CHAPITRE XIII
LA RÊsURRECTION
Chateaubriand, dans ses Martyrs, s'inspirant sans doute des grandes paroles de l'lcriture que je viens de citer, représente, aux portes de l'enfer, la Mort, d'une main tenant sa faux, et de l'autre cachant la seule blessure qu'elle ait jamais reçue, et que le CnntST vainqueur lui porta dans le sein, au sommet du (olgotha ' Cette même blessure, l'Incrédulité l'a reçue, et, comme la Mort, elle cherche aussi à la cacher. Mais les efforts mëmes et les précautions dont elle use pour la cacher la signalent. C'est ce qui appa.raît dans M. Renan.
Après ce chapitre de la Mort de Jésus, oit il constate, comme un médecin légiste dans un procès-verbal d'au-
!. Les Itlartyrs, chant
L6fi J ÉSES-ClnIST.
topsic, tous les caractères physiques de cette mort, causée par la ',«pture b,stantanée d'un vaisseau« au coe«r, et qui finit par il expira; après cette apostrophe : Bepose maintenant dan., ta gloire, etc., etc., qui scelle encore le sépulcre de JÉsrs d'une péroraison funèbre, 1I. Renan, préoccupé tout aussitôt, comme les Juifs, de l'éventualité d'une résurrection, prend ses précautions en conséquence.
La première, -- qui le croirait? -- est de mettre en doute cette même mort de Jss qu'il vient de constater, d'eml)aumer même.
Et la m3nière dont sa critique serpente entre le oui et le non, et finit par les confondre dans ses replis, est tristement significative.
« On lui perça le c6té d'un coup de lance, dit-il, et « on c'ut voir couler du sang et de l'eau, ce qu'on re- « garda comme un signe de la cessation de vie.- « Jeau, qui prétend l'avoir w«, iusiste beaucoup sur ce « détail. Il est éident, en effet, que des doz, tes s'Ce- « vèrent sur la réalité de la mort de Jésus. Quelques « heures de suspension à la croix paraissaient attx per- « sonnes habituées à voir des crucifiements tout à fait « insuffisantes pour amener un tel résultat. On citait « beaucoup de cas de crucifiés qui, détachés à temps, « avaient été rappelés à la vie par des cures énergiques. « Origbne, plus tard, se crut obligé d'invoquer le mi- « racle pour expliquer une fin si prompte. Le même
LA RÉSURRECTION. 367 « étonnement se retrouve dans le récit de Marc l. A « w'ai dire, la meilleure garantie que possède l'his- « torien sur un point de cette natnre, c'est la haine « soupçonneuse des ennemis de Jésns )) (à en juger surtout par la v5tre). « H est douteux qn¢ les Juifs fussent, « dès lors, préoccupés de la crainle que Jésus ne pas- « sât pour ressuscit6; mais, en tout cas, ils dex'aicnt « veiller h ce qu'il fùt bien mort. Q«elle qu'ait pu « être, à certaines epoqtle la dgligence des anciens, « en tout ce qt«i droit coïstatatiot ldgale et conduite « stricte des affaires, ot e peut croire que les inté- « ressés n'aient pas pris h cet égard qt«elqt«es précau- « tions u. »
Sur ce moelleux oreiller du doute, l'incrédulité peut . I. Renan abuse ici de ceee auloritds de salut Marc el d'Origbne, comme de l'insislance de saint Jean. Il ne dit pas que, si la mort du Saueur parut el fui en effet plus promple que celle des deux autres supplicids, auxquels on dut rompre les membres, plus prompte que ne le faisait prdsager le 9rand cri par lequel il expira, la remarque n'eu fui nullcmenl failc parce qu'on doula de sa mort. C'est qu'on ) it un caracl6rc de divinitd, atteslde par l'accomplissemeut de la prophdtie : « On ne lui brisera pas « les os; » attestée aussi par cet empire sur la mort qui lui fit consommer spoutandment ce dernier arlicle de la prophd(ie, en prdenant l'office du bourreau et l'dpuisement mème de la nalure; en remettant lui-mème, à son heure, son drue das les mains de son Pdre; en mourant, en un mot, comme (Iii saint Auustiu, par puissance. Du resle, cela ne x-alut qu'un surcroll de précaution, par ce coup de lance au cur qui aurait donnd la morl, s'il ne l'avait montrde.