‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 4 sur 152 · I. Essai de morale et de c'itique, p. 14t · texte numérisé non relu

I. Essai de morale et de c'itique, p. 14t

Tous ces avanlages, envisa8és au point de vue de l'impiété, font de M. lenan un des plus ardents, un des mieux informés, un des plus prestigieux et un des plus habiles organes qu'elle ait jam:fis opposés à la religion du CtnST; et de son livre, préparé de longue date, venu après tous les grands travaux de l'exégèse et de l'apologétique modernes, hérissé d'un appareil d'érudition, chatoyant de forme, où les systèmes nuageux (le l'Allemague so»t colorés par les feu'( de 1" rient, la plus résolte et la plus insidieuse expression de l'incrédulité au dix-neuvi;.me siècle.

Eh bien ! sur ce livre, qui est son va-tout, la cause de l'iucrédulité est perdue.

Ce mëme livre, en effet, au point de ue de la raison, j,, ne dis pas croyanle, mais honnête, esl un chaos de contradiclions et d'incohérences, nn paralogisme perpétuel, uu mon¢.rueux amalgame d'asserlions sans fondcment, de négations gratuites, de conclusions sans prémisses, de conjectures sans raison, d'inventions sans vraisemblance, de discussion s:ms mélhode, de critique sans loi. Le parli pris de nier JÉsvs-CntST; de le ra'aler en l'Alevant, de le blasphémer en le louant, de le vilipender en le saluant, de le mettre art-dessus et au-dessous de tout, et de racheter les aeux les plus forcés et les plus décisifs par les explications les plus misérables et les témérités les plus énormes, semble affi'anchir l'auteur des lois du sens commun et sou-,'ent

SITUATION. 7 mêtnc du sens moral • comme si l'impiété était à ellemême sa seule raison et sa seule conscience, au mépris de toute conscience et de toute raison. Ce livre n'est pas l'expression d'une conviction personnelle, sérieuse quoique fausse, qnoique malade:c'est une conjuration; c'est Une batterie masquée de respect, chargée d'outrages, et pointée avec l'audace la plus calculée et la plus froide au coeur de la religion; mais qui éclate contre ses autenrs. Il perd à cette sacrilége entreprise nou-seulement toute valeur rationnelle, mais lnëme toute valeur artistique, tout intérêt de lecture. Malgré quelques pages et quelques expressions où le talent de Fauteur se fait jour dans le vrai, quand il ne se guinde pas dans le faux, il n'a ni l'agrément d'un livre frivole, ni le poids d'un livre sérieux. Par la facture et par le caractère, ce n'est pas même un livre : c'est un libelle fardé de roman.

Mais ce qu'il importe de faire observer, c'est que l'incrédulté était condamnée à un tel livre, par le dessein qu'elle s'y est propos6 et qui le caractérise comme une nouveauté étrange et comme un essai .fatal pour elle dans les fastes de la lutte incessante et impuissante qu'elle renouvelle depuis dix-huit siècles contre la foi. Je recommande cet aperçu préliminaire à toute l'attention du lecteur; car il en résulte déjà un fort préjugé en faveur de la vérité qui est en cause.

Jusqu'à ces derniers temps, l'incrédulité n'avait fait

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que de la polémique négative. Elle s'était bornée à combattre ou à éluder les explications et les preuves historiques de la foi. Mais quant à donner elle-mme, à son point de vue, une explication du grand fait chrétien, elle s'en était prtdemment abstenue. II y avait là, à le bien considérer, un aveu implicite de la vérité qui lui tait opposée. Car, en[in, entre la foi et l'incrédulit5 au christianisme, il y avait le christianisme même : je veux «lire cet événemeut considérable, unique, qui remplit tout le monde ancien dc son attente et tout le monde moderne de sa réalisation, et qui, personnitié dans la grande figure de Jsvs-Crtnsa', subordonne toute l'histoire à cette merveilleuse existence qui la concentre et la régit comme sa loi. Eh bien, il faut nne explication à ce fait essentiellement historique, à ce phénomène le plus formidable de l'histoire. Nous avons toujours donné la nôtre. Ponrquoi l'incrédulité n'axait-dlêjusqu'à ce jour jamais donné la sienne? Pourquoi uue lZie de Jésus, au point de vue de l'incrédulité, est-elle saluée au dix-neuvième siècle, par M. Schérer, comme une ouveauté étrange, comme étant toute we :dvo. h«tion ? et pourquoi lI. Havet croit-il devoir consacrer la première partie de son article l'Évangile et l'histoi.,e, à rechercher comment il se fait que, jusqu'à lXl. Renan, personne ne s'était encore essayé à expliq«er la ldgende, et, sans se borner à dire qt'il ne fallait pas croire, à expliquer comment on av«tit cï't et ce qte

SITUATION

c'e'tait ]»'écise'met qu'on «tait cru? La chose cependant était néeessaire Pet devait être facile. La mcil[em'e manière, en effet, de décréditer noire explication, tait de donner la 5tre si elle était meilleure; de coucourir avec nous pour la solution du problème. Et aviez sur nous cet aantagc qu'un fait humain devait être plus facile à expliquer qu'un fait divin. Mais non : l'inerédulité s'est toujours abstenue; dle a toujours I,,wdemment combattu en niant et en fuyant. Pourquoi? ' " parce que le fait lui paraissait à elle-même humainement inexplicable, et qu'elle n'osait l'aborder. Il y a daus cette abstention constante de l'incrédulité, nn aveu implicite de sa faiblesse, non moins décisif que son impfiss;mee à entamer notre démonstration. Elle en était ,onue en dernier lieu à ce ridicule expédient, de supprinler de l'histoire générale ce grand fait chrétien qui eu Claire tous les horizons, et de passer de l'histoire ancienne à l'histoire moderne sans faire plus de menlion du drame &angélique et de la révolution religieuse qui a changé la face du monde, que Tacite quand il dit qu'un certain Christ a, ait subi le dernier supplice sous le proeurateur Ponee-Pilate.

Rendons justice à 5I. Renan : le premier il a eu le courage de convenir et de proclamer que l'hi.çtoire entière est inexplicable sans ce Jsçs qu'on reléguait hors de l'histoire pour ne pas avoir à l'expliquer ', et que t. Vie de és.us, inlroduction, p. Lx.

« l'dvénement capital de l'histoire du monde est la ré- « volution par laquelle les plus nobles portions de l'hu- «manité ont passé des anciennes religions, comprises « sous le nom vague de paganisme, à une religion « fondée sur l'unitWdivine, la trinité, l'incarnation du « Fils de Dieu . »

Mainlenant, ce courage de M. fienan n'est-il pas plnt;,t de la témérité, enhardie par l'affaiblissement de la raison à notre époque ? L'événement ne juslitie-t-il pas la prndentc abstenlion de l'incr6dulit6 jusqu'à ce jour, et ne contirme-t-il pas au plus haut point l'explication que trous en avons donn6e? C'est ce qui ressort avec la dcrnibre 6vidence de la lïe de Jdçus et de la destinée de cet onvrage.

Il est si vrai, en effet, que l'incr6dulit6 confessait jusque-lb, par sa r6serve à s'expliquer, la vérit6 qu'elle se bornait à nier, que du jour où elle veut sortir de cette simple n6gation elle tombe dans les explications de notre foi par des aveux qui ne lui permettent plus de revenir en arribre, ou elle se rejette dans des explications tellement impossibles qu'elle n'est plus justiciable que du sens commun. Comme le dit très-bien 51. Sainte-Beuve par la bouche d'un croyant qui me ressemble : « Dbs « que la critique des Évangiles prétend devenir posi- « tire de n6gative qu'elle était, elle se juge. ), Ajoutons, elle se perd.

t. Vie de Jésus, p. I.

SITUATION

C'est là ce qui donne à la I% «le Jésus de M. Renau la valeur d'un événement dans la grande histoire l'apologétique chrétienne; et c'est à en tirer parti pot,," la vérité que nous consacrons ce nouvel ouvrage.

M. Schérer termine son premier article en disant que ce livre de M. Renan va provoquer bien des colères, qu'on parlera d'impiété, qu'on criera au brasphème : ,( Nous différons d'opinions, dira-t-on, dollc vous êtres un malhonnëte homme; vous ne partagez pas ma mani/,rc de voir, donc vous êtes une peste pour la société. Telle est la logique de cette tartuferie qui se dotale à elle-même un brevet d'infaillibilité, continue-t-il. Oh! que nous sommes loin encore de ce respect mutuel qui,. supposant la droiture de toutes les recherches, admet aussi le droit de toutes les convictions, le droit même de toutes les erreurs! »--ainsi parle M. Schéter.

Qu'il me soit permis, avant d'entrer dans la discussion, de la. dégager de ces imputations qui en trahissent la crainte, et qui ne la préjugent qne pour y échapper. ll me semble d'abord que traiter de tartuferie le langage des gens avant qu'ils aient parlé, est une mauvaise condition pour leur reprocher de manqner du respect mutuel qu'on leur prèche. La colère, certes, n'a que trop lieu d'être ff'anche, quand on se voit assailli dans l'honneur commun de tout ce qui porte un cœur

{2 JÉSUS-CIiR[ST.

d'homme '; et s'il est permis de battre en brèche cette l»iei're am, lulaire «le l'humanité qu'on e petit (Il'l'acher de ce momb, sans l'dbmMer jusqt'ou« [onde- ents , il doit l'être d'intervenir avec quelque ardeur pour la déteudre. Commeut? ce Éss, dans la foi et l'amour duquel dix-huit siècles se sont endormis, et qui préside encore aux destins du monde; qui a été l'inspirateur de la civilisation et de toutes ses gloires, et qd l'est encore de tm les grands dévouements do plus héroiques vertus; ce CHST, consolateur de toutes les souffraaces, sauveur de toutes les misbres, rédempteur de toutes les servitudes, vers qui l'hmnanité tout entière suppliante et reconuaissante tend les bras ; çc DEç de la patrie et de la soci6t6 press6es au pied de ses autels pour lui offrir leurs wux ou leurs actions de grâces; qui est le Juge de nosjustices et le garant juridique de nos serments, devant qui s'incline la fiert6 de nos armes, et se prosterne la Majest6 exemplaire du Souverain, on pourra le bafouer et l'insulter, on pourra dire de lui que c'est un haïl villageois, le plus m,mt de tot«s les mbbis, dont les paraboles [ourmili«»t d'impossibilités, un utopiste, un rêveur, un anarchiste, etc., etc., et finalement un [ou et un bnposteur on le pourra, et notre sang chrétien ne pourra pas battre

t. Vie de Jësus, in/roducli,n, p. fax.

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