‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 53 sur 152 · Ceci, en effet, est indubitable · texte numérisé non relu

Ceci, en effet, est indubitable

3. Oit M. Rcnan a-t-il pris cela ? Où a-t-il pris. par exemple, que les textes de saint Matthieu et de saint Marc n'ont pas ëté arrètés dos leur premibre rédaction ; et comment, sur ce point, réclame-t-il plus que la lbi qu'il refuse à lÉvangile? 4. C'est possible, mais qu'importe contre ceux qui nous son! parvenus, et qui en furent ddm61és des le princil)e comme le recomtal! Sh'auss lui-mème?  oir ci-après.

t;. Papias est la marotte (le M. Rcnan, qui lui fait dire ce qu'il xeu!. Or, cet au!eur du premier siècle, que nous ne connaissons plus attjourd'hui que par Eusèbe, fui, un scrupuleux investigateur des !radilions apostoliques. Il constat.ait, dès le l»remier siëcle, l'importance des É angiles de saint Matthieu et de saint Marc sous

LES ÉVANGILESo 79

« Comme on croyait encore le monde près de finir, on « se souciait peu de composer des livres pour l'avenir; « il s'agissait seulement de garder en son CCL'ur l'image « vive de celui qu'on espérait bient6t revoir dans les « nues. l)c là, le peu d'autorité dont jouissent, durant « cent cinquante ans, les textes évangéliques'. On ne « se faisait nul scrupule d'y insérer des additions, de « les combiner diversemcnt, de les compléter les unes

ce titre : Ensemble des o'acles (ou des discours) du Seigcm', disan! (le saint Matlhieu : « Matthieu a écrit en hébreu les oracles « du Seigneur, Or, chacun les a inlerprétés comme il a pu, » et de saint Marc: « Marc n'avait qu'un SOUCi, celui de n'omettre « aucuue des choses qu'il ax ait al»prises , et de n' rien radier de « thux. » M. Renan conclul de là que l'És-angile de saint Mat- Ihieu ne se composait d'abord qtte des disconrs, et celui de saint Marc que des faits de Jsus, malgrd le (Idmeuti que lui donne le titre commun sous lequel Papias les ddsigne tous deux : Esemblc des discours dtt Sei9,zatr. Tout cela pour en xeuir h prdlendre, « l sans atttre raison, que les Evangfies de saint )latthieu et de saint Marc ont dtd fondus postdrieurement h leur rddaction primilive, et que ce qui n'dtait que discours ou quo faits chez chacun d'eux est des-enu mdlange de discours et de fails chez l'un et l'aulre ; que d6s lors il y a eu venaniement de ces És augiles. Yoilh ce qui s'appelle dicinat&n et conjecture.

1. Ce que dit ici M. Renan sur le peu d'importance et d'aulorild des Évaugiles durant 150 ans, n'a rien pour soi et tout conlre soi. Papias, d'abord, qui dit que chacun i,tterprdlait les oracles du Sein; ëcrits e hëbreu par saint Malthieu; saint Juslin, ensuile, qui nous apl)rend que de son lemps, c'est-à-dire au commencement du second siècle, il allait d'usage, tout cmume attjourd'hui, de lire dans l'assemblde des lid61es, pendatt la cdldbration du sacrilice les mdmo6'es des @6tres que l'on uomme, dit-il, Ëvat- iles. (1', Apologie, n. 6-67.) Enlin le tdmoignage de saint lrd-

180 JÉSUS-CIIRIST.

« par les mitres t. Le pauvre homme qui n'a qu'mi « livre,veut qu'il contienne tout ce qui lui va au cœur. « On se prctatt ces petits livrets ; chacun transerivait à « la marge de son exemplaire les mots, les paraboles « qu'il trouvait ailleurs et qui |e touchaient. La plus « belle chose du monde est ainsi sortie d'tllie élabora- « tion obscure et cotnplétement populaire. »

Tout ceci demande plus de erédulité que les Évangiles lle dctnandent de foi. C'est aussi faux en histoire qu'en logique. En histoire, il n'?" a pas eu, cntre la rédactiotl des l:;vangiles et la tradition qui les a consaerés, un intervalle de temps où ils aientAté ainsi abandonnés à la fantaisie populaire. En logique, tous ces petits livrets diversement annotés pat" chaque pauvre ]omme, puis fondus un jour qu'on ignore et à l'insu de l'Église et de tous ses ennemis en la plus belle chose du monde, par je ne sais quel coup de baguette qui n'aurait été soupçonné que par M. Renan en 1863, est digne des contes de Perrault. Entïn M. Renan lui-nlëme s'est interdit toutes ces rêveries, lorsqu'il a confessé de l'Évan-

née, si connu, où il fait xoir le contexte (le chacun des quatre Éangilcs inariablemcnt déterminë et garanti par le combat m(mc dont leur sens était l'objet (le la part (les (liers hérétiques contre l'Église. Ceci fait crouler tout ce qui va sui re dans la citation de )1. Renan.

t. Comme cela est imaginable, (le livres dès lors sacrés, lus dans la solennité des assemblées (les fid(qes, et faisant autorité mème pour les hérétiques I

LES ÉV,.6LES. 181 gile de saint Marc qu'il était « sas ,ul do,«te d'un « témoin oculaire qui gvide,et avait suivi Jésus, « l'avait aimé et regardé de très-]»rès, qui en avait con- « servé une vive image, et qui devait être l'apôtre « Pierre lui-même, comme le veut Papias. »

Du reste, ce n'est qu'aux deux premiers Évangilcs que lI. [tenan applique ce procédé d'explication légendaire. Quant à saint Luc et à saint Jeau, il essaye d'ua autre expédient.

Salut Luc est récusable seh»a lti pal' un caractère qui est précisément l'opposé de la légende. L'Évangile qui porte son nom est bien de lui, c'est une compositio, g,dière s'il en fut jamais, écrite tolet entière de la ête mai,, et de la plt«s parfaite ,oité. Mais elle a le tort précisément d'être trop personnelle. C'est un document de seconde main; on sent l'écrivain qui compile; c'est tln dévot très-exact, mais qui exagère le merveillenx, qui affectionne par-dessus tout les oecdotes, mettant en relief la conversion des pécheurs, l'exaltation des humbles.., enfin un Évangéliste. C'est là son crime. La vérité'est que les Évangélistes nous off'ent, dans leur unité supérieure, une diversité admirable de garanties, qui ont été caracterisées par les attributs qui lever out été prêtC. Soiut Luc jstitle bien en particulier la patience et la fidélité du laborieux animal qti le symbolise, dans le soin qu'il s'est donné de recteillir scrupuleusement tous les éléments historiques qui composent

18 3Ésus-cmlsT.

son Éwmgile. IIabitné à Fobservation et à l'exactitude par sa première Wofession de médecin, forme par le haut enseignement de Paul au zble généreux de la la vente, il commencc sou Evanêde par cet exorde, dont chaque mot respire la rigide conscience d'un ëravc historien qui sent tout le poids de sa mission, et qui COlmaît le fond, dqià éprouvé, de certitude historique sur lequel il travaille • « l'arce que plnsieurs se sont «ppliqués à mettre par « ordre nn récit de choses qui se SOllt entièrement ac- « compiles au milieu «le nous, comme nous l'ont trans- « mis ceux qui, dès le commencement les ont eux- « mêmes vues, et qni ont été les ministres de la parole; «  il m'a selnblé bon aussi, après m'être diligem- « meurt attaché à la suite (les [ails dès leur origine , de « vons en représenter tout i'enchaiemet, excellent « Théophile, -- afin que vous connaissiez bien la vé- « rité de tout ce dont vous avez déjà été iuformé t. » Voilà le tort de saint Luc anx yeux de M. ltenan, le m:me qnc celui de saint Marc • « q««i, lui aussi, n'a eu « qu'un souci, celui de n'omettre aucnne des choses « qu'il avait apprises et de n'y rien mêler de faux; » conme dit Papias.

!. I,uc, !, 2, 3. Sur quai Gralius fait celle réflexion : -- Signilicat Lucas se non antè quiesse, quam rerum quas dLersi scriplores prodiderant têslimonia radicilus inquisivissêt, ut ira exph»rala al» incerlis discernens, nihil ipse non bene compêrtum ]iteris consignaret. (Amwt. ad Lucam.)

LES ÉVA 51GILE$. 83 Quant à saint Jean, il devait naturellement avoir le tort de l'Aigle " celui de s'élever trop haut dans sa métaphysique du Yerbe, que M. Renan confond avec la gnose de l'école de Philon, contre laquelle elle frit précisément composée. Nous n'entreprendrons pas de défendre contre M. Renan la sublimité du début de l'Évangile de saint Jean, que les néo-platoniciens artraient vonlu raver en lettres d'or dans leur Académie, ni les discours de JsJs à l'institution de l'Eucharistie, oit les entrailles mêmes de la di,«ine charité semblent se rompre et se répandre sur les hotnmes, et oit M. Renan a le malheur de ne sentir que le procédé factice, la rlétorique et l'apprêt. Tout cela, pour conclure que les discours ne sont pas de Jsvs, parce qu'il y est trop parlé de sa divinité • c'est-à-dire parce qu'elle y éclate.

Mais qu'importe à la démonstration générale que nous voulons tirer de l'oeuvre de M. Renan, puisque, tout en incliant à croire que les discours ne sont pas de saint Jean, il admet cependant, et il établit même par toutes sortes de raisons, que, surtout quant à la partie nart'ative, nous avons dans saint Jean un témoi.n oculaire de la plus grande autorité, et que c'est bien là 1 Evangfie « selon Jean » dans le intime sens que les autres Ëvangiles sont bien les Évangiles « selon Mat- « thieu », « selon Marc » et « selon Luc » ; c'est-à-dire à peu près ?

 84 M. Renau accordera tout, pourvu que vous lui passiez cet d peu prs.

Le parti qu'il cn tire, en effet, est merveilleux. Écoutez :

« Les détails (alors) ne Soilt pas vrais à la lettre, mais « ils sont vrais d'une vdrité supérieure; ils sont plus « vrais que la nue vérité, Ch ce sens qu'ils sont la vé- « ritd rendue expressive et parlante, élevée à la hauteur « d'une id6e'. Dans les hisloires du genre de celle-ci, « le grand signe Ch ellct, qu'on tient le vrai, est d'a,«oir (, rdusi à combiner les textes d'une façon qui constitue « un récit logique, vraisemblable, oit rien ne détonne. « Ce qu'il faut rechercher, ce n'est pas la petite certi- « tudc des minuties, c'est la justesse du sentiment « général, la vérité de la couleur. Les lcxtes ont besoin « de l'interprétation du gofit, il faut les solliciter don- « cernent (jésuitiquement comme on le dirait de nous) « jusqu'à ce qu'ils arrivent à se rapprocher et à fournir « un ensemble oh toutes les données soient heureuse- « ment fondues . » Et d'où tout surnaturel soit éliminé.

0 merveille de l'à peu près !

Mais peut-titre demandez-vous quelle est la d,nnée, la pierre de touche, le criterium enfin, d'après le-

t. l'le de Jdsus, introduction, p. XL¥lll.

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