CHAPITRE VIL
Une objeotien m'arrête : Hors de FÉgUm» poimi th mimi.
J'étais frappé de toutes ces raisons ; mais unede ces<d|jections contre le Christianisme en lui-même <pief avais trouvée dans Voltaire et dans Rousseau , revenait se présenter avec une grande force à mon esprit. J'avais lu les Lettres provifi' dates , que Voltaire m'avait dit être un chef-d'œuvre. Mais à Taide du charme de son style , Pascal m'avait rempli de ndée que d'après la véritable croyance de l'Église ï)ieu n'est pas mort pour sauver tous les hommes, et que tous ceux qui se sont pas nés catholiques étaient perdus à jamais. Cette pensée me désolait. Le Dieu des chrétiens me paraissait on t3rran injuste et barbare* Je me proposais , dans une de mes promenades chez le boB curé de Saint-Ferjus , de lui dire toutes mes inquiétudes à ce si;|jet. J'allai le voir dans une grande anxiété; j'avais déjà peur de perdre ce qoi me semblait la vérité et cette lumière qui commençait à poindre pour moi : avant de continuer mon examen, lui dis-Je, je voudrais savoir comment vous entendez la maxime : Han de r Eglise y point de salut/ Cette maxime si dure à mes yeuz^ et qui ferme à tant de personnes l'entrée de la religion.
« Je ne veux pas vous parler d'après-moi-méme, reprit le bon vieillard ; je vais vous lire un ouvrage de Fénélon, que vous ne connaissez pas , et qui réfute très-bien les Provinciales que vous connaissez. »
Il me lut d'abord ce que Fénélon dit des Provinciales a la tête de cet ouvrage : « L'auteur s'est servi du jeu du dialogue , pour inspirer au lecteur les prévention^ les, plus sé-
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rieuses, il donne aune erreur affreuse, que Dieu ne veut pas sauver tous les hommes , Je ne sais quoi de touchant et de gracieux ; ii écarte toutes les épines , et sème scm chemin de fleurs. Le venin coule de sa plume avec une douceur flatteuse qui enchante Fesprit. »
« Je crois , syoute l'archevêque deCamhrai, que Dieu veut sincèrement rendre le salut possible à tous les hommes , et qu'en vertu de cette bonne volonté, il leur donne un secours surnaturel et suffisant, toutes les fois qu1l leur commande des vertus surnaturelles.
« Le principe fondamental de saint Augustin est que personne ne doit ce qu'il n'a point reçu. C'est de Dieu même que l'homme a reçu de faire le bien quand il le veut. Personne n'est coupable de ne pas faire le bien qu'il n'a'pas reçu; mais il est coupable s'il ne fait pas ce qu'il doit. Le péché proprement dit est celui qui est commis par une volonté libre et avec pleine science.
« Saint Augustin ajoute que les Gentils qui ont la loi écrite dans leurs cœurs , comme parle l'apôtre , appartiennent à i'Evangile ; il assure même que ces infidèles qui meurent dans l'impiété ont une grâce intérieure pour parvenir à la grâce qu'ils ont rejetée. Vous voyez que Tincrédule n'est coupable que parce qull a reçu sans fruit une grâce pour croire. Ainsi saint Augustin se réduit sans cesse à la règle de Tapôtre, que tous ceux qui ont péché sans loi périront sans loi. Saint Thomas pense comme saint Augustin. Dieu , plutôt que de manquer à ses enfants et de les priver du souverain bien qu'il leur promet gratuitement , éclairerait un homme nourri dans les forêts d'une fie déserte ou par une révélation intérieure et extrnordinnire, ou par une mission de prédicateurs évangélistes , semblable à celle des Indes orientales ou occidentales que sa Providence saurait bien procurer. Dieu fait tout pour nous sauver , excepté de nous ôter le libre arbitre. Dieu veut sauver tous les hommes et les amener à la connais-
sauce de la vérité. C'est nommémeDt pour les infidèles que saint Augustin décide ainsi.
« Si l'on demande ce quMI faut croire de tous les liommes qui n*ont jamais embrassé le Christianisme ni le judaïsme, saint Augustin répond : La volonté de Dieu n'a jamais manqué de se manifester aux hommes justes et pieux. Tous ceux donc qui , ayant cru en lui depuis le commencement du monde , et en ayant eu quelque connaissance , ont vécu dans la piété et dans la justice , et gardé ses préceptes , ont été sans aucun doute sauvés par lui en quelque temps et en quelque lieu du monde qu'ils aient vécu. Quoique la religion ait paru autrefois sous un autre nom et sous une autre forme , qu'elle ait été autrefois plus cachée , et qu'elle soit maintenant connue d'un plus grand nombre d'hommes , c'est toujours la même et véritable religion annoncée et observée. Gomme l'Ecriture sainte marque quelques hommes dès le temps d'Abraham qui n'étaient point de sa race, ni originairement Israélites , ni associés à ce peuple , auxquels cependant Dieu fit part de ce mystère, pourquoi ne croirions-nous pas qu'il y en a eu d'autres dans les nations répandues çà et là y quoique nous ne lisions point leurs noms dans les saints livres?
« Ainsi le salut promis par cette religion seule véritable let fidèle dans ses promesses n'a jamais manqué à celui qui en était digne , et s'il a manqué à quelqu'un , c'est qu'il n'en était pas digne. Tout homme qui aura un commencement de l'amour pour Dieu , la vraie religion et le fondi du christianisme, aura déjà en lui un premier fruit de la médiation du Messie ; la grâce du Sauveur opérant en lui , le mènera au Sauveur lui-même. Le principe intérieur le conduira à l'autorité extérieure \ »
* Depuis , Mgr. l*évêque d'Hermopolis a porté dans la cliaire clirétienne cette vérité de manière à ne laisser aucune incertitudu dans les
9f% mSTOQS VUNi AlB.
Cette doctrine de Fénélon me satisfit pleinement Elle me montrait en même temps la mauvaise foi de ces hommes qni m'avaient cacbé la vérité 9 car ils 1^ savaient. Il est impossible qnlls n'eussent pas lu Fénélon. Je témoignai cette indignation au boB curé, qui reprit aussitôt: « Ces accusations des pbilosoptves sont d'autant plua inexplicables , que l'Gglise n'a pas cessé depuis près de deux siècles de répéter contre le jansénisme : Dieu mut sauver tous les hommes. » C'était une joie indicible pour moi de voir ainsi se dissiper peu à peu toutes mies préventions, et je me promis bien de me livrer à l'examen approf^idi du cbristiaaisme, qui me présentait toutes les solutions aux di£Qcnltés élevées dans mon esprit par les pnilosophes.
J'avais déjà fait un grand pas , puisque je comprenais la nécessité d'une religion révélée 9 et que je voyais la possibilité de son existence dans le monde depuis la création et le moyen pour tous les bommes d'y parvenir.
A mesure que mes objections se dissipaient, j'éprouvai je ne sais quel bieni^étre. Je ressemblais à un prisonnier qui a été longtemps privé d'air et de lumière , et pour qui le jour se fait par degrés. Mon âme se dilatait Je sentais déjà le désir que cette religion fat vraie , tant elle satisfaisait mon intelligence et mon cour.
Mais il y avait encore deux objections de Rousseau qui me- fermaient l'entrée de cette terre promise: « Pourquoi des bommes entre Dieu et moi ? Pourquoi des mystères ? » La première objection céda à. cette réflexion : si Dieu m'a transmis la vie par des bommes, il a pu employer le même moyen pour me transmettre la vérité? Mais pourquoi cette vérité enveloppée de mystères? Pourquoi n'est-elle pas aussi visible que la lumière du soleil ?
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