‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 3 sur 152 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

SITUATION

Le livre de la lie de Jt:sus de M. Ernest ltenall est un événement : il ne fant pas l'amoindrir ni le méprisel'; et cela, par les raisons mêmes qui font qu'on l'amoindrit et qu'on le méprise.

J'entends qu'on dit partout : ce livre ne se soutient pas; il n'est pas à l'épreuve du sens commun ; il fait les affaires de la croyance qu'il a voulu combattre; il est jugé tel, non-seulement par les adversaires, mais par les indifférents, et même par les amis : c'est un coup manqué. IO'accord. Mais c'est cela mëme qni en fait

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l'importance, lorsqu'on considère que cette suprême faiblesse de l'incrédulité est le produit de son suprême effort, et que nous avons ainsi, dans cette production, sa valeur exacte.

Aussi ne iens-je pas c,mbattre la ie de .Iésus; cela serait superflu et j'arriverais trop tard, après les nombreuses réfutations qu'elle a reucontrées partout, après surtout ccllcs qu'elle porte en elle-mOrne et qu'elle soulève dans le simple jugement de ses lecteurs. Mon dessein est antre. Je "tiens en prendre acte. Je viens mëme la préserver de son propre discrédit, pour qu'elle ne se dérobe pas à ses conséquences.

Ce serait le compte de l'incrédulité, dans un tel échec, 'en être quitte pour l'oubli; mais ce ne serait pas celui de la vérité. Il faut qu'elle rende à celle-ci l'hommage de son impuissance, plus que cela, de son temoignage et de son aveu. Il ne faut pas qu'un tel liw'e passeil faut qu'il reste, exposé à la raison, cloué au rostre de la Eritique, comme un trophée de notre Foi.

On nous a donné la l'le de Jésus comme ut,e « tendre « d'une beauté achevée et née classique ; comme le ff'uit « exquis d'un talent qui n'a cessé de mùrir, et comme « portant le cachet des choses définitives '. » On nott a présenté son auteur comme « un penseur d'une lar- « geur et d'une élévation sans limites, un philoh, guc « consommé, un orientaliste, l'auteur de l'Histoire des 1. ,l. Schérer, journal le Temps, du 7 juillet t863.

SITUATION. 3 t langues sémitiques, professeur public d'hébreu, de « chaldaïque et de s):riaque; ayaut autant de po6sie en « lui qua de force et de savoir, etc., etc. '. » Et ces panégyristcs sont étayés eux-mmes par un critique qui n'a pas besoin de l'être, qui met tous les jours le sceau aux réputations littéraires, el qui n'a pas craint de compromettre la sienne en disant de bi. Schérer que « cë- « tait le mieux préparé desjiges sur un tel sujet, ayant « fait dans le journal le Temps une suite d'articles qui « disent tout; » et de bi. llavet, que c'est « uu écrivaiu « qui sort tous les trois ou quatre ans de sa retraite et «'de son silence pour nous produire chaque fois un « chef-d'oeuwe de critique eu son genre, et qui a pu- « blié une fois encore daus la leevue des Deux Mondes, « sur la Vie de Jdsus dt: M.. Renan, un essai de premier t( ordre  ..... »

Nous avons donc dans ces Messieurs, sur la prisée qu'ils font d'eux-mmes, la plus haute valeur critique de ce temps. Ce n'est pas eux dès lors qui pourront me reprocher de les prendre au sérieux, et d'appuyer sur eux la grande vérité qu'ils se flattent si imprudemment d'avoir ruinée.

S'il faut dire mon sentiment à cet égard, en le restreignant à l'auteur de la Vie de Jésus, lI. Renan n'est

I. M. tiare,t, Ievue des l)eux Mondes, 1 «' aoùt 1863. . M. Sainte-Beue, article sur la Vie de Jësus, dans le Constitutionnel du 7 septembre 1863.

- isus-cis'.

pas un homme ordinaire; et certainement il mat quera dans la grande histoire de la vérité chrétienne. Si ce brevet d'illustration, de ma part, peut le flatter, je le lui décerne; sanf la durée, que je ne lui garantis pas. II a d'abord à la question religicnse une rare ardeur, et qui n'est pas de notre fige. Dans cet ge amoindri, l'incrûdulit a eu la bonne fortune de trouver en lui nn sectaire, ch qui le souftle des Celse, des Julien, des Arius et des Socin semble avoir fait retour sur la terre, pour s'exhaler dans cette résolution : « Il faut qu.c toute souverai- « netWplie devant la critique, et, son audace croissant « avec le succès, il vient un jonr oh elle ose s'attaqtÇer « at Dieu du passé, et regarder en face Ce]ui devant , « qui se sont inclinées des générations d adorateurs . » Il a un autre avantage dont il se vante, et qu'après lui j'aurais mauvaise gràce à lui dénier • c'est « d'avoir cru « à la religion, et de n'y plus croire  ; » d'avoir été nn Eliacin, et d'être un Mathan et un Érostrate. Cela s'appelle d'un nom qui ne l'effraye pas sans doute, mais sur lequel le respect de la m««nce ne permet pas à ma plume d'appnyer. Par là il a pu et osé dire- « Ceux qui « sortent du sanctuaire, et qui font la guerre au dogme « qu'ils ont ser,d, ont dans les coups qu'ils lui portent « uue sûreté de main que le laïc n'atteint jamais ..... , « un caractère particulier d'audace et d'assurance: t. Liberté depenser, t. Ill, p. 367, 2. Yie de Jësus, p. 8.

.ITUATION. , « l'audace d'un finnili'r '. » En lroisièmc lieu, c'el un @udit. A force de le discnter sur ce point, on ne le prise plus pëut-ëtre h sa aleur. Il a ét6 form6 à haute école, anx pieds de M. le llir, la savant et 6n6rable professeur de Saint-Sulpice, et son go6t d'orientalistc et d'exCère a 6t6 doublé par son ardeur de sectaire. Si cette 6rudition n'est pas toujonrs de bon aloi, si elle est prise souvent en défaut, si elle paye de montre plus que de foud, c'est h l'usage qu'il eu fait qu'il faut l'imputer; mais, cet usage étant domaé, cette éruditiou est ce erre. Enfin M. Renan est nn écrivain, et qn'elle doit  c'est lb sa grande puissance. Son style a de l'ampleur et du charme. Les contours en sont un peu mous, comme il le dit lui-lnëme de celui de la légend«; il ne se soutiet parfois qne sur une phraséologie soufflée et creuse; et on pourrait peut-être dire encore de ce style comme de celui des opéras de Qninault, que c'est nn style «lgçossé; lnais il n'en a que plus de souplesse, et il but impnter encore ses hiblesses aux exigences de l'erreur. Je ne lui conteste absolument qu'une chose : c'est dëtre un style de critique. Le propre de la critique, en effet, c'est de démëler le vrai du faux, et le propre du style de M. Renan, c'est de les fondrepar son fameux procédé de la nuance. Ce n'est pas l'art d'exercer la critique : c'est celui de s'y dérober.

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