‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 22 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CoDtradictions de Rousseau. — - Passages sur Jésus-Clirîst.

Ma déterminalioQ.

Je menais alors une vie très-singulière. Je passai beaucoup de temps dans une solitude absolue, n'ayant aneun des amusements des jeunes gens de mon âge , toujours occupé d*études et de méditations. J'avais des amis et des sœurs que j'aimais beaucoup; je ne vivais donc que de mes Idées et de mes affections.

Je dévorai tout Rousseau. Ses contradictions me jetèrent dans de grandes perplexités. Mais le calme que j'avais recouvré me permit de reprendre mes études. Je rencontrai alors un jeune homme fort spirituel , très-occupé de littérature, «I avide de se faire un nom dans les lettres. Nous mtmes nos travaux en commun. Il m'excitait à composer des vers, à écrire de la prose. Nous lisions ensemble Virgile, Horace, Racine, Tabbé Delille, les Eloges académiques, le Cours de Littérature de Laharpe. Nous discutions le mérite de

ehacmi de ces éerivatns , mais rien ne m'arrachait à ma grande préoceapation.

Je commençais à Juger ceux que je lisais. J'étais étonné de trouver dans Rousseau des contradictions frappantes.

J'avais recouvré ie calme , mais je sentais que le tliéisme de Rousseau n'a point de sanction. Et quand je l'entendais dire , moi qui sortais à peine de l'enfer du doute : « Les plus grandes idées de la Divinité nous viennent par la raison. Voyez le spectacle de la nature , écoutez la voix intérieure : Dieu n'a-t-il pas tout dit à nos yeux , à notre conscience, à notre jugement? » ce n'était pas une réponse pour moi.

€e quf m'étonnait le plus dans Rousseau , c'était de voir son jugement tenu en suspens sur le Christianisme, que Je regardais comme une religion sans base.

« A l'égard de la révélation , dit-il , il t a tant de baisons SOUDES POUB ET CONTEE , quc , uc sachaut à quoi me déterminer ,j(^ n^ Vadmets , ni ne la rejette.

J'étais confondu de cette incertitude de Rousseau , tant mes préjugés contre le Christianisme étaient grands !

J'arrivai enfin au passage si étonnant sur Jésus-Christ. Je l'ai rehi cent fols. Je vois encore le lieu où je l'ai lu d'abord. C'était dans les bois de Prémol , non loin de Vizille. Il a été d'une si grande importance pour mol , que je crois devoir le rapporter ici !

« Je vous avoue aussi que la majesté des Ecritures m'étonne ; la simplicité de l'Evangile parle à mon cœur. Voyez les livresdes pliiiosophes avec toute leur pompe : qu'ils sont pe« tits, près de celui-là! Se peut-il qu'un livre à la fois si sublime et si simple soit l'ouvrage des hommes I Se peut-il que celui dontii fait l'histoire ne soit qù unhomme lui-même? Estce là le ton d 'on enthousiaste ou d'un ambitieux sec tai re ? Quel le douceur I quelle pureté dans ses mœurs I quelle grâce touchante dans ses instructions! quelle élévation dans ses maximes I quelle profonde sagesse dans ses ^iscours! quelle

préscDce d'esprit , qaelle finesse et quelle justesse dans ses réponses! quel empire sur ses passions! Où est Hiomaie, oà est le sage qui sait agir, souffrir et mourir sans fiôblesse et sans ostentation ? Quand Platon peint son Juste imaginaire, couvert de tout Topprobre du crime et digne de tous les prix de la vertu , il peint trait pour trait Jésus-Christ : la ressemblance est si frappante , que tous les Pères Tout sentie , et qu*il n'est pas possible de s*y tromper. Quels préjugés^ quel aveuglement ne faut-il point avoir pour oser comparer le fils de Sophronisque au fils de Marie ? Quelle distance de Fun à l'autre ! Socrate , mourant sans douleur et sans ignominie , soutint aisément jusqu'au bout son personnage ; et si teette fiicile mort n'eût honoré sa vie, on douterait si Socrate, avec tout son esprit, fut autre chose qu^un sophiste. Il inventa, dit-on , la morale ; d'autres, avant lui, l'avaient mise en pratique; il ne fit que dire ce qu'ils avaient fait, il ne fit que mettre en leçons leurs exemples. Aristide avait été juste avant que Socrate eût dit ce que c'était que justice; Léonidas était mort pour son pays avant que Socrate eut fait un devoir d'aimer sa patrie; Sparte était sobre avant que Socrate eût loué la sobriété; avant qu'il eût défini la vertu, la Grèce abondait en hommes vertueux. Mais où Jésus avait-ii pris chez les siens cette morale élevée et pure dont lui seul a donné des leçons et l'exemple? Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre, et la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les peuples. La mort de Socrate, philosophant tranquillement avec ses amis , est la plus douce qu'on puisse désirer ; celle de Jésus, expirant dans les tourments, injurié, raillé, maudit de tout un peuple, est la plus horrible qu'on puisse craindre* Socrate, prenant la coupe empoisonnée, bénit celui qui la lui présente et qui pleure; Jésus, au milieu d'un supplice affreux , prie pour ses bourreaux acharnés. Oui , si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la noort de Jésus

sont d'DD Dieu. Dirous-nous que l'histoire de l'Evangile est inventée à plaisir ? Mon ami, ce n'est pas ainsi qu'on invente, et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond , c'est reculer la difficulté sans la détruire ; il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce livre, qu'il ne l'est qu'un seul en ai fourni le sujet. Jamais des auteurs juifs n'eussent trouvé ni ce ton, ni cette morale, et l'Evangile a des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros. »

Ce passage a fait une profonde impression sur moi. Il commençait à me faire sortir des incertitudes du théisme de. Rousseau. Il a décidé de toute ma vie. Je me dis alors que puisque Rousseau parlait ainsi de Jésus-Christ, malgré les railleries de Voltaire , la religion chrétienne méritait d'être discutée , et je me promis de me livrer avec ardeur à cet examen.

Rousseau ajoute :

» Avec tout cela, ce même Evangile est plein de choses incroyables , de choses qui répugnent à la raison et qu'il est impossible à tout homme sensé de concevoir ni d'admettre. Que faire au milieu de toutes ces contradictions? Etre toujours modeste et circonspect , mon enfant ; respecter en silence ce qu'on ne saurait ni rejeter ni comprendre, et s'humilier devant le grand être qui seul sait la vérité. Voilà le scepticisme involontaire où je suis resté , mais ce scepticisme ne m'est nullement pénible. »

Pour moi le scepticisme ne me paraissait pas possible, et je pris la résolution de consacrer ma vie tout entière s'il le fallait à la grande question de savoir ce qu'était Jésus- Christ : homme, envoyé» de Dieu, ou Dieu.

J'ai rempli ma promesse , et je vous dirai tout ce que j'ai fait pour l'accomplir.

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