‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 29 sur 39 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Lectotre de la Bible.

Après vous avoir entretenu des impressions que j'ai reçues dn livre de la nature, je dois vous parier du bonheur que j'éprouvai à lire la Rible , le tivre de Dieu.

Je lus la Genèse , Job , Salomon , les Psaumes , les Cantiques^ Isaîe, d'abord en littérateur, et je fus étonné du mépris que Voltaire affectait pour rScriture, car cette sublime poésie des livres saints me transporta dadmiration.

C<»nment pouvais-je n'être pas frappé de la simplicité de l'histoire de Joseph ? Où trouver un drame plus sublime que celui de Job ? des hymnes , des odes , des cantiques comparables à ceux de Débora, de David , dlsaïe? Job m'étonna par sa profondeur , et , dès cette époque , je commençai à le traduire d'après la Vulgate. Les douleurs de l'humanité sur la terre, où sont-elles peintes avec plus d'énergie? a Pourquoi la lumière a-t-elle été donnée aux malheureux, la vie à ceux qui sout dans l'amertume , qui attendent la mort sans qu'elle vienne, comme ceux qui creusent la terre pour y découvrir un trésor, et qui tressaillent de joie quand ils ont trouvé un sépulcre. Les voies de l'homme lui sont inconnues, et Dieu l'entoure de ténèbres. » Ces images reproduisaient

tout ce que j'avais éprouvé de triste et d*anier en l'absence

(le la foi.

«t L*hommc né de la femme vit peu de jours , et il est rassasié de misères. Comme la fleur, il s*élève et il est foulé aux pieds, et il fuit comme Tombre et ne s'arrête jamais. Les jours de l'homme sont courts ; 6 Dieu I vous avez compté le nombre de ses mois , vous avez marqué le terme qu^ils ne pourront point dépasser. L'arbre qu'on a coupé n'est pas sans espérance , il peut reverdir, il porte de nouveaux rejetons. Quand sa racine aurait vieilli dans la terre ^ quand son tronc serait mort dans la poussière , il germerait à Tapproctie de l'eau , et ses feuilles renaîtraient conmie au jonr où il fut planté. Mais quand Thomme est mort , dépouillé , consumé , où est-il ? L'eau s'écoule d'un lac , les fleuves tarissent ; ainsi l'homme , lorsqu'il a passé , ne revient plus. Jusqu'à ce que les deux soient détruits , il ne s'éveillera pas de son sommeil. » Toute cette poésie me ravissait. Quelle profonde mélancolie et que de grâce dans toutes les images de ce drame de la vie humaine !

« Nous nous sommes lassés, disent les impies, dans la voie d'iniquité et de perdition , et nous avons marché par des chemins difficiles , et nous avons ignoré la voie du Seigneur. Que nous ont laissé l'orgueil et l'ostentation des richesses? Toutes ces choses ont passé comme l'ombre, comme le courrier qui se hâte, comme le vaisseau qui fend la mer agitée , et ne laisse après lui aucune trace , aucun sentier daus les flots , ou comme l'oiseau qui traverse les cieux et dont on ne peut distinguer la voie, mais seulement le bmit des ailes quand il frappe l'air léger et s'ouvre ainsi une route dans le ciel; il a agité ses ailes, il a disparu ; et après nnl vestige de son passage. Ainsi nous sommes nés , et soudain nous avons cessé d'être , et nous n'avons donné aucun signe de sagesse , et nous avons été consumés par notre malice. Voilà ce que disent en enfer ceux qui ont péché, parce que

l'espérance du pervers est comme la poussière que le vent emporte , comme l'écume légère poussée par la tempête , comme la fumée que le vent dissipe , comme la mémoire d'un hôte d'un jour qui s'éloigne. »

Ce magnifique langage m'étonnait , j'avais été si longtemps nourri dans Tidée que la Bible était un livre àans grâce ni beauté. ïl me semblait aussi que toutes ces paroles avaient été écrites pour moi , et c'est là un des caractères particuliers de l'Ecriture. Destinées à lliumanité tout entière , elles semblent être un dialogue intime entre Dieu et FAme de cha^ que homme qui les lit.

Le Cantique de Débora n'est-il pas Tode avec tous ses transports 1 Quel feu I quel mouvement 1 On assiste à un combat , à la délivrance d'un peuple. Quoi de plus dramatique que la mort de Sisara et ces illusions dont on berce sa mère , tableau emprunté à la Bible par lord Byron ! Le trait de la fin est le dernier coup de pinceau donné à un chefd'œuvre de poésie lyrique.

Le Psaume d'Asaph me ravissait ; indépendamment de la beauté de la poésie , il répondait à mon objection t Pourquoi le mal sur la terre ?

« Mes pieds se sont. presque égarés, mes pas ont presque chancelé , parce que je me suis indigné comme Tinsensé en voyant la paix des impies. Ils n'ont pas de langueur qui les traîne à la mort ; leur corps est plein de vigueur. Ils ne connaissent ni le travail ni les douleurs de l'homme. Ils se parent de l'orgueil comme d'un collier d'or, ils se couvrent d'un vêtement d'iniquité. Leur iniquité sort de leur abondance : les pensées de leur cœur dérobent , elles ravagent , elles se répandent en calomnies. Ils parlent comme d'un lieu élevé , ils opposent leur bouche au ciel et leur langue parcourt la tarre. Et voilà pourquoi ce peuple répète sans cesse : La coupe de l'abondance s'épanche pour les impies , et il a dit : Dieu les voit-il ? Dieu en à-t-il connaissanee ? Voilà que ces u. â2

impies , ces heureux du siècle multiplient leurs richesses ! C'est donc en vain que j'ai purifié mon cœur, et que j*ai lavé mes mains dans Tinnocence. J'ai été frappé de votre ?erge durant tout le jour et châtié dès le matin. Je disais : Je raconterai ces choses, et la génération de vos enfants m'a nommé prévaricateur... Et J*ai médité pour savoir, et mes yeux n'ont vu qu'un grand travail, jusqu'à ce que Je sois entré dans le sanctuaire de Dieu , et que j'aie compris la fin des pervers. Vous les avez placés dans des lieux glissants; vous les avez fait s'écrouler dans la désolation.

« Gomment sont-ils tombés soudain dans la ruine? Ds ont défailli, ils ont été dévorés de terreur. Gomme un songe^ après le rêve ils se sont évanouis. Seigneur, quand vous réveillerez les morts , vous mépriserez leur ombre. »

Voyez comme dès son début Isaîe s'annonce en poète inspiré : « Cieux , écoutez I terre , prête l'oreille 1 le Seigneur a parlé. » Avec quelle force il parle de la vanité et de la fragi* lité des choses humaines I « Les mortels ne sont que de rherbe , et toute leur beauté ressemble à la fleur des champs. Le Seigneur a répandu un souffle brûlant , l'herbe de la prairie s'est desséchée , sa fleur est tombée ; oui , vraiment les peuples sont comme l'herbe de la prairie. L'herbe sèche, la fleur tombe , mais la parole de notre Dieu subsiste dans l'éternité. » Que ses leçons de morale sont vives et belles I « Malheur à vous qui joignez toujours à vos maisons une maison nouvelle , et qui étendez vos champs sans mesure ! voulez-vous habiter seuls au milieu de la. terre? Malheur à vous qui , dès le matin , vous livrez à la volupté et ne cessez jusqu'au soir de vous enivrer des vapeurs du vin ! Malheur à vous, qui traînez Tiniquité comme de longues chaînes , etie péché comme les traits d'un char I Mallieur à vous qui êtes sages à vos propres yeux I Malheur à ceux qui croient à leur prudence ! » Isaïe va-t-il menacer un peuple fier de ses flottes nombreuses, il s'écrie: «Malheur à la ville qui fait re-

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tentfr les roiles de ses vaisseaux comme des ailes 1 » Et cette image vive et rapide est empruntée à ces troupes d^oiseaux qui traversent les mers.

Quand ma première impression d'admiration littéraire fut passée, je fus frappé des rapports étonnants de toutes les paroles d'Isaîe avec la mission d a Christ, l'établissement de l'Eglise et la fin de la synagogue. Rome et Jérusalem , dans rétat même où elles sont aujourd'hui , me parurent prédites à tontes les pages.

Ce qui me Arappa le plus dans Isale , c'est que toutes les prophéties se rapportent au Messie ; les unes déterminent le temps de sa venue , les autres déclarent ce qui est relatif à sa personne. Les troisièmes annoncent quelle sera sou œuvre.

Il n'y a pas un chapitre dlsaîe qui n'ait produit sur moi la plus vive impression. J^ai lu ce grand Prophète avec transport d'un bout à Fautre. Chaque verset était une révélation, et je défie un homme de bonne foi de le lire sans devenir chrétien. Jésus-Christ y est prédit à toutes les pages.

Que je sentis bien alors la vérité de ces paroles de Rousseau : « Je vous avoue aussi que la majesté des Ecritures m*étônne, la simplicité de TEvangile parle à mon cœur. » Sublimité et simplicité sont, en effet, les deux caractères du style de la Bible , et la sublimité et la simplicité doivent être les deux traits de Tesprit de Dieu, comme la justice et la miséricorde sont les deux traits du caractère divin. La Bible me mettait donc en communication avec Dieu lui-même. Je connaissais par elle sa parole et son cœur ; aussi c'est avec le cœur qu'il faut lire TEcriture. Si l'univers révèle la grandeur de Dieu, la Bible nous révèle sa bonté. Le sentiment de eette bonté ne se trouve exprimé et approfondi que dans ce livre admirable, et ce sentiment est celui que nous aimons le plus à trouver en Dieu, parce que sa bonté semble surtout faite pour nous. Le spectacle de la nature m'avait donné

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an plus haut degré l'idée de la puissance de Diea, la religion me révélait sa sagesse , la Bible me manifestait son amoar. Aussi je m'engageai, pour réparer le mal que j'avais po faire en partageant les dédains de Voltaire, en les commuDiquant à mes camarades de collège, à traduire les livres salDts et à consacrer à ce travail tout le sentiment poétique qd était en moi.

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