‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 7 sur 39 · II. S · texte numérisé non relu

II. S

placer dans ses premiers rapports avec la Divinité. C'est pour accomplir ce but que fut créé l'homme, à l'image dé Dieu , mais , comme l'auge , à la fois indépendant et restreint

« Le fond de Fiogratitude est de se séparer de son bienfaiteur, et tel fut le caractère de cette seconde chute, dans laquelle fut encore une fois entraînée toute la création... » *

De là Gœthe passe à la nécessité de la Rédemption. « Gril peut la regarder même, dit-il , comme la condition à laqueUÉ Dieu se condamne en créant; et de la perpétuité de ce sacrlV flce divin dépend la conservation du monde. De cette ma^ nière rien n'est plus naturel que rincarnation du Fils Dieu sous forme humaine , afin de partager quelque temj nos destins, et de nous offrir un modèle dont la vue rei nos joies plus graves et nos douleurs plus douces. L'hlst< de toute les philosophies et de toutes les religions nous ap^ prend que cette grande et indispensable vérité , voilée qm quefois de fables étranges et de symboles barbares, n'eal pas moins été unanimement reçue , dans tous les sièeU chez toutes les nations »

An 1750. — Stolherg.

Après avoir lu et comparé les plus habiles controversls catholiques et protestants , pendant plusieurs années , et tretenu à ce sujet, avec l'évéque de Boulogne, une cori pondauce , dont une partie a été imprimée , Stolberg en 1800 , son entrée mémorable dans le sein de l'Eglise tholique.

Dans son Traité de V amour de Dieu , Stolberg exprii au sujet de la Divinité de Jésus-Christ, des sentiments d'i profonde piété et dune grande élévation, comme on verra par les passages suivants :

La promesse que Dieu avait faite à l'homme après Ml

^{ DE MSOS-CBRIST. 59

decbute faisait la grande attente des générations qni se snivi-

>§.rent; mais cette promesse était obscure. De temps en temps Dieu laissait échapper des rayons révélateurs de cet avenir

Q.isur lequel était fondée l'ancienne alliance.

Q$ « L'Histoire sainte rapporte que j parmi les hôtes qui se présentèrent à la porte d'Abraham , il en vint un , un jour,

)q qui s'annonça comme étant le Seigneur. Les deux autres

[: étaient des anges. Abraham l'appelle le Juge de toute la

. terre. Lui*méme se nomme Jéhovah.

« Mais ce Jéhovah est distingué d'un autre, qn^on nomme

; également Jéhovah ; car, lorsqu'il veut détruire les tailles coupables , il est dit de lui : « Alors le Seigneur fit descendre du ciel , par le Seigneur y sur Sodome et sur Gomorrhe , une

. pluie de soufre et de feu. »

« Ils sont donc bien coupables les efforts de ces préten-

. dus théologiens, qui , colorant d'un saint zèle une tendance contre la religion , se consument en efforts aussi pénibles qu'inutiles pour détruire, par Tinterprétation individuelle des livres de l'ancien Testament, tout ce qui concerne le Fils de Dieu , lequel est cependant le véritable sujet de toute l'Ecriture sainte. Quelle réponse à faire à cette demande du sage: Qui est monté au ciel et en est descendu ? Qui renferme les vents dans sa main ? Qui a rassemblé les eaux comme dans un vêtement ? Qui a fixé les bornes de la terre ? Quel est son nom et quel est le nom de son Fils ? Le sais-tu ?

« Surtout que répondront ces faux interprètes à ces paroles du prophète Michée : « Et toi , Bethléem Ëphrata, la plus petite entre les villes de Juda, de toi sortira celui qui dominera Israël , et son origine est du commencement et des jours de l'éternité. Juda ne sera abandonné qu'au jour où celle qui doit enfanter enfantera ; alors le reste de ses frères se tournera vers les enfants d'Israël. Celui qui doit venir demeurera ferme, et il conduira son troupeau avec la force de Jéhovah, son Dieu; les peuples se convertiront, parce que

sa gloire éclatera jusqu'aux extrémités de la terre ; et celoi-ei sera la paix. »

Isa'ie parle aussi de ce fruit de la femme qui fut promis i rhomme après sa chute, de ce fruit d'une Vierge « qui conc^ yra et enfantera un fils qui sera nommé Emmanuel (c'est-à-dim Dieu avec nous ) ; un fils , qui porte sur son épaule le sceaaj de sa domination , et qui sera appelé l'admirable , le conseil de Dieu , le fort, le Père de Téternité , le prince de la pabu Il étendra de plus en plus son empire, il établira la pabq étemelle , il s'assiéra sur le trône de David , et son règne sert éternellement fondé sur la justice et Téquité. » Telles sont h^j admirables expressions de ce grand prophète , qui a aunonoéj d'une manière si précise les douleurs et la mort du Ghristij

Il serait trop long d'interroger tous les passages où il ed question du Messie ou du mystère de la sainte Trinité. « Lei cieux, y est-il dit, ont été créés par le Verbe de Dieu, 4 l'armée des cieux par le souffle de sa bouche. » On saitqu'cdj langue hébraïque le même mot exprime souffle et esprit^ dj même que, chez les Grecs , le mot pneûma , et en latin, hi mot spiritm. ^

« J'ai établi dans un autre ouvrage, ajoute Stolberg , qm^ les rabbins connaissaient parfaitement le dogme de la Tri<^ nité , et que quelques-uns même Texprimaient par les mêoMI mots que nous : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il leur || été facile de trouver ce dogme dans la sainte Ecriture, d^ même que la plupart des peuples de l'Asie l'ont puisé danî les traditions. C'est ainsi qu'on lit dans les traditions de toai les peuples l'histoire de l'enfance du genre humain , eomn4 la raconte l'Ecriture , et les premiers événements du mondl| comme le déluge universel et la conservation de notre espèel par une seule famille miraculeusement sauvée

a L'émanation continuelle de son être (de Dieu) fait l'exi» tence des créatures; elles seraient aussitôt néant, s'il la leni retirait.

DE JÉSUS-CffiUST. 41

« Mais la création , dont Torigine est la pensée de Dieu , exprimée par le Verbe , est conservée par le Verbe, éternei comme sa pensée.

« Dieu est amour, et il a engendré le Fils, disent les saints Pères , en se contemplant lui-même , sans qu'il y ait pour loi de passé et d'avenir.

Dieu y pour créer, manifesta sa pensée , de même que rhomme exprime par la parole celle qu'il gardait cachée en bd : « An commencement le Verbe était , et le Verbe était eo Dieu, et le Verbe était Dieu ; par lui toutes les choses ont té faites, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans IdL»

« Le Fils de Dieu a dit : Je suis la voie , la vérité , et la tie, personne ne vient au Père que par moi; nul ne connaît kFlls, si ce n'est le Père; nul ne connaît le Père, si ce [n'est le Fils , et celui à qui le Fils aura voulu le révéler. » « Car le Fils est la voie qni conduit au Père ; il est aussi la vérité et la vie, mais par lui-même, et non comme les esprits qu'il a créés et qui participent à la vérité et à la vie qu'ils ont reçue de lui.

« Le disciple bien-aimé a dit de lui : « La vie était en lui, et la vie était la lumière des hommes. -

An 1760. — Beauzée (Nicolas).

Il fut un des plus célèbres grammairiens du dix-huitième siècle, et membre de l'Académie française. Outre ses ouvra- [ ges littéraires , Beauzéeja publié une Exposition abrégée des freuves historiques de la religion. Nous citerons de cet écrivain un passage remarquable sur la Divinité de Jésus- Christ :

« Moïse, dit Beauzée, a dit universellement la vérité. Sa dironologie est d'accord avec ce que Ton sait de plus ancien et de plus certain sur l'histoire du monde. Sa théologie est

42 UIWYimTÉ

appuyée sur les principes les plus avoués de la saine raison , et Texistence du Dieu de Moïse se trouve démontrée par la naissance de l'univers, par le bel ordre qu'on y admire, pwr Tunique destination de toutes les pièces qui le composent;' et, enfin, par la contrariété même de nos pensées. Toiït étant vrai dans les livres de Moïse, il en résulte un nouveau degré de force pour les preuves de son inspiration. Ces preuves sont des miracles éclatants, manifestement au-dessus des forces humaines , et opérés presque tous en présence d*ii|& grand peuple , pris à témoin et intéressé pour son honneur et i pour son bonheur à les nier s'ils sont faux. Moïse était doiie| envoyé de Dieu ; la religion qu il a donnée aux Juifs est dm»] divine; les promesses qu'il leur a faites sont donc certaines;^ le Messie qu'il leur a promis, ils ont donc dû Tattendri. Mais il est certain que les prophéties qui annoncent le Mcfsie, soit celles de Moïse, soit celles des prophètes qui sont venus depuis , ont toutes été faites avant Jésus-Christ. La Juifs en conviennent avec nous , et ils y sont forcés par h/' conformité de nos exemplaires avec les leurs qu'ils n'osent défigurer, et par l'authenticité de l'histoire qu'ils ne peuv^ contredire. Jésus-Christ est donc le Messie qui était l'attente des nations, puisqu'il a accompli toutes les prophéties; car il est né dans les circonstances prédites par Jacob , et dans les temps fixés par Daniel ; il a été mis à mort selon la prédiction de ce prophète ; il a paru dans le second temple , con* formémentà celle d'Aggée; en un mot, et l'histoire même en est la preuve , tout ce qui a été prédit du Messie s'est aecompli en Jésus-Christ. — 11 est donc Dieu.

Cette vérité, qui suit nécessairement de ce qu'il est le Mes^ sie, devient bien plus évidente quand on fait réflexion qu'il s'est dit lui-même le Fils de Dieu ; et que , entre tous les autres miracles qu'il a faits, celui de sa résurrection n'aurait pu être permis de la part de Dieu, s'il n'eût servi qu à autoriser une imposture si horrible ; rien cependant de plus cer«-

m JÊSDS-€flRIST. 4»

taia que la résurrection de Jésus-Christ; les disciples, qui nous en ont fait le récit, n'ont pu être trompés; ils avaient plus de disposition à IMncrédulité qu'à la séduction.

Je le répète., Jésus-Christ est donc Dieu ; la religion qu'il a enseignée est donc divine , et outre mille preuves dont on pourrait étajer cette croyance, la chose est évidente par l'établissement même de cette religion. Un petit nombre d'hommes, et des hommes même sans talent, sans faculté, sans crédit , ont surmonté tous les obstacles qui s'opposaient à cet établissement : obstacles de la part du cœur humain qu'il fallait changer , de la part des idées humaines qu'il fallait renverser ; de la part du gouvernement politique qu'il fallait contredire; de la part des grands qu'il fallait braver ; de la calomnie qu'il fallait dissiper ; de la fausse philosophie qu'il fallait réfuter. Tous ces obstacles pourtant ont été surmontés : le christianisme s'est établi , et de tous les anciens ennemis des chrétiens, il ne reste plus que les Juifs; mais cela même achève de prouver la vérité de la religion chrétienne , parce que cela même est prouvé par les prophéties qui la démontrent. »

Le cardinal GerdU,

Gerdil reçut le chapeau de cardinal des mains du pape Pie yi. Il a publié de nombreux écrits en faveur de la religion chrétienne.

Dans son Exposition abrégée des caractères de la vraie religion , Grerdil explique d'une manière neuve et frappante toute l'histoire de Jésus-Christ et de la rédemption. Voici comment il parle de la naissance du Christ, après avoir passé en revue tous les événements et toutes les prophéties qui annonçaient sa venue.

«En ce temps donc, qui avait été marqué par les oracles des prophètes, où tout l'univers était en paix sous l'empire

d'Auguste, Hérode régnant en Judée , Jésus , fils de Dieu et en môme temps ÛIs d'Abraham et de David , naquit d*mM vierge, sa mère, à Bethléem de Juda. Ainsi descendu du cM en terre , et fait homme pour récondlier le genre humain avec Dieu , il est venu éclairer toutes les nations pour iei rappeler à la connaissance et au culte du Dieu d'Israël.

« Il vécut à Nazareth , pauvre et dans l'obscurité, Jusqu'à l'âge de trente ans. Alors saint Jean-Baptiste, son préoirseur, ât retentir le désert de sa voix pour préparer les votei au Christ envoyé de Dieu ; et Jésus étant venu à lui , Jean, éclairé des lumières de l'Esprit-Saint , le montra au peupla qui était accouru en foule pour l'entendre.

a Sa prédication, — Aussitôt Jésus-Christ commença sa prédication en annonçant l'Evangile, c'est-à-dire la nouvelle il heureuse de l'avènement du règne de Dieu sur la terre.

« Preuves de sa mission. ^— Il prouve sa mission par les merveilles que , selon les prophéties , le Messie devait opérer en faveur des hommes, rendant la vue aux aveugles, ressuscitant les morts, guérissant toutes les sortes de maladies , et annonçant l'Evangile aux pauvres.

Les prophéties, — Il annonça que le temps était venu oà le culte de Dieu devait cesser dans le temple de Jérusalem et dans celui de Samarie , et où apparaîtraient de vrais ad(h rateurs qui adoreraient le Père en esprit et en vérité 1 (Jean, 4). %

« Il prédit sa mort et sa résurrection , ( Matth. 16 ) la ruine du temple, dont il ne devait pas rester pierre sur pierre; la désolation et la dispersion du peuple juif, qui devait avoir lieu avant que fiît passée la génération qui vivait alors. (Luc, 18, 19, 21.)

Sa passion^ sa mort. — Il souffrit par la main des Joiâ la passion la plus cruelle, et expira sur la croix en priant pour ses bourreaux , et versant son sang pour l'expiation de5 péchés et la rédemption des pécheurs.

Dfi JÉSOS-ŒKT. 4M

Sa résurrection, — Etant ressuscité y il apparat à ses disciples, conversa avec eux , et se fit voir à plus de cinq cents personnes (Gorinth. 15). Avant de monter au ciel, il ordonna à ses apôtres d'attendre à Jérusalem la venue du Saint-Esprit, et de se répandre ensuite dans tout le monde, enseignant toutes les nations, et les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit , en leur apprenant à observer toutes les choses qu'il leur avait prescrites ; et il promit qu'il serait avec eux jusqu'à la consommation des siècles. ( Matt. 28. )

Ayant fait de cette manière à ses disciples Tétonnant commandement de convertir le monde , il les bénit et monta au ciel en leur présence.

Retournés à Jérusalem , les apAtres se réunirent dans une maison, où, avec Marie, mère de Jésus, de saintes femmes et les autres disciples, ils se mirent à prier tous ensemble , sans se lasser de prier.

Descente du Saint-Esprit^^Lejouv de la Pentecôte étant venu, le Saint-Esprit descendit, et parut en forme de langues de feu dispersées , qui se reposèrent sur chacun d'eux.

Prédication des apôtres. — Embrasés de ce feu céleste, les apôtres commencèrent à prêcher courageusement TËvangile, d'abord dans la Judée et à Samarie, ensuite chez les Gentils; et un petit nombre d'hommes grossiers et sans expérience, sans étude des arts libéraux , sans illustration de naissance , sans pouvoir et sans crédit dans le monde , eurent la puissance de convertir à la foi de Jésus-Christ une multitude innombrable de personnes.

Eglise fondée. ^^ Ainsi j les apôtres fondent eux-mêmes un très-grand nombre d'églises , c'est-à-dire d'ass<tmblées de fidèles , sous la direction des évêques et des prêtres consacrés par rimposition des mains et le rit saint de Tordinatiou. L'Eglise de Jérusalem fut gouvernée par l'apôtre saint Jacques, appelé le Mineur 'y réglise d'Antioche , ville si renommée en Orient , fut si considérable par le nombre des fidèles , que

4» U BIVUCITÉ

notoire dans ane lettre à Tempereur Théodose. Julien luiméme, parlant des ruines de Jérusalem, conyient qu'il avait tenté de le rebâtir. Lea Juib, qui ont écrit peu de temps après , font mention de cette entreprise , et attribuent à leurs péchés le malheureux succès qu'elle a eue relativement à eux.

Gerdil raconte vivement et en peu de mots , les preuves de la Divinité du Christ et raccompUssement de ses prédictions.

a II est certain , dit-il , que dix-huit cent ans avant nous , JésuS'Christ, auteur de cette religion sainte, est né, a vécu et est mort en Judée , pays de très-peu d'étendue , et méprisé de presque toutes les nations.

Il est certain qu'en ce temps là, le reste du monde était en* veloppé dans la superstition de l'idolâtrie , et que le Dieu d'Israël , inconnu alors aux nations , n'était adoré en aucun lien.

Il est certain que dans ce même temps , les Juifs avaient un corps d'écritures très-anciennes, et qu'ils regardaient euxmêmes comme divines , dans lesquelles était prédite la venue, du Messie, qui devait nattre en Judée, et par l'opération duquel le Dieu d'Israël devait être connu et adoré par toute la terre. 11 est encore très-certain que telle était la croyance des Juifs, et que, pleins de confiance dans leurs Ecritures, iU attendaient le Messie vers ce temps là.

Jésus est venu, et a déclaré qu'il était le Messie promis dans les Ecritures (Jean. 4, 26). Pour démontrer qu'il l'était, indépendamment des autres preuves qu'il pouvait en donner, il fallait qu'ayant vécu dans la pauvreté, et étant mort sur une croix , ce fût par lui , par son opération , que le culte du Dieu d'Israël se répandit chez toutes les nations. Il l'avait promis, il l'exécuta.

Après la venue du Messie , le sacrifice ancien devait cesser, la nation Juive devait être dispersée, et le temple détruit de fond en comble, Jésus-Christ avait prédit que tout cela

s'accomplirait avant que fût passée la génération alors yivante. Certainement les apôtres n'avaient ni le pouvoir, ni la force d'abattre le temple de Jérusalem et d'exterminer les Juifs. Les Romains viennent avant que la génération soit passée; ils assiègent Jérusalem , comme Jésus-Christ l'avait dit y ruinent le temple et dispersent les Juifs...

La conversion des Gentils , amenés à reconnaître le Dieu des Juifs par l'entremise de quelques misérables pécheurs , était une œuvre humainement impossible. Jésus-Christ l'or* donne ; il assure qu'elle se fera, et elle se fait. Jésus Christ prédit la dispersion des Juifs, et les Juifs sont dispersés. Il prédit qu'il ne restera pas pierre sur pierre du temple de Jérusalem, et le temple est détruit. Un empereur tente de le rebâtir, et des globes de feu qui s'élancent des fondements, rendent son entreprise inutile.

An 1770. — Voltaire.

« Avant la publication de TEvangile, dit ce célèbre écrivain , les superstitions les plus insensées avaient étouffé la voix de la raison. La superstition, qui vient des hommes, avait paru triompher de la raison, qui vient de Dieu: mais la gloire de la religion révélée ou de l'Evangile est d'avoir seule détruit les superstitions de la terre.

« La religion naturelle est le commencement du Christianisme, et le vrai Christianisme est la loi naturelle perfectionnée.

« Nous voyons' donc avec une extrême satisfaction que tous admettent up Dieu juste qui punit, qui récompense et qui pardonne. Les vrais Chrétiens doivent révérer cette base de la religion de Jésus-Christ. Point de religion sans la sincère adoration d'un Dieu unique

C'est l'Evangile qui a rappelé le genre humain à la liberté primitive , pour laquelle il est né.

« C'est à TEvangile seul qu*oii doit raffranchissement d( Tesclavage , où étaient tombés les peuples destinés à la 11 berté.

« L*£vangile seul a rétabli Thomme dans ses droits nata« rels.

« Toute religion , dont les dogmes offensent la morale, esl nécessairement fausse... On n'entend la voix de Dieu que dans la bouche de la vertu. Les exemples de Jésus-Christ sont saints , sa morale est divine...

« A la naissance de Jésus-Christ, les anges viennent du haut des sphères célestes annoncer ce grand événement aux pasteurs de Bethléem. Une étoile nouvelle brille dans le ciel du côté de l'Orient ; cette étoile conduit trois mages Jusqu'à retable dans laquelle le maître du monde est né. Ils lui offrent de Tencens, de la myrrhe et de l'or. Ces miracles éclatèrent dans le ciel et sur la terre,; ce sont des astres, des anges , des rois , qui en sont les ministres. Jésus-Christ doit être reconnu dès son enfance à tous ces prodiges

« Les miracles de Jésus-Christ marquent sa puissance et sa bonté , comme la vue rendue aux aveugles et la vie aux morts ; des possédés délivrés , de Teau changée en vin. Us sont aussi le symbole de quelque vérité morale. Dès qu'on croit un miracle, on doit croire tous les autres , quand c'est

le même livre qui les certifie livre dont la morale porte

Tempreinte de Dieu même

« Etablissement de V Evangile. — Il se forme dans la Galilée une religion toute fondée sur la pauvreté, sur l'égalité, sur le mépris des richesses ; où Ton dit que le mauvais riche est damné; où Jésus-Christ, Fils de Dieu, Dieu lui-même, prononce ces terribles oracles contre l'ambition et l'avarice: « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir. Il n'y aura jamais parmi vous ni premier, ni dernier. »

« Et c'est dans cet état de faiblesse que Jésus-Christ a prédit que toute la terre embrasserait un jour sa doctrine;

DE JÉSUS-CHRIST. 5i

que les portes de l'enfer ne pourraient Jamais prévaloir con« tre son Eglise, et que tout le inonde lui serait soumis, Tempire romain en particulier; que le trône des Césars deviendrait le trône de la religion chrétienne; qu'il régnerait du mont Atlas aux îles du Japon.

a Eucharistie, — C'est assurément un bien pour la terre de mettre le plus grand frein aux crimes. Jésus-Christ n'a point établi rEueharistie en politique , mais en père. Il Fa établie par amour, pour se donnera nous, et nous diviniser par lui, »

An 1772. — Frédéric SehlégeL

Frédéric Schlégel est Fun des hommes illustres de son pays, dont l'esprit a le plus d'originalité. Voici comment il s'exprime dans sa Philosophie de r histoire (tome2 ), sur rétablissement du Christianisme y et sur son divin fondateur :

«t Humainement envisagé, et en dehors de toutes les données que nous fournit la révélation , Jésus-Christ ne peut être regardé que comme un Socrate juif, le plus pur et le plus sublime de tous les législateurs, et dont la doctrine a eu , pour le monde régénéré , le même résultat qu*avaient eu pour la Grèce les enseignements du premier et du plus sage des philosophes d'Athènes. Mais un tel point de vue serait non-seulement vain, mais encore anti-historique; car si le médiateur divin est écarté de l'histoire, si Tincarnation du Verbe n'y est pas , alors tout Tenchainement des événements de rhistoire est détruit, puisque la raison morale de tous les faits passés et futurs repose sur ce pivot des siècles, force et espérance de tout. Ainsi , bien que la Divinité de Jésus- Christ , s'il s*agissait de la prouver par des raisons, soit hors du domaine de Ihistoire, elle n'en est pas moins la clé de voûte de tout Tédifice historique, qui , sans ce phare de lu-

la LA DIVINITÉ

mière et de grâce, serait un labyrinthe sans issoe, un problème sans solution , un amas de décombres, le rftye ironique et désespérant d*on démon...

« C'est grâce à cette réunion suprême en lui destn^s vertus , d'où toute vie découle , la foi , l'espérance et Tamour, que le Christianisme prit subitement une si étonnante ext»ision dans toutes les provinces du monde romain , et josquai chez les Barbares et des nations même alors inconnuci. Comme une flamme de vie céleste, il animait toute créature, rafraîchissait toute veine , embrasait tout cœur d'un égal enthousiasme; aussi, tous les Chrétiens étaient-ils égaux, c'est-à-dire saints et pleins du .Christ... »

An 1775. — - Builet.

Cet écrivain a publié un ouvrage très-important , qui a été traduit en anglais par Salisbury, Il a pour titre i HUMn de V établissement du Christianisme y tirée des seuls QHir leurs juifs et païens.

Cet ouvrage, si utile à consulter, a été reproduit presqae en entier dans la Raison du Christianisme ^ publiée par M. de Genoude. On y trouve consignés les faits les plus remarquables , relatifs à l'établissement du Christianisme ; entre autres , la fameuse Lettre de Pline à Trajan , et la ré* ponse de cet empereur à Pline.

Au sujet de l'empereur Alevandre Sévère , l'auteur dit : « Alexandre Sévère , cousin d'Héliogabale, fut élevé à l'empire, l'an 222. Lampride décrit ainsi sa manière de vivre: « Sa première occupation , quand il était levé , était d'aller adorer et sacrifier dans une espèce de temple qu'il avait dans le palais , où il avait mis les statues des meilleurs empereurs, des plus gens de bien , des âmes les plus saintes , parmi lesquelles étaient Apollonius, le Christ, Abraham et Orphée, qu'il honorait comme des dieux.

« Ce prince ne se contenta pas d*adorer Jésus-Christ en particulier, il voulut encore lui élever un temple et le faire recevoir an nombre des dieux. Il conserva aux Juifs leurs privilèges , et laissa vivre les Chrétiens en liberté.

« Non*seulement il les laissa vivre en liberté , mais encore il les favorisa. »

Nous sommes forcés de renvoyer le lecteur à Texcellent livre de Bullet ; nous nous contenterons d*en citer la conclusion:

« Les Juifs et les païens , dit Bullet , nous font un double aveu; ils reconnaissent formellement la réalité des prodiges de Jésus et de ses disciples , et ils nous fournissent les faits dont nous avons formé rHistoire de rétablissement du Christianisme; faits qui supposent nécessairement la réalité de ces prodiges.

« Des faits, avoués par ceux qui ont le plus grand intérêt de les contredire, sont incontestables. Les prodiges de Jésus ^ de ses disciples ont donc le plus haut degré de certitude.

« Il est prouvé que Dieu est auteur de ces prodiges ; Dieu a donc autorisé et établi la religion chrétienne.

« Or, une religion qui a pour soi le témoignage et Tapprobation de la Divinité, qui est même Tœuvre de la Divinité, est nécessairement vraie.

« Donc la religion chrétienne est véritable.

< Que le Dieu tout-puissant , qui , pour établir le Christianisme, n'a voulu employer que des instruments faibles, daigne continuer ce prodige, en se servant de cet ouvrage pour faire sentir la vérité de notre sainte religion à tous ceux ^i ont le malheur d'en douter on de la combattre. »

An 1780. — Jean- Jacques Rousseau.

Tout le monde connaît ce passage de Rousseau sur FEvan-

M UMVINITÉ

gile et son dWin autear : « Ce divin livre, le seol nécessaire à on chrétien , et le plas ntile de tous à quiconque ne le serait pas, n'a besoin que d'être médité pour porter dans l^âme Famour de son auteur et la volonté d'accomplir ses préceptes. Jamais la vertu n'a parlé un si doux langage; Jamais la plus parfaite sagesse ne s'est exprimée avec tant d'éne^ gie et de simplicité. On n en quitte pas la lecture sans se scDtir meilleur qu'auparavant. (Emile, tom. 4., p. 105.) > « La majesté des Ecritures m'étonne , la sainteté de l'Evangile parle à mon cœur. Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe; qu'ils sont petits près de celui-là 1 Se peut-il qu'un livre, à la fois si sublime et si simple, soit l'ouvrage des hommes? Se peut-il que celui dont il fait l'histoire ne soit qu'un homme lui-même? Est-ce là le ton d'un enthousiaste ou d'un ambitieux sectaire? Quelle douceur , quelle pureté dans ses mœurs ! quelle grâce touchante dans ses instructions! quelle élévation dans ses maximes! quelle pr(h fonde sagesse daus ses discours! quelle présence d'esprit, quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses ! quel empire sur ses passions ! Où est l'homme , où est le sage qui sait agir, souffrir et mourir sans faiblesse et sans ostentation! Quand Platon peint son juste imaginaire couvert de tout l'opprobre du crime et digne de tous les prix de la vertu, il peint trait pour trait Jésus Christ. La ressemblance est si frappante que tous les Pères l'ont sentie, et qu'il n'est pas possible de s'y tromper. Quels préjugés , quel aveuglement ne faut-il point avoir pour oser comparer le fils de Sophronique au fils de Marie ! Quelle distance de l'un à l'autre! Socrate mourant sans douleur , sans ignominie , soutint jusqu'au bout son personnage; et si cette mort n'eût honoré sa vie , on douterait si Socrate , avec tout son esprit , fut autre chose qu'un sophiste. Il inventa, dit-on, la morale ; d'autres, avant lui, l'avaient mise en pratique ; il ne fit que dire ce qu'ils avaient fait ; il ne fit que mettre en leçons lèqrs exem-

pies. Aristide avait été juste avant que Socrate eut dit ce que c'était que la justice. Léonidas était mort pour son pays avant que Socrate eut fait un devoir d'aimer sa patrie. Sparte était sobre avant que Socrate eut loué la sobriété; ivant qu'il eut défini la vertu , la Grèce abondait en hommes vertueux. Mais où Jésus avait-il pris chez les anciens cette norale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et

'exemple?

La mort de Socrate, philosophant tranquillement avec ses unis , est la plus douce qu'on puisse désirer ; celle de Jésus expirant dans les tourments , injurié , raillé , maudit de tout un peuple , est la plus terrible qu on puisse craindre. Socrate, prenant la coupe empoisonnée , bénit celui qui la lui présente et qui pleure; Jésus , au milieu d'un supplice affreux, prie pour ses bourreaux acharnés. Oui , si la vie et la mort de Socrate. sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu. Dirons-nous que l'histoire de l'Evangile soit inventée à plaisir ? Ce n'est pas ainsi qu'on invente; et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond , c'est reculer la difficulté sans la détruire : il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce livre qu'il ne l'est, qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais des auteurs n'eussent trouvé ni ce ton, ni cette morale; et l'Evangile a des caractères de vérités si grands , si frappants , si parfaitement inimitables, que Tinventeur en serait plus étonnant que le héros.

« Nous reconnaissons l'autorité de Jésus-Christ, parce que notre intelligence acquiesce à ses préceptes et nous en découvre la sublimité. Elle nous dit qu'il convient aux hommes de suivre ces préceptes , mais qu'il était au-dessus d'eux de les trouver. Nous admettons la révélation comme émanée de Tesprit de Dieu sans en savoir la manière ; pourvu que nous sachions que Dieu a parlé , peu nous importe d'expliquer comment il s'y est pris pour se faire entendre. Ainsi , recon-

M Là DIVINITÉ

naissant dans l'Evangile l'autorité divine, nous croyons Je* sns-Gliristrevétu^de cette autorité; noas reconnaissons nm vertu plus qu*humaine dans sa conduite, et une sagesse plus qu'iiumaine dans ses leçons. Voilà ce qui est bien décide pour nous. Nous ne respectons pas précisément ce livre sacré comme livre , mais comme la parole et la vie de Jésus- Christ {Lettres de la Montagne, liv. 4.J

An 1785. — Joseph de Maistre. «-

Dans son écrit : Divinité de la religion chrétienne ^pm^vée par ses triomphes sur la philosophie modeume^ cet illustre écrivain s'exprime ainsi au sujet du catholicisme : « U n'y a pas d'exemple d'une telle durée ; et à s'en tenir même au christianisme, aucune institution dans l'univers ne peut

lui être opposée Qu'on nous montre une autre religion

fondée sur des faits miraculeux , et révélant des dogmes incompréhensibles, crue pendant dix-huit siècles d'une grande partie du genre humain , et défendue d'âge en âge par les premiers hommes du temps, depuis Origènejusqu^à Pascal, malgré les derniers efforts d'une secte ennemie qui n'a cessé de régner depuis Celse jusqu'à Condorcet ?

« Le christianisme a été prêché par des ignorants et cm par des savants; et c'est en quoi il ne ressemble à rien de connu.

En parlant de l'état de la religion en France après les saturnales révolutionnaires , de Maistre dit : « Les temples sont fermés ou ne s'ouvrent qu'aux délibérations bruyantes et anx bacchanales d'un peuple effréné. Les autels sont renversés; on a promené dans les rues des animaux immondes sous lefl vêtements des pontifes; les coupes sacrées ont servi à d'abo* minables orgies ; et sur ces autels que la foi antique environna de chérubins éblouissants, on a fait monter des prostituées nues. Le philosophisme n'a donc plus de plaintes t

faire ; toutes les chances humaines sont en sa fayenr ; on fait tout pour lui et tout contre sa rivale. S*il est vainqueur , ii ne dira pas comme César : « Je suis venu , j'ai vu , j'ai vainen; » mais enfin il aura vaincu. Il peut battre des mains et s'asseoir fièrement sur une croix renversée. Mais si le christianisme sort de cette épreuve terrible, plus pur et plus vigoureux ; si i'hercole chrétien , fort de sa seule force, soulève le fils de la terre et l'étouffé dans ses bras, oh! alors, il faudra dire : le Christ commande, il règne , il est vainqueur. »

An 1790. — Laharpe.

Laharpe, dans son livre intitulé Apologie de la Religion Chrétienne, ( 2* partie, chap. l^ ) développe avec beaucoup de force ia proposition suivante :

Le monde existe , donc il y a un Dieu.

Le Christianisme existe, donc il est divin.

Ces deux enthymémes sont également vrais et par la même raison.

Voilà le développement de ces deux arguments :

1^. Le monde existe; or, tout ce qui existe a une cause première que Ton nomme Dieu. Donc il y a un Dieu.

3^. L'existence du Christianisme se rattache à la mission du Christ ; or, nous prouverons que la mission du Christ était divine* Donc, dans son origine le christianisme est divin.

Le Christianisme existe ; or, son existence suppose son établissement ; or, il n*a pu être établi par les apôtres sans le secours divin. Donc , à cause de la liaison nécessaire entre Texistence actuelle du Christianisme et son établissement , liaison que nous prouverons vraie , le christianisme est divin.

Ce sont là les trois rapports sous lesquel est développé Tenfhyméme dans les trois paragraphes de ce chapitre.

Observez que ces trois sens s'appliqnent : 1^ à l'œnvre do Christ , a^ à Topposition que le Christianisme a trouvée avant d'arriver jusqu'à nous ; 3° à l'œuvre des apôtres dont Tauteur lie et rapporte les faits à l'époque actuelle , car la mission divine de Jésus-Christ est aussi prouvée qu'un autre fait historique quelconque.

Plus loin, en parlant des miracles du Christ , Laharpe s'exprime ainsi : « on nous dispensera , je pense, de parler des rêveries du Paganisme, et si parmi les dogmes qu'enseignent Zoroastre dans la Perse, Brama dans llnde, Osiris en Egypte, Odin dans le JNord , il se trouve quelques faits merveilleux, ce que nous connaissons de leurs hvres , montre assez qu'ils n'ont pas pris plus de soin pour constater ces prétendus merveilles que 1 auteur des contes Arabes. Il en est de même de Mahomet et de son Alcoran. Sans le sabre des musulmans, il est évident que ses voyages sur l'Alborac , et la lune qu'il mit dans sa manche, n'auraient pas fait grande fortune.

Voyez les miracles du Christ, un lépreux l'adore et loi dit : « Seigneur, si vous le voulez , vous pouvez me guérir. — Je le veux, soyez guéri. » Un chef de la synagogue i'ar dore et lui dit : «c Ma fille est morte; mais venez, imposez lui les mains, et elle vivra. Jésus touche la main de la jeune fille et elle vit. « Des aveugles se présentent à lui et il leur dit : « Croyez vous que je puisse faire ce que vous me demandez ? — Oui , Seigneur. » Il touche leurs yeux. « qu'il vous soit fait selon votre foi. »

C'est ainsi qu'il passait en faisant du bien : pertransiit benefaciendo , et en le faisant souverainement, il guérit les corps et il guérit en même temps les âmes : « Mon fils , ayez confiance^ vos péchés vous sont remis,» dit il au paralytiqoe qu'on lui présente : Ces paroles blessent les Pharisiens. » « Cet homme blasphème , disent-ils ; qui peut remettre les pèches , si ce n'est Dieu seul? et ils avaient rai:»on : Thomme- Dieu répond à leurs pensés : « pourquoi avez- vous de mau-

valses pensées dans yos cœurs ? quel est le plus facile on de dire à cet homme : vos péchés vous sont remis, on dédire: levez vous ! »

Voici ce qu'il dit sur la destruction dn temple et l'impossibilité qù*il y eut de le reconstruire. « Mais j'entre ^ dit-il, dans le sens et la manière de voir de nos adversaires , et je prends en témoignagne ce Julien , qui , lui aussi demandait des miracles , mais plus grands que ceux à la vérité desquels il croyait; qui en vit et qui ne se convertit pas pour cela. Sa main sacrilège , pour donner un démenti à ce grand miracle à jamais subsistant de la réprobation du peuple juif, avait entrepris de réédifier le temple.

Les Juifs, accourus des quatre coins du monde, servirent sa fureur avec un zèle qui tenait de Tobstination ; repoussés par les flammes qui dévoraient les fondement de Tédifice et les dispersaient au loin , trois fois et quatre fois ils essayèrent d'accomplir l'œuvre qu'ils avaient entreprise , et toujours repousses par les flammes , qui enfin dévorèrent les travailleurs , ils furent obligés d'y renoncer. Ce ne sont point ici des faits douteux ; ils appartiennent à Thistoire ; ce sont les païens qui les rapportent, et entre autres Ammien-Marcellln , le plus accrédité de tous par sa véracité. Nombre de Juifs se convertirent à la foi chrétienne. »

An 1799. — Duvoisin.

Duvoisin , ancien professeur de Sorbonne et vicaire-général de Laon, est mortévêque de Nantes, sous l'empire. On lui doit un ouvrage remarquable : la Démonstration évangélique. Il a de plus écrit deux livres snr l'authenticité de l'ancien et du nouveau Testament.

Dans sa Démonstration évangélique^ Duvoisin, en parlant des miracles de Jésus-Christ , réfute Voltaire par Jean- Jacques Rousseau : « Selon Voltaire , dit-il, et la plupart des

incrédules , les lois de la nature sont des lois éternelles, matliématiques, immuables, fondées sur Tessence de la matière; Dieu ne peut y déroger; l'idée de miracle renferme une contradiction manifeste.

« Je ne perdrai pas le temps à réfuter cette vaine métaphysique, empruntée des matérialistes, et qui mène droit à l'athéisme. Je suppose que vous croyez à l'existence d'uo premier Etre, créateur de la matière , principe du mouvement, auteur, législateur et gouverneur de l'univers. Or , la possibilité des miracles est une conséquence nécesaire da dogme de la Divinité. « Dieu peut-il faire des miracles, c'està-dire peut-il déroger aux lois qu'il a établies? Cette question sérieusement traitée , répond Jean-Jacques Rousseau , serait impie , si elle n'était absurde ( J.-J. Rousseau , Lett. de la Montagne). Ce serait faire trop d'honneur à celui qui la résoudrait négativement que de le punir, il suffirait de V&t'. fermer »

« Il y aurait de la témérité à soutenir que Dieu ne peut se révéler aux hommes, soit pour les instruire, soit pour leur signifierses volontés; ce serait contredire sans aucune preuve l'opinion de tous les peuples de la terre , qui n'ont jamais connu que des religions positives ou supposées révélées.'....*

a 11 n'est point d'autre moyen propre à constater une révélation divine que les miracles. Ce qui ne sortirait pas de Tordre naturel ne prouverait point l'intervention du maître de la nature.

« La preuve qui résulte des miracles , en faveur d'une révélation divine, est infaillible; elle esta la portée de tous les hommes. Elle impose par son éclat, prévient les raisonnements, et tranche les difficultés : Miraculis concilicUur aU" toritas , autoritatefides imperatur (Saint Augustin).

« Qu'un homme , dit Rousseau [Emile , t. 3, p. 95), vienne nous tenir ce langage : Mortels , je vous annonce la volonté du Très-Haut ; reconnaissez à ma voix celui qui m'envoie !

DE JÉSOS-CBRISt. M J adonne an soleil de changer sa course ; fltix étoiles , dé tét" mer un aotre arrangement; aux montagnes, de s'aplantl^; aux flots de s'élever ; à la terre de prendre on autre aspect. — A ces merreilles, qui ne reconnaîtra pas à l'instant le maître de la nature ? elle n'obéit point aux imposteurs »

« Tous n'exigerez pas que les miracles de rErangile, la résurrection de Jésus4[:!hrist , par exemple , soient plus certains et mieux prouvés que la mort de César. Qoleoûqtie douterait de tt dernier fait serait un insensé... .

« Il y a, je l'avoue , cette différence entre la mort de César et la résurrection de Jésus^hrist , que Tune est un fait naturel et l'autre cm fait miraculeux ; mais , aux yeux de la critique , cette différence doit être comptée pour rien. Ce n'est pas comme miracle , c'est comme fait seiisible qn^ la résurrection de Jésus-Christ est l'objet do témoignage de rhistoire. Pour les sens , un miracle est on fait nèrturel et ordinaire ; il n'est un prodige et un phénomène surnaturel qu'à l'égard de la raison qui veut remonter à la cause, et ne la trouve que hors de la nature. Jésus , marchant et conversant avec ses disciples, trois jours après sa mort , n'était pas pour leurs sens un objet différent de Jésus , parlant et agissant avant sa passion.

« Quoique puissent dire les sophistes , si j'avais vu Lazare sortir du tombeau à la voix de Jésus^hrist , je sens quil m'eût été impossible de ne pas croire fermement au miracle. J'y croirai également , si je suis convaincu par des preuves historiques indubitables* que d'autres ont été témoins de ce grand spectacle. Tel est le véritable état de la question : il s'agit de faits et non de raisonnements ; c'est l'histoire et l'histoire seule qu'il faut consulter. 9

Nous indiquerons très-sommairement les principales propositions démontrées par le même auteur, dans ce qu'il dit sur V Authenticité des livres du nouveau Testament. « Toutes les sectes chrétiennes, dit Duvoisin , quoique di- 11. 4

visées sur d'autres points, font également profession de croire que les livres du nouveau Testament sont les ouvrages des apôtres et des disciples don^ lis portent les noms. Or, pourquoi , et sur quel principe de critique rejetterais-Je m témoignage aussi unanime et aussi éclairé?..

Dans une question de cette nature, la tradition constante, la foi publique de FEglise chrétienne est décisive. C'est par Topinion publique de l'antiquité que nous savons certainement qu'Homère, Thucydide, Xénophon, Tite-Live, sont les véritables auteurs des chefs-d'œuvre qui portent leurs noms. Nous admettons l'authenticité des écrits de Gonfa' cius, et celle de l'Alcoran , sur le témoignage des Chinois et. des Mahométans

« En remontant de siècle en siècle jusqu'au temps des apl^très, je trouve un nombre infini d^écrivains qui citent, triv< duisent , expliquent, commentent les livres du nouveau Tel-, tament. Je ne parle pas des écrivains postérieurs au troisièmo siècle de l'ère chrétienne; car il n'est point d'incrédule (gi ne convienne que , depuis cette époque^ l'authenticité Al, nouveau Testament n'a souffert aucune contradiction...

Vers le milieu du second siècle , je vois saint Justin , qoij^ dans un écrit adressé à l'empereur Antonin , parle de To* sage établi parmi les Chrétiens , de lire, dans les assemblée religieuses , les écrits des prophètes et des apôtres. Or, qodli sont ces écrits des apôtreSy dont la lecture publique faisat; partie du culte chrétien , dès le temps de saint Justin ? Il or faut pas le demander; on voit bien que ce sont les mémef qui se lisaient du temps de saint Irénée , de Tertullien flt d'Origène ; les mêmes , par conséquent , qui se lisent encorfl. aujourd'hui; et qui sont la base de notre liturgie. Mais eei lectures avaient commencé avant le temps de saint JustiSr puisqu'il en parie comme d'un usage reçu dans tontes tali églises. Ce n'est pas trop de trente à cinquante ans pom qu'une coutume semblable s'introduise dans une multitude '

d'églises disséminées en Italie , en Grèce , dans l'Asie mineare, dans les Gaules, dans toutes les régions da monde connu. Or, trente à cinquante ans avant Justin, nous touchons au siècle des apôtres , et nous recevons ces écrits des mains de leurs disciples immédiats

Dans ce grand nombre d'hérétiques , qui se sont montrés presque aussitôt après la mort des apôtres , les uns admettaient, les autres rejettaient l'autorité des livres du nouveau Testament; mais tous, même ceux de la dernière classe, reconnaissent leur authenticité.

« Héracléon , Ptolémée , Yalentin , établissaient leurs systèmes philosophiques et religieux sur des passages du nouveau Testament , qu'ils interprétaient à leur manière. Us prétendaient que leur doctrine était celle des apôtres , et ne disputaient avec FEglise catholique que sur le sens de leurs écrits.

« Les Ebionites avaient un Evangile qu'ils appelaient VE" vangile selon les Hébreux ; lequel , au rapport de saint Jérôme, qui l'avait vu, n'était autre chose que l'Evangile de saint Matthieu, légèrement altéré. C'étaient des Juifs opiniâtrement attachés aux observances mosaïques. Saint Paul , qui avait enseigné l'inutilité de ces observances , n'était à leurs yeux qu'un déserteur de la loi ; ils rejetaient ses épitres, non comme supposées ou douteuses , mais comme hétérodoxes

« Les différentes sectes connues sous le nom de gnostiques ne contestaient nullement l'authenticité des écrits apostoliques

« De tous les anciens hérétiques , je ne vois que les Manichéens du quatrième siècle qui aient osé disputer contre l'authenticité des Evangiles. Il suffit de lire leurs objections rapportées par saint Augustin dans son livre contre Fauste, pour voir qu'ils ne s'appuient sur aucun principe de critique; qu'ils ne citent aucun témoignage de l'antiquité , et qu'ils ne

prodnlMQt d'antre preaye que TopposltioD de iear dofltriie

avec celle des Evangiles

« Il est certain que les Juifis n*ODt Jamais ccmtesté FaotlMaticité des Evangiles; on ne voit rien, ni dans les raWoi, ni dans les deax Thalmnds , ni dans le dialogue de saint Joitin avec le juif Trypbon , qui donne lieu de le croire. Le silence, en pareil cas, vaut un aveu. LesEbionites, qui appartenaient plus à la Synagogue qu*à TEglise , admettaiot, comme on Ta dit , l'Evangile selon saint Matthieu.

« Pour ce qui est des païens , on sait quels philosoplM combattaient le Christianisme. Il nous reste divers fragmenti de Gelse, d'Hléroclès, de Porphyre et de l'empereur Joliiii Nous savons comment ces philosophes ont été combattus et réfutés par Origène, Eusèbe de Césarée, saint Jér6meet

saint Cyrille d'Alexandrie L'authenticité des Evapgitai

n'entre pour rien dans cette controverse ; ni les philosopM W l'attaquent , ni les apologistes ne la défendent. Les phikh sopbes avaient bien cependant connaissance des Evangiki. Celse et Porphyre en rapportent plusieurs traits; Julien M cite souvent. Celui-ci disait , dans un édit contre les Ouitiens : « Qu'ils aillent dans les conventicules des GaliléM) at que là ils expliquent Luc et Matthieu »

« Non-seulement au temps de Julien, mais dans le sièile précédent , les païens étaient convaincus de l'authenticité dei Evangiles. Je n'en veux pas d'autre preuve que cet édit de Dioclétieo, qui ordonnait aux Chrétiens, sous peine de mort, de livrer leurs Ecritures. Le raisonnement et la critique, se pouvant rien contre les monuments du Christianisme, il ùir lut recourir à la violence; et l'on s'efforça d'anéantir des écrits qu'il était impossible de réfuter. »

Dans le chapitre des Miracles de Jésus-Christ, VBXktat de la Démonstration évangélique s^exprime ainsi : « Je r»* marque dans les miracles de Jésus-Clirist deux caractèrii principaui: : Leur importance et leur publicité.

« Considérés , soit en eux-mêmes , soit dans leurs conséquences, ce sont des faits de la plus haute importance. Par eux-mêmes, ils présentaient le spectacle le plus magnifique, le plus extraordinaire que Ton eût jamais vu. Un météore brillant avait annoncé la naissance de Jésus; les anges Tavaient célébrée; du fond de TOrient , les sages étaient venus se prosterner devant son berceau ; plus d'une fois une voix céleste le proclame Fils de Dieu. On le voit marcher sur les flots et commander à la tempête ; avec quelques pains et quelques poissons, il rassassie des milliers de personnes; par une seule parole, il guérit des démoniaques , des aveugles, des lépreux, des paralytiques; à sa voix , les morts sortent du tombeau. Il expire, le soleil s'obscurcit , la terre tremble , le voile duitemple se déchire ; jusque dans sa mort, il se montre le maître de la nature....

« Un second caractère des miracles de Jésus-Christ , c'est leur publicité, leur notoriété, leur évidence. Ce n'étaient pas de ces merveilles équivoques et momentanées , qui laissent douter si Tœil du spectateur n'a pas été trompé par des illusions ou ébloui par des prestiges. Ni les ressources de la nature , ni rindustrie humaine ne peuvent atteindre à ces guérisons subites et durables que Jésus opérait d'un seul mot. De pareilles œuvres portent Pempreinte manifeste d'une vertu surnaturelle...

« A l'évidence, à l'éclat des œuvres, se trouve réunie la publicité des lieux et des personnes. Les miracles de l'Evangile ne sont pas comme ces faux prodiges que l'on affecte de leur comparer, des faits obscurs et clandestins qui se dérobent au grand jour, et dont on ne cite qu'un petit nombre de témoins afûdés et justement suspects : Neque enim in angulo quidquam horum gestum est, (Act., XXVI). C'est dans toutes les villes de la Palestine , à Jérusalem , dans les places publiques , dans le temple , à l'époque de ces fêtes solennelles qui rassemblent toute la nation , que Jésus fait éclater II. 4.

sa puissance. Ceux qui en ont ressenti les effets sont désignés par leur nom, par leur demeure, par leur profession; ils habitent , après leur guérison, les villes, l^s bourgades , qui les ont tus malades. On accourait pour voir Lazare ressuscité ; et les chefs de la Synagogue cherchaient à le faire périr, « parce qu*il était cause qu'un grand nombre de Juifs croyaient en Jésus. »

« Des miracles aussi publics , qui n'eussent été que le produit de Tartiflce ou l'effet de l'illusion , n'auraient pas résisté à un examen légal dirigé par des hommes puissants, et souverainement intéressés à dévoiler l'imposture. S'il paraissait trop difftcile de les attaquer tous , il suffisait d'en réfuter un seul pour acquérir le droit de s'inscrire en faux contre tous les autres...

<c Cependant je trouve deux conjonctures repiarquables , où les chefs de la Synagogue commencent une information; mais bientôt ils se voient forcés de la suspendre , parce qu'elle les couvre de confusion. C'était à foccasion d'un aveugle-né, à qui Jésus avait rendu la vue, et d'un boiteux guéri par les apôtres à la porte du temple. Ces deux faits sont racontés avec toutes leurs circonstances dans l'Evangile de saint Jean, chap. 9

Saint Justin et TertuUien , dans leurs apologies , en appellent à une relation de la mort et des miracles de Jésu»Christ, que Pilate avait envoyée à Tibère. Nous apprenons d'Ëusèbe que l'empereur Maximin , l'un des plus cruels persécuteurs des Chrétiens, fit composer et répandre dans tout l'empire de faux actes, sous le nom de Pilate, remplis de calomnies et d'invectives contre Jésus-Christ. Les actes véritables avaient disparu. Mais ces faux actes , dont les Chrétiens n'eurent pas de peine à démontrer l'imposture, prouvent du moins qu'il y en avait eu de véritables, comme le disent saint Justin et TertuUien.

« Chaleidius , dans son Commentaire sur le Timée de Pla-

DE i£SVM!HaiST. m

ton y parle de rétoileqai conduisit des sages de la Cbaldée aux pie4s d'un Dieu qui venait de naître.

Oa trouve , dans les Saturnales de Macrobe , un mot de l'empereur Auguste, qui confirme ce que dit saint Matthieu du massacre des enfants nés à Bethléem et aux environs. « Il vaut mieux , dit ce prince , être le pourceau dHérode que ap^ flU. » On lui avait rapporté qu'un fils d'Hérode avait été enveloppé dans le massacre général. Ce passage de Macrobe est important , surtout en ce qu'il détruit Targument négatif quW voudrait tirer du silence de Josèphe.

PbJégoo , Taf franchi de Tempereur Adrien , cité dans la chronique d'Eusèbe , avait fait mention de i'éclipse , ou , pour mieux dire, de Tobscurcissement du soleil , et des tremblements de terre qui signalèrent le moment où Jésus expira. Il parle de cette éclipse comme d'un phénomène dont il n'y avait pas d'exemple, parce qu'en effet elle eut li£u au temps de la pleine lune ; et il la rapporte à l'an 4 de l'olympiade 203, qui est l'année même de la mort de Jésus-Christ Throllus , autre écrivain païen du premier siècle^ cité aussi par Ëusèbe, avait dit la même chose. Tertullien , dans son Apologétique, assure que ce prodige avait été connu à Rome et consigné dans les registres publics : Eum mundi casum re^ latum in archivis vestris haietis, »

Dovoisin poursuit l'œuvre de sa Démonsiraiion avec la même logique et la même science , au sujet de la Résurrection de Jésus-Christ et des Miracles des apôtres.

An 1800. — Erskine,

Le célèbre ouvrage de lord Erskine : Des preuves intrinsèques de la vérité du Christianisme a été traduit en français (1829) sur la neuvième édition publiée à Londres.

« Il existe, dit Erskine, dans notre nature, un principe qui repousse les faits sans explication ou qui manquent en-

tre eux de connexité. Ce principe nous porte à réduire en théorie les éléments de nos connaissances afin de former dans notre esprit quelques systèmes de causes capables de nous rendre raison des effets dont nous sommes témoins. Nous ajoutons foi ou nous refusons de croire à la vérité de tout système qui nous est offert selon qu'il nous parait susceptible ou non de fournir Texplication qui est Tobjet de nos recherches. Nous avons la perception instinctive que les phénomènes de la nature sont liés entre eux par une relation de cause et d*effet; et nous avons en même temps le désir instinctif de classer et de coordonner conformément à cette relation si frappante, la masse, en apparence confuse, des faits dont nous sommes environnés

I) faut que nous connaissions le mode d*action qu'observent ordinairement les causes pour être capables de les combiner en une théorie dont notre esprit ait lieu de se trouver satisfait.

C'est sur ce mode de raisonnement qu'est fondée notre conviction, que les divers phénomènes des corps célestes sont le résultat du principe ou de la loi de gravitation

Il y a une autre manière de raisonner qui diffère de celle qu'on vient de décrire , mais qui néanmoins s'en rapproche de bien près ; elle consiste , au lieu de remonter des effets à une cause , à redescendre de la cause à ses effets. Une fois que nous sommes convaincus de l'existence d'une cause et que nous connaissons la marche habituelle de ses opérations, nous sommes disposés à croire aux autres effets qu'on lui attribue dès qu'une sorte de connexion nous paraît exister entre la cause et ses autres effets. »

Ërskine suppose qu'un homme qui aurait vu la machine à vapeur raconte ce fait à Archimède. Celui-ci , en vertu du mode de raisonnement indiqué ci-dessus, parviendra à construire lui-même une autre machine à vapeur.

Krskine dit ensuite : « Nous raisonnons, quant à l'intelli-

geaM àm aetipns , ds même qu'en ce qni coneerne leoF moralité. Quaud DOQS voyoos un objet accompli au moyen d'un plan évidemment diepoeé pour cette fin , nous attribuons la Ibrauition de ce plan à nne intention intelligente. Dans ce cas anssîi notre raisonnement va de la cause à Teffet, et nous concluons qu'une intelligence supérieure , se combinant avec le désir d*obtenir certain résultat , doit concevoir et exécuter ^pielque plan adapté à raccompllssement de cet objet spécial...

Ainsi I dans no système qui se propose une révélation venant des deux, qui renferme l'histoire des transactions de Dien avec les hommes, et qui doit nous développer à l'égard du développement moral de cet univers des vérités dont la connaissance et la foi nous conduiront au bonheur ici-bas et dans le monde à venir, alors, sans doute, nous trouverons, si les prétentions de ce système sont bien fondées , des preu* ves de son authenticité tout à fait indépendantes des témoignages extérieurs qui serviraient en outre à l'attester...

Dans l'hypothèse d'Archimède et de la machine à vapeur, le jpgemeot qu'on a supposé s'établissait sur la conviction d'Archimède j que des causes déterminées doivent produire des effets analogues,» et sur son expérience, que les causes, assignées par le voyageur , étaient dans Tordre naturel , immédiatem^t suivies des effets qu'on leur attribuait....

De même Imperfection morale des doctrines de la Bible est le fondement sur lequel repose en partie la preuve de son authenticité et de son importance. Quelque soit le principe de croyance qui tende au progrès réel de la perfection morale , ce principe possède jusqu'à un certain point le caractère de la vérité. J'entends par la perfection morale , la connaissance de ce qui est bien , accompagnée de l'amour et de la pratique de ee qu'on a jugé ainsi. Une pareille qualité implique nécessairen^ient d^ notions justes sur nos rapports avec les êtres dont nous sommes environnés. »

^el est le gepre d'argumentation qu'Erskine applique à

ro LA WVINITÉ

toutes les vérités du christianisme, puis il dit en parlant du Christ : « Si le Christ n'a été qu'un prédicateur inspiré, sa mort a bien peu d'importance pour nous ; car elle n'offre aucune démonstration de la bonté de Dieu , et conséquemment ne peut ni rendre la paix à une conscience troublée , ni exciter une affection reconnaissante. Elle ne donne aucune Juste mesure du crime et du danger qu'entraîne le péché, et par conséquent elle ne peut inculquer fortement l'idée de la malignité qui lui est Inhérente; Ton perd ainsi tout, le bienfait du christianisme considéré comme une démonstration palpable du caractère divin. De cette manière encore , tous les passages de FEcriture qui, au nom de la mort du Christ, sollicitent avec tant de force notre gratitude , notre vénération, notre confiance filiale , deviennent des mots vides de sens : car si le Christ n*est pas Dieu , il n'y a aucune connexion naturelle ou nécessaire entre l'excitation à ces sentiments et la foi au sacrifice de Jésus ; tandis que dans la supposition contraire cette connexion devient claire et irréfragable...

Si nous discernons, ajoute Erskine, dans la révélation chrétienne, cette harmonie, qui est le sceau que Dieu lui a imprimé, nous ne ferons pas difficulté d'admettre les preuves extérieures par lesquelles il a attesté au monde cette révélation; et bien que nos connaissances ou notre disposition ne nous permettent pas de suivre les arguments qui appuient ces miracles, cependant, si nous sommes convaincus que la vertu salutaire des doctrines de l'Evangile est adaptée aux nécessités et aux infirmités de notre nature, nous n'hésiterons pas à l'attribuer au grand médecin des âmes et à y recourir comme à la source de notre santé spirituelle. »

Un autre ouvrage d'Erskine , V Essai sur la Foi , a obtenu le plus grand succès en Angleterre. Ce Traité de la Foi et le traité des Preuves intrinsèques de la vérité du Christianisme , doivent fixer l'attention de tous les esprits élevés. Forcés de nous restreindre dans nos citations, nous ne pou-

vons qne recommander ici VEssai sur la Foi où i'on trouve un grand nombre de passages admirables au sujet de la divinité de Jésus-Christ. «< Nous lisons dans les Ecritures, dit lord Erskine : Car nous devons reconnaître que l'homme est justifié par la foi dans les décrets de la loi. £n effet, c'est la grâce qui yous a sauvé par la foi; et cela ne vient pas de vous 9 car c'est un don de Dieu. ( Ephés. 2-8 ). C'est dans TEvangile que nous est révélée la justice de Dieu, selon les différents degrés de notre foi , ainsi qu'il est écrit : « Ce juste vit de la foi (Rom. 1-17). Qui croit au Fils à la vie éternelle. (Saint Jean, 8-36.)

« Un homme sincère, dit Erskine, dans sa croyance , est bien certainement exempté du reproche de déception et d'hypocrisie ; mais sa sincérité , sa droiture , ne rendra pas bon ce qui est mauvais; elle ne fera pas changer le sens véritable de la Bible , elle n'altérera pas la volonté de Dieu. « Comprends-tu bien ce que tu lis? » fut la question que Philippe adressa à VEunuque. C'est une question que tous ceux qui lisent la Bible devraient s'adresser à eux-mêmes avec le plus grand soin. Car il est dit dans la parabole du semeur : « Si celui qui entend la parole d'en haut, ne la comprend pas, alors vient l'esprit de ténèbres qui emporte la semence mise au cœur de cet homme. »

Les Juifs croyaient à l'autorité et à l'inspiration en vertu desquelles parlait Moïse, ils avaient pour son nom et son caractère beaucoup plus de vénération que n'en montrent la plus grande partie de ceux qui se disent chrétiens; et cependant^ celui à qui toutes les pensées du cœur sont connues a dit : « Les Juifs n'ont pas cru à Mo'ise ; car , si vous aviez cru à Moïse, dit Jésus-Christ, vous me croiriez, puisqu'il a écrit à mon sujet. Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croiriez-vous à mes paroles? » Jésus-Christ ne veut pas dire ici que les Juifs n'ont pas cru que Dieu même parlât par la bouche de Moïse, il nie seulement qu'ils aient cru

aa vrai sens que leur présentait Moïse. Ils ne Font pas eooH pris, et par conséquent ils n'ont pu le croire; Ils ont era à' leur propre interprétation de la loi , ils n'ont pas cm an seiil,^ à rintelligenee réelle que Moïse aTait mise dans cette ML* vErskine. — Essai sur la Foi. ) i

La mort de Jésas-Christ , dit encore Ersklne, qui est W point central auquel viennent aboutir tous les flilts couteaV dans TEvangile, nous est représentée comme une explati6ft des péchés de ce monde réclamée par une sainteté influM et accordée par un amour également infini. « Il a, par tt) grâce de Dieu , souffert la mort pour chacun des homma Loi seul a dépouillé le grand nombre des bommes de lean péchés. » Ceci est la marque du Jugement que Dfea a porté sur le crime du genre humain. La panition Infligée an représentant des hommes sert de mesure aux iniquités dont il ^ nait remplir la place. Cêtait un acte de Justice. « JésW Christ est mort sous la sentence rendue par suite du pédié.* Id est un appel à la conscience, au sentiment que nous OvoM du bien et du mal ^ et nous ne pouvons comprendre eet applk que par les informations que notre conscience nous fournit « Il y a là-dedaus de famoqr , non parce que nous avoBi aime Dieu ; mais parce qu1l nous a aime lui-même et qu'il I envoyé son Fils pour Texpiation de nos péchés. » Ce n*ét pas une simple description, ni le secours d'un dictkmnahv qui peuvent nous expliquer tout ceci. Pour le comprendre i il Haut que nos âmes se mettent en contact arec Tétat de ré^ probation et de ruine dont Texpiation nous délivre, et fli même temps avec la nùserieorde qui a conçu ce plan d^eipiation. Ri^u nest plus aise que de dire et de répéter dfll mots... « IJem, idem.

>otrv Sekueur, en priant pour ses disciples, dit : c La vk èterneiie consiste a savoir que toi seul es le Tral Dieu, el Jesus-Christ celui que tu as «fuvoy e^ • c'est-à-dire : le secret dfl U tie éternelle « de ia sanctiâcatk» et du bonliear doit m

D£ JËSUS-CHIUST. 7%

troaver dans ces priucipes du caractère divin que I*œovre do Christ a manifestés. Uaroour sans bornes qui a livré Vagneau au brûlant sacrifice , cette sainteté pure et redoutable qui a requis Texpiation, lldentité éternelle d'une séparation de Dieu et de la séparation du bonheur, d*un retour à Dieu et du retour au bonheur, voilà la leçon de la croix , là nous voyons se réaliser la glorieuse -vision de Maiachie.

a Ces vérités constituent TEvangile; elles doivent être comprises pour être crues, et senties pour être comprises* ( Idem. — Idem. )

An 1802. — De la Luzerne.

M. de la Luzerne, évêque de Langres, député du clergé aux états-généraux , et cardinal. Il a publié, entre autres, un ouvrage ayant pour titre : Instructions pctstorales sur Vexcellence de la religion. .

M. de la Luzerne a traité d'une manière très-profonde la question de la résurrection de Jésus-Christ , en tant que le miracle peut être contesté par les incrédules.

Après avoir relevé les faits qui sont avoués des deux parts, M. de la Luzerne dit : « De la double relation soit des apAtree soit des disciples , s'ensuit aussi la certitude de deux faits : le premier que le corps de Jésus-Christ était dans le tombeau, le samedi au matin; le second, qu'il n'y était plus le dimanche matin. La précaution prise par les Juifs le samedi , de mettre un scellé et des gardes au tombeau , aurait été ridicule s'ils n'avaient pas su que le corps y était. L'assertion répandue par eux le dimanche aurait été tout aussi absurde si le corps y était resté. Il est donc certain que c'est dans l'intervalle du samedi matin au matin du dimanche, que le corps de Jésus-Christ a disparu du tombeau. La question entre les apêtres et les Juifs, de même qu'entre nous et les incrédules, se réduit à savoir si c'est la résurrection racon-

tée par les Ëvangélistes, ou renlèvement raconté par les gardes que Ton doit croire....

Nous avons donc deux moyens de prouver la vérité de la résurrection ; le premier est de faire voir que le témoignage des apôtres réunit tous les caractères qui peuvent lui imprimer la certitude ; le second e^t de montrer que le récit des Juifs est une fable absurde. »

Après avoir démontré que les apôtres ont été sincères et de bonne foi , et que le contraire ne peut se supposer, il ajoute : « De toutes ces raisons , il s^ensuit évidemment qu'il est impossible de regarder les témoins de la résurrection comme des imposteurs , et qu'il est au contraire très-certain qu'ils étaient entièrement persuadés de ce grand miracle qu'ils publièrent; dès qu'il est démontré qu'ils n'ont été ni trompeurs ni trompés , leur narration réunit toutes les qualités qui produisent la certitude , et il ne peut rester à un esprit raisonnable aucun doute sur la vérité de la résurrection. »

L'enlèvement du corps par les apôtres est un fait Inadmissible. « La manière dont on prétend , dit M. de la Luzerne, que les apôtres ont exécuté leur coup, suppose en eux deux choses contradictoires, une dextérité incroyable pour tirer subitement le corps du tombeau , et une extrême maladresse dans leurs mesures. On veut qu'ils aient perdu la nuit du vendredi au samedi , temps où il n'y avait pas encore de garde au tombeau, et qu'ils soient venus dans la nuit suivante, lorsque le tombeau était entouré de soldats. Bu moment où le sépulcre a été gardé, l'enlèvement a été impossible ; et c'est alors qu'on veut qu'il ait été exécuté. Il faut de plus, dire qu'après être venus à bout de retirer le corps du tombeau, au lieu de s'enfuir sur le champ, comme ils devaient en être très-pressés , et d'emporter le corps dans l'état où il était, les disciples se sont amusés à déposer les linges et à les remettre en ordre , et qu'ils ont perdu à celte inutile opération un tempsqui devait leur être bien précieux.

DE JÊSUS-tttRteT 7$

Vavm des soldats qui gardaient le corps confirme la vérité de la résurrection, « Les soldats conviennent et répandent le bruit quMls se sont laissés aller au sommeil , et qu'ils ont laissé emporter pendant ce temps le corps qu'ils étaient chargés de garder. Us sont donc convaincus , de leur propre aveu, d'une faute très-grave et très-punissable. On sait combien sont sévères les peines contre les militaires qui manquent à leur consigne. Nous voyons, très-peu de temps après , Hérode envoyer au supplice les soldats qu'il avait chargés de la garde de saint Pierre , parce que cet apôtre avait été tiré miraculeusement de sa prison. L'enlèvement du corps de Jésus-Christ était d'une bien plus grande conséquence , le délit de ses gardes bien autrement grave , l'intérêt du sanhédrin à les punir infiniment plus grand. Sa confiance trahie , l'enlèvement (lu'il avait voulu prévenir effectué; les précautions qu'il avait prises, rendues inutiles, et tout cela par la faute de ses propres satellites, devait le remplir d'indignation contre eux ; il avait tout pouvoir de leur inftiger un châtiment si bien mérité, et cependant, il n'en fait rien; il ne leur inflige pas la plus légère punition , il ne leur fait pas la plus légère réprimande. Cette indulgence suppose donc que les chefs étaient convaincus de la réalité de la résurrection. »

Opinion générale du peuple de Judée sur la résurrection.

Il y a plus encore, quelques semaines après, les apôtres annoncent hautement dans Jérusalem , à tout le peuple qui y est rassemblé , la résurrection de leur maître. Dès leurs premières prédications, trois mille, cinq mille personnes sont converties. Le sanhédrin commence à s'effrayer de ce prodigieux succès; il se détermine à mander les apôtres... Ceux-ci vont donc être convaincus d'en avoir imposé sur le fait de la résurrection. En convainquant les apôtres de ce fait si grave,

7ft LA DIVIMTÉ

par et wta\ eoiip on fkit tomber leur prédiatk», on tjt Icar iMirti, on ramène tons ceox qn'ib aTaknt pu doire. Mais non, il ne sera pas dit nn mot de œ préteods lit. Le seul reproche fait anx apAtres est de prédier la sarredion ; il n'est nnllement question de ce qni anrstt infiniment plos grave, de TenlèYement dn corps, poir poser la résarrectîon.

An 1805. — NapoUom.

Napoléon n*aimait pas les Jnib , qu*il traita ntii tout en leor faisant quelques concessions ; il était en déflance à regard des protestants, comme ennemis de gllse et recelant dans leurs dogmes le principe de I' tion. On le voit dans le passage suivant , où il rend rai éclatant hommage à TEglise de Jésus<<3irist Ce passage \ extrait d'un mémoire dicté par lui, et adressé à la cour Home, en 1806 :

« Dieu a permis qu'un grand nombre de peuples osât pre tous les liens de l'obéissance , et parmi ceux qui n*i pas été séparés, plusieurs ont écouté avidement les mai qui tondaient à détruire tout sentiment de religion j et] ébranler même les principes de la morale humaine. Le Hordro ollait croissant et tous les genres de mécréance c*n honnour, lorsque Dieu, pour accomplir ses dessetniii suscité Tomporeur. Celui-ci a d'abord , par Tautorité de cxumplo, arrêté le torrent des opinions dominantes; lia éclntor hnutemont sa reconnaissance envers Dieu^ Fi do tm victoires; et , à peine a-t-il été investi du suprême voir, qu'il a ouvert les temples, relevé les autels: par soins, trcnto millions de catholiques sont rcTcnus à l'c snnco envers le chef visible de l'Eglise de Jésus-Christ

L'emprrvur rond grâce à Dieu d'avoir été choisi pour wr un toi bien; mab 11 est loin de croire qo^ii ne reste ritti

faire ponr mainteDir les résultats heureux de cette restauration. L'empire delà religion est rétabli; cependant les opinions qui, pendant le cours de deux siècles, avaient incessamment travaillé à saper ses bases , ont conservé tous leurs dangers , toute leur force. Contre les attaques d*un tel ennemi le pouvoir et les richesses ne sont d'aucun aide.

Toujour fidèle au plan que l'empereur s'est fait dès le principe, il mettra sa gloire et son bonheur à être un des plus fermes soutiens du Saint-Siège , et un des plus sincères défenseurs de la prospérité des nations chrétiennes. Il veut qa^on place au premier rang des actions qui ont Jeté de l'éclat sur sa vie , le respect qu'il a toujours montré pour l'Eglise de Borne , et le succès des efforts qu'il a faits pour lui réconcilier le cœur et la foi de la première nation de l'univers^

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