‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 14 sur 39 · II · texte numérisé non relu

II

S|^ l'A DIVINITÉ

rer que ceux à qui il s'adressait connaissaient le texte aussi

bien que lui.

An 1825. — Le duc et la duchesse d'AnhaU'€!œiken, La >^. maison d'Anhalt est partagée en trois branches principales, Aubalt-Dessau, ADhalt-BerDl)ourg et Anhalt-Ciœthep. Le dqç d'Anhalt-Gœthen , Frédéric-Ferdinand , né le 25 juin 1761), n est devenu duc régnant en 1818; veuf en 1803 d'une princesse de Holstein-Becl^ , il a épousé en 1816, Julie, comtesse de Brandel)ourg , née en 1793. Ce prince passa une partie • de Tannée 1825 à Paris avec la duchesse son ^use, et ils y assistèrent l'un et Tautre à différentes cérémonies religieuseis. Il paraît que le duc méditait depuis longtemps la démarche qu'il a faite; il voulut avoir des entretiens sur la religion avec des ecclésiastiques et des laïques instruits. D^'a an gentilhomme de la maison du prince, M. Albert de Haxa, secrétaire du cabinet et conseiller de légation , avait fait son abjuration à Paris, le 5 juillet 1825, et donnait depuis Fexemple d'une piété aussi éclairée que soutenue. Le prince lui-même prononça son abjuration à Paris , le 24 octobre même année, entre les mains de M. l'archevêque; la duchesse a imité son mari. Etant rentré dans ses états, il annonça publiquement à ses sujets, par la proclamation suivante, son retour dans le sein de FËglise catholique :

« Nous , Frédéric-Ferdinand , par la grâce de Dieu , due /égnant et souverain d'Anhalt, duc de Saxe, d'Engern et de Westphalie, etc, énonçant à tous et à chacun de nos vassaux, seigneurs, magistrats, maires, communes de villes et de villages , et à tous nos sujets de Tordre ecclésiastique et séculier, notre salut, leur faisons part que, le 24 octobre de Tannée passée, nous et notre épouse bien- aimée, S. A. R. Julie , duchesse d'Anhalt , sommes retournés dans le sein de TËglise catholique , apostolique et romaine.

« Nouf y Joignons la déclaration que nous conserverons it protégerons, comme nous l'avons fait jusqu'ici, les droite Il les libertés de nos sujets protestants ; et que nous ne cesnrons pas de porter tous nos soins à faire prospérer le bon- (leor et le salut de notre pays.

« Noqs voulons aussi , par ces présentes et par nos fer- TOites prières quotidiennes, recommander très-humblement, ^tjm çt nos sqjets fidèles à la grâce de Dieu , le guide et le jroteeteur des princes et des peuples.

« Donné dans notre résidence, à Cœthen, le 13 janvier 1816 , après la naissance de Jésus-Christ Notre-Seigneur, et 4d notre règne le huitième.

« Signé Febdinànd. »

Cette déclaration du prince excita d'abord quelques clanears parmi les protestants y la régence et le consistoire s'a-* Tifièrent , quelques jours après , d'écrire au duc pour lui demanâter par quel tribunal seraient exercés à l'avenir les droits pontificaux et épiscopaux (papalia et episcopaliaj , ainsi que Ton parle en Allemagne, sur l'église protestante, le dne ne pouvant, disait-on, conserver ces droits. Le prince manda chez lui les membres de la régence et du consistoire : il leur témoigna son étonnement de leur démarche , et leur dit que sa conversion ne pouvait altérer en rien ses droits comme souverain. Comment , eu effet , ceux qui ne reconnaissent aucune autorité en fait de religion , qui rejettent le Pi^^et les évéques, pourraient-ils s'attribuer les droits du Pape et des évéques , et donner à des laïques ce qu'ils refu- ^t aux premiers pasteurs ? Comment, tandis que tant d'antres princes protestants tiennent TEglise catholique sous le foug, tandis que dans un royaume voisin on la laisse sans évéques^ on supprime ses écoles; comment, dis-je, un souverain catholique serait-il privé d'exercer quelque influence

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sur la oommonauté protestante ? Le duc d'Anhalt déduisit ses observations aux membres présents , qui se soumirent de bonne grâce, en ajoutant que, puisque le prince le croyait ainsii tout était terminé. Alors commença, en présence du duc, un entretien où Ton parla même du dogme. Un ministre ayant voulu soutenir que Féglise protestante n'avait pas de d(^mes moins fixes que l'Eglise catholique, il se trouva qo*après avoir énoncé un dogme de cette nature , les ministres présents réclamèrent : de là une altercation entre eux, et cliacun eut une image de la confusion et de la discorde qui régnent parmi les protestants sur des points essentiels. Le duc d'Anhalt laissa MM. du consistoire disputer pendant quelque temps, puis ne put s'empêcher de leur dire avec douceur que tout en parlant d'unité et de fixité, ils venaient, dans une très-petite réunion, d'exprimer quatre opinions différentes sur un seul point. Depuis, le prince a nommé sans contradiction un nouveau superintendant ou chef du consistoire. Ses plus proches parents continuent à lui montrer le même attachement, et leur union n'a pas été altérée.

Toutefois, les contradictions n'ont pas manqué. Les mêmes écrivains et journaux protestants, qui avaient attaqué et injurié M. de Halier lors de son retour à l'Eglise catholique, attaquèrent aussi et injurièrent impunément le duc et la duchesse d'Anhalt. Les gazettes d'Allemagne ont même publié une lettre assez longue du roi de Prusse à la duchesse sa sœur. On a été étonné de cette lettre de la part d'un prince qui compte parmi les catholiques près de la moitié de ses sujets. Le roi n'aime pas, dit-on, que l'on change de religion,* mais sa seconde femme n'a-t-elle pas récemment embrassé le protestantisme? Des princesses prussiennes n'ont-eiles pas, à l'occasion de leur mariage, adopté la communion russe? Le roi trouve donc bon que l'on change de religion par politique, et il blâmerait ceux qui en changent par conviction ! Il a consenti qu'à cause d'une grande alliance , ses filles en-

j(rafl^fait dans une église dont les rits sont fort éloignés du protestantisme : comment pourrait-il s'affliger de voir sa sœur fevenir à un culte qui fut celui de ses ancêtres ?

Tous ces mouvements du protestantisme n'empêchent point Je duc de soutenir son éclatante conversion avec une fermeté et une sagesse imperturbables. D'ailleurs, malgré toutes les .^léclamations des feuilles protestantes , ses sujets sont loin de ]pi retirer leur attachement; ils ont voulu contribuer euxmêmes à la construction de Téglise catholique que le duc élève à Gœthen. Les laboureurs amènent les matériaux , les artistes fournissent la main-d'œuvre; par exemple, Tun s'est chargé d'élever les deux petits autels en beau marbre ; d'au- ,|reS| de faire à leurs frais la grande porte de l'église, etc. ; tout cela de leur plein gré et sans aucune rétribution. D'un flQtre côté, notre saint Père le Pape Léon XII lui envoya , l'année dernière , comme témoignage de son intérêt et de son .ffitection paternelle , deux beaux tableaux représentant la Mère de Dieu, deux statues en argent des saints apôtres Pierre et Paul , et une croix d'argent dans laquelle est enchâssé un morceau de la vraie croix. Jusqu'alors , il n'y a guère qu'une cinquantaine de catholiques à Gœthen. L'ecclésiastique qui les dirige est distingué par son mérite; il a formé une petite école , et son zèle et sa charité ne pourront qu'éteqdre son troupeau. Il fait les oMces dans la chapelle du duc, qui peut contenir trois à quatre cents personnes. Les protestants y viennent et écoutent attentivement les instructions du prêtre , tout étonnés sans doute de n'y point trouver ce qu'on leur avait peint comme l'essence de la religion catholique.

Le duc d'Anhalt est mort depuis sans enfants et a eu pour successeur son frère, qui, sans être catholique, ne se montre pas néanmoins hostile à cette religion ; en sorte que le bien commencé se soutient.

An 1895. — Une des conversions les pins remarquables de ce pays est celle de M. Pierre de JùuXy ancien pasteur de Genève , puis président du consistoire protestant de Nantes. Il ne se déclara ouvertement catholique qu'en 1825, quelque temps avant sa mort , mais il Tétait de cœur depuis longtemps. Un des grands motifs qui le ramenèrent à Tanclenne Eglise , était la confusion où il voyait tomber la réforme protestante : plas de croyance certaine sur rien à Genève même, les pasteurs évitaient de parler du péché originel et de la divinité de Jésus-Christ. Pour s'opposer à ce torrent de l'indifférence , Pierre de Joux publia , Tan 1 803 , un ouvrage en 4 vol. (Prédication, du Christianisme) y où il soutenait avec force les vérités de la foi que les premiers protestants croyaient comme les catholiques, mais que leurs descendants abandonnaient successivement pour aller se perdre dans le déisme et l'incrédulité. Dans cet ouvrage , il disait déjà : « C'est l'orthodoxie pure et simple qui a aligné toutes mes opinions et régularisé toute ma croyance; c'est l'évangile, en un mot, tel que l'a entendu jusqu'à ce jour L'uNivEBSixiTs des chrétiens. » Son zèle pour l'ancienne croyance et contre les erreurs nouvelles était si connu que ses confrères les pasteurs de Genève lui offrirent trente louis par année , tant qu'il n'occuperait point de place ni ne prêcherait dans leur canton, dans la crainte qu'il ne prêchât avec trop d'ardeur la divinité de Jésus-Christ. En 1813 , dans une circonstance où il s'agissait de conversion , il dit encore : « Pour moi, je blâmerais un catholique qui se ferait protestant , parce qu'il n'est pas permis à celui qui a le plus de chercher le moins; mais je ne saurais blâmer un protestant qui se ferait catholique , parce qu'il est bien permis à celui qui a le moins de chercher le plus. »

Un autre motif qui le ramenait vers l'ancienne foi était de voir que le protestantisme ne tendait pas moins à bouleverser les royaumes et les empires que l'Eglise. « J'ai reconnu , dit-

il dans la préface d'un antre de ses onvrages, que la ré\;o- Jution religieuse du seizième siècle est la cause principale du bouleiiersement politique qui a éclaté en 1789. Je suis con* vaincu, en un mot, que l'esprit du protestantisme , essentiellement ami des nouveautés, de Tindépendance et de la liberté des opinions en matière de foi et de gouvernement , a produit la révolution française, le plus vaste système de destraction de lk)rdre social qui ait été offert au monde épouvanté, et dont un concours inouï de coujouctures, sur lequel est empreint le doigt de Dieu, a pu seul nous délivrer. >•

Surpris de la fatale désunion qui sépare les catholiques et les protestants, bien plus affligé encore de rencontrer une multitude de personnes qui ne tenaient à aucune religion quelconque , Pierre de Joux crut en trouver une cause dans les libelles impies que les sophistes du dix-huitième siècle avaient répandus contre le clergé , surtout contre les successeurs de saint Pierre, contre le culte romain, l&s cénobites d'Italie et Tordre sacerdotal. « C'est par le centre même de la catholicité , dit-il, que ces esprits menteurs commencèrent leur œuvre de ténèbres. D'inûdèles voyageurs travestirent les ministres des autels ; les Pontifes les plus dignes de vénération , Pie VI et Pie VII , ne furent point à Tabri de leurs calomnies. Ils n'ignoraient pas, ces hommes pervers, qu'en infectant de leur venin contagieux les sources d'où la religion se répand dans les âmes, ils inspiraient pour elle de l'indifférence ou de l'aversion. La plupart des relations de voyages en Italie , qu'ils publièrent, fourmillent de mensonges; elles ne furent faites que pour avilir les prêtres, pour tourner les ordres monastiques en dérision, pour représenter comme des habitudes puériles et superstitieuses les saintes pratiques qui alimentent la dévotion. » Pour être plus en état de réfuter ces mensonges et ces calomnies, et hâter par là le retour des protestants à l'ancienne Eglise, ce qui était l'ob*

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jet de tous ses vœux , il fit en la société d*un Jeune lord anglais UD second voyage en Italie. Ils partirent vers le commencement de 1816. De Joux observait soigneusement lo usages et la discipline du clergé, visitait les églises et les couvents , assistait aux cérémonies , étudiait les dogmes et s'informait de tout ce qui pouvait éclaircir ses doutes. A son retour d'Italie , il se retira eu Ecosse et y rédigea ses obser vations en forme de lettres. Enfin , toujours pressé par une voix intérieure qui l'appelait dans le sein de TEgiise véritable , il revint sur le continent et se décida à franchir un pas difficile. Il ût son abjuration le 11 octobre 1825 , entre la mains de Monseigneur l'archevêque de Paris, tomba malade peu après, et mourut le 29 octobre dans les sentiments les plus édifiants. Une fille estimable, qui était venu lui donner ses soins , l'assista dans ses derniers moments.

Ses Lettres sur l'Italie s*imprimaient quand la mort est venue le surprendre. Il est curieux d'y voir un président de consistoire protestant, un ancien pasteur de Genève , Justifier l'Eglise romaine de tous les reproches qu'on lui a faits, et l'en justifier, non-seulement par son propre témoignage, mais encore par le témoignage d'un grand nombre de protestants célèbres , la plupart ministres. Voici comme le fameux Mosheim y dépeint la tolérance du chef de la réforme :

« L'inflexibilité de Luther et la manière rigoureuse dont il traita ceux qui avaient le malheur de croire plus que Inl sur un point et moins sur un autre, qui ne suivaient pas exactement toutes ses opinions ou qui s'écartaient de la ligne étroite qu'il avait tracée, occasionnèrent sur le continent européen , durant la plus grande partie du seizième siècle, d'horribles calamités ; et des milliers d'innocents périrent pour avoir professé une autre doctrine que la sienne.

a Après avoir sacrifié son repos, consacré sa vie entière à établir le principe erroné, que chacun a droit d'interpréter à son gré l'Ecriture sainte et de suivre son propre jugement en

matière de foi, Lather voulut que tous ceux qui embrasseraient sa cause se soumissent sans restriction au système immoral et dangereux qu'il créa sur le fatalisme , la prédestination et l'efficacité de la foi sans les œuvres. Il porta Faveoglement, la violence et l'obstination à cet égard , jusqu'à rejeter sur ce point si important l'autorité des pères de FËgUse , celle des conciles universels , et , bien plus encore , le témoignage exprès de l'un des apôtres , qui s'éleva contre eette pernicieuse opinion. Il poussa l'opiniâtreté, l'extravagance et l'impiété jusqu'à déclarer que l'épître de saint Jac- 9MS, où il est dit positivement, où il est démontré d'une manière admirable que les bonnes œuvres doivent être unies à lafoi^ et que celles-ci ne sont rien sans elle, n^est qu^un litre de paille.

Dans la cinquième lettre , pour justifier l'usage où est TE- 1^ romaine de célébrer une partie du culte en une ancienne langue, il cite les paroles que lui disait un ministre de l'Elise anglicane, qui, comme lui, avait voyagé en Italie: > U n'est aucun livre de prières , aucun psautier latin , aucun recueil d'hymnes et de cantiques, qui n'ait en regard h traduction en Italien, le plus souvent d'un style si mélodtenx , si simple et si énergique , qu'on ne peut , à cette lecture, s'empêcher d'être- attendri. Chaque soir, lorsque j'asilstais aux vêpres, je me sentais pénétré d'un sentiment irréllstlble de reconnaissance envers la Divinité ; à mon lever. Je sentais le besoin d'aller aux matines renouveler en moi cette heureuse impression qui me rendait supérieur aux chagrins du reste de la journée. A Milan, à Naples, à Vérone , r lorsque je n'avais pas sur moi mes Heures , je parcourais le ^Ihfre de prières des personnes assises auprès de moi ; J'avais la consolation de suivre les paroles saintes mises sous mes Jeux en pur italien. Je voyais couler de bien douces larmes lorsque l'hymne harmonieuse s'élevait au Ciel , et je goûtais ^Ic bonheur d'en répandre. Je me sentais entraîné, je respirais 11. 15

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dans une atmosphère céleste , et toutes mes préventions, tooa les préjugés de mon éducation protestante, cédaient à l'ascendant supérieur de la charité, de la miséricorde et de Tamour. »

Dans la lettre Yir, il rappelle quelles impressions des milliers de protestants , presque tous Anglais , avaient éprouvées en assistant avec lui à Rome aux solennités de Pâques. « Jamais, me disaient-ils, des .spectateurs réunis de toutes les nations , pris dans tous les ordres de la société et dans les deux sexes , n'ont été plus vivement émus ; jamais aussi aucune cérémonie religieuse n'a été plus propre à frapper les sens , à remuer l'âme , à imposer à Tesprit le plus indépendant , que celle où le souverain Pontife, ouvrant les bras vers le peuple, qui priait et adorait en silence, invoqua le Très- Haut avec tant de ferveur et d'humilité , en faveur de Rome et de l'univers , prononçant à haute voix cette énergique et ancienne prière : Urbi et orbiy donnant ensuite la bénédiction, du haut du balcon de l'église de Saint* Pierre, à la multitude immense qui remplissait cette spacieuse et magnifique enceinte. Le Pape laissa , même dans les cœurs les plus indifférents, les plus prévenus d'opinions défavorables au culte catholique, une impression profonde de piété, une émotion douce et religieuse et une telle admiration pour un culte si majestueux, qu'il n'y avait pas jusqu'aux prétendus esprits forts qui ne dissent alors , comme disait autrefois Hérode à saint Paul : « Tu me persuaderais presque d'être chrétien, »

Voici comment , dans la lettre suivante, il parle du gouvernement de Rome : « On sait que le plus pauvre des plébéiens peut parvenir au cardinalat, c'est-à-dire à la dignité de prince de l'Eglise : antique et touchante conformité qui se conserve entre les premiers apôtres et leurs successeurs. L'humilité est encore essentiellement le caractère de ceux-ci; ils peuvent être choisis entre les hommes les plus obscurs pour occuper

DE JéSOS^GHEIST. ttlT

les plus hautes dignités ; c'est la vert» sente, ce sont les talents, c'est le mérite, rintelligence qui assignent les rangs et les places dans TËglise chrétienne. Tout Italien, tout citoyen de Rome, que dis-je? tout étranger même, quelque pauvre qu'il soit, peut arriver au pontificat. Pour confondre toute distinction mondaine , tout orgueil qui viendrait d'une illustre origine , il doit être donné au Pape nouvelleoàent élu un nouveau nom ; Il ne se glorifie plus de la noblesse de ses itncêtres, et le seul titre d'élévation qui le distingue comme chef visible de l'Eglise, exprime uniquement la perfection à laquelle il doit sans cesse aspirer pour être digne de représenter sur la terre le chef adorable et invisible ; les nations et les rois appellent le souverain pontife Sa Sainteté, n Yeut-on savoir quelle impression la vue du Pape fit sur cet ancien pasteur de Genève ? qu'on écoute ce qu'il en dit dans sa lettre dix-sept : « Entrez dans ces vastes et magnifiques palais, lé Qoirinal, le Vatican, la Yilla-Gandolfo sur le mont Saint- Albe ; traversez ces appartements, où brille plus de magnificence peut-être que chez les plus grands monarques de Funivers ; pénétrez au-delà du vestibule, vous serez reçu dans Tantichambre de Sa Sainteté par un prélat revêtu des habits pontificaux, décoré de la pourpre, et faisant l'office d'introducteur. —Vous cherchez un potentat superbe , et vous redoutez la présentation.... La porte s'ouvre , et votre cœur se rassure ; vous découvrez un vieillard courbé sous le poids de ses travaux et de sa dignité , affaibli par les macérations et par l'abstinence , assis sur un fauteuil , ayant une table devant lui,' dans une chambre meublée simplement comme celle d'un religieux ; ne craignez pas de vous prosterner en le saluant par trois fois, selon l'usage de l'Eglise orientale qui s'est transmis en Europe ; vous poserez avec respect vos lèvres sur la croix brodée au-dessus de sa pantoufle ; il vous tendra la main pour vous relever ; il s'entretiendra avec vous , comme un père tendre avec le fito qu'il

aime, et ne voas laissera point aller qa*il ne vons ait béd; il vous priera même d'accepter an don qoelconqne comme un gage de souvenir. — Voilà Thomme , lliomme de l'Efan' gile,et la ressemblance terrestre da divin chef que nous devons imiter. »

Voulons-nous savoir quels sont les plaisirs et les occopilions du chef de TEgiise? écoutons encore M. de Joni. « Tandis que les monarques , leurs ministres et leurs conseillers , que dis-Je ? tous les hommes quelconques , Jouissent régulièrement de quelques heures de récréation après les travaux pénibles du jour... le monarque spirituel se voit absolument privé de toutes ces jouissances ; le repas, pourhd seul , ne saurait être une récréation ; il est solitaire, court et frugal. Depuis Tintervention du concile de Trente, qui pénétra dans le sanctuaire du palais pontifical , et qui prescrMt au chef de TEglise une perpétuelle abstinence, le pape mange seul ; le silence des clottres préside à sa table , à laquelle pe^ sonne n*est admis. Après avoir consacré le matin tout entier au service divin , à l'administration des affaires publiques, au travail qu'il fait en commun avec les ministres d'état, î visite une église , un hôpital ; c'est là son unique récréation En un mot, les pratiques de la dévotion et les soins continuel! du gouvernement occupent tour à tour les heures du prine( et du pontife. Quelque honnêtes que soient ses goût^ il m peut les satisfaire , et ses moments de loisir sont consacrés I la méditation , ou à la promenade qu'il fait chaque jour dan: les allées de son jardin.

« Une chose, entre autres, qui fait tant déplaisir àl plupart des hommes , et qui semble les consoler des peine et de l'ennui d'une vie uniforme , c'est le changement d vêtements, dont la forme et la couleur varient suivant le différentes saisons ou suivant les caprices de la mode ; 1 pape porte toujours le même costume ; il est vêtu de blanc symbole d'innocence et de pureté. »

DE JÉSUS-CHRIST. a5r

Tel est la portrait qu^un ministre protestant nous trace de la vie d'un pape, de ce monarque spirituel^ dont un autre protestant , Edmond Burke , disait au parlement d'Angleterre : « Comme prince temporel , le pape est l'égal de tous les souverains en dignité ; mais si Ton ajoute à ce titre celui de chef suprême du christianisme, il n'a plus d'é* gai. n

. An 1 B26.-^Jean'Daniel Toum^ jeune Vaudois , fils dusyndie ou maire de la paroisse mixte de Rora. — Son*abjuration fut lieu le jour de Pâques, après vêpres, dans l'église cathédrale , en présence des évêques de Moustier et de Maurienne, qui se trouvaient alors à Pignerol. Le concours des fidèles ^toit très-considérable. Monseigneur l'évêque de Pignerol , assisté de ses deux collègues et de tout son clergé , a reçu Fabjnration du jeune Tourn , qui s'est présenté avec un air touchant de modestie et de piété. Quelques jours après, ce Jeune homme a exposé à son père les motifs de sa conversion dans une lettre datée du 5 avril, et qui a pour titre : Jjettre de M, Jean-Daniel Tourn à son père sur les motifs €fe son retour à la religion catholique, Mous en citerons les jassages suivants :

« J'entends d'ici , mon cher père , ce que vous me répondez : « As-tu donc plus de connaissances en religion que tous < nous autres Vaudois , tes parents et tous nos ministres , « pour abjurer ainsi notre croyance ? »» Non , mon cher père, J^ n'ai pas autant de connaissances que tout ce monde , mais f en ai incontestablement acquis de meilleures. Et d'abord , s'il fallait opposer nombre à nombre , ah I mon père , que sont quinze à vingt mille Vaudois devant tant de millions de catholiques , et que sont vos ministres comparés à tous les évêques et à tous les docteurs de la catholicité ? Vraiment, s'il ne s'agissait pas d^une chose aussi sérieuse, on aurait en*

vie de rire d'une telle comparaison. Il ne vous servirait de rien , pour augmenter votre nombre, de me citer tons les protestants du monde; car, outre que leur nombre serait toujours infiniment moindre, vous seriez toujours obligé de vous en tenir aux seuls Yaudois pour que votre raisonnement eût quelque poids auprès de moi. N*est-ce pas vous, mon cber père, qui m'avez dit plusieurs fois , en voyant la difficulté de répondre aux arguments invincibles que les catholiques font contre les protestants : « Oh ! ça ne nous regarde « pas , nous autres Yaudois ; nous sommes plus anciens que « tous les'aotres protestants , et nous ne devons pas répon- « dre de leurs erreurs, s'ils en ont. d Et, en effet, mon

cher père, d'après tout ce que J'ai pu voir et lire, il ra*est bien démontré que noire foi vauâmse diffère infiniment de layo» genevoise et de tant d'autres que je pourrais citer sans avoir même un grand mérite d'érudition ; car il est difficile de faire un pas à travers le sol protestant sans rencontrer plusieurs variations dans la foi qui devrait être une et commune à tous. Ma conscience inquiète et mon imagination active étaient vraiment suppliciées avant ma conversion , en voyant cette diversité inconcevable d'opinions dans une ehose aussi essentielle que la religion ; J'étais tenté alors d*accuser le Christ d'^imprévoyance , d'avoir ainsi abandonné à tout vent de doctrine j contre la promesse de saint Paul , TËglise que Je croyais la sienne ;> mais combien mon âme a été soulagée quand J'ai pu enfin trouver chez les catholiques cette unité et universalité de foi dont j'avais tant besoin pour dissiper mes doutes et épuiser les tourments de mon inquiétude I Ce qui m'a aussi parfaitement soulagé de mes pénibles incertitudes, c'est d'avoir enfin trouvé une autorité légitime pour juger les controverses en matière de foi: je comprenais assez , ou même Je ne comprenais que trop pour mon supplice 9 qu'il y avait impossibilité radicale et absolue d'arrêter une erreur nouvelle chez les protestants , diacun

étant le mattre de lire et d'interpréter la sainte Bible , et aucun ministre, ni en particalier, ni réani à ses confrères, n'ayant le droit de m'imposer une croyance que Je ne trou- Terai pas dans la Bible , qai me semblera peut-être dire tout le contraire. Mais quand j'ai pu contempler le divin tribunal de l'Eglise catholique , l'autorité incontestable de son chef, à qui il a été ordonné de paitre, c'est-à-dire d'instruire tout le troupeau, pasteurs et brebis , et de confirmer ou affermir dans la foi tous ses frères qui peuvent par conséquent chanceler quand ils sont seuls, mais qui sont infaillibles quand ils sont unis (J'ai In tout cela dans notre Bible française, mon cher père, vous l'avez lu vous-même , et Je suis prêt à le montrer à tout Yaudois qui voudra s'instruire ) ; oui , quand J'ai pu entrevoir cet admirable édiÛce de l'Eglise catholique, oh I que je me suis trouvé à l'aise; J'ai pu respi rer enfin librement comme un homme qui sort de prison pour entrer dans un vaste et magnifique palais ; ma foi a pris dès. fOrs un tel caractère de certitude, et elle a imprimé une si forte conyiction à mon esprit , qu'il me semble qu'avec la grâce de Dieu Je donnerais tout mon sang pour en attester la vérité ! Et quand Je songe qu'en quelque coin du monde que je puisse être porté , partout Je trouverai , entre catholiques , une croyance parfaitement semblable à la mienne et sans la plus petite nuance de yariété dans toutes les yérités qu'elle enseigne comme étant de foi , Je ne saurais dire combien cette pensée me ravit , et quel sentiment profond de bonheur elle fait goûter à mon âme. Oh ! oui, mon cher père , c'est en rentrant dans l'ordre que Je sens toutes les douceurs d'une vraie liberté. Et Jamais Je n'ai été plus esclave que tandis que J*étais livré à ma seule raison , qui ne m'offrait partout qu'obscurité et contradiction ; car Je vous avoue que Je n'étais nullement disposé à croire sur parole le ministre de chaque paroisse protestante ; que, d'un autre côté, rinçaffisance de l'esprit particulier m'était démontrée, tan-

dis que je comprends parfaitement qae rien n'est plus raisonnable ni plus évangélique que de croire à V Eglise univer* selle , qui a le droit d'enseigner et de terminer toute dispute en matière de croyance. <2u'il me semble fort celui qui peut dire : Ma foi est absolument et de tous points la môme que celle de quatre ou cinq cents évéques et de leur chef, de plus de soixante millions d'hommes , parmi lesquels il y en a au moins cinquante mille très-instruits et très-savants; et toute cette immensité possède partout une même profession de fol dans tous ses articles I Si j'ajoute à cela que cette profession de foi est celle de dix-huit siècles , ô mon père , Dieu serait l'auteur de mon erreur si ce n'étaient pas là les caractères de la vérité I Ne soyez donc pas étonné si j'ai abandonné les citernes percées des protestants , qui ne peuvent pas retenirles eaux y c'est-à-dire leurs doctrines incertaines^ pour venir m'abreuver aux fontaines toujours abondantes et toujours pleines de l'Ëglise catholique, c'est-à-dire à une doctrine fixe, permanente et universelle.

« Je veux encore vous dire , mon cher père , ce qui a préparé mon retour à la seule véritable religion : c'est l'exemple de tant de personnages savants et distingués par* mi les protestants qui, depuis quelques années, rentrent dans Vunité catholique', la liste n'en finit pas, car elle se grossit chaque jour, et le prince d'Anhalt comme le juge au tribunal de Nfmes, qui se sont récemment convertis, n'ont pas fermé après eux la porte par où Ton entre dans la maison paternelle de tous les vrais chrétiens. Quand je comparais ces conversions illustres a la défection de quelques catholiques apostats, dont les protestants ont presque vergogne de citer les noms, tant ils sont obscurs ou peu nombreux, les doutes alors s'accumulaient dans mon esprit, et ma conscience m'a porté à réfléchir sur les motifs qui ont pu amener de pareils changements ; il m'a été impossible d'y apercevoir ni ^amou^propre , ni l'intérêt , ni Tambition , ces

trois grands mobiles des actions humaines. Dès-lors j*ai jugé «lae la conviction seule avait déterminé ces âmes droites à la démarche qu'elles ont faite , et , sans être distingué dans le monde comme tous ces hommes respectables , le désir de mon salut m'a décidé à les imiter ; J'y ai même été porté par Fextrême et inconcevable injustice avec laquelle ils ont été traités par leurs anciens coreligionnaires. J'avais lu dans TEvangile qu'on était coupable en disant /oti à son prochain, et voilà que nos ministres ne cessaient de répéter à chaque conversion de ces illustres personnages : Cest unfouy il est devenu fou. Cette phrase révoltante a été répétée après le nom des de Haller^ des Laval, des de Jotix, des d*Aldeberi et de tant d'autres; mais quand J'ai vu que ces hommes droits et courageux continuaient à donner après leur conversion les mêmes preuves de bon sens et surtout les plus touchants exemples de vertus , J'ai vu aussi de quel côté était la folie, et combien le préjugé et l'esprit de secte rendent aveugles et injustes des hommes estimables d'ailleurs sous d'autres rapports. Cette conduite , je l'avoue , m'a révolté , et, tout jeune que je suis, j'ai Jugé que la vérité devait se trouver du côté de la modération et de la vertu. On ne peut rien voir, en effet , de plus modeste que les lettres par lesquelles ils ont rendu compte des motifs de leur conversion ; elles m'ont assez touché pour comprendre l'intérêt que l'on avait ^ à nous les tenir cachées si on l'avait pu.

« Voilà , mon cher père, comment s'est préparé dans moi ce changement qui vous afflige , et voici comment il s'est consommé. Vous vous souvenez que l'automne dernier j'allai à la rencontre de monseigneur Tévêque de Pignerol, qui venait faire sa visite dans nos montagnes ; je le trouvai à Lucerne , et il me fit un accueil si touchant qu'il m'eût été impossible de ne pas répondre un peu à ses prévenances ; il ne cessa de me traiter avec une bonté affectueuse, et vous savez quelle fut sa manière d'agir avec nous dans la visite

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