LE ÉVA R.;ILES
« ticité et de sincérité t. » « Loin de tronvcr à re.- « dire aux différences qui se rencontrent dans ce qna- « druple monument, ces différeuccs en constituctt la « vraie richesse; elles l'agraldissent en y conservant « l'empreinte im'olontaire et naïve des hommes et dcs « circonstances . » « Les traditions des quatl'e « évangélistes s'accordent avec toutes les uvres des « apôtres, et avec la lnultitude secondaire des récits « apocryphes. Il est impossible, après nn examen rétlé- « chi, de ne pas les adopter dans leur ensemble pour « des monuments véritables s. »
M. Renan a donc tiré tout le parti possible de la situation faite à l'inerédulité par la science, en gagnant le bénéfice d'un à C'est cependant ce que M. llavet peut encore moins lui pardonner que M. Schérer : sans doute parce qu'il a, par-devers lui, de meilleures ressources.
Fort de sa confiance dans celles- ci, il se risque à raisonner juste : « A certains moments, dit-il, il plait « à M. Renan de croire qu'il entend Matthieu dans 1'é- « vangile qui porte ce nom, et Jean &ms le qnatrième, « et dans les deux autres, deux autres (sic) cmnpa-
I. Jdsus et sa doctrine, liv. Il, p. zgoE. Préface, p. 8. . Ib&l., p. t67.
3. Ibid., p. t;. Voir aussi un excellent opuscule de M. Alhanase Coquerel, ltéponse au lir'e :ht doctcttr Slratss, L:t V,. l). J,sts, Paris, 18-!.
! 9 JÉ$1JS-(;nlIIST.
« gnons de Jésus. Il demeure indécis et vague, il dit : « Ils sont à peu près des auteurs auxquels on les attri- « bue, » connne s'il pouvait y avoir en cette matière « de l'à-peu-près! Ou bien : « Je n'ose être assuré qne « le plus ancien 6angile ait 6t6 6crit tout entier de la « plume d'un ancien pëchcnr galil6en, » quoi qn'il lui « soit absolumclt in,possible de faire le ddpart entre « ce qu'il accepte et ce qu'il rejette '. »
Ceci est d'un sens parfifit. Il n'y manque que la conclusion, h savoir que les Eangiles ne sont pas à peu t»'ès, mais entièrement des auteurs dont ils portent les noms, -- et cela par toutes les raisons qn'en a données M. Reuan lni-m6me.
Mais M. llavet est trop conséquent avec l'incrédulité pour l'dtre avec la vérité, et ce n'est pas pont nous qu'il s'est nfis en frais de raison. De ce que les Évangiles ne peuvent être à peu près vrais, il conclut qu'ils sont entièrement faux a. Mais, plus prudent en cela que 3I. Renan, il le fait de manière à ne pas se comprolnettre : à la façon des oracles.
« Un traité complet sur la rédaction des évangiles « serait un ourage h hli serti, dit-il; je ne puis faire « ici ce tnaité, et toute discnssion m'est impossible; l. Bite des D«ue Mondes, I e aoUt ! 863, p. gS2. t. A ce point que M. Havet, protsseur au Collége de France, a bien osd écrire ces lignes :« 31orne dans les É angiles, la vérité « n'est pas absolument effacée, et il s' retrome des traces qui « l'accusent. » P. bl.
LES ÉVA IIG|LESo « je ne pttis qu'éoncer, sans le prouver, ce q«e « pese. Jepen.e doc que, non-sculemeul J6sus n'a « rien écrit, lnais que les compagnons dc Jésus n'ont -« rien écrit; qu'ainsi, aucun évangile, ni aucune pot- « tion d'6vangile, n'est authentique, et qu'il n'y a « d'écrit authentique dans ce qu'on appelle le No,veau « Testament que les seules Lettres de Paul. » -- J'ai dit.
Voilà qui est expéditif. La question est mieux que tt'auchée, elle est supprimée par autorit6 de libre penseur. 11 ne s'agit plus mme de savoir si les Évangiles sont hux, et comment ils sont hux; il n'y a ph, s d'Éva»ilcs : le corps de la discussion a disparu; et no(is ll'aons plus qu'h nous regarder les uns les autres. Je pese doc a f;tit tout cela. C'est à se demander M. llavet est Aristote, et si nous sommes au moyen C'est, qu'en effet, c'est à un moyen âge que 'culent nous ramener ces messiem's, mais à un moyen 5gc de matérialisme et d'ath6isme, comme le premier tut moi'en âge de métaph)'sique et de foi.
Comme nous n'y sommes pas tout h hit encore, je me permettrai de dire tr6s-franchement h M. ttavet, qu'on se met soi-même hors de la discussion quand on la supprime; que, quand ou a été honoré d'un éloge comme celui que M. Sainte-Beuve a hit de h,i, quand il a dit que « c'était un écrLaiu qui sortait tous les « trois ou quatre ans de sa retraite et de son silence,
] 96 jËsus- CllllSTo « pour nous produire chaque fois un chef-d'«,uw'e de « critique en son genre,, on doit se mettre nu peu plus en frais de le justifier; que, quand on prend ainsi trois oll quatre ans pour rassembler ses preuves, oll a, moius que tout autre, le droit de s'en dispenser; qu'il wut mieux, dans ce cas-là, rester encore dans son silence, et qu'ou a toujours le temps de se taire, quand on n'est pas en situation de parler; que, si cela est vrai de loutc thèse tant soit peu contestée, et (lui n'a pas pour elle l'entière eidcnce, cela est inqualifiable d'un démeuti donné à l'Ëvangile et à la foi du genre humain, donné à l'é,ddence hislorique, donné à la science mmc ennemie, donué h une vérité qui réunit tous les partis.
çht'il sache, en effet, que Strauss lui-mëme con-dent « qu'à la tin du deuxième siècle après J.-C., nos quatre « évangiles, comme nous voyons par les écrits d'lrénée, « Clément d'Alexandrie et Tertullien, étaient reconnus « comme provenant d'apdtres et «le disciples d'apdtres « parmi les orthodoxcs , êt qu'en qualité de docu- « menls authentiques sur Jésus, ils avaient été séparés « d'une foule d'autres productions semblables . » 11 y a plus, Strauss coinlent, sur le témoiguage de Justin, de Papias, de Cclse lui-re(hue, « que dans les trente et « quelques anndds écoulées entre la mort de Jésus et la 1. Et aussi bien paf'mi les hérétiqucs. -- Voir saint Irénéc. 2. Strauss, Vie de Jéstts, introduction, 13.
LES V,6[LES. 197 « destruction de J@usalem, la plus grande partie des « récits évangéliques ont dù se former'; » sous l'oeil, des lors, des apôtres, et par eux ou leurs disciples. Et c'est coutre de tels aveux, contre de telles prcu,,,es, que M. Havet rejette les Évangiles au delà de la génération apostolique, c'est-à-dire vers le deuxième siècle ! On conçoit bien qu'il e ]»uisse qt'énonce" cela sans le p'ouvev. Mais, ce qu'on ne con'oit pas, c'est qu'il l'Anonce mme. Il est vrai qu'il le pese, et qu'après tout il est libre penseur, dispensé de la preuve, affranchi de la science et de la raison, pour mieux l'être de la ,,'CitA et de l'l;:vangile.
Et encore, ne l'est-il pas, car il admet les Lette'es de Paul.
Ces lettres, en effet, comme les Actes qui en sont le récit, supposent partout l'Évangile, je veux dire les faits surnaturels de la vie de Js[Js et sa doctrine; elles en sont imprégnées, ou pour mieux dire, elles sont l'Évangile mç, me mis en prédication ; et les Évangiles n'existasscnt--ils pas, elles pourraient en tenir lieu. Si on ne les rejette donc, elles aussi, c'est-à-dire l'histoire lnême tout entière des origines du Christianisme, on ne prouve rien contre la cause chrétieune, elle se soutient dans toute sa force. Les écritures du Nouveau Testament sont liées entre elles par un nud si étroit,