‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 33 sur 152 · Vie de Jésus , p · texte numérisé non relu

Vie de Jésus , p

LES I)ROPHÉTIES. 127 Voilà le Précurseur prédit par Malachic; et dont il disait : Le voicï qui vient.

Après cette prophétie indicative, il n'y eu eut plus jusqu'à Jean, et durant quatre siècles. « Dieu donna à « la majesté de son Fils, dit Bossuer, de faire taire les « prophètes durant tout ce temps, pour tenir son peuple « en attente de Celui qui devait être l'accomplissement « de tous les oracles . »

Le peuple ne faillit pas h cette grande attente. M. fienan le fait t'ès-bien ressortir pour nous :

« A travers de nombreuses d6faillances, dit-il, lsraël « soutint admirablement cette vocation. Une succession « d'hommes pieux, Esdras, %éhémie, Onias, les Macha- « bées, dévorés du zèle de la Loi, se succèdent pour la « défense des antiques institutions. L'idée qu'lsrael est « un peuple de saints, une tribu choisie de Dieu et liée « envers lui par un contrat, prend des racines de plus « en plus inébranlables. Une immense attente remplit « les âmes. Toute l'autiquité lndo-europdenne avait « plac6 le paradis à l'origine; tous ses poëtes avaient « pleuré un âge d'or 6vanoui. lsraël mettait l'âge d'or « dans l'avenir . Israël de,ient raiment et par excel-

1. Disco)t)'s sur 1 ht3o.)'e universelle, ])art. 2. ll ne le mettait pas moins dans le passé; seulement il metiait la réparalion (le sa perte dans l'axcnir, et c'est de lui (i les autres nations tenaient et ce souenir et cct[e csl)érance, Celui qui était apl)elé le Ddsi)'é de toutes les mttions.

« lence le peuple de Dieu, pendant qu'autour de lui les « religions païennes se réduisent de plus en plus, en « Perse et en Babylonie, à un charlatanisme oflïcieR; « Ch Égypte et en Syrie, à une grossière idolâtrie; « dans le monde grec et latin, h des parades. Ce que les « martyrs chrétiens ont fait dans les premiers siècles « de notre ère, ce quc les victimes de l'orthodoxie « sécntrice ont fait dans le sein même du christianisme « jusqu'h notre temps , les Juifs le firent durant les « deux siècles qui précédèrent l'ère chrétienne. Ils lu- « rent une vivante protestation contre la superstition « et le matérialisme religieux. Un mouvement d'idées « extraordinaire, aboutissant aux résultats les plus op- « posés, faisait d'eux, à cette époque, le peuple le plus « frappant et le plus original du monde 2. »

M. enan ne nous laisse pas le soin de constater un autre phénomène inexplicable, s'il n'est suçnaturel : à savoir, que cette prodigieuse attente du Messie, qui ne sëtait jamais la6e ni pr6cipitée depuis quatre mille ans; qui ne s'6tait jamais arrêt6e ni 6gar6e sur aucun objet, ni à attcune 6poque ant6rieurement à JÉSUS-CuRIsT, prophStisa en quelque sorte elle-mëme son terme au moment où elle allait l'atteindre: ou plut6t, pour parler l. Nous laissons cette phrase pour la fiddlitd de la citation. Il en est des mart fs comme de toute chose : martyrs et martyrs il y a; et, comme toute chose, on les connait h leurs f'uits. 2. Vie de Jdsus, p. 12.

LES PROPHÉTIE$. 129 plus exactement, reconnut ce momeut aux signes préeis que les prophéties y aYaient attaehés.

« La lévolution i , , ou en d autres termes le messia- « nisme, faisait alors tra,aillcr toutes les têtes. On se « croyait à la Yeille de voir apparaître la grande réno- « Yation ; l'Ëeriture, torturée en des sens diYers, serYait « d'aliment aux plus colossales espéranees. A chaque « ligne des simples éerits de l'Ancien Testament, ou « ¥oyait l'assurance et en quelque sorte le programme « du règne fitur qui devait apporter la paix aux justes « et sceller à jamais l'oeuvre de Dieu . Les règnes des « derniers Asmonéêns et celui d'ilCode ¥irent l'exal- « ration grandir encore. Ils furent remplis par nne « série non interrompue de mouvements religieux. Le « monde, distrait par d'autres spectacles, n'a nulle con- « naissance de ce qui se passe en ce coin oublié de « l'0rient. Les hmes au courant de leur siècle sont « pourtant mieux avise'es. Le tendre et clairvogat « ¥irgile semble répondre, par un éeho secret, au second « lsaïe ; la naissance d'nn enfant le iette dans des rê,es « de palingénésie universelle. (:es rêves étaient ordi- « naires et formaient comme un genre de littérature, « que l'on couvrait du nom de Sibylles. La formation « toute réeente de l'empire exaltait les imagiuations; l. Étrange anachronisme de langage, dans le sens absolu et subversif que I. Renan attache à ce mot. 2. Vie de Jésus, p. 63. -- Ce n'est pas là la Bécoluton.

« la grande ère de paix oh l'on entrait, et cette impres- « sion de sensibilité mélancolique qu'éprouvent les « âmes aprbs les longues priodes de révolutions lai- « salent naître dc toutes parts des espérances illimi- « t6cs . »

« En Judée l'attente tait à son comble l de saintes « personnes, parmi ]csquclles on cite un vieux SireCn « auquel la legendc fit tenir Jésus dans ses bras, Alllle, «tille de Phanuel, considérée comme prophétesse, « passaient leur "oie autour du temple, jeûnant, priant, « pour qu'il plût à Dieu de ne pas les retirer du monde

t. Tout ceci est tri, s-habilement insinué pour allaiblir le prodige en l'a'ouant, tant cet aeu a de la portée. Il se pourrait que la naissance du Fils de Dieu, si obscure qu'elle ait été, ait. iml,rimd au monde des âmes comme une sorte de trcs.-.,illement, dont Virgile, l'âme la mieux faite pour le sentir, aurait rendu l'impression dans sa célèbre églogue, remarquable, en ce sens, par une sorle d'emphase en opposition aec le goût toujours si tempéré du divin po/Ste. Cependant, à considdrer froidement les choses, Virgile ne me parait pas avoir été plus acisë et plus clairvt)!l,tt que Cicéro% Suétone,Tacite et Josèphe,qui, s'autorisant des ora('les juifs, comme ils le disent, oracles recueillis sous le nom de Sibylles, redisaient, eux aussi, la grande attente du genre humain. Pour Virgile, il y a ceci de particulier, au rapport de Josèphe (.lli,lailés , liv. xtx, cit. 23, et liv. xv, ch. 13),que lldrodele Grand vint à Ronm en 714, l'année mème où Virgile composa son églogue, et qu'il y habita chez Pollion, l'ami de Virgile, Pollion dont lëglogue porte le nom, et au consulat duquel il est fait honneurdu prodige qui ), est chanté... Comment douter qu'un rapport si immédiat a,ec le roi des Juifs, alorssi fortpréoccupé de la venue du ile.,sie, n'ait influé sur le tour et la couleur de cette églogue, et ne lui ait imprimé un cachet d'actualitë?

1ES InOItÉTES.  3 !

« sans avoir vu l'accomplissement des espérances d'Is- « raël. On sent une puissante incubation, proche de « quelque chose d'inconnu.

« Ce mélange confus de claires vues et de songes, « cette alternatixe de déceptions et d'espérances, ces « aspirations sans cesse refoulées par nne odieuse réa- « litC, trouvèrcnt enfin leur interprète ' dans l'homme « incomparable auquel la conscience miverselle a dé- « cerné le titre de Fils de l)icu , et cela avec justice, « puisqu'il a fait faire à la religion un pas auquel nul « autre ne peut et probablement ne pourra jamais tre « comparé. »

N'en demandons pas davantage à M. l%nan. C'est assez d'aeux. Maintenant demandons-nous, d'abord, comment il a étWamené à les faire ; et en second lieu, comment il a cherché à s'en tirer.

C'est la première fois, depuis l'origine du christianisme, que l'incrédulité a fait de tels aveux, et que

t. Phraséologie échappatoire pour éviter de dire : prophéties claires, soutenues, suivies et grandissantes. 11 n'y a jamais eu de songe ni de déception à l'endroit du Messie jusqu'à sa enue, ni après, si ce n'est pour ceux qui l'ont rué.connu et le méconnaissent. -- llais on ne peut faire de tels aveux sans grimacer. . Parce qu'il en était l'objet.

3. La conscience universelle n'a pas décerné ce titre; elle l'a con fessd. C' est Dieu I ui-mème qui, au baptème de J É s t s- G rt r  s 

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