D]»IIONSTRATION PRÉLIMINAIRE TIRÉE DE CE QUI PRÉCÈDE
Ainsi q.e nous nous le sommes proposé, ce livre ne (lait pas être nne simple polémique : nous ne devons pas nous y borner "3 confondre nniquement l'oeuvre de BI. i(euau, de telle sorte que l'effet soit seuleme,t un livre cEE,cWpar un autre livre, qui lui-mSme s'eflhcerait da,s ce succès.
Nous voulons tirer un résultat durable et qui survive; et pour cela coucluant et affirmatif. Eu réfutaut la lTe oic Jdst«s, nous voulons tout à la fois la détruire et la co,server; la repousser et nous en emparer; l'empêcher de nui,'c et la fidre servir à notre foi.
D(à, dans le chapitre deuxiè,ne, of, nous avons fait "'aloir l'importance de la question, et dans le chapitre lroisième, off nous avons exposé notre méthode, nous avons préparé ce travail apologétique qui doit se (toiser avec le travail polémique dans notre ouvrage, soit en chapitres distincts, soit dans le même chapitre. Maintenant, après avoir fait une lattée part à la polé-
DÉOSTR.ATION PIÉLIIINAIRE. 87 inique dans le chapitre qui précède, nous devons dans celui-ci dgager et tirer nos premières affirmations. Elles seront courtes, mais fortes et simples, parce que ce sont les aflirmations du bon sens.
J sus-Cn Rt sa" est I)ieu, disons-nous : cela résulte déjà de la question posée, et de la méthode employée pour le uier.
Et d'abord cela résulte de la question.
Je veux bien concéder, pour le raisotmement, que ce soit une question. C'est une vraie concession que je fais là, à considérer sériensement et d'un cur impartial le fond des choses. Car, enfin, tout ce qu'il yaeu de grands esprits honnêtes a embrassé l'affirmative; et sur cette aftirmative crue, professée et pratiquée jusqu'au dévouement, jusqu'au sacritice, la partie la plus éclairée du genre humain marche, depuis dix-huit siècles, dans la vraie civilisation. Nos adversaires, M. Penan surtout, en tombent d'accord avec nous, et ils épuisent tout le langage de l'admiration et de l'enthousiasme pour rendre hommage à cette vérité. Tout ce qu'ils disent, en effet, ponr préconiser l'intluence morale et sociale de J:s[Js sur le monde, n'a jamais eu lieu que par la foi à sa divinité:foi qu'ils répudient, mais qui a toujours été la condition de cette influeuce. L'affirmative de la question
88 JÉSUS-EHRIST.
a donc pour elle, de leur aveu, le monde, l'humanité. 9nant à la uégative, je ne sais pas si elle rallie beaucoup «le partisans; car je ne considère pas comme tels ceux qui dontent, et le do,«t«, selon M. Schérer, au sujet de cette question, est l« [orme s,qrême «le la science. i)aus de telles conditions, entre une telle affirmation et le doute, j'ai le droit de dire que la question, posée comme sérieuse, estune concession; et je n'en voudrais pour témoignage que l'effet général de tdmérité et de paradoxe produit sur la masse du public par le livre de M. Renan, et tontes les protestations éclatantes ou secrètes qu'il a soulex'ées.
Mais enfin, la divinité de JISUS-(]HRIST étant séricusement, je le veux bien, uuc questitm ', et de cela seul qu'elle peut l'être, cette question se résout affirmativement pour le bon sens : elle itnplique son aftirmative. Elle l'impliqne à deux points de 'ue : par rapport à JÉSUS-ÇHBIST, et par rapport à nous.
Et d'abord, se représente-t-on bien ce qne c'est pour un t.tre, qne de pouvoir être sérieusement l'objet d'une telle question ; que de la soulever et de la soutenir depuis dix-huit siècles; que de pouvoir sérieuse-
I. Quand je dis lllle question, j'entends non en soi, mais en ait et dans lëiat des esprils.
DÉ][ONSTRATION PRÉLIMINAIRE.- 89 ment tenir l'humanit en suspens sur le point de savoir s'il n'est pas réellement Dieu ?
Selon l'observation très-judicieuse qu'on attribue à Napoléon, dans un jugement sur cette question qui est digne de son génie, Jst:s est le seul qui ait osé dire clairement, non pas je suis un Dieu, mais, ce qui est bien différent, je suis Dieu. L'histoire ne mentionne aucun autre individu qui se soit qualifi lui-même de c[ titre de Dieu dans le sens absolu.
Dans ce sens absolu, en effet, l'id6e que nous avons de Dieu est si grande, si accablante, si formidable, la distance qui en sépare l'homme le plus 6minent est si infranchissa])le h l'imagination même, que se mesurer avec cet idéal jusqu'à se l'identifier, jusqu'à se le personnifier, est le comble de la folie en tout autre sujet que J s s, et ne soutient pas un regard de la raison. Comment en Jss seul, parmi tous les mortels, cette affirmation se concilie-t-elle avec une sagesse qui devrait l'exclure plus qu'en tout atttre, si elle ne la justifiait pas ?--. Comment a-t-elle pu faire question un instant, autour de lui, comme nous le voyons dansl'Évangile, lorsque JÉsçs, se promenant sous le portique de Salomon, les Juifs l'entourèrent lui disant : « Jusques à « quand tiendrez-vous notre esprit en suspens? » Qi«ousque animam nostram tollis ? -- Comment, dans une nation où le culte de la Divinit6 6tait si jaloux et si
Jean
90 SUS-CHRJSa'.
inviolable, et qui le fut, à l'égard de Jsus lui-même, jusqu'à étouffer le blasphème réputé de sa prétention pat' le dernier supplice, cette prétention se rele'a-t-elle de cet anéantissement jusqu'à se poser aussitôt devant le conscil des docteurs et des prtt'es, et à s'( faire tolérer sur cet avis du plus éminent d'ent'e eux : « Prenez garde qu'à « l'événement vous ne vous trouviez avoir lutté contre « D E t, lui-mëme ? » -- Comment, partant de là avec la rapidité de la lumière et de la foudre, cette question futelle se poser à la fi,is dans tous les grands centres de la civilisation grecque et romaine : à Athènes, à Corinthe, à Éphèse, à Alexandrie, à Antioche, à P, ome; et, balayant devant elle tous les soulèvemeuts de l'esprit, des sens, de la politique, de la superstition et de la nature, comment prévaht la solution qui fit tomber le monde aux pieds de l'Il o t .- D t . ç ? -- Comment, assaillie avec acharnement par la rage de la haine et de l'intérët, de la part des Juifs, des philosophes, des prêtres et des Césars, se maintint-clle et s'affermit-elle sous les coups qui lui étaient portés ?-- Comment, remise successivement eu question par toutes les hérésies qui n'ont cessé de l'agiter pcnd«nt dix-huit siècles, atttaut de fois a-t-elle triomphé ? -- Comment, à la seule époque, au seul siècle oh la divinité de Jgsus fut ouvertement niée, avec elle et en elle furent niées, fureut abimées toute religion et
Opinion de Gamaliel dans le sénat des Juifs. Actes, v, 29.
DÉMONSTRATION PRÉLIMINAIRE, 91 toute société ? --Comment, tout ce qu'il y a eu de grands esprits et de héros de l'humanité, se sont-ils rangés parmi les premiers disciples de cette croyance, et lui ontils dit leurs plus belles inspirations de géuie ou de ,ertu ? --Comment, enfiu, à cette heure oit le progrès des sciences, de l'industrie et de la critique, a passé au crible de l'esprit humain toutes les erreurs, toutes les illusions, tous les abus, et où l'audace de l'impiété croissant a,ec le succès ose s'attaq«er a« Dieu« &« passé et regarder en face Celui devant qui se so,t incline'es des gé,érations d'adorateurs, comment ce Dieu du passé n'est-il pas définitivement détr0né? 0ue dis-je? comment cette impiété elle-même s'incline-t-elle, la première, devant Jasus, exalte-t-elle l'homme en lui jusqu'à la divinité pour lui en refuser le titre légilime, et ne peut-elle autre chose que substituer l'idolâtrie de Jzsus à la ,raie religion de J est:s?
Il est donc vrai : J sus - Cr[Rl s r, après a,oir posé et fait pré,aloir dans le monde l'affirmation qu'il est Dieu même, en a soutenu et déployé le titre depuis dix-huit siècles, à travers toutes les épreuves qui se puissent imaginer; et à l'heure qu'il est, pour ceux qui n'adorent pas en lui ce caractère, il le balance assez pour que ce soit une question, et pour qu'on ne puisse résoudre contre lui cette question qu'au prix de DIEU lui-même. Non : « Il n'y a pas de Dieu dans le ciel, si un homme « a pu coucevoir et exécuter avec un tel succès le des-
92 JÉSUS-ClmlST.
« sein 8igantesque de dérober pour lui le culte suprême, « en usurpant le nom de Dieu '. »
Mais qu'est-ce donc, si nous venous à observer que ce nom de Dieu, ce caractbre, cet idéal de divinité si 61evé, si accablant et si formidable, non-seulcmcn t J És [ s le balance, non-seulement il le soutient, mais il est l'auleur de sa notion dans le monde.
Comme le dit tris-bicn M. Renan dans son langage : « I rne haute notion de la divinité, qu'il ne dut pas au « judaïsne, et qui semble avoir été de toutes pièces la « crdatlon «le sa gr«mde drue, fut en quelque sorte le « principe de toute sa force . »
Avant Jsu s, Dieu n'était connu que dans la Judée. Partout ailleurs ce n'était qu'un fantôme, produit changeant de toutes les rëveries philosophiques de l'esprit humain, qui ne sëlêvait au-dessus de l'idolâtrie que pour s'évanouir dans le scepticisme et dans l'athéisme. 1)ans la Judée mëme, où la notion de son unité, de sa puissance créatrice et de sa providence s'était miraculeusement maintenue, son culte était restreint au seul temple de Jérusalem, borné dans sa prilcipale sanction aux avantages de la terre, et en'eloppé d'ombres et de figures. Il était, surtout, local et sans vertu d'expansion dans le monde.
t. Jugement de Napoléon sur JÉs(s. . Vie de Jésus, p. 7.
DÉMONSTRATION PRÉLIMINAIRE. 93 J s u s - C s T seul a révéld Dieu aux hommes dans tous les mystères et das tous les attributs de son tre : sa trinité, sa paternitd, sa sainteté sa puissance, sa sagesse, sa justice, sa miséricorde, et la conciliation merveilleuse de tous ces attribnts appliqués au salut du monde daus l'incarnation de son Verbe et la rédemption du genre humain. C'est l'ensemble de toute cette révélation qui constitue cette sublime notion qne nous avons de Dieu, mlne en dehors de la foi aux mystères d'où elle émane, et sans laquelle cependant cette notion s evauomralt. Or JÉsçs eu est I autem. Il est le fondateur du culte de Dieu. Plus que cela, il en est l'objectif, si je peux ainsi parler, souverain; puisque c'est en lui et par lui, Fs incarné et immolé pour le salut du monde, que le PRE est connu, adoré et invoqud.
M. llenan, citant cette grande parole de Jss à 1 Samaritaine : « Femme, crois-moi, l'heure est venue où « ron n'adorera plus ni sur cette montagne, ni à Jéru- « salera ; mais off les vrais adorateurs adoreront le Père « en esprit et en vérité, » ne peut s'empêcher de dire : « Le jour où Jésus prononça cette parole, il fut rai= « ment Fils de Dieu. Il dit pour la première fois le mot « sur lequel reposera la religion éternelle t. » Je ne sais si pour avoir fait ce qu'il a dit, en réali-
o Vie de Jésus, p. 234.
94 JÉsts-cJl[(lsT.
sant la notion et le culte du vrai Dieu dans le monde, JsJs a cessé d'être Fils de Dieu ; mais ce que je veux dire uniquement ici, c'est que la conclusion que nous tirions déjà en faveur de cette vérité de la senle question, de la seule supposition sérieuse que Jsus f6t Dieu, se fortifie grandelnent de cette considération que Ja s u s même est l'auteur de cette sublime notion de Dru.u, terme de l'équation constitutive du probE'me. Si nous la lui devons, en effet, colnment la lui disputcr? n'el justitie-t-il pas l'attributiou par cela même ? n'est-il pas adéquat à sa propre révélation? autre qne Dieu seul peut-il révéler Dieu? « Nul ne counait le « Pis., si ce n'estle FtLs',» a dit Jsus lui-même. Bien plus, cet idéal de Dieu, tenant à l'attribution qu'il s'en fait comme FLS, par qui et en qui le Pe s'est ainsi révélé, il n'y a pas même d'équation à établir: cette notion de Dien est inhérente à J Ésu s ; il ell est le sujet révélateur, irradiateur dans le monde ; et ell la lui attribuant, nous ne faisons que la rapporter nonseulement à son auteur, mais à son foyer et à sou essence =. JÉscs alors est tellement DIEU, que cette conception de Dieu est en Jgs[s, est Jgsvs même; et il a pu dire : « Le Père est en moi, et moi dans le
l. Matth., ,xi, 27.
2. Je dis le fo er, comme on dit le soleil dans son ra on. ,
I)ÉMOS?RTIO IRLIMINIRE. 9 « Père ; » et plus encore : « Moi et le Pre, nous ne « sommes qu'un =. »
En un mot, la notion de Dieu, sur laquelle nous mesurons Jss, nous vient de lui, tient h lui, est luimëme. A moins de la répudier, il faut la lui attribuer, et M. Renan vient confirmer cette conclusion par sa méthode.
Cc n'est pas de la théologie que je fais ici, qu'on le remarque bien ; ce n'est pas mme de la philosophie; c'est de l'histoire : l'histoire, la genèse de la notion de Dieu dans le monde, considérée dans son rapport avec JÉSUS -CHRIST.
Voilà ce que renferme et où conduit la seule question engagée de la divinit6 de JSUS-CnST, considérée par rapport à lui-même.
Envisageons-la maintenant par rapport à nous. La notion de Dieu, telle que Jgsus-CnRsT l'a révélée au monde, et telle qu'elle se personnitie en lui, est, par sa sainteté, et par les conditions de salut qu'elle nous impose, une vraie déclaration de guerre à la nature humaine corrompue qu'elle vient guérir. La parole de Jsus est « ce glai,e acéré et à deux tranchants » que l'Ap6tre des visions « vit sortir de sa bouche a. » -- « Ne
t. Jean, x, 38.