CHAPITRE XIL
Suite de mes impressions.
Vous avcE VU comment les premières années de ma vie le sont écoulées au pied des Alpes. Les grands spectacles de la nature continuellement sous mes yeux dans mon enfance) avaient élevé mon imagination et agrandi mon âme. La lecture des poètes, d'Homère, de Virgile, du Tasse, me remr pUt ensuite d'admiration pour le génie de l'homme. Tous ks personnages de V Iliade , de V Enéide et de (a Jérusalem vivaient pour moi ; mais c*étaient là des fictions. La natare était morte à mes yeux, lorsque je n'étais pas sûr de Timmortalité de mon âme , lorsque je ne connaissais pas mes liens avec l'auteur de l'univers; tous les personnages créés par les poètes et que je ne devais jamais rencontrer, étaient un amusement pour mon imagination et non un aliment pour mon cœur.
Dans la Bible, au contraire, tout était réel; c'était nM)n histoire, l'histoire de rhumanité, c'était Thistoire de l'auteor de ma vie, c'était la solidarité humaine. Grâce à la Bible, je me trouvais contemporain de tous les âges , citoyen de tons les lieux , et ma vie ne se bornait pas aux courtes années que nous passons ici-bas.
Je voyais Dieu prendre soin de Thumanité, régler le sort des individus comme celui des nations, et, par une action constante, conduire tout à un but déterminé. Je le voyais
l'œil toujours ouvert sur l'homme, le récompenser et le punir même dès cette vie. Dieu n'était donc plus ce Dieu muet , ce Dieu sourd , ce Dieu étranger à ma conduite, tel que me rayaient peint les philosophes.
La dégradation primitive de Thomme écrite dans la Genèse , me montrait la source des maux que je ne pouvais ejcpliqaer, et j'en découvrais le remède dans ce libérateur promis comme le réparateur de la nature humaine. Le mal et la Providenjce , voilà ce qui me paraissait inconciliable , et j'avais follement abandonné une idée claire, l'existence de Dieu, à cause d'une difficulté qui m'avait paru insoluble, Forigine du mal ; et maintenant je voyais se dérouler tout le plan de la divinité sur l'homme ! Le malheur, punition d'une première faute, servait à réparer le mal, à développer la vertu, les qualités de nos esprits et de nos cœurs, à montrer tout l'amour de Dieu pour nous. Ce qui m'avait troublé, c'est la pensée que sous un Dieu bon , l'homme ne pouvait pas être si misérable! Tout était devenu clair pour moi depuis que la cause du mal moral, cause du mal physique, m'était révélée.
Avec quel attendrissement je vis dans l'Ecriture les infortunes de Joseph servant de degrés à son élévation , un peuple entier associé à son innocence et à son malheur ; l'envie de ses frères, le faisant parvenir au plus haut degré de puissance et le rendant ensuite le sauveur de l'Egypte et de sa famille. La Bible est vraiment l'histoire de la Providence et de rhumanité ! On y lit à chaque instant que la sagesse de Dieu atteint tout avec force d'une extrémité jusqu'à l'autre et dispose tout avec douceur. Dans ce plan sublime, tout ee qui existe ici-bas se rattache à un autre ordre de choses que nous n'apercevons pas encore; ce monde visible est l'ébauche d'un monde invisible où tout sera remis à sa place; les prospérités du méchant sont de courte durée; les combats de la vertu lui assurent une félicité ('(crncllc ; les soufu. 22
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frances du juste seront suivies d^un prix immense de gloire et
de félicit<>.
Avec quel bonheur je trouvais dans Isaïe ces |>aroles que le prophète met dans la bouche de Dieu :
« Une mère peut-elle oublier son enfant, le fruit de ses entrailles? et quand elle roublierait, moi je ne vous oublierai Jamais. Je tous porte gravé dans ma main. » Et ces antres paroles du Sermon sur la montagne : « Regardez les oi- •eaux du ciel , ils ne sèment point, ne moissonnent point, vo-, tre LVre céleste les nourrit , et vous , n'êtes- vous pas beaaeoop plus qu'eux ? »
Dieu s*oceupe donc de moi, comme de Joseph ^ deToble, de Job, d*Abraham; il est mon maître, mon père, mon roi, mon législateur. Etre des êtres , quelle joie de me sentir uni à vous et de penser que vous êtes ce bon génie que dès mou enfance j*nvais désiré pour guide et pour protecteur I
• Seigneur, dit Isai^ , vous avez connu de loin mes pen- •et^s, vous avez prévu toutes mes actions. » Et comment douter que Oitu ne voio to scvret des cœurs , quand il annonce ra\cuir, et \|uil lodtTOule devant les yeux des prophètes? Sa ^vt**v'U'iuv «e ^>i\nnt-t-ç*lle pas sa Providence? Voilà les ui«v* q\u r<'i«^>li»sci'.t*î*t »!v>r* îtXMi caur î
Ou*^»vl \t KV.v^vifv Us i^rt?.rières impressions que j'ai reyHK^ du sv^^'f-^*^'''' »^'-' ' '- • .*t"r^:' i vTelîes que ma fait éprouver Li l^^\' . 'e lu» jws .»x>ç.i r^t'jervier Ditu du bienfait de la
IVv H-At C'.v^* :o :». .•<* vo; , \oi\à fa pensée qui attristait uK»iu â »v sj-.\t :J V' xv ..-vv.xs "es iuer^eilles des Alpes, ou, ^UuA uiw Vo • . I s.- ; ..-, i.:.- À un ciel parsemé d'étoiles. \iiv4* s'»* «jVx X Jv ,v> ,» i \ : "i Lvc.*". voiià la pensée douce 04 vx».»*%»; «Ta «uv- V •:. o .t rî N .1 ,*aaque paire dans TEcriiu%\ i \ii ^o u IV „ >».* ■ \>^v a puissance de Dieu, fa
fiiSTOlRJË D?UNfi AME. 3IM
Aussi, piea , dans la Bible y q étç plus grand po»r moi, si Je puis parler ainsi , que Dieu dans TUnivers. J'éprouvais une Jouissance que j'appellerai intellectuelle, quand Rousseau me prouvait que Dieu a donné à l'homme le sentiment du bien, la conscience et la raison pour démêler la vertu d'avec le viCQ ; mais lorsque je voyais avec quelle bonté Dieu s'occupe des hommes , puisqu'il les aime jusqu'à vouloir naître^ souffrir et mourir pour eux , mon cœur était inondé de douceur et mon esprit de ravissement.
Ce qui me frappait encore dans l'Ecriture, c'est cet ensemble imposant où tout se tient, tout s'enchaîne , tout se lie, et par conséquent cette unité de plan , cette variété dans les détails, cet accord, cette harmonie. Là point de confusion, point de disparate, comme dans les ouvrages des hommes. C'est l'histoire de la Rédemption, et l'on voit partout que, comme l'a dit un Père, le centre de l'homme est la volonté de Dieu , parce que Tessence de la volonté de Dieu , c'est le saint de l'homme. Dans la création , nous admirons cette sagesse qui a disposé les œuvres de la puissance pour les besoins , les plaisirs et Finstruction du genre humain ? Quel spectacle en effet que celui de la belle vallée où j'ai commencé ma vie! Des montagnes couvertes de neiges, des coteaux chargés de fleurs et de fruits , des prairies avec toutes les nuances des couleurs les plus brillantes, une rivière qui coule au milieu de la végétation la plus riche , et réfléchit dans ses milles détours des ombrages verts et un ciel d'azur ; et cependant la variété des détails ne nuit jamais à l'harmonie de l'ensemble 1 Le même accord entre toutes les parties se fait voir dans la Bible. Tout a pour objet le rédempteur, et par conséquent le salut de l'homme. Il n'y a pas un événement , pas un fait, pas une parole qui ne se rapporte à Jésus-Christ. On dirait que Dieu dans le temps a tracé un cercle dont Jé- 8ità-Ghrist est le centre , et tous les siècles sont des rayons qfd lont venus ou qui viendront y aboutir.
On ne peut se figurer ma Joie en lisant ces pages inq^rées ; je me sentais pénétré d*nne conviction de pins en plus intime et profonde , lorsque je me voyais éclairé de cette lumière pénétrante et vive snr mes rapports avec Dieu et avec l'univers. Je ne puis comparer mon bonheur à la lecture de la Bible qu*au plaisir que J'éprouvais quand , après avoir gravi péniblement une haute montagne , Je découvrais on vaste horizon. L*air sur les Alpes est plus vif, ony req^ plus librement , on y arrive très-fatigué et l'on ne sent plus sa lassitude; j^éprouvais des joies et un bien-être semblables à mesure que je m'élevais dans le monde moral. Ne vous ètesvous pas trouvé quelquefois dans un lieu où la nuit vous a surpris en arrivant ? Vous avez entendu un bruit monotone; si vous avez fait quelques pas dans les ténèbres, vous ycm êtes heurté contre des pierres ou des arbres , vous êtes resté enfin sous l'impression des sensations les moins agréables. Quel changement s'opère dans votre esprit lorsque le lendemain à votre réveil vous voyez que ce bruit était produit par de magnifiques cascades dont les eaux écnmantes brillent aux rayons du soleil , que ces pierres ou ces arbres étaient des statues parfaitement belles et des bosquets ravissants, et que les ténèbres vous cachaient un paysage majestueux et riant, et des jardins délicieux !
J'étais dans cette situation; tout ce qui avait étéobscu* rite pour moi dans Punivers devenait lumière. Les événements que je ne comprenais pas me semblaient maintenant des desseins de la sagesse et de la bonté de Dieu. La Bible était l'explication de tous les événements de la vie. Ainsi la nature m'avait donné l'idée du beau et m'avait inspiré un grand sentiment d'admiration; les ouvrages de l'homme avaient été pour moi un témoignage de son intelligence et m'avaient manifesté sa pr^minence sur tout ce qui l'entoure, la Bible parlait un langage qui pénétrait mon cœur. C'était la voix de Dieu rendue sensible à
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mes oreilles et h moi^ intelligence. Je compris alors la vérité 46 ces vers dn poète :
La nature est muette, on l'interroge en vain, On a besoin d*nn Dieu qui parle au genre humain. Il B'appaitient.qu'à lui d'expliquer son ouvrage, De consoler le &ible et d'éclairer le sage.
Tdl reconnu , grâce à la Bible, que Dieu tire du mal qu'il nous a. laissé faire parce que nous sommes libres, un plus ^inind bien encore; et que sa sagesse brille encore plus quand on le voit régler jusqu'au dérèglement des volontés libres, et feire rentrer leur désordre dans l'ordre universel.
Sans doute il y a loin encore de ces idées aux sentiments produits en moi par la pensée que Dieu m*a créé pour le posséder, que telle est la fin pour laquelle il m'a donné l'être , que je contemplerai la beauté infinie , que je posséderai le bieq infini pendant Téternité. Aujourd'hui je vois Dieu dans tout ce qui se passe autour de moi ^ je sais qu'il me regarde sans cesse et qu'il m'aime avec une tendresse inexprimable ; mais la persuasion où j'étais qu'il ne pouvait pas tomber un cheveu de ma tête sans sa permission commença en moi ce sentiment de résignation changé depuis en un sentiment d'adoration, mais qui suffisait alors pour me soumettre sans murmure à tous les accidents de ]§. vie.
Tontes ces impressions que je retrace ici se sont succédées en moi ; elles n'ont pas été simultanées , mais j'ai voulu les réunir parce qu'en me repliant sur moi-même j'en retrouve tout le développement. Voilà pourquoi j'ai interrompu la suite des événements de ma vie, sur lesquels j'ai besoin de revenir.