa le bref suivant en 1818 :
« Cher fils et prince, salut et bénédiction apostolique. C'est avec un grand plaisir que nous avons reçu dernièrement vos lettres remplies pour nous d'attachement et de dévouement ; ce témoignage nous a été fort agréaWe de la part d'un prince que nous sommes loin d'avoir oublié, comme vous paraissiez le croire , mais dont nous nous souvenons toujours avec un tendre intérêt. Vous le méritez certaine-
DE JÉSUS-CHRIST. iStf
ment par ce zèle et cette ardear avec lesquels vous ayez renoncé à Terreur où vous étiez né , pour embrasser la religion catholique ; et , afin de la professer publiquement, vous n'avez point hésité de renoncer à toute espérance du pouvoir souverain auquel vous aviez droit par votre naissance. Nous avons appris d'ailleurs avec quelle fermeté vous persévérez dans cette profession de la foi catholique, et nous en trouvons encore une preuve signalée dans votre lettre que nous avons relue avec la plus vive consolation.
« Comme le soin que nous prenons de vous écrire vous montre suffisamment notre estime et notre bienveillance, vous pourrez aussi facilement comprendre combien votre projet de venir bientôt dans notre capitale nous a été agréa-^ ble , et combien nous nous réjouirons de pouvoir vous y faire l'accueil le plus affectueux. Nous sommes reconnaissant des bonnes dispositions du grand-duc de Hesse , votre père, à notre égard; dispositions qu'il nous a fait connaître par vous ; nous sommes surtout très-touché de ses inclinations favorables pour les catholiques de ses états , et nous en avons eu plus d'une preuve. Plût à Dieu que nous pussions étr^ unis ensemble par les liens d'une parfaite charité !
« Nous vous exhortons vivement non-seulement à suivre constamment et à pratiquer avec une religieuse fidélité la foi que vous avez embrassée , mais encore à exciter, par tous les moyens qui sont en vôtre pouvoir, vos parents à suivre votre exemple; priez Dieu que la miséricorde qui vous a été faite rejaillisse sur vos proches qui sont dans Terreur où vous avez été vous-même. Nous avons la confiance que vos exemples et vos prières pourront y contribuer beaucoup, et nous Tespérons d'autant plus que plusieurs personnes de l'illustre maison de Hesse-Darmstadt ont renoncé à l'erreur et sont rentrées dans le sein de l'Eglise.
« Au reste , sensible à votre démarche , nous éprouvons pour vous un mouvement de tendresse paternelle d'autant
plus vif qae noos voyons mieux jqael est votre Ma eî voln piété ; DOQS vous accordons de toot notre cœiir notre liëili^ diction apostolictae. Donne à Rome , près àâinte-Harie-lIi- Jenré, le 6 janvier 1818 ; dix-h'àitlème anhëe <ie nhlÙé pot tiflcat.
c Plus P. P. VIL
An lÀi8. — - M. Démétrius Gâllitzin^ voyageant m Amérique, se convertit; depuis il a reçu les ordres et I iexerce le ministère avec autant de zèle que de plëté; il dtf sert une congrégation très-importante dans le diocèse dèPlUp* ladelphie, et est plus connu sous lé nom de Siiiitfi, qbll I porte loiigteni^.
An 1820. — Une des plus glorieuses conquêtes ({âellp glise catholique ait faites depuis quelque temps en Solsëé| e*est sans doute celle de Tillustre de HcUler, membre dé conseil souverain de Berne. Voici comment Ini-mémeraomill à sa famille Tiiistoire et les motifs dé sa conversion:
« Ma chère bien-aimée épouse, et vous mes très-dièd frères et sœurs, beaux-frères et belles-sœnt^, auxquels jl suis bien tendrement attaché, soit par les liens do sang, soB par une alliance dont je m'honore , et par lé souvenir de tant de bienfaits , Je ne pensais pas que Je serais jaibais dans il cas de vous faire de Paris une oavei*tt(re qui vous sùrpreôdii et vous affligera peut-être, qui liië coûte anssi par cette seule raison, mais à laquelle la nécessité m'oblige, et qaiî tôt ou tard , se tournera pour vous en consolation et en JcUl Depuis longues années nous vivons ensemble dans la nièil* leure harmonie ; le ciel Ta récompensée pa^ toutes sortes de bénédictiotui : flboordèz-môl encore vdtrti MinUH i éooM^
DE JfiSUS-CBRIST. 18/
moi ayee Wlé dans une des époques les plus décisives de ma vie.
« Yods connaissez depuis longtemps , et par mes discours ^par les bruits publics, mon penchant pour l'Eglise catholique, qui n'est autre chose que la société universelle des Chrétiens. Ce penchant ne date pas d'aujourd'hui ; personne ne m*y a engagé, personne ne m'a sollicité; il est le fruit naturel d'un l)on cœur, d'une raison saine et de la grâce pafttcnlière de Dieu , qui , dans le cours de ma vie , m'y a con- ; doit d'une manière presque miraculeuse. Mes frères et sœurs ' le hippelleront peut-être avec quelle équité feu notre père r Jiariait souvent des catholiques au sein de sa famille ; il les I connaissait par nombre de relations littéraires , 11 les aimait r tt Justifiait même leur croyance sur divers points. Ce germe ï i^est développé dans moi , et malgré les erreurs de ma jeu-
t' Besse , mon ignorance du moins ne fut jamais une répugnance. La l)eauté des temples catholiques éleva toujours iMm âme vers des objets religieux ; la nudité des nôtres, dont hi à fait disparaître Jusqu'au dernier emblème du Christiaifame, la sécheresse de notre culte me déplurent ; il me semblait souvent qu*il nous manquait quelque chose , que nous étkms étrangers au milieu des chrétiens. Vous trouverez mk des traces de ces dispositions dans un éloge de Lavater qjiè Je fis, il y a vingt-un ans, à Weimar. On avait repro- Bié à cet homme célèbre le même penchant; je cherchai aie JiWiflar, et quoique, hélas 1 Je n'eusse alors d'autre religion loèla religion dite naturelle , on plutôt celle que Je me faitiiisà moi-même , la manière dont J'y parlais , par les seules timières du bon sens , de la confession , de rabstinence péiiodique considérée comme un exercice de privation, de la léeoration des temples, de la cérémonie du lavement des lieds , et même de l'unité de l'Eglise , frappa d'étonnement jbême de savants catholiques. Pendant mon émigration, J'aptiil à èonnaltre beaucoup de prélats et de prêtres catholi-
iM U DIVINITÉ
qaes , et , qaoiqalb ne me parlassent Jamais de religion , oa dn moins qu'ils ne cherchassent pas à ébranler ma croyance, Je ne pus qu'admirer leur esprit de charité , leur résignât!» au milieu de tous les outrages , et , J*ose le dire , même Um lumières et leurs profondes connaissances. Je ne sais qodle secrète sympathie m'attira vers eux , et comment Us ml» pirèrent toujours tant de confiance. L'étude des livres sb^ les sociétés secrètes et révolutionnaires de rAllemagne m^ montra rexemple d'une association spirituelle , répandue soc. tout le globe pour enseigner, maintenir et propager des prto» dpes impies et détestables , mais néanmoins devenue poli? 4 santé par son organisation, l'union de ses membres et Iss ] divers moyens qu'ils ont employés pour arriver à leur bot; '] et, bien que ces sociétés m'inspirassent de l'horreur, éUm i me firent cependant sentir la nécessité d'une société itlh j gieuse contraire, d*une autorité enseignante et gardienne de» j la vérité , afin de mettre un frein aux écarts de la raison in-. I dividuelle, de réunir les bons, et d'empêcher que les honif-^ mes ne fussent livrés à tout vent de doctrine ; mais Je ne ms ] doutais pas encore , et Je ne m'aperçus que beaucoup plus tari' * que cette société existe dans l'Eglise chrétienne , universelle '. ou catholique , et que c'est là la raison de la haine qu'ont toef les impies contre cette Eglise, tandis que toutes les âmes bon- . nétes et religieuses , même dans les confessions dissidentes 1 se rapprochent d'elle , du moins par sentiment. Pendant mon 8^'our à Vienne , bien que ma conversion eût pu alors m'être utile sous des rapports temporels , je n'y pensai mCiiie pas, et personne ne m'en parla. Tout au plus quelques boanes âmes, qui me voulaient du bien, voyant mon oœursatf haine et mon esprit sans préjugés , laissèrent percer ta vœux ou de légères insinuations. Un jour, en passant devant une librairie, je vis un petit livre destiné pour le peuple , et où sont expliqués tous les rits et cérémonies de l'EgUis catholique ; Je l'achetai par pure curiosité, et je le possède
DE iÉ^lS-^SRIST. 189
neore. Quelle ne fût pas ma surprise, en y apprenant tant le choses instructives, le sens, le but et l'utilité de tant l'ttsiiges qae nous prenons pour des superstitions ! Mais ce hreiit surtout mes réflexions et mes études politiques qui me Bonduisirent peu à peu à reconnaître des vérités que J'étais lofai de prévoir. Dégoûté des fausses doctrines dominantes, et y voyant la cause de tous les maux , la pureté de mon eoBor me fit toujours rechercher d'autres principes sur l'ori- ^e légitime et la nature des rapports sociaux. Une seule Idée, simple et féconde, véritablement inspirée par la grâce dé Dieu , celle de partir d'en haut, de placer, dans Tordre dtt temps et dans la science comme dans la nature, le père avant les enfants, le maître avant les serviteurs, le prince ivaDt les sujets, le docteur avant les disciples , amena, de eonftéquences en conséquences, le plan de ce livre qui fait au- Jtord*hui tant de bruit en Europe , et qui , J'ose le dire, est destiné peut-être à rétablir les vrais principes de la Justice ioelale , et à réparer beaucoup de maux sur la terre. Je me nprésental donc aussi une puissance ou une autorité spiri- Mle préexistante, le fondateur d'une doctrine religieuse Agrégeant des disciples, les réunissant en société pour main- Mret propager cette doctrine, leur donnant des lois et des iMtltiitlons , acquérant peu à peu des propriétés territoriales pour satisfaire aux divers besoins de cette société religieine , pouvant même parvenir à une indépendance extérieure ou temporelle , etc. Consultant ensuite l'histoire et feipérience, Je vis que tout cela s'était ainsi réalisé dans PEgHse catholique ; et cette seule observation m'en fit recon- Itttre la nécessité , la vérité , la légitimité. Des personnes péiftrantes parmi les catholiques remarquèrent déjà cette proleuslon dans V Abrégé de la science politique y que Je fis imprimer en 1808, et me dirent que Je partageais leur foi sans h savoir. La lecture fréquente et attentive de la Bible me limiva Men plus encore que Je ne m'étais pas trompé; car, II. 11.
avec cet esprit de Justice ' et d'impartialité qne Dleo m'a donné, Je ne pns y méconnaître d'innombrables passages qui n'ont de rapport qa'àun royaume de Dieu sur la terre, c'està-dire une Eglito on une société de fidèles , que saint Paul appelle le corps de Jésns^hrist (Timotb. 3, 15), ayant son chef et ses membres , destinés à maintenir et à perpétuer la religion clirétienne , à rassembler les bons , à les séparer des méchants, à les fortifier par leur union, etc.; passages que nos ministres ne citent Jamais, parce que, dans le sens protestant , il est impossible de'ieur donner une explication simple et natarelle. Le petit ouvrage que Je publiai en 1811 , sous le titre de Religion politique ou de Politique religieuse^ et qui n'est qu*un rapprochement des passages de l'Ecritare sainte sur les rapports et les devoirs sociaux , fournit nue nouvelle preuve de ces principes, bien que J'y aie gardé encore beaucoup de ménagement, et que peu de personiies aient pénétré toute ma pensée.
« Ainsi , mes chers frères et sœurs, Je puis dire en vérité que, dès Tannée 1808 , J'étais catholique dans l'âme et protestant seulement de nom. Ge sentiment prit un nouveau degré de force en 1815 , époque où la Providence, dans sa miséricorde, semble avoir réuni Tévéché de Bêle à notre canton pour nous instruire et nous familiariser avec les véritables notions de TEglise universelle , et pour détruire tant de fatales préventions. Envoyé dans cette nouvelle partie de notre territoire , rédigeant les instructions pour l'acte de réunion et cet acte lui-même. J'appris à connaître des hommes distingués et des ouvrages plus célèbreis encore , qui m'étaient nécessaires ou utiles pour enricliir et perfectionner le quatrième volume démon ouvrage, traitant des sociétés religieuses ou des empires ecclésiastiques. Leur lecture nourrissait mon esprit et mon âme ; peu à peu les derniers doutes disparurent , même sur le dogme , dont Je m'étais Jusqu'alors peu occupé; le bandeau tomba de mes yeux, mcm e^rit se
B£ JËSUS-CRR£ST. 19i
tnmva d*accord avec mon oœar , il me semblait avoir trouvé la voie, la vérité j la vie, et mon âme , ayant faim et soif de vérité , me parât enfin satisfaite. D'un autre côté , je lisais Uttsl des auteurs protestants , principalement ceux qui trai< tant de ce qu'on appelle droit ecclésiastique , et, le croiriez* vims, mes chers frères et sœurs , ce furent eux , plus encore qoe les écrivains catlioliques, qui me confirmèrent dans mes Mitiments. Leurs incertitudes et leurs variations étemelles , knn contradictions , leurs réticences , et les concessions qui kor échappent parfois dans des moments de sincérité, enfin ce ton de sécheresse , d*aigreur et de dédain , si peu conforme aott à la religion et à la charité chrétienne , soit aux égards dosa des frères aines et à une Eglise encore aujourd'hui si nombreuse et si respectable, me prouvèrent que nous n'étions pis dans la vérité , parce que la vérité ne varie point et ne se lert point d'armes de cette espèce. J'entrevis au surplus avec la plus grande évidence ce qu'au fond les deux partis avouent, lavoir : que la révolution du seizième siècle, que nous appekons la réforme , est , dans son principe , dans ses moyens et dans ses résultats , l'image parfaite et le précurseur de la révolution politique de nos jours ; et mon aversion pour cette dernière me donna du dégoût pour la première. De ce dont beœur était plein la bouche abonda, et tout le monde sait combien mes discours ,en 1816 et 1817, roulaient souvent nr ces matières. Des théologiens , protestants même, en Airent souvent frappés, et m'approuvèrent dans les points principaux. Aussi les trois premiers volumes de la Restauration j qui furent imprimés à cette époque, bien qu'ils ne traitent que des gouvernements temporels, renferment déjà grand nombre de passages favorables à l'Eglise catholique , «t pas an seul qui lui soit contraire.
« Dans rautomnè de 1818, des affaires particulières m'appelèrent à Naples. Faisant le voyage deReggio à Rome avec me famille anglaise et un abbé français , il fut souvent ques*
tion de matières ecclésiastiques , parëe qnè l'aspect fle lltftlie et de ses notnbreal mohaments en foorhit l'occa^tfn à chaqaè pas. L^abbé, se trouvant tîn monient èeul avec inol, me fit reloge des sentiments équitable^ de ces Anglais pott^ la religion cathotlque, et àur ma répobsé qdè cela ne itfétoilnaft pas , qde la rëyolutiob avait ouvert les yeux à bèaueoup de mbtide , et tjtle J'étais anàsi protestant ^ il be vcidhit pas le croire. Il m'appliqua iriéme ces paroles ^e hàtH Sauveur dit atf cèntenier de Gapharnaûm : « PaMIle fol; fi « né Pal pBÉ trouvée pândl les nôtres. » Voyant mei dWpi^ aitlooi^, il insista fortement pour m*engàgef à retooriilr dans le iSein de l'Eglise , que Je reconnaissais piour vérftaiblft et légitime. J'y répugnais encore, soit par respect humain, ou pour ne pas faire de là peine à ma famille , sôit pourMtoyer cette déiùarche jusqu'à la fin de mes jours , soit pane que j'espérais peut-être que mon quatrième volume ferait plus d'effet en sortant en apparence de la plume d'un protestant. Sur cela il cessa ses instances , mais il m'écrivit eneoM une lettre de Rome , oU il me rappela seulement quelques passages de l'Ecriture sainte, et, entre autres, celui-ci: • Aujourd'hui que vous entendez sa voix, n'endurcisses pas « vos cœurs (Ps. xciv). »
« Les choses en restèrent sur ce pied pendant toute Tannée 1819, époque où je travaillais principalement au quatrième volume de la Restauration , dont chaque chapitre dm confirma dans ma foi , et me prouva la nécessité , la yérité, la sainteté et les immenses bienfaits de l'Eglise catholique. Mon âme en fut émue au-delà de foute expression. En aatomne , le duc Adolphe de Mechlenbourg-Schwerin , passant quelques jours à Berne, vlùt me voir. Egalement rentré dani le sein de TEglise , et néanmoins réconcilié maintenant avec toute sa famille protestante, ce prince aimable , voyant uns dispositions d'une part et mes inquiétudes de l'autre, m'iaforma que Je pourrais être catholique en secret, obtenir dk-
petise pour lès actes extérieurs , et que grand iloinbre de protestante se trouvaient dans te même cas. Cette idée me calma,' pai^cè qd'elle m'offrait le moyen de satisfaire à ma coDScleticé sdns àticûn éclat public , que Je désirais â*éviter. Tùàtëfoii je ne pris encore aucune i^olutiod.
é Quelques dimanches âvaiït Ndél iii^^ je versais uii ibatin dès làrmej dans mon cabinet par une émotian religietiSe ; ré&édifssant au passage de TEcriture que l'abbé français m'avait rappelé i inquiet sûr Téducatiôn dé mes enfants , et priant Dieu pour eux ,' quand ma femfaie vint ihë proposer d'aller au sermon , parce qu'un savant professear prêchait. Je m'y rendis. Quel fut mon étonneinènt et mon émotion en l'entendant prendre pour texte ces paroles : « Aujourd'hui que vous entendez sa voix , n'endurcisâez pas votre éœur I » Ce sermon semblait inspiré par là Providence même, pour être appliqué à ma situation particulière. L'orateut ne développa point son texte de la ma- Dière ordinaire ; il parla de l'établissement du tbristianisme et de l'Eglise chrétienne , de saint Pierre convertissant en un seul Jour cinq mille infidèles , du gralh dé sénevé dont il résulterait un grand arbre , de la nécessité d'entrer dans le royaume de Dieu , du danger de renvoyer cette résolution jnsqn'à la fin de ses Jours , etc. Le soir. J'eus une longue conversation avec l'auteur même de ce discours. Je lui fis remarquer que notre Eglise protestante ne présentait pas l'image d'un arbre y mais plutôt de feuilles dispersées , devenues le Jouet dés vents; qu^un arbre avait une racine, un tronc, des branches et des feuilles, tenant les uns aux autres, et que l'Eglise catholique seule me semblait porter ce caractère , comme ayant un chef et des membres , comme formaùt un troupeau soumis par une hiérarchie graduelle à un seul pasteur. La conversation s'engagea encore sur divers points, snr ce qu'oti doit entendre par le royaume de Diéûj sur là pe^l^tlâté ât( Séifkit-Siége , qui très-certaineméàt a quelque
Ulé Lk MVINIIÉ
chose de miracoleiii, sur la difficulté oa plutAt rimpofiibUité de maintenir one croyance fixe dans l'Eglise protestante, etc. Le savant théologien m'écoota avec beaocoop d'intérêt, et ne pot disconvenir de la jostesse de plnsienra de mes obser» vations. Il convint anssi que la séparation de l'Eglise universelle âait on malheur, et se retrancha finalement derrière les objections ordinaires , sur les anciens ahus introduits dans TEglise et sur le dérégl^nent de plusieurs de ses monhres on de ses chefo ; objections qui me semblaient prouver bien peu , vu que chez nous aussi il y a des abus et de trèsgrands ; que Thistoire ne rapporte pas des dioses ibrt édi* fiantes de Luther et de Calvin ; que nos ministrei ne sont pu plus irréprochables que les prêtres catholiques; qu'enfin pa^ mi eux quelques hommes peuvent bien être corrompus, mais jamais l'universalité , encore moins la foi et la religion qolls enseignent.
« Quant à moi, convaincu par la Bible même que le royaume de Dieu sur la terre ne ocmsiste pas seuleoMDtdnis la connaissance et l'accomplissement de ses préceptes (ce qui est sans doute son but et sa fin), mais aussi dans les moyens extérieurs pour y parvenir, c'est-à-dire dans l'Eglise, oa Taotorité établie pour enseigner, interpréter et propager ces mêmes lois divines, et nous procurer par-là la paix et la joie dans le Saint-Esprit, qui est le dernier objet de cet «npire céleste , je crus voir dans le sermon que je venais d'entendre le doigt de Dieu qui m'indiquait le chemin à suivre, et il me décida. J'écrivis le lendemain à un ami , qui seul connaissait mes dispositions et ma longue perplexité , le billet solvant :
« Je n'ai pu dormir cette nuit , et de douces larmes ont « coulé de mes yeux. Le Seigneur paratt avoir exaucé ks « prières de tant de chrétiens en ma faveur. Sa grêoe opère « si puissamment en moi , que je ne peux ni ne yeux plus y « résister. Il m'est impossible de vivre désormais dans cette
DE JËSUS-CURIST. 105
« étemelle révolte contre Dieu et contre ma propre convie - < Uon. Allez doue à Fribourg , mon respectable ami, dites à I Honseignear Févéque ce dont nous sommes convenus. Im* « plorez la noiséricorde de TEglise en faveur d'une brebis « née dans Terreur, entourée de ses partisans, mais qui jette « un regard de tendresse vers la mère commune , et qui « n'attend que le moment propice pour se réunir publique- « ment au troupeau de Jésus-Christ, gouverné par ses légi- « times pasteurs. »
< La démarche fut faite, non pas de suite , mais après un intervalle de plusieurs jours de réflexion, pendant lesquels f insistai encore. L'évéque , à qui mes ouvrages politiques m'avaient déjà faitconnattre , me répondit par une lettre pleine de bonté et de charité qui me fit fondre en larmes , et qui seule m'aurait fait reconnaître la divinité de cette Eglise, si je n'en avais pas été persuadé d'avance. Il me dit que depuis long-temps il m'avait envisagé comme un enfant de i'Egllse catholique , et qu'il n'était pas surpris de ma résolution, qu'il s'y attendait , qu'il m*en félicitait. Il entra dans toute ma position, dans la délicatesse de mes rapports de famille et de société ; il m'annonça que l'Eglise se contenterait de la profession de foi , et que, pour éviter un plus grand mal ou pour faire un plus grand bien , je pourrais être dispensé des actes extérieurs pour un temps indéterminé ; enfin il m'indiqua le petit nombre de préparations et de formalités à remplir. Néanmoins , plus de huit mois s'écoulèrent encore, pendant lesquels je composai le petit ouvrage sur la constitution d'Espagne, et j'achevai le quatrième volume de \di Restauration, qui parut à la fin d'août 1820. Ce dernier ouvrage, bien qu'il ne traite que des sociétés spirituelles ou religieuses en général , et moins des dogmes que de la nature et de Torganisation de l'Eglise , est néanmoins écrit d'un bout à l'autre dans des principes catholiques, et renferme , pour ainsi dire, une profession de foi faite devant l'univers entier. L'é-
i06 U MVINITË
ytlffae né me pressa nallement pendant cet intervalle. Ce n'est point Tesprit de cette Eglise, comme vous le croyez peut-être; elle ne fait point violence , mais elle ouvre à celui qui frappe ; elle voit venir, elle laisse faire la grâce de Bien , assez puissante quand une fois elle a touché le èÔBur de l'homme. J*aurais pu renvoyer encore , je n'ai rien précipité; il a fallu une lutte de dix à douze ans pour me décider ; mais Je n'avais plus de repos , ma résolution resta inébranlable. Enfin , on arrangea le lieu et le Jour avec toute là prudence possible, et ce fut le 17 octobre 1820,' dans la maison de campagne de M. de Bôccard , allié d'Afffy, à Jetschwlll, où l'évéque se rendit comme pour faire visite & la famille , que Je fis ma profession de foi et ma confession générale ; Je reçus Tabsolution , vu mon sincère repentir , et le surlendemain , à six heures du matin , dans Toratoire particulier de Févêque , à Fril)ourg , le sacrement de la confirmation et celui de la communion , qui me donnèrent une force, un calme et une satisfaction inexprimables , et dont aucun protestant ne peut se faire une idée.
« Afin de ne pas faire d'éclat public, et de ne point affliger le cœur de mes parents , mon intention était de garder ce secret dans le fond de mon âme et de ne le déclarer que dans un moment plus favorable , ou , si ce moment n^arrivait pas, du moins à l'approche de ma mort et dans mon testament. Cependant il n'est pas permis de renier sa foi. Aussi vous vous rappellerez, mes chers frères et sœurs, que lors des bruits qui coururent à là fin de décembre, et des questions qu'^n me fit , Je ne vous ai Jamais dit ((ae J'étais protestant; mais tout en avouant ma pro](>ension et même ma croyance, Je vous ai répondu, tantôt qu'extérieurement et publiquement je n'avais pas changé; tantôt que Je ne pratiquais pas les actes de la religion catholique, tantôt que, pour rapparence , J'étais toujours le même , et que Je ne Jugeais pas nécessaire de îtAte une démarche ou dédàratioii
DE JfôUS-CHEIST. 197.
publfqiie ;^ ce qui était bien conforme à la vérité. Si , par hasard , ce dont je ne me souviens pas, il m'était échappé ane expression qiii eût eu Fair d'une dénégation, elle n'était pas dans ma volonté , et J'en demanderais pardon à Diea et aux hommes. Un jour, dans une effusion de cœur et de tendresse, j'en fis 'même l'ouverture à ma femme; je rinstroisis des bruits qui couraient ; je loi avouai mon intime conviction; je lui dis tout, excepté le dernier secret; je ne lui cachai même pas que, si on m'interrogeait publiqaeoaent , je ne pourrais renier ma foi ; que je serais obligé de me déclarer, et qu'il semblait presque que Dieu voulait me forcer à donner cet exemple. A ma grande consolation , ma femme reçut cet aveu avec beaucoup de calme ; elle ne m'en fit point de reproche , et c'est ce qui me fait espérer que le ciel, écoutant mes ferventes prières, l'assistera de sa grâce et adoucira l'amertume que je crains de lui causer. La seule chose qu'elle me dit , avec une tendre résignation , ce furent ces paroles : « Si tu étais obligé de te déclarer, nous « ne pourrions pas rester à Berne. Toutefois on peut vivra « partout. » Une autre fois, elle laissa échapper seulement ces mots : « Si cela n'est pas indispensable, ne le fais point à « cause de tes enfants. » C'était là aussi mon intention : on se contenta de mes réponses , et la tempête paraissait apai^ see.
« Mon voyage à Paris n'avait aucun rapport avec cet objet. Mon but était purement personnel et littéraire , comme je l'ai encore écrit d'ici à mon frère atué. Mais à peine avaisje passé huit jours dans cette capitale , où je comptais enfin jouir de quelques moments de satisfaction , voilà qu'on me mande de Suisse que deux folliculaires , n'aimant pas plus la religion protestante que la catholique, d'ailleurs éternellement ennemis d^ma patrie et de ma personne, ne comptant pour rien la paix d'une famille et le bonheur d'un individu, annoncent au public ce qu'ils appellent mon changement ; et
que IHine de ces feuilles , quoique sans me nommer, â^giie cependant le lieu et Tépoque avec assez de vérité. Je ne saurais vous exprimer, mes chers frères et isœurs, dans quel état de l)ouleversement cette nouvelle a Jeté mon âme. J'en devins malade, et vos peines seules causaient les miennes. J'ignore absolument par qui ce secret peut avoir été trahi, mais j*en comprends toutefois la possibilité. Mon quatrième volume a excité une attention générale et produit une grande sensation , tant en Suisse que dans l'étranger. Les catholiques en sont ravis de joie , ils en louent le Seigneur; grand nombre, de protestants même l'approuvent et font de sérieuses réflexions. Chacun aura voulu savoir si J'étais en effet catholique , si mes actions répondaient à mes écrits ; on aura fait des questions partout; un domestique aura pëot- £tre fait et communiqué une conjecture , un autre l'aura grossie , un troisième l'aura affirmée comme une certitude , et en ^rapprochant les indices, la vérité aura fini par être devinée. Quoiqu'il en soit , je ne piiis reconnaître dans tout ceci ij^e le doigt de Dieu , qui se sert quelquefois dés méchants mêmes pour exécuter ses desseins , et qui , par des événements successifs , parait vouloir décidément que je donne cet exemple au monde et ne resté pas à moitié chemin. « Que sa vo- « lonté soit faite 1 » je dois m'y soumettre avec humilité. Après avoir donc versé bien des larmes, réfléchi des nuits entières , itivoqué & genoux l'assistance du Saint-£sprit , et eonsulté dés personnes sages et prudentes , je n'ai trouvé de calme et de repos que dans la résolution de vous avouer toute la vérité, jusqu'ici couverte d'un voile; de confesser devant les hommes la foi que je confesse devant Dieu , et de porter, s'il le faut, la part de croix qu'il daignera m'envoyer, me fiant à sa miséricorde. J'espère que, vu mon obéissance et mes instantes prières , il donnera à ma femme , mes enfants et ma famille , la force de sut>porter les peines et les trilmlàtiôDS ifà seront leé suites liiomentaiiées de bètté iéso*
Di ïëSuMmist.
liitioii* Tm appelle à votre propre jugeinent , mes èhers frères et sœurs , si je puis faire autrement , si le secret peut encore être garde. L'ëciat que je voulais éviter est déjà fait par ines ennemis ; il n'y a plus rien à y ajouter. Une réponse négative â ces articles de gazette , un démenti net et formel, tel que vous le demandez , n'est pas possible. Une réponse évasive ou ambiguë serait facile à faire, mais ne servirait de rien, et ne ferait qu*augmenter et prolonger notre commun tourinent; ou elle serait prise pour une dénégation, ce qui ne peut s'accorder avec le devoir d'un honnête homme et d'an chrétien, ou bien l'on devinerait la vérité à travers le voile , et le but ne serait pas rempli. Je passerais au contraire pour un homme irrésolu, craintif, vacillant, qui, par respect humain , n'ose pas avouer sa religion. Je serais éternellement dans une position fausse ; louche, finalement mésestimé , tant des protestants que des Catholiques. D'autres articles de gazette suivraient; on me tourmenterait toujours par dès questions , tantôt en badinant , tantôt d'une manière sérieuse : vous connaissez mon ingénuité , qui rougit de tout ce qui à seulement l'apparence d'un mensonge, et tôt od tard il faudrait pourtant dire la vérité. Ajoutez à cela la piiblication de mon quatrième volume , qui est répandu dans le monde entier, et qu'on réimprime déjà dans ce moment. Les annonces les plus flatteuses en ont été faites dtans divers journaux littéraires ; dé toutes les parties de la Suisse et de rAllemâghe , il m'est arrivé des lettres de femérciement et de touchants témoignages dé satisfaction. Bien certainement personne ne le réfutera , mais aussi personne ne croira qu*âprés un tel livre on puisse rester protestant. Ce serait une contradiction choquante qui ôterait toute force persuasive à un ouvrage destiné peut-être à produire de grands effets. Si, au contraire, pirenant une résolution vertueuse et tne soumettâht à la volonté de bien , manifestée pkr tant de signes, J'avbâé toiite là iéHté , li ek mdôiidri sans dotitè IliHil voiiè
de la surprise et de rafOiction , mais elle passera bleotAt i comme tant d*autres exemples Font prouvé; on sera fbrcé d'estimer un homme qui, sans aucun avantage tempordi sacriflaut au contraire ses plus chers intérêts, luttant contre des sollicitations qui lui brisent le cœur, ne renie point la fol dont il est couvaincu, et la tranquillité me sera acquise pont le reste de mes jours. Vous-mêmes, mes chers amis, J'en ai la persuasion intime, vous ne cesserez de m'aimer; et moi) par la raison même que je suis chrétien catholique , Je vou aimerai plus tendrement encore. Au reste , tout ce qne la douceur et Tamitié peuvent exiger ou permettre de ménagements, pourvu que ma conscience soit satisfaite, Je Tobserverai de bien grand cœur, et je m*en rapporte à ce sujet anx' vœux et aux conseils de ma famille. Croyez-vous qu'il failh faire la déclaration au Gouvernement ? je vous y aatoriiei et vous pourrez même donner des copies de cette lettre. CoDvient-il de demander la démission de mes places, surtout celle du conseil secret , quoique aucune loi ne m'y oblige, et qu'il faudrait plutôt donner Fexemple contraire ? Je le fcpi bien volontiers. Depuis longtemps je suis dégoûté de eei places , soit parce que je ne puis y faire aucun bien , sott par mon vif désir d'employer le peu de vie qui me reste bo salut de mon âme et à l'achèvement d'un ouvrage pour lequel le ciel semble m'avoir plus particulièrement destiné. Pensez-vous qu'il serait même nécessaire ou convenable de quitter Berne , du moins pour quelque temps ? ma fortnnei bien que médiocre, y suffit , et j'espère que ma tendre épouse ne m'abandonnera point ; mais , s'il est possible , Je voudrai! vivre et mourir dans ma patrie. Quant à mes chers enfants, j'adresse des vœux au ciel pour qu'il les dirige lui-même dans la bonne voie ; mais ils sont déjà trop âgés pour que Je veuille les engager malgré eux , quoique les lois elles-mêmes exigent qu'ils suivent la religion du père. Fasse le ciel que tôt ou tard leur volonté et celle de leur mère n'y soient pas contraires!
DE JÉSUS-CHRIST. âOl
mais avant font il faut leur propre et libre convictioD. Ce qui me console en attendant, c'est ma persuasion intime que bientôt peut-être il se sera passé des événements en Europe qui faciliteront ces sortes de retours à des millions de nos frères séparés ; nombre de préjugés disparaîtront , les exemples se multiplieront , et si , en ce cas , mes enfants inclinent vers TEglise universelle , ils n*auront pas à soutenir la même lutte que leur père.
a Maintenant^ mes chers frères et sœurs, et vous surtout tendre compagne de ma vie , si après cet exposé ingénu et cet. aveu sincère, il m'est permis d'ajouter quelques motifs de consolations , songez d'abord que ce n'est pas ma propre volonté , mais celle de Dieu qui a dirigé tout cela. Jamais je n'ai désiré , encore moins recherché cette espèce de renom ou de célébrité littéraire qui cause des inquiétudes a ma femme, et qui , pour quelques moments de satisfaction , n'est en effet qu'ube source de chagrins, une couronne d'épines. Mais pour le bien du monde, il faut aussi des hommes qui se prononcent, qui défendent ou rétablissent la vérité, surtout dans une époque de grande crise; et en pareil cas, on n'est pas son propre maître : c'est une Providence supérieure qui assigne à chacun sa place. Si j'avais pu m'imaginer que je recevrais cette mission , jamais je ne me serais engagé dans les liens du mariage, afin de n'associer personne à mon infortune : le ciel en a décidé autrement; il a eu ses desseins. N'attribuez pas ce que je vais vous dire a un vain amour-propre ; on est bien loin de ce sentiment quand on pleure et qu'on souffre jusqu'au fond de l'âme; mais en considérant le cours de ma vie, je ne puis plus en douter, mes chers amis, je suis un instrument dans la main de Dieu, qui a daigné me choisir pour préparer ou exécuter quelque dessein de sa mi* séricorde , et qui me conduit d'après sa volonté et non d'après la mienne. C'est lui qui m'accorda ces dons du cœur et de l'esprit qui , dès ma tendre enfance , me firent aimer la vé-
rite ayee pqssloQ et pombaf tre l'erreur, ou ce qtd Jûf^e parais» sait tej ; c'est lui qui m'inspira plus tard ces idées simples et heureuses , dont le développement me fit découvrir un nouveau monde de vérités; c'est lui qui, depuis seize ans, me donne cette application exclusive au même objet, ce courage moral dont je m'étonne souvent moi-même, cette persévérance inébranlable , malgré tant de dégoûts et de chagrins^ malgré mon extrême sensibilité et ma timidité naturelle. Ne voyez-vous donc pas ce que tant d'autres ont observé ? Il suscite un républicain pour asseoir et rétablir les monarchies sur leurs véritables bases ; un |iomi|ie simple et peu instruit , dont Téducation fut assez négligée, pour confondre la science la plus orgueilleuse des savants , celle dont il fu| lui-même iinbu dans sà jeunesse , dont |1 partagea uii instant les erreurs, un laïque enfin et un protestant, le descendant d'un réformateur même, pour faire briller l'Eglise universelle d'un nouvel éclat i et la défendre avec des armes qu'on n'avait pas encore employées. Croyez-vous (]ue f aie jamais eu cette pensée-là ; ^ue , sans l'appui d'une force supérieure, j^eusse pu l'exécuter, triompher de tant d'habitudes , déraciner tant d'idées reçues dès mon enfance , résister à tant de liens qui me sont chers comme la prunelle de mes yeux? Je vous le demande , n'y a-t-il pas dans tout cela quelque chose de sur* naturel ?
a Au surplus . mes chers amis , qu'est-ce donc que d!étre catholique, mot qui vous effraie par les préjugés de votre éducation ? Si j'étais devenu athée , impie , membre de sociétés anti-chrétiennes ou séditieuses , on n'aurait rien dit ; quelques bonnes âmes seules auraient gémi en secret. Si je m'étais lié à d'autres sectes , également séparées de la religion dominante et de la croyance de nos pères, sociniennes, moraves, mystiques, méthodistes, etc., on l'eût peut-être approuvé, ou tout au plus blâmé comme un excès de zèle; mais se réunir à la grande société universelle è à la grande
eomQ||iiii|iil^ dei; chrétiens , la plus anciepiie, la plus nombreuse , celle dont firent partie nos ancêtres et qui est répan« due sur tout le globe , qui , quoi qu*on en dise, est toujours restée la même, qui n'est sortie d aucune^ et dont toutes les autres sont sorties; serait-ce donc une faute irrémissible 2 Être catholique, mes chers frères et sœurs /ce n*est donc point être superstitieux , c'est tout simpleipent être chrétien ^ membre de cette société de fidèles , unis sous le même chef , dans la même foi , le même culte par toute la terre ; de cette société qui , en quelque pays que vous soyez , vous fait rencontrer des amis et des frères , vous offre partout |a même croyance, la même règle dçs actions, \es mêmes secours dcf charité dans toutes les peines et toutes les infortunes. Cette communauté a-t-elle quelque chose de si effrayant? ne voyezvous pas qu'elle forme la plus grande e^ la plus belle des pa* tries? Pour moi, elle m*est plus chère encore depuis que presque tous les autres liens sociaux sont relâchés ou brisés.
a yous me parlez d'un changement de religion , d'une abjuration de la foi de nos pères; mes amis, un protestant qu| devient catholique ne change pas , à bien parler, de religion, il rentre seulement dans le sein de l'Ëglise: c'est une brebis errante qui cherche le pasteur et le troupeau légitimes, UQ enfant perdu qui retourne dans la maison de son père, un soldat égaré prêt à défendre la même cause, niais qui rejoint le corps d'armée et obéit à son chef. Tout ce que les protestants croient ou affirment qu'ils croient , les catholiques le croient aussi, et plus fermement, encore; le symbole est le même dans les deux confessions. Vous voyez encore dans le vôtre l'Eglise chrétienne universelle et la communion des Saints^ c'est-à-dire des chrétiens ; seulement , parmi ces sectes diverses , on ne sait Jamais vous montrer où elle est, et à quel signe on peut la reconnaître. Ainsi, mes chers frères et sœurs , en y rentrant on n'abjure pas sa religion ^ on renonce
âft4 LÀ DIVINITÉ
seulement an schisme , c*est-à-âire à la séparatioû de f E~ glise , aax rêveries de son propre esprit , qui , selon rEcriture, est la cause de tons les égarements. Il n'est pas un écrivain protestant, même parmi les réformateurs, qui ne déplore cette fatale séparation qui , depuis trois siècles, divise des frères faits pour s'aimer et se soutenir. On Tattribue à des circonstances extraordinaires , à des abus vrais ou supposés; mais ces circonstances n'existent plus , ces abus ont cessé , ils ont été réformés par i*£glise elle-même ; pourquoi ne pas s'y réunir ? Au surplus , mes chers frères et sœurs , songez que si personne n'avait embrassé une autre foi que celle de ses pères , le monde ne serait pas devenu chrétien ; nous vivrions encore dans Tidolâtrie et le paganisme. Tout est-il donc égal, Terreur ou la vérité une fois reconnue? N'est-ce pas plutôt Luther et Calvin qui ont abandonné et fait abandonner à d'autres Tantique foi de leurs pères , tandis que moi j*y retourne ? Et nous-mêmes , avons-nous encore la religion de nos pères immédiats , celle qui nous fut transmise dans notre Jeunesse ? nos enfants recevrons-ils la même foi? Hélas 1 quel changement déplorable s'est opéré parmi nous , seulement depuis trente à quarante ans ! Il n'y a plus de croyance commune, chacun se fait une religion à part , ou n'en reconnaît aucune; chacun explique la Bible selon sa fantaisie , ou n'y croit pas du tout ; nos ministres mêmes sont divisés entre eux , et ne savent plus ni ce qu'ils croient , ni ce qu'ils doivent enseigner ; l'un affirme le matin ce que l'autre réfute l'après-dlner; et ces contradictions commencent à choquer les laïques eux-mêmes ; car si les pasteurs ne savent plus le chemin , comment les brebis devront-elles se fier à leur conduite? Pour nous en consoler , on va jusqu'à nous dire que la religion doit se modifier et se réformer continuellement, en sorte que ceux qui me reprochent d'avoir changé , changent eux-mêmes tous les jours. J'avoue qu'il m'est impossible de vivre dans cette anarchie dans laquelle
DE ^fôUS^Ci&UST. 9W
je ne YX)is que le caractère de l'erreur et tout Popposé d*une société religieuse. Mon cœur aimant a besoin de tenir à quelque chose de stable, et je ne le trouva que dans l'Eglise catholique ; elle a ce caractère dlmmutabilité Uifiprimé h tous les ouvrages du Créateur.
» Vous éte^ effrayés pç^t-ôtre de quelques dogmes de TËgUse catholique? Mes amis, foute religioi^ a ses i;Qystèresi; ils sqnt nécessaires pour buipilier notre orgueil , pour affermir Qotre foi et pour élever potre âme jusqu'à rincompréhensible, c'e$t-^-^re à la Diyinité. Tout est. piirade dans la nature ; nous en voyons , nous en sentons les résultats , mais nous n'ep comprenons ni la possibilité ni les cs^use^. Diîça m^me, son i^uteur e]t son législateur invisible, que nous ne connaissons que par les yeux de la foi et par les effets de Sia puiçsf^çice 9 n'est il pas le pjlus grand des mystères? ^Q^ célèbre aïei^l , Albert de Baller, membre du conseil souverain de Berne, seigneur de Goumœnç-le-Jux et Ëclagno^s, p'a* t-il pas 4^4 dit que de toutes les objections des impies , celle tirée de rincompréhensibilité était la pl^is absurde de toutes ? Plusieurs dogmes de I Ëglise protestante surpassent tout aussi bien notre entendement que ceux que vous croyez particuliers à lËglise catholique. Au reste , quand une fois on reconnaît la divinité de cette Ëglise, il faut écouter ceux dont Jésus-Christ a dit : Qui vous écoute m'écoute; et je ne prétends pas en savoir plus que tant de beaux génies depuis dix-huit siècles. Enfin l'Eglise trouve ses dogmes dans l'Ecriture sainte, que vous admettez aussi. Pourquoi lui refuseriez-vous le droit de l'interpréter que vous invoquez pour vous et même pour chaque individu? Du moins elle l'explique d'une manière conforme à toute l'antiquité et à l'immense majorité ^es chrétiens^ d'une manière enfin qui porte dans le cœur de ceux qui croient une force surnaturellje et d'ineffables consolations.
« Vous trouvez sans doute qu'il y a trop de cérémonies ,
H. is
et Ton vous dit qae cette religion ne consiste que dans le culte extérieur. Mes amis , j'avais pensé comme vous , mais j*ai vu que nous jugions sans connaissance de cause et j*ai été bien désabusé. Lisez les écrits célèbres des docteurs catholiques, les superbes mandements de leurs évêques, les sermons de leurs orateurs, leurs sublimes commentaires des Ecritures , la magnificence de leurs cantiques et de leurs prières , et ces admirables livres de dévotion et de morale, et vous verrez s'ils n'ont pas des idées aussi grandes, aussi élevées , aussi pures sur la religion intérieure que les nôtres, et peut-être bien davantage. Quant aux cérémonies et aux pratiques du culte extérieur, elles sont Texpression naturelle de la foi ; elles ont toutes un but et un sens moral pour for* tifier les bonnes habitudes et pour élever Tâme aux idées religieuses. Au reste, ce ne sont pas des choses absolument nécessaires : elles peuvent, ainsi que chez vous, varier selon les circonstances , et elle varient en effet comme des objets de pure discipline. S'il y en a trop chez les catholiques, trèscertainement il y en a trop peu chez les protestants , et j'aime encore mieux l'excès que le défaut du bien. Simple fidèle, ce n'est pas pas à moi à juger l'Eglise; quelle confusion ne régnerait-il pas si chacun voulait réformer à sa manière! Dans nos républiques, nos gouvernements tem* porels , tous les usages , toutes les formes ne me plaisent peut-être pas également, et cependant je suis obligé de m'y soumettre, de les suivre, si je veux rester membre de cette société.
« Vous croyez peut-être que la Bible suffit, qu'elle est la parole de Dieu et que chacun peut y puiser sa religion? Ah ! mes chers frères et sœurs, les catholiques connaissent la Bible aussi bien que nous ; ils la citent plus fréquemment , ils en recommandent la lecture aux fidèles , et surtout ils y croient avec une foi plus vive que la nôtre; enfin , il m'a toujours semblé qu'ils Texpliquent encore et qu'ils rappliquent
d'une manière bien plus élevée et plus spirituelle. C'est eux qui nous l*ont donnée , comme tout ce que nous avons encore de bon et de chrétien; sans TËglise catholique, nous n'aurions pas même la Bible ; c'est sur son témoignage que noqs croyons à sa divinité , son intégrité , son authenticité ; seulement elle pense et J'ai toujours cru que cela devait être ainsi , que , lorsqu'il s'élève des doutes ou des contestations sur le sens , c'est à l'Eglise seule à l'interpréter. La Bible est un livre ou une collection de livres saints de l'Eglise ou de la société chrétienne; mais elle n'est pas cette société ellemême, pas plus que les lois écrites ne forment à elles seules ce qu'on appelle un royaume temporel. Elles seraient une lettre morte sans Tesprit de cette autorité dont elles émanent et qui les vivifie. Le christianisme à existé avantla Bible, du moins avant le nouveau Testament. Où avez-vous jamais yu dans le monde une religion se propager et se conserver pure avec le secours d'un livre seul, que les uns ne lisent pas et que les autres comprennent mal , livré à l'interprétation arbitraire de chacun , sans sacerdoce et sans ministère ? Me sentez-vous pas que d'après ce principe on pourrait abolir aussi nos temples, nos pasteurs, nos écoles et nos catéchismes? Nous en voyons déjà les effets déplorables par la multitude de sectes bizarres et quelquefois même abominables qui désolent nos villes et nos campagnes ; sectes contre lesquelles il n'y a point de remède, d'après le prétendu droit de l'interprétation individuelle, et qui finiront par y détruire toute religion, pour produire de terribles bouleversements , ou par nous ramener forcément à l'unité catholique.
a Vous vous plaignez enfin que TEglise catholique vous condamne , qu'elle prétend que vous ne pouvez vous sauver hors d'elle. Ah 1 mes amis, que vous connaissez peu l'immense charité de cette bonne mère que nous avons si imprudemment abandonnée , bien plus pour notre malheur que pour le sien ! Elle ne condamne pas vos personnes , mais seu-
lement vos erreurs, ou les faux principes que Fon voub enseigne , tout comme le médecin ne condamne que la maladie, et non ie malade; elle ne vous hait point, elle vous aime; elle vous appelle ses frères , bien que séparés , tandis que vous ne donnez Jamais aux catholiques ce titre amical ; elle prie pour TOUS tous les Jours au pied deS autels ; elle géniit d'avoir perdu tant d'enfants qui lui sont chers, qu'elle voit livrés à tous les loups, c'est-à-dire à tous les faux docteurs, et prives de tant de moyens de sanctification. Toutes les sectes sont coiy urées contre elle, non par une foi commune, liiais par une haine commune; et c'est précisément ce qui m'a prouvé qu'elle devait être la véritable, parce que tontes les erreurs, même les plus opposées entre elles, S'accordent aussi en ce qu'elles baissent la vérité , ainsi que vous voyez de nos Jours totites les sectes politiques se diviser â l'infini par leurs constitutions bizarres et leurs pouvoirs factices ou usurpés, et ne se réunir que dans leur acharnement contre tout souverain naturel où légitime. L'Eglise catholique seule rend amour pour haine , bienfaits pour insultes ; elle fait dii bien même à ses ennemis ; elle soulage , elle con- 8de tous les infortunés, de quelque pays et de quelque croyance quils soient. Où avez- vous Jamais vu un véritable catholique qui vous ait fait du mal ? Pour moi , Je n'ien ai Jamais reçu que du bien dans tout le cours de ma vie, ei; il m'est impossible de haïr ceux qui m'aiment. Et s'il est permis de citer dès choses purement temporelles à l'appui d'une vérité générale ; Berne , notre patrie même , dans toutèS les crises de son existence, où a-t-elle trouvé des amis. Si ce n'est parmi ses anciens frères les catholiques ? Qui ^ au contraire^ lui a envié ce bonheur dont elle Jouissait autrefois ; qui a constamment cherché à lui nuire ; qui l'a abandonnée dans tous ses dangers ? Regardez autour de vous , Je ne vôos le dirai pas. Temporellement du moins, on ne se saute pas <n flottant à tout vent de doctrine , en h'ayant aucune
eroyance fixe et commane. Dans les guerres de ce monde, on ne se sauve pas , on ne remporte pas la victoire, si cha* cnn combat ou s'endort à son gré, si chacun veut commander et personne ne veut obéir. Il en est de même dans les guerres que nous livrons à Tenfer, c^est-à-dire aux puissances invisibles du mal et de Terreur. Quant au salut éternel , ce calme uni à la vie, dont le salut ou la santé de Tâme dans cette vie est la condition, l'image et le précurseur, si vous êtes de bonne foi , croyant sincèrement à la vérité de votre religion, chrétiens de cœur, et remplissant les devoirs que cette qualité Yoas impose, sans doute que Dieu n'impute point Terreur involontaire , l'erreur invincible. Mais moi , convaincu depuis douze ans que nous sommes dans la fausse voie , cer« tain que TEglise catholique est l'Eglise légitime et véritable , l'Eglise du Dien vivant , la colonne et le fondement de la vérité (Epit. à Timoth. , ch. 3, v. 15), ne devrais-Je pas, me condamner éternellement moi-même y si je ne m'y réunissais pas , surtout lorsque le doigt de Dieu m'y invite d'une manière si évidente? Je ne suis point assez téméraire pour juger de la miséricorde de Dieu dans une autre vie ; mais il me paraît démontré que, sans le retour sincère à la religion et à l'Eglise catholique , il y a peu ou point de salut sur la terre , et que c'est pour cela aussi que Jésus-Christ est venu l'établir.
a Pardonnez-moi , mes chers amis , cette longue effusion de mon cœur dans une affaire aussi importante. J'ai pensé qu'une profession de foi aussi sincère ne pourrait que toucher des âmes bien nées ; et y a-t-il de plus belles âmes que celles que le Ciel m'a accordées dans mes parents, dans mes frères et sœurs de sang et d'alliance? Jamais je ne pourrai lui en témoigner assez de reconnaissance. Consolez-vous , votre frère ne sera pas isolé , et le bras de Dieu le soutiendra. N'en doutez pas, nous vivons dans une des plus grandes crises du monde, et des événements incroyables vont se préparer.
Wê LA DhVINITÉ
Du miliea de ruines apparentes , et purifiée par le tttolhetir , FEglise antique et universelle se rélève plus sainte et plus majestueuse que jamais , après une longue et terrible per^cntion. Partout elle gagne des âmes, même sans adcnne protection des puissances temporelles. Une espèce dé jagemott général s'approche, et qui sait si ce n*est pas le dernier? Le monde est partagé entre des chrétiens unis au centré tommun du siège de saint Pierre d'an côté , et les impies on les ligues anti chrétiennes de l'autre. Ges deux partis dénis se combattent , parce que seuls ils sont organisés; nïais tout ce qu'il y a encore d'âmes honnêtes et religieuses parnti les protestants se rattachent d^à, et doivent se rattache^ plus on moins à leurs frères catholiques, sous peine que, va lear dispersion et le défaut d'une croyance commune j on ne les confonde avec l«6 ennemis du christianisme, et qu'on ne leur dise : D'où venez- vous? à qui tenez- vous ? je ne voas Connais pas. Aussi des milliers m'ont précédé , des milliers me saivront. Jamais les conversions n'ont été si fréquentes et si éclatantes que de nos jours. Vous en verrez des exemptes encore bien plus remarquables que le mien, et je pourrais vous en citer déjà de bien frappants dans toutes les classes, depuis les princes souverains et les savants de ce monde , jusqu'aux ouvriers et jusqu'aux ministres protestants eux-mêmes , tant en Angleterre qu'en Allemagne et en Suisse. Qui sait même si j'ai fait autre chose que de vous montrer le chemin? Entre croire et confesser, il y a bien peu de différence. Vous m'accordez le fond , pourquoi la forme vous blesserait-elle? Ah! laissez , laissez moi donc cette liberté de conscience que vous invoquez pour tous les autres : oui, je vaincrai votre répugnance, si tant est qu'elle existe ; je vous forcerai de ro'aimer malgré vous; je vous prouverai par ma conduite, si elle est sainte , la morale que m'impose cette antique religion de nos pères , à laquelle je suis retourné. Je serai meilleur BMu*i, meilleur père, meilleur frère; je remplirai tous mes
D£ ;ttâU^«H]tii^T. m
deroifs de Mdèté avec plas de scrnpale encore qu'auparavant. Ne me refusez dOdC pas votre àinltié , ce (|ui briserait mon.cœtir sans changer ma foi. J'ai prié pour ma femme; et de nombrèax chrétiens ont réuni leurs prières aux miennes. Dieu les exaucera, il l'assistera de sa grâce pour supporter les peines passagères que je lui cause, peut-être même poui* Icâ chbhger en éatîsfaction. Mais si elle était encore triste et désolée , je vous la recommande : soDgez qu'elle est votre sœur, la mère de mes enfants, la èompagne de ma vie; qu*elle a partagé avec moi bien plus de peines que de plaisirs. Ëntourez-la de votre amour , de vos tendres consolations ; versez du baume dans son cœur ; dites-lui que Je n'ai pas fait une mauvaise action, que vous in'aimez encore : alors le calme renaîtra, son courage se relèvera, et nous passerons ensemble des jours, sinon sans tribulation, dn moins pleins de douceur, d'union et de concorde. La Providence aussi aura soin de mes chers enfants ; j'espère leur léguer la bénédiction de Dieu et uii nom qni ne les laissera pas sans amis dans le monde. Quelques émotions salutaires, quelques exemples de la vertu souffrante où de Tinnocence persécutée ne feront que du bien à leur âme. Souvent j'ai craint pour eux cette prospérité non interrompue qui , trop communément , enfante et nourrit Torgueil , endurcit et dessèche le cœur. Enfin , mes chers frères et sœurs y s'il m'est permis de prier aussi pour moi ^ de vous conjurer , dans cette semaine sainte , par la charité de notre commun Sauveur Jésus-Christ, ne me laissez pas attendre la réponse à cette longue lettre , tire2^moi des mortelles inquiétudes qui ont troublé tout mon séjour ici. Dites-moi que la grande crise est passée , que vous me conservez votre affection , que ma femme aussi se soumet à la volonté de Dieu , que je peux venir vous embrasser et voler dans vos bras. Mais dussent d'autres souffrances m'être encore réservées ; dussiez-voas même , ce que je suis Ipin de penser , m'abandonner aussi et vous éloigner plus ou
2ia LÀ DIVINITÉ
moins de moi , Je ne vous en aimerai pas moins Jusqu'à mon dernier soupir, peut-être plus prochain qu'on ne le pense , vu Taffaiblissement de ma santé , causé par tant de travaux, par mon extrême sensibilité et par de continuelles émotions morales.
« Charles-Louis DE Hàllbb. b
« Paris, ce i3 avril xSai.
Cet excellent père , tout occupé de l'avenir religieux de ses enfants, faisait des vœux pour que Dieu daignât les éclairer. A la fin de 1 825 , il fut convenu avec sa famille qu'un mi-» nistre protestant et ensuite un prêtre catholique viendraient chez lui faire des conférences de controverse. M. Galland , ministre genevois , autrefois pasteur à Berne , et qui était venu à Paris pour diriger une école de missions protestantes formée par la Société Biblique, M. Galland vint pendant plusieurs semaines chez M. de Haller, qui assistait aux conférences , et qui, tout en laissant une entière latitude au ministre , faisait cependant des observations sur différents points de controverse, et força le ministre, par la simple lecture d'un catéchisme catholique , à rétracter des assertions hasardées contre sa doctrine. Quand ces conférences furent terminées , un prêtre catholique vint en faire d'une autre nature , et insista surtout sur les caractères de la véritable Église. Les occupations de cet ecclésiastique ne lui ayant pas permis de donner à seà instructions tout le développement que souhaitait la famille Haller , un ecclésiastique anglais qui se trouvait en France , M. l'abbé Kinsley, se chargea d'expliquer tout le catéchisme ; mais, avant même qu'il eût. commencé ses leçons , mademoiselle Cécile de Haller , jeune personne d'un esprit solide, et déjà depuis quelque temps bien disposée pour la religion <;atholique, se dé^slara haute**
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mbtit ; eDé lit 'son hbjuratioil le dimauche 91 mai 1836 , dans ta chapelle de rétablissemeDt de madame dé Pages , et, quelques semaines après , sa première communion & Sàint-Salpicë. Madaiiié de Hallel* , là mère, qiii assistait â cette cérémonie, eh fût touchée; elle n'avait pas été ]peil surprise la veille quand sa fille était venue lui demander à genoux sa bénédiction , démarche absolument inconnue che2 les protestanti. Le même Jour, 21 mai, une nièce de M. Haller, mademoiselle Mathilde d'Erlach^ issue d'une très-ancienne famille 9e Berne, et Agée de près de trente 'ans, annonça inopinément sa résolution d'être catholique et même de se faire religieuse ; il parait que ses propres lectures et ses réflexions loi avaiètit suggéré ce dessein qu'elle exécuta peu de jours après. Le 29 mai , elle entra au couvent du Sacré-Cœur , à Paris , pour y recevoir Tinstruction convenable , fit son abjuration le 25 Juin , et ; après aVoif été postulante pendant près de trois mois, prit le voile au mois d*abût suivant. Cependant rinstruction des fils de M. Haller continuait ; leur sœur y assistait malgré sa démarche : on ne saurait, disait-elle , être trop instruite. Le père n'avait point cru devoir se trouver à ces conférences , afin que ses enfants eussent plus de liberté de proposer leurs difficultés. Us s'instruisirent en ou* tre par des lectures solides. Le 1^' août, le plus jeune des fils, M. Albert de Haller, âgé de dix-hnit-ans. Jeune homme plein de droitiire et de botine fbi , décldra qu il était dé-, ddé à embrasser la religion catholique , et alla lui-même l'annoncer an ministre protestant dont il avait reçu les preniières leçons. Il fit son abJti^atioti et sa première communion le 10 août 1826 , en présence de toute sa famille. Quelques Jours après, il partit pour Berne avec ses parents, reçut la confirmation des mains de Monseigneur Tëvêqtie dé Fribourg, et Se rendit à Tiirin pour y entrer au service dans l'armée du roi de Sardaigtik Le fils aîné, M. Charles de Haller; âgé de dli-hetif ans , n'atalt éûctin priA aucune H-
solution ; il fit dans le même temps nn voyage en Angleterre avec M. Tabbé Kinsley , observa de près les sectes qai pullulent en Angleterre, et se décida pour l'Eglise univer« selle. Je veux être cbrétien, disait-il; mais où trouver le christianisme parmi tant d'opinions contradictoires? Il revint à Paris vers la fin d'octobre; une maladie grave, qu'il essuya au mois de novembre, à Juilly, Fobligea de suspendre Texécution de son projet. A peine rétabli , il fit son abjuration à Juilly le 31 décembre 1826 ; le lendemain, 1^ jan* vieril fit sa première communion à Paris, et le 10 janvier il reçut la confirmation des mains de Monseigneur Tarchevêque de Paris. Ainsi, tous les enfants de M. de Haller sont maintenant réunis dans le sein de l'église catholique ; leur mère, loin de s'opposer à ces démarches, les a au contraire approuvées , certaine qu'elles étaient le résultat d'une entière conviction. Elle a fini elle-même depuis par suivre leur exemple. M. Albert de Haller, étant allé faire sa théologie à Rome, est entré dans l'état ecclésiastique et se trouve maintenant curé d'une paroisse en Suisse.
An 1820 à 1826. — Mesdemoiselles Henriette et Lucie
M. —Voici comment l'ainée des deux raconte elle-même
la manière , pour ainsi dire miraculeuse , dont la divine Providence voulut la ramener à l'Eglise catholique :
« Je suis né en 1791, dans l'Ile de Jersey, de parents calvinistes , réfugiés français; bien que cette secte diffère de celle des anglicans , ils ne firent point de difficulté , tout en conservant quelques-unes des idées de Calvin , de se réunir à l'église établie; ce fut donc dans cette secte qu on m'éleva, c'est-à-dire qu'on me donna une liturgie , et qu*on m'envoya de temps en temps à l'église ; voilà, je crois , en quoi consiste l'éducation religieuse des protestants. Il est vrai que j'enten-
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dais soavent des personnes âgées dire qu'il y avait cinquante ans, on faisait le catéchisme dans l'église pour les enfants , nais de mon temps ce n'était plus la mode. J'ai entendu la fille d'un ministre protestant se servir de cette expression, en parlant du jeûne et de l'abstinence si expressément ordonnés dans la liturgie anglicane. Les ministres croient apparemment que les enfants de ce siècle ont trop d'esprit pour avoir besoin de leurs instructions, car, lorsqu'à quatorze ans Je me présentai avec une trentaine d'autres enfants pour 6tre examinée et admise au sacrement , le ministre Jugea à notre mine et prononça , sans nous faire aucune question , que nous étions parfaitement instruits.
a Je n'avais que six ans lorsque mes parents , qui désiraient que la langue française ne fût pas oubliée dans notre Aanllle , reçurent et établirent chez eux un ecclésiastique français et émigré, aussi respectable qu'instruit , et qui voulût bien se charger de notre éducation. Il avait obtenu sans difficulté la permission d'arranger une petite chapelle dans son appartement et d'y dire la messe, ce qu'il faisait tous les fours à huit heures. Plusieurs français émigrés y assistaient avec d'autant plus d'empressement qu'à cette époque il n'était point permis aux catholiques d'avoir une chapelle publi- ^e« J'avais un grand désir de savoir ce que c'était que la messe, la curiosité me poussa plus d'une fois à frapper doufïement à la porte dans l'espoir d'être admise , mais je fus renvoyée sans miséricorde ; ce que j'ai attribué depuis à la promesse que ce prêtre avait sans doute faite à mon père de ne lunis donner aucune idée de la religion catholique. Souvent Il s'élevait entre lui et mon père des discussions sur ce point j mais on ne nous permettait jamais d'y assister. J'avais douze ans lorsque cet ecclésiastique nous quitta. J'étais alors et je restai jusqu'à l'âge de quinze ans dans un état complet d'ignorance et d'indifférence en matière de religion.
« Ce fut à cette époque que Dieu permit que mademoiselle
9ie lA BivnnsÉ
de Marta^ge vtat 4 Jersey poi^r f établir sa santé al^^par le chagrin que lui avait causé la mort de son cçspectable père ; elle vi^t voir ma famille et j'eus le bonheur d'attirer sou attention d'une panière particulière. !^llQa^a même jusqu'à proposer à mes paifents de finir mo^ éducatf^n en me dounant les talents d'agrément qui me manquaient , et qu'elle^ possédait el|e même. Cette proposition fut reçue avec d'autant plus de joie et de reoonnaissai^ce qu-e^e çq^mbjait les vœux de ipeç parents qui s'affliges^ient toy; les Jours qcje la privation de bons maîtres les empêchât de n^e donner une éducation complète. Ils virent donc avec p\aisir naître et 9'aocroitre mon attachement povir celle qui, depuis vingt axk^j m'a tenu lie^ de mère et que je nommerai n^a t^te puisqu'elle m'a pçirmis de lui donner ce dou;^ noo;^. J[^ d^çoi^vris bientôt toutes les qualités qui la distinguent , et je l'aiinai avec cet enthousiasme qç'pn éprQuve à quina;e ans pour urne l^rsonne qui vous inspire à \^ fois tendresse , çatin^e çt admiration... Les. soiqs. assidus qu'elle se 4oni^9it pçjur {o^ro^er mon cœur et mon esprit, élevaient mon âme e^ me donnaient un désir extrême de l'imiter. Ces sentiments ^e donnèrent aucun ombrage à mes parents , qui l'aimaient et la respectaient autant que ipçioi, et, quoiqu'ils sussent qu'elle était oat^olique très-zélée , pieu sans doute ne perpiit pas qu'ils eu&sent alors la moindre crainte de son influence s\ir moi. J'allais tous les jours chez elle; elle me quittait souvent pour aller à la chapelle. Cette régularité commença à m'étonner. Elle me demanda un dimanche si je ne comptais pas y aller de mon côté. Assez embarrassée à cette question inattendue, je répondis affirmativement , et j'y allai , quoique je n'eu eusse pas eu l'intention , ou plutôt , à dire vrai , quoique Je n'y eusse pas seulement pensé. Cette question si simple de mon amie excita dans mon cœur un sentiment pénible causé par la crainte seule de perdre son estime, et je formai la résolution d'être plus régulière à me rendre au temple. Q^el-
que temps après, c^était, Je crois, le Jour de ]a Toussaint, je vis mon amie se disposer à aller à Toffiee par un temps éponvantable ; je lui en témoignai ma surprise et l'engageai à rester. « Je ne puis , me répondit-elle; c'est un devoir et une oblig^ton pour moi. » Elle me quitta, et Je restai d'autant plus frappée de cette réponse , que dans plusieurs occasions elle m*avait donné pour principe que nous ne devions Jamais, par quelque considération que ce fût, transiger avec un devoir. C'est de ce moment que date le réveil de mon âme Je fus toute la journée occupée de cette pensée , que , puisque c^était un devoir pour elle d'aller à Téglise , ce devait en être un pour moi. Mon amie , qui voyait clairement mon ignorance absolue , s'était contentée Jusque-là de me donner les premières notions delà religion, en me prouvant Texistence de Dieu , sa puissance, sa grandeur et sa bonté infinie. Nous avions lu ensemble les premiers chapitres de la Consolation du chrétien^ où se trouvent les preuves de la révélation ; toutes ces idées revinrent dans ma tête; je sentis mon ignorance et Je formai sur-le-champ la résolution de m'instruire sur un point dont je sentais enfin toute Timportance. Mais à qui s'adresser? Il me fallait un guide, et Je ne puis encore m'expllquer comment ni pourquoi Je n'eus pas alors la pensée d'ouvrir mon cœur à celle qui possédait toute ma confiance. Il me semble à présent que rien n'eut été plus simple. Mon attachement excessif pour elle et la certitude que j'avais de sou instruction devaient m'assurer qu'elle étaitplus que personne en état de mlnstruire sur ce point, comme elle le faisait sur tous les autres. Dieu sans doute n'a pasper«> mis que J'eusse sitôt cette consolation.
a Ce fut à mes parents que je m'adressai : ils me renvoyèrent à la Bible et à la liturgie. Je fus dans la bibliothèque et j'y découvris une vieille Bible in-folio, imprimée sans doute du temps de Calvin. La grosseur de ce livre m'épouvanta d'abord ; mais , décidée à trouver la vérité , je vain-