‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 27 sur 39 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Admirable passage de Fénêlon.

Je lus alors un passage de Fénélon, que je crois devoir rapporter ici.

Je vous priç de remarquer qu'en citant des passages de nos grands écrivains catholiques où se trouve, pour ainsi dire, toute la substance de la vérité religieuse , je ne m'écarte point du but que je me suis proposé : Thistoire de mon âme. Ces lectures s'assimilant à mou intelligence comme les aliments au corps de Thomme , comme le rayon du soleil à nos yeux , deviennent une partie intégrante de cette intelli' gence même , et c'est ainsi que la consistance d'un esprit se forme par les lectures et par les enseignements , mieux encore qu'elle ne pourrait le faire par les méditations et le mouvement des idées.

La pensée qui m'a dominé, quand j'ai entrepris ce récit.

loit frapper déjà la vue du lecteur attentif. J*ai voulu montrer que cette société toute catholique renferme dans ses tralitions , dans sa littérature y dans ce fonds commun des esprits où les générations qui naissent viennent puiser la vie spirituelle, tout Taliment nécessaire pour les intelligences, :omme elle renferme la nourriture des corps. Les écrivains néme les plus opposés à la religion contiennent une poriffTL des vérités essentielles. C'est la lumière voilée d'un soleil lerrière les nuages. Leurs combats entre eux servent à manifester la vérité qu'ils ont l'intention de retenir. C'est ainsi ine Rousseau même dans ses erreurs détruisait les erreurs le Voltaire , et que Fénélon et Bossuet , présentant dans leur ensemble des vérités éparses et altérées chez les philosophes, portaient la conviction en moi et complétaient le travail de mes idées. Sans doute il serait plus satisfaisant pour Torgueilderhomme qu'il pût trouver la vérité par la seule force de sa pensée. Mais les choses ne se passent pas ainsi , et c'est une raison de plus de louer et de bénir la Providence , qui a pourvu à ce que la vérité se conservât dans une nation et pût arriver à tous les hommes. Saint Paul l'a dit : Fides ex auditu^ la fin vient de l'ouïe y et les choses sont ordonnées de telle sorte que tout cœur droit et toute raison saine cherchant la vérité de bonne foi , sont assurés d'y parvenir dans une société chrétienne.

Je lisais les Entretiens du chevalier de Ramsay et de Fénélon. Le chevalier de Ramsay avait été livré aux mômes combats que moi. En 1710 , il avait été frappé des mêmes objections ; il avait fait les mêmes questions à Fénélon , et voici les réponses qu'il a obtenues. C'est dans ces Entretiens lue Fénélon s'est élevé le plus haut. Platon et Rousseau n'ont jamais rien écrit de plus sublime. Voici comment parlait , il y a près d'un siècle et demi , l'archevêque de Cambrai :

<t II ne s'agit pas d'examiner s'il est nécessaire que Dieu aous révèle des mystères pour huinilier notre esprit, il s'agit

SSrs HISTOIRE DTfNE AME.

de savoir 6*il en a révélé ou non ; s'il a parlé à ga créatorei Tobéissance et l^amour sont inséparables. Le Christianisme est un fait. Dès que vous ne doutez plus des preuves de ee fait , toutes les difficultés s'évanouissent.

« Dieu n'a-t-il pas des connaissances Infinies que noos n'avons point ? Quand il en découvre quelques-unes par une voie surnaturelle , il ne s'agit plus d'examiner le comment de ces mystères , mais la certitude de leur révélation. Ib i^ paraissent incompatibles sans l'être en eiffet , et cette incompatibilité apparente vient de la petitesse de notre esprit, qui u'a pas de connaissances assez étendues pour voir la liaison de nos idées naturelles avec ces vérités surnaturelles. Poq^ quoi rejeter tant de lumières qui consolent le cœur parée qu'elles sont mêlées d'ombres qui humilient l'esprit ? La vraie religion ne doit-elle pas élever et abattre l'homme, et M montrer tout ensemble et sa grandeur et sa faiblesse?

« Le Christianisme n'est pas seulement une loi sainte qoi purifie le cœur, il est aussi une sagesse mystérieuse qui purifie l'esprit. C'est un sacrifice continuel de tout soi-même en hommage à la souveraine raison. En pratiquant sa morale , on renonce aux plaisirs pour l'amour de la beauté suprême. En croyant ses mystères, on immole ses idées par respect pour la vérité éternelle. Sans ce double sacrifice des pensées et des passions , l'holocauste est imparfait , notre victime est défectueuse. C'est par là que l'homme tout entier disparaît et s'évanouit devant l'être des êtres.

« Au reste , pourquoi ces mystères ? Vous allez l'apprendre. Voici le plan de la Bible:

« Dieu a tellement tempéré la lumière et les ombres dans ses oracles que ce mélange est une source de vie pour ceux qui cherchent la vérité afin de l'aimer, et un abîme de ténèbres pour ceux qui la combattent afin de flatter leurs passions.

«[Dieu|veut être aimé comme il le mérite avant de se fiiire

voir comme il est. La rue lumlDense de son essence nous déterminerait invinciblement à l'aimer, mais il veut être aimé d*un amour de pur choix. C'est pour cela que tous les êtres libres passent par un état d'épreuve avant que de parvenir à la suprême béatitude de leur nature ; le commencement de leur existence est un noviciat d'amour.

c Voilà le plan général de la Providence , au lieu de ces tours faux et malins que les incrédules donnent à la religion; voilà, pour ainsi dire, la philosophie de la Bible. Y a-t-il rien de plus digne de Dieu ou de plus consolant pour l'homme que ces hautes et nobles idées ? Ne devrait-on pas les souhaiter vraies , supposé qu'on ne pût en montrer la vérité ? »

Ce passage de Fénélon me frappa tellement que je portai partout ses Entretiens avec M. de Ramsay, et que Je les lisais à tous mes amis , qui en étaient émus comme moi.

Quel est le voyageur qui en parcourant des montagnes par un temps brumeux n'ait pas été attristé du spectacle que présentent les objets tantôt cachés par les nuages , tantôt prenant des formes bizarres et fantastiques? Tout est confondu. On ne sait plus de quel côté se diriger. Les précipices sont voilés, les arbres sont des fantômes, les maisons des rochers; on se méprend sur les distances; mais qu^un rayon de soleil vienne à pénétrer au milieu de tout ce chaos , les fantômes se dissipent , et l'on voit des prairies d'une verdure brillante, de beaux chalets , des sapins magnifiques, et des cimes majestueuses qui vont toucher le ciel. Alors on ne craint plus les abîmes, le chemin se déploie devant vous , et Ton peut jouir en toute sécurité des beaux spectacles de la nature. C'est une image de l'état où je me trouvais.

580 HISTOIBE D'UNE AME.

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