‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 31 sur 39 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Ma vie de collège.

Vous av^ vu que j'avais d'abord cherché à communiquer à

SM HISTOIRE miNE àHE.

mes condisciples mes dédains poorla BfMe^JTétais externe an collège de Grenoble. J'aTaispoarprofèssear en seconde im prêtre très-pieux , M. Jamet, qui m'inspirait on grand res^ pect. Il ne discatait pas avec moi , il me donnait de fort bons avis , et n^avait pas l'air de s'apercevoir de ia disposition de mon esprit La pureté de sa vie et son indulgence faisaient aimer la religion et me réconciliaient comme à mon inso avee elle. Plusieurs de ses maximes ont toujours été présentes à mon esprit, et Je me rappelle encore la sérénité de son visage. Le jour de sa mort , une circonstance me frappa : le ciel avait été très-sorabre toute la matinée ; le soleil se dégagea des nuages un seul moment ; ce fut celui où Ton descendit son corps dans la fosse disposée pour le recevoir. Tous ses élèves virent là comme un rayon de son anréolede gloire qui venait luire sur sa tombe. Je le rencontrais souvent cbez UD de mes condisciples que J'aimais l)eaucoap, avee qui je passais des journées entières à lire, à écrire on à herboriser. J*étais très-peu d'esprit et de cœur au collège, mais bien plus dans l'intérieur de la famille de mon ami.

Je puis dire que j*ai goûté là toutes les douceurs de Tamitié. Que de fois , mon ami et moi , nous nous sommes usas sur nos coteaux , regardant le rocher de Saint-Nizier qui les borne , et nous demandant ce qu'il y avait de caché pour nous derrière la montagne ! Notre avenir cependant nous o^ eupait peu , notre horizon moral ne s'étendait pas beaucoiç plus loin que celui de notre vallée. Le bonheur de nous voir, Incertitude de nous retrouver encore le lendemain, l'idée que le lendemain ressemblerait à la veille, faisaient le charme de notre vie et nous suffisaient complètement. Combien d'heures nous avons passées à cueillir des plantes et à les dessécher, heureux de nous trouver ensemble I Cette amitié a tenn une grande place dans ma vie, elle a été ponr moi d'une grande douceur. Elle a servi à me révéler les Joies des affe^ tions et le trésor d'amour que nous portons dans notre cosar.

Ce qui me charmiait snrtoot dans de semblables affections , c'étaient tous nos rapports si doux , nos entretiens , les impressions, les jugements mis en commun, la bienveillance réciproque, cette Joie qui s'insinue dans les âmes et n'en fait qu'une de plusieurs. C'est cette douceur de vie que Ton aime dans ses amis^ quand on ne connaît pas encore cette amitié sainte , le commerce des âmes unies pour s'élever à la contemplation du beau, à l'amour du bien, et pour vivre de cette charité, l'amour même de Dieu répandu dans les cœurs.

Je retrouve dans mes papiers une relation d'un voyage en Maurienne ( c'était en 1808 ), relation où je retraçais quelques-unes des impressions de cette époque. J'étais sorti de mes grands combats ; j'avais déjà lu la profession de foi du Vicaire Savoyard. Je vais reproduire ici quelques traits de ce voyage. Je n'y change rien. Ils aideront à faire mieux connaître la disposition de mon âme. Voici donc ce que j'écrivais alors :

<c J'ai trouvé des amis^ et ces amis m'ont donné les plus grandes joies que j'ai éprouvées. Comme ils se retracent avec force à mon souvenir ces moments heureux où rien n'était en moi que par mon cœur, ces jours d'une félicité si douce et si pure qu'elle me semble encore le bonheur que nous réserve le ciel I mes amis , quand vos yeux se fixaient sur les miens, quand votre main pressait la mienne, j'étais heureux, et ces impressions ont fait les délices des premiers jours de ma vie. Combien de fois , au milieu de nos herborisations, assis près d'une cascade , au bord d'un précipice , à la vue d'un magnifique horizon qui se développait devant nous , seul avec mon ami , versant des larmes de joie et recueillant les siennes avec transport , me suis-je dit, ivre de mon bonheur : Moments délicieux , que votre souvenir aura pour moi de charmes 2 Quand je serai près d'expirer, que mes derniers, regards voient encore ces bois, ces vallées, où j'ai

cueilli des plantes avec mes amis; où nous avons parlé de notre pashé, de notre avenir, du bonheur d'être ensemble j que je me rappelle ma jeunesse , et je mourrai content !

<^ Pendant tout le temps qu'a dure mon voyage , mes amis ne sont pas sortis un seul iostant de mon souvenir. J'aimais à les faire juges de mes actions , à les leur faire partager, quoiquMls fussent bien loin de moi. Je traversai notre belle vallée du Graisivaudan , et j'arrivai aux Marches pendant la nuit ; la lune blanchissait les maisons du village. Il était dix heures du soir. Je ne songeais pas sans émotion que dans ce lieu mon père avait passé son enfance. Je me rappelai les récits de son premier âge , la gaité du village, la bonté des maitres du château . ces jeux si doux et si simples ; Je n'avais rien oublié. En arrivant à Chambér}* , je courus aux Charmettes : j y reconnus tout ce que Rousseau a décrit, les coteaux « le chemin creux , le ruisseau ; mais j*y trouvai quelque chose de plus, le souvenir de Jean-Jacques. Ghambery t>t une ville assez jolie . les maisons sont toutes couvertes eu ^rvioisis . ce qui leur donne , au milieu des arbres dont illï^ M-Hit entourées , ua aspect agréable quand on est sur U*s ivtt\^iî\ Ki«i a voisinent les faubourgs. Tous les voyageurs out V Auti r.uvutil Aise , Icsprit liant , la bonté de ses hAb:t.v.*ts.

' IV OhAi^îlvrv A Mo::t?^cl:Aii il v a deux lieues, et Ton passer si ^v:ç vU> Marvrhes. Dj vrhJ.tcau de ce village, frontifiv ,W '* M^:ic c't v.va l\«-.::"r.:r:e , de belles terrasses des- ^viuteu : e ii a "v y >. : >.c j : x ; v.>;u\i I .i p rair :e qu'arrose Tlsère. l,t viîc i\*.vo *:t .v: w'^-s a*:;:,*.u\ riiuts jusqu'à la cime des

A l ^*s :-.v.'.:s si^ l:j, e -:c li la Provence, les oranges et le* a:iviMj.v>, v-îv:>a<L-.: si;: les :;î;T,«àst*s du château; c'est uu *U> ^vjs î\\to\ .«>;\v:> ,*e a ^■.«. lee du Graisivaudan.

- Il Kc^ jVv( >U-\: vi s .ijsî^ .i^rtJLb.'cs que Montmélian, vu J\' uivivc 4;^wctic sic i Isci-v. Siir la rive opposée on dé-

coovre les riches coteaux de Saint-Jean-de-la Porte , de Saint- Pierre , d*Albigny. De tous les côtés s'élèvent des naontagnes couvertes de neiges éternelles. A gauche, l'œil embrasse une partie de la vallée; à droite , dans le lointain, les haïmes superbes du Mont-Blanc. A Francen , la vue est magnifique. L'Isère se déroulait devant moi , et Saint-Nizier dans le fond resplendissait de Téclat du plus beau couchant. Une blancheur éblouissante , répandue dans le ciel , contrastait fortement avec Tincarnat le plus vif, et les arbres qui se dessinaient sur ce fond paraissaient environnés de lumière.

« J'approchais de la Maurienne. J'allais voir ce pays où mon père avait été élevé. J'étais heureux de ce souvenir, il ne me manquait que mes amis. Ces belles cascades qui tombaient à mes pieds, ces rochers suspendus sur ma tête et .qui semblaient à chaque instant me menacer de leur chute ; ces grands arbres sur des précipices, ces branches sans cesse a^tées par un torrent , image de notre vie ; ces villages épars sur des coteaux , cette vallée qui semble se rétrécir à chaque pas et qui s'ouvre tout-à-coup, offraient à chaque instant un nouveau spectacle à mes yeux étonnés.

« A deux lieues de Saint Jean de Maurienne, on trouve un joli village appelé Saint-Julien. Il faut traverser un pont pour en sortir. Comme je le passai avec plaisir ! j'approchais de Saint-Martin. Je courais dans ce village avec transport ; à tous les pas que je faisais s'offraient a moi l'image d'un père chéri. Ces arbres, ces maisons , tout me parlait de lui. Quand il fallut partir, il me sembla que je quittais une seconde fois mon père. »

Je passe ici les vers qui se trouvaient mêlés à cette prose; mais ce que je ne dois pas oublier de rappeler, puisque j'écris l'histoire de mon âme , c'est la note que je trouve à la fin. Cette note a été écrite quatre ans après à Paris. « J'ai relu avec étonnement ce voyage en Maurienne , je n'y ai pas trouvé un sentiment pour le Dieu à qui je dois tout. Je le u. 25

conserve pour voir l'état où se trouvait un cœur qui pouvait déjà aimer, et qui n'aimait pas encore le Dieu qu'il connaît enfin. Puissc-lil ne jamais l'oublier ! » (Mars I812.)

C'est après ce voyage entrepris au mois d'octobre ( l'automne est la plus belle saison de notre vallée) , que j'entrai en rhétorique.

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