‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 51 sur 152 · LES ÉVA IGILES · texte numérisé non relu

LES ÉVA IGILES

ci développement du dogme. Irénée est formel; or, lré- « née sortait de l'école de Jean, et, entre lui et l'apôtre, « il n'y avait que Polycarpe. Le rôle de notre évangile « dans le gnosticisme; et en particulier dans le sys- « tème de Yalentin, dans le montanisme, et dans la « querelle des Ouartodécimans, n'est pas mois etC « cisif. L'école de Jean est celle dont on aperçoit le « mieux la suite durant le deuxième siècle; or, celte « école ne s'explique pas, si l'on ne place le qnatril,me « évangile à son berceau même. Ajoutons que la pre- « mière épltre, attribuée à saint Jean, est eertaiemet « du mêlne auteur que le qnatrième évangile; or, 1'é- « pitre est reconnue comme de Jeau, par Polyearpe, « Papias, h'énée.  Mais c'est surtout la lecture de « l'ouvrage qui est de nature à faire impression. L'au- « teur y parle toujours eomine témoin oculaire ; il veut « se faire passer pour l'apt, tre Jean. Si donc cet ou- « vrage n'est pas réellement de l'apôtre, il faut ad- « mettre une supercherie que l'auteur s'avouait à lui- « mëme. 01", quoique les idées du temps, en fait de « bonne foi littéraire, différassent essentiellement des « nôtres, on n'a pas d'exemple, dans le inonde aposto- « lique, d'un faux de ce genre*... »

Voilà, ce me emble, assez de bonnes raisons de condure que le quatrième Évangile est bien de saint Jean,

l. Vie tle Jésus, introduction, p. XXV-XXL

1 G,q Jsus-c n ]ST.

de ce grand témoin qui rapporte ce q«'il a vzt, ce qu'il a entendu, ce ç«'il a to«hé du Yerbe de ie. M. Renan cependant ne se conlente pas de ces bonnes raisons, et comme pour se les faire pardonner, il en ajoute de mauvaises, lir6es de ce qu'on reconnait bien l'ap6tre de la charit6, dans cet Évangile, à sa pr6occupation de petite wnit6 et tic ialouse riwdit6 contre saint Pierre (lui qui prbcis6menl est le seul des Évang61istes qui raconte l'investilurc de la principaul6 fidte h stfint Pierre, sur h, 16moignage de Sm amour potn Jsus celui de tons les autres ap6lres!)*.

La c<mclusion in6vitable, ce semble, aprbs tout ce qui pr6c6dc, que le qualibme Évangile est bien de saisit Je«m, 6rouve cependant une grande difficult6 sortir de la plume de M. Bena. Il ne peut pas pardonner h cet Évangile le ton stiq«e des discours qu'y tient Jsus, ou dont il est l'objet, touchant sa tiliation divine et son incarnation humaine. Il en [ait un grief à saint Jean. De lb toute la manvaise grâce qn'il met confesser son authenlicit6, et qui est poussée jisqu'au ridicule. « S'il [a«t tout dis'e, ajoute-t-il, p'obab& « ment Jean lui-tn6me eut en cela peu de part. On est « p,'[oi.ç tet de crob'e qne des notes précieuses, « riant de l'ap6tre, ont 6t6 employ6es par ses disciples. « H est d@ci#, à distance, d'at, oir le not de to«s ces

Jean, cit. xxi,  5.

LES ÉVArGILE$.  « problèmes sinuers. Sms o«s »rono»cer sur la « question matérielle de savoir quelle main a lrac6 le « quatrième évangile, et tolet e in«lin«t à croirequc « les discours au moins ne sontpas du fils de Zéb6d6e, « nous admettons donc que c'est bien I« lëvani/e « selo, Jean, dans le nême sens que le premier et le « deuxibme évangile sont bien les évangiles «selon t Matthieu » et t selon Marc'. »

Quelles tergiversations misérables et comme tou ces ricochets ajoulent h la force de l'aveu  Du reste, malgr6 la grande valeur de crédibilit6 que M. Renan attache aux trois premiers Evangiles, qu'il appelle synoptiques, il n'h6site pas, en ce qui touche narration, a mettre encore 1 Evangle de saint Jean dessus.

« 3 a3outc, dit-il, que, dans mon opinion, cette école « de Jean (dont 1 quatrième Evagile a 6té le berceau) « savait mieux les circonstances ext6rieures de la vie du « [ondateur, que le groupe dont les souvenirs ont cons- « titu6 les évangiles synoptiques. Elle avait, notam- « ment sur le s6jour de J6sus à Jérusalem, des don- « n6es que les autres ne poss6daient pas =. Toute « personne qui se mettra à 6crire la x.i de Jésus sans « th6orie arrêtée sur la valeur relative des évangiles, se « laissant uniquement guider par le sentiment du sujet, I. Vie de 36sus, introduction, p. xxxw.

"2. hl., "ibid.

70 ÉSUS-CHIISTo « sera ramenée dans une foule de cas à préférer la nar- « ralian de Jean à celle des synoptiques l. » Enfin M. Renan conclut ainsi snr les quatre Éangiles :

« ces cxplicalions seront suffisantes, je pense, pour « qu'on voie, dans la suite du récit, les motifs qui « m'ont alCerrainWà donner la préférence h tel ou tel « des quatrc guides que uous avons pour la vie de (( Jsls. l $ol)))e» J'ADMETS COMME AUTHENTIQUES LES R QUA'ritE EVANilLES CAONIQUES. 01$» selo moi, re- « montcnt au premier siècle, et ils sont d pe«prds  des « auteurs à qui on les altribue a. »

A cet aveu, le plus considérable que l'incrédulité ait fait cncorc sur l'authenticité et la crSdihilité historique des Évangiles, depuis qu'une husse science les ax'ait mis en question, M. Rcnau ajoute une confirmation qui lui est tout à fait personnelle, et que nous ne devons pas négliger.

« A la lcciure des textes, dit-il, j'ai pu joindre une q grande sors'ce de lumières, la vue des lieux off se « sont passes les évdnements. La mission scicnlifique « ayant pour objet l'exploration de l'ancienne Phénicic, « quc j'ai dirig6e eu 860 et 186, m'amena h résider « sur les fi'ontibres de la Galilée c à y voyager fr6quemt. Vie de Jésus, introduction, p. xxx[.

2. Cet d peu vës a fait sourire bien du monde. 3. Vie de Jésus, introduction, p. xxxw.

LES ÉVAIGILES. 7 « ment. J'ai tt'aversé dans tous les sens la province « évangélique, j'ai visité Jérusalem, Hébvon, et la « Samarie; presque ancune localité importante de l'bise toire de Jésus ne m'a échappé. Toute cette histoire « qui, à distance, semble flotter dans les nuages d'un « monde sans réalité, prit ainsi un corps, une solidité « qui m'Stonnèrent. Eaccord [rappant des textes et « des lieux, la merveilleuse harmonie de l'idéal évan- « gélique avec le paysage qui lui serit de cadre fureter « pour moi comme une rdve'latio,. J'eus devant ]es « yeux un cinquidme dcangile, lacéré, mais lisible « encore, et désormais à tvers les réeits de Matthieu « et de Mare, au lieu d'un ëtre abstrait, qu'on dirait « n'avoir jamais exist6, je vis une admirable figure « humaine viw'e, se mouvoir . »

Tels sont les aveux de l'incrédulité au dix-neuvième siècle. Ils ont, selon nous, une portée dont on n'a pas fait assez de cas, les croyants du moins; car l'incrédulité en a été alarmée, et on va voir combien elle a cu raison, par la fausse situation que cela lui fait. Plus préoccupé de ce qui manque h ces aveux que de qu'ils contiennent, on a fait la guerre h M. Renan sur ses réserves, sans prendre acte de ses déclarations. On a eu raison en vérité absolue; et c'est même parce qn'on a exdcuté, h n'y plus revenir, M. Renan sur ce terrain, que nous

t. Yie de Jé.sus, introduction, p. LIII.

•  72 JÉSUS-(ItiRIST.

sommes plus à l'aise sur celui des aveux. Mais en bonne tactique on perdrait, à négliger ceux-ci, un avantage dont les cons6quences sont d6cisives dans le d6bat. Qu'importe pour le moment que saint Matthieu soit jug6 par M. l/enan iuf6ricur ou suspect mgme pont la narration, et saint Jean pour les discours, si pour les discours saint Matthieu, et pour la narration saint Jean sout ax'ou6s incomparables, et dignes d'une co»'ance ho's ligne; si saint Luc nons offre un terrain solide daus un Éangile de la plus parfaite unitd, puisd aux sources les ph«s anciemtes, et admirable d'inspiration, de bo,he-m' de trait et de relief; si saint Marc est d'une nettetd supérieure encore, qui lle peut appartenir qu'à un tdmoin oeul«h'e, qui dvidemmet avait suivi Jésus, l'avait regardd de très-près et en avait gardd une vive hm«ge; si eutin on entend JÉsçs mëme dans saint Matthieu, si on le voit dans saint Mare, si on le touche dans saint Jean, autant qu'on le contemple dans saint Luc, et si les quatre Évangiles décidément authentiques, du premier siècle, et à peu près de ceux dont ils portent les uoms, reçoivent en outre, de laeeo»d [t'oppa«t des textes et des lieux, nne confirmation saisissante pour M. Renan lui-mëme, et qui équivaut h un cinquième évangile et comme à me r:vdlation ?

Véritablement, il ne faut pas être trop exigeant. Il faut permettre à M. Reuan ses pré[drenees. 11 peut choisir; nons avons de la preuve et de la vérit6 de reste :

LES ÉVAbiGILES. |'3 et comme la vérité est une, si peu qu'il cil accorde, et il en accorde assez, il y est pt'is.

Il le sent si bien lui-même que, en lnèmc temps qu'il fait ces aveux, il essaye de s'en dégager pal" ses explications.

Mais, de même qne pour les prophéties, ces explications sout telles, qu'elles aie t6llloincnt que de la détrcsse de sa situation, et qu'elles l'aggravent.

Et d'abord, comme je suis condamné à le redire, parce que c'est là le ressort unique de tout l'ouvragc de M. Rênan, les Évangiles quoique attthentiques, et offrant plus de garanties historiques qu'auctm autre récit, sont nécessairement légendaires pour lui, par cela seul qu'il y est qncstion de miracle et de surnaturel. La présupposition que le luiracle est impossible domine toute raison d'authenticité et de crédibilité. La théorie violente le fidt ; le fait, qni devrait éprouver au moins la théorie.

M. Renan, qui sent tout ce que cette cvitiqt, e a d'irrationnel, s'en défend : « Chercher à expliquer ces « récits, ou les réduit'e à des légendes, ce n'est pas mu- « tiler les faits au nom de la théorie, dit-il, c'est partir « de l'obserwtion (les faits. » Et à l'appui de cet te dcr-

.'4 JÉSUS-CIIRIST. nière assertion, il pose en fait qu'aucun miracle ne s'est produit devant uue r6union d'hommes capables, selon lui, de coustater le caractère miçaculeux d'un fait, et que les miracles du passé, n'offt'ant pas à cet dgard plus de garantie que les miracles contemporains (ce qui et la question), il est probab& qu'ils nous otti'iraieut Açalement, s'il nous 6tait possible de les critiquer en d6tail, leur part d'illusion. « Ce n'est donc pas au nom de telle « ou telle philosophie, conclut-il, c'est au nom d'une « constante exp6rience, que nous bannissons le miracle « de l'histoire , » et, par cous6quent des Évangiles, malgr6 leur attthenticit6.

Nous r6scrvons la question du miracle pour le chapitre suivant. 11 nous suflit, en ce qui touche les Évangiles, de faire observer que, si ce nëtait pas art nom de telle philosophie qui se dissimule ici, niais qui s'est trop bien affich6e ailleurs, que M. Renan bannissait le lnir,cle de l'histoire, l'histoire dewait être au moins entendue sur la question du miracle. Cette question n'6tant pas une question de principe, selon vous, mais une question de fait, c'est renverser les termes de toute investigation s6rieuse, et d6cidet' la qucstiun par la question, que d'opposer le fait au t6moiguage, au lieu de proc6der du t6moignage au fait. Éprouvez le t6moignage tant que vous voudrez, soit en lui-rot.me, soit

1, Vie de Jésus, introduction, p. L-LJ.

LES ÉVANGILESo relativement au fait ell qnestion ; et si, ap|'ès cela, vous on reconnaissez l'authenticité historique et la vév«tcité morale, respectez-en la certitude, subissez-en l conclusion, comme de tout témoigmge éprouvé. e l',ito pas céder c#tte certit«le à la probabilité d'une illusion qu'elle exclnt. Siuon, vous votls placez dans cette imation radicalement absurde, témoignage, que vous reconnaissez autheutique et véridique, est en mëme temps légeîdaire et faux; de travailler à des explications que vous aurez préalablemetit rendues impossibles; et lilalemeut d'tcrtnir la vévité que vous voulez combattre, en intéressaut à sa cet'drude les fondements mêmes de toute cet'titude historique et les premiers éléments de la C'est là, en effet, ce qui ar'ive Vie de désus, et ce que lui commadait le pa'ti p'is de son système.

Pour échapper à la cont'adiction, il che'che d'abo'd à se tenir dms l'à peu près. Les Évaugiles sont--ils des biographies vévidiques? sont-ils des 16gendes tictives? Ni 1'11 ni l'autre, et l'un et l'autt'e; ni oui ni 11o11, et oui et lion. « Ce ne sont ni des biographies à « façon de Suétone, ni des 16gendes tictives à la ma- « nière de Philostrte; ce SOllt des.., bior«phies lée,- « claires '. » Système commode pour la divi**atio, et

Vie de Jésus, introduction, p. XLIV.

& co]ecture, qui permet d'en prendre et d'en laisser h son gré, et de ïaire soi-même une biographie roma- tesque; mais systbme qui périt par tous ses avant«"es, et qui laisse son attteur entre deux sans pouvoir se relever.

Et comment ces biographies, telles que les ont catactCisCs les aveux de M. Renan, peuvent-elles être 16endaires ?

A cette question, M. Renan répond d'abord qu' « il « y a légende et légende '. » Et il se hAte de mettre les FYangiles canoniques à une grande distance des évangiles apocryphes. « Ces compositions, dit-il, parlant de « ceux-ci, ne doivent ,trc, en aucune façon, mises sur « le mthne pied que les évangiles canoniqnes. Ce sont « de plates et puCiles amplifications, ayant les cano- « niques pour base, et n'y ajoutant rien qui ait du « prix =. »

Mais en quoi les apocryphes ne peuvent-ils, en «une [aço, être mis ur le même pied que les canoroques. çtu est-ce qui sépare donc tant ceux-ci de ceuxlà, si ce n'est précisément leur caractère profondément historique et antil6gendaire, leur ordonnance toute biographique, l'austSrc d6sintéressemcnt de leur touche, leur sobri6t6 de ligne qui ne laisse voir que le dessin sans couleur, la tidélité sans émotion, le simple relevé I. Vie de Jèss, introduction, p. xv.

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