B^ CHAPITRE VIII
Snite des doates de mon esprit.
^ Vous aves vu eomment la véeevâXé d'un culte extériew t me fàt réyélée par Féoélon ^ elk manière ômA le bon curé ^ de Saint-FerjQS dissipa toutes mes inquiétudes, par rapport \ à la maxime : Hors de l'Eglise point de salut.
Mais pourquoi des mystères elr des miracles? Pwirquoi des dogmes inaccessibles à la raison et des faits contraires aux lois de la nature ? J'étais tourmenté par ces objections.
« Gomment croire, dit Voltaire, ce que nous ne concevons pas et en avoir aucune certitude? Gomment la raison pourrait-elle porter un jugement sur un objet incompréhensible? Juger, c'est apercevoir la liaison ou la disconvenance de deux idées : si Tune ou l'autre passe notre conception , comment voir s'il y a entre elles de la liaison ou s'il n'y en a pas? »
« Dieu , dit Rousseau , n'est pas un Dieu de ténèbres , pourquoi révélerait-il à l'homme des dogmes inintelligibles?» Je ne pouvais répondre à ces raisonnements ; J'étais trop jeune, trop ignorant encore; mon esprit ne voyait pas, mais j'avais un sentiment profond du secours que Dieu devait m'a voir préparé dans sa bonté. Il me paraissait impossible que dès le premier jour il n'eût pas parlé à l'homme, et qu'en lui donnant la vie il ne lui en eût pas révélé le but. J'étais évidemment soutenu par ces idée^ qu'on peut appeler primitives, et qui sont le fond de notre âme : « Il n'y a pas d'effet sans cause; je pense, donc je suis; je suis, donc Dieu existe ; Dieu m'a créé , donc il d<Nt se faire connaître à moi ; Dieu doit être puissant , sage et bon , et tout doit révéler à l'homme ces grands caractères de Dieu. » Voilà la lumière qui est en nous, que les sophismes peuvent obecorcir, mais qu'ils ne peuvent détruire , si la volonté de
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rhumme n'est pas complice par les passions de ee travail de
ténèbres.
Deux définitions me frappèrent alors : « Toat ce qui ti«nt à la nature de Dieu doit être incompréhensible; or, poisqie Dieu est infini et que l'homme est fini, les mystères^ que le GhristiaDisme propose sont au-dessus de la raison , mais ne sont pas contraires à la raison. » Encore aujourdliui le mot du grand Frédéric me revient sans cesse à la mémoin: « L'incompréhensible n'est pas l'absurde. »
Une image qui s'offrit à mon esprit servit anssi à détruire l'idée de rinvraisemblance des mystères , et je dois la rapporter ici.
Gomment faire concevoir à un aveugle de naissance quHme glace dont il sent la surface plane et limitée par un cadre étroit puisse contenir des profondeurs , un vaste espace , mi nombre infini d'objets variés, avec leurs formes , leurs couleurs , leur dimension , leurs distances respectives , et des traits de réalité si forts et si frappants , qn'on a besoin d'une certitude morale pour ne pas les croire réellement existants? Ce sont les lois géométriques de la réfraction de la lumière qui produisent ces effets. L'aveugle pourrait , à la rigueur, en comprendre la théorie , mais livré aux sens qni lui restent, il lui est impossible de se faire une idée de ce phénomène , qui pour lui est un véritable mystère. J'avais vu ailleurs la comparaison ingénieuse d'un tableau dont la toile est unie, tandis qu'au moyen des lignes, de la perspective, des ombres et de la lumière, on y peut montrer des enfoncements et des saillies qui échappent au sens du toucher.
Je me disais : INe sommes-nous pas , par rapport aux mystères, comme cet aveugle? Que nous manque- t-il en effet? un sens intellectuel que nous n'avons pas et que nous aurons un jour.
C'était alors le temps où dans les études tout était donné aux mathématiques. Plusieurs de mes camarades de collège
86 préparaient à entrer à l'école polytechnique. Ils étaient tons des esprits forts. L'un d'eux me dit un jour : » Gomment s'occuper encore de la religion ? Les dogmes catholiques sont des faussetés évidentes. On dit dans l'Eglise que trois font un; cela est absurde: trois font trois. D'ailleurs , m'outait41 , puisqu'il n'y a pas de certitude hors des mathématiques, comment croire à l'histoire de l'Evangile appuyée uniquement sur des témoignages humains? d
Je me souviens très-bien de Teffet que ces paroles produisaient sur moi. Je ne laissais pas voir la souffrance morale que j'éprouvais , mais tout ce qui était ténèbres pour mon esprit me glaçait le cœur. La vie de l'âme s'arrête en effet quand l'intelligence s'obscurcit. Je voyais beaucoup Champollion , qui depuis s'est rendu célèbre par la découverte de^ hiéroglyphes. Nous étudions l'hébreu ensemble. 11 donnait aux monuments égyptiens , dont il était déjà fort occupé , une antiquité qu'il a reconnue depuis être erronée ; il me parlait du zodiaque de Dendérah comme d'un argument contre la révélation ; ses doutes , que lui-même a détruits depuis, me troublaient et m'arrêtaient dans la voie où j'étais entré.
Quant à l'objection de mes condisciples sur la Trinité , elle serait tombée d'elle-même si j'avais su répondre que l'Eglise ne dit pas , sous le même rapport , qu^il y a unité et trinité en Dieu , et que trois personnes font une personne, ou que trois Dieux font un Dieu , ce qui serait une véritable contradiction ; elle proclame seulement l'unité de la nature divine et la trinité des personnes ^ elle dit que trois personnes font un Dieu et non pas que trois Dieux font un Dieu.
Quand on n'est pas remonté de l'incrédulité à la foi par le travail de l'intelligence auquel j'ai été condamné à cause de l'esprit du siècle où je suis né , on ne peut se figurer la joie que j'éprouvais à chaque idée juste qui détruisait mes objections et me faisait entrevoir la vérité.
Je n'eus pas de peine à réfuter l'objection contre la certi-
S76 ffleeronug d'une ame.
tude historique 9 pnisqae l'authenticité de tous les livrai sor lesquels se fondaient mes études n'était pas V6b\et dtm doute pour moi.
Est-ce que Tévidence n'est pas aussi entière dans Iliistoire, dans la physique ^ dans la métaphysique, que dam les mathématiques ?
Ne suls-je pas aussi sûr de Texistence de Rome que de Taxiôme : La ligne droite est le plus court chemin d'un liai à un autre? Cest une certitude d*un autre genre; midscM une certitude.
J^avais alors seize ans y quelles perplexités on m^aoraft épargnées, si, dès mon enfance, en me parlant de eei grandes vérités, on m'avait montré les moyens de les défendre contre les attaques I Je puis dire que la religion a été pour moi une conquête; mais après quelles souffranea et à quel prix je Fai obtenue !