‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 28 sur 39 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Retour sur le passé.

Je YOQS ai peint fidèlement mes premières impressioBS quand je pris , pour ainsi dire, possession de la vie dans notre belle vallée du Graisivaudan. J'étais né en présence de la nature la plus riche. La beauté des sites , Timposante majesté de ces montagnes couronnées de glaces étemelles , ees cascades qui roulent en torrents entre des sapins jetés çà et là sur des pierres énormes détachées des rochers, le soleil se levant sur la cime des Alpes et projetant la lumière et les ombres du haut de ces pics d'où ïort voit à ses pieds s'étendre les nuages où gronde la foudre; tous ces sj^ctacles que j'avais sans cesse sous les yeux avalent élevé mon âme, eUe semblait s'être agrandie par la contemplation de ces merveilles. Les objets extérieurs s'ajoutent , pour ainsi dire, à notre être. Le soleil , en les éclairant , les attache à noas pai ses rayons , qui frappent en même temps notre œil et tout ce qui nous environne. Le chant des oiseaux , le l)alancemenl des feuilles et des arbres , le murmure de l'eau , les parfums des fleurs , la fraîcheur de l'air, la brise embaumée du soir, la saveur des ^its nous mettent en possession de tous nos sens. Les images de grâce, d'harmonie , de beauté, de grandeur répandues dans la nature, nous révèlent toute la puissance de notre âme.

Ces rochers que je gravissais , et qui me donnaient Tidée de ma force, puisque je dominais ces masses énormes , me faisaient sentir que j'étais vraiment le descendant de celai qui fut créé le roi de l'univers. Je me connaissais moi-méroe; je connaissais ce que je voyais. Je valais donc beaucoup mieux que le monde et le soleil , merveilles admirables, mais qui n'ont ni le sentiment ni la connaissance de leur grandeur.

HISTOIRE DTNE AME. S81

Vous avez vu comment, bientôt après, les images de la mort avaient obscurci mon esprit , comment Voltaire avait Jeté le doute sur mes rapports avec Dieu , et comment tout ce bonheur s'était écroulé pour moi. Cette joie que j'avais ressentie à la vue de la lumière , de la voûte des cieux , de la verdure, de la beauté des plantes , du cristal des eaux , s^évanouit ; tout fut changé : la nature me parut morte , la vie ne me sembla qu'une apparence , la mort seule était réelle, et je tombai dans Teffroi et l'anxiété. Qu'y avait-il donc de changé ? Rien dans le tableau , mais le flambeau qui l'éclaîrait s'était éteint dans mon esprit.

Dans la situation d'âme où je me trouvais alors , toutes les images de la mort me causaient une horreur inexprimable. Je ne pouvais pas m'approcher du lit des mourants. Je détoomais la tête à l'aspect d'un cimetière ou d'un convoi funèbre. J'étais comme ces hommes qui errent à tâtons dans les ténèbres eu s'effrayant de tous les bruits , en reculant au contact de tous les objets. La seule incertitude sur l'immortalité de l'âme me rendait la vue de la mort insupportable, et quand je compare mes impressions d'alors avec celles que j'éprouve aujourd'hui , je sens profondément le bonheur de la croyance en cette révélation qui ne fait plus de la mort qu'un passage à la vie véritable, la transition du temps à l'éternité.

Aussi , quand mon intelligence fut entrée dans la voie de la vérité , à mesure que je trouvais la possibilité , la vraisemblance , la vérité d'une révélation , je renaissais. Il restait sans doute encore autour de cet édifice de la religion bien des nuages , mais la raison les dissipait peu à peu , et je voyais l'espérance se lever à l'horison.

Je rentrais ainsi en possession de la vie par l'intelligence. Le soleil reprit son éclat, la nature sembla revivre tout entière. Le chant des oiseaux , le bruit mystérieux des bois balancés par le vent , le murmure des eaux , toutes les voix de

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la création , enfin, redevinrent douces à mes oreilles. Je retrouvais mes premières impressions , mes premières félicités, grâce à la foi. C'était une véritable résurrection. Je ne dis point assez encore , car il y avait entre ces deux joies tonte la distance qui existe entre la beauté suprême des vérités intellectuelles et les beautés naturelles du monde physique qoi n'en sont que Fimage.

L'intelligence me faisait découvrir des rapports entre Diea et moi : Dieu est celui qui est, je remontais donc à la source delà vie. Le monde était un spectacle où Je pouvais le voir, et qui devait me servir à m'élever à lui.

Je sentais le besoin de ce qui est étemel. Tout ce qui me parlait de Dieu , d'une autre vie , de Timmortalité de l'âme, me faisait éprouver les plus délicieuses et les plus vives émotions. Ainsi la vie, voilà le premier besoin de Vhomme, voilà ce qui se développe d'abord en nous. Le§ yeux , llmagination, la mémoire sont des moyens d'étendre notre existence en nous mettant en communication avec les objets extérieurs; mais l'homme a besoin d'avenir: s'il en doute, sa vie est empoisonnée, et ses rapports avec Dieu, aliment réel de son intelligence , peuvent seuls assurer son existence future et le calmer sur la vie présente.

Je compris alors que la vérité est aussi nécessaire à l'esprit que le soleil à la vue. La vérité , c'est toute l'intelligence ; et si la vie se développe par la nourriture , l'intelligence ne peut vivre que de la vérité, son éternel aliment.

Quand je repasse tout ce qui m'est arrivé , et que Je songe comment Dieu m'a conduit à travers tous les dangers qae mon imprudence m'a fait courir ; quand je pense à la manière dont il m'a guidé , et comment il a fait entrer les erreurs même de Voltaire et de Rousseau dans le plan de mon instruction, comment il m'a ^uéri de l'un par l'autre, et comment j'ai trouvé dans Rou&seau même le contrepoison au

mal qnll pouvait me faire^ je ne pois assez admirer ces combinaisons si justes, si variées, si imperceptibles, par lesquelles Dieu a mené mon cœur de la région de l'ombre de la mort jusqu'à la lumière des vivants.

Non , je ne puis me lasser d'admirer la bonté de la Providence qui auprès du poison m*a fait rencontrer le remède. Si j'avais commencé par lire Rousseau , peut-être serais-je resté plas longtemps dans l'incrédulité ? Rousseau m'a guéri du déisme de Voltaire , au lieu que Voltaire n'aurait pu me guérir du mal que m'aurait fait le théisme de Rousseau.

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