‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 60 sur 152 · Où notre critique a-t-il pris cela? De près ou de loin, y · texte numérisé non relu

Où notre critique a-t-il pris cela? De près ou de loin, y

228 ÉSUS-CnRIST.

« salera dut paraitre ce qu'il y avait de plus convain- « cant. Il faut se rappeler ici que la condition essentielle « de la vraie critique est de comprendre la diversité « des temps, et «le se d@ouiller des r@ugnances ins- « tinctives qui sont le/'fuit d'une dducation purement « raisom,able'. Il faut se rappeler aussi que dans cette « ville impure et pesante de Jérusalem, Jésus n'était « plus lui-même. Sa conscience, par la faute des hom- « mes et nou par la sienne, avait perdu quelque chose « de sa limpidité primordiale. Désespéré, poussé à bout, « il ne s'appartenait plus. Sa mission s'imposait à lui, « et il obéissait, au torrent. Comme cela avri'e toujours « dans les grandes earrières divines, il subissait, les mi- « racles que l'opinion exigeait de lui bien plus qu'il ne « les faisait . A la distance où nous sommes, et en pré-

a-t-il rien qui y ait rapport dans l'Évangile, mt,me en sollicitant les textes doucement ou  iolemment ?

!. Ae, naïfl La condition essenlielle de la vraie critique est. de se dél)oviller (les rép,gnances instincties dt, sens commt, n : précavtion réclamée par ce qui va sui re.

2. Toulos ces cautelet,ses insinuations sont assurément plus réoita,tes qt,e le bul off elles avrient : que Jstrs était u,a imposteur. Mais, tout senti,rient (l'indignalion Iombe devant celte réflexion, que le Jdsus dont il s'agit ici n'esl l,aS celui de l'Éaugile, mais celui de 31. Rc,mq, lcqt,cl ne pevt ètre capable (lt,C d'i,nl)osturc. A cet égard, il suflil (le se rUpl)ele', comme il dit, ce qui préc6de dans la Vie «le arést«s. Qvant "à celui de l'Éangile, vot,s n'avez qu'à prcmh'e le contre-pied de celui-là pour le retrovver. Si queklue chose est saisissaqt, en cil'et, dans le miracle de la résurrectio, de Lazarc, c'est la cahne, tovchante et (li inc i,fitiatie de la bonté de J r!strs, dans l'ininlelligence et l'abattement

LES lURACLES.

« sence d'nn senl texte offrant des traces évidentes d'ar- « tifices de composition J, il es impossible de décider « si, dans le cas présent, tout est fiction, ou si nn fait « réel arrivé à Béthanie servit de base anx bruits ré- « pandus. Il faut reconnaître cependant que le tour de « la narration de Jean a quelque chose de profondC « ment diffé'ent des récits de miracles éclos de l'ima- « gination popnlaire, qni remplissent les synoptiques. « Aioutons que Jean est le seul évangélistc qni ait une « connaissance précise des relations de Jésus avec la « famille (le Bét]mnie, et qu'on ne comprendrait pas « qn'une création populaire frit venue prendre sa place « dans un cadre de souvenirs aussi personnels. Il est « donc vraisemblable que le prodige dont il s'agit ne « fut pas un de ces miracles complétement légendaires « et dont personne n'est responsable. En d'autres ter- « mes, nous pensons qu'il se passa en Béthanie quelque « chose qni fut regardé comme une résurrection .

de tout ce qui l'entoure. C'est pcut-ëtre le seul miracle qu'on ne lui ait. pas demandé, loin qu'on le lui ait. i,nposd, le miracle le plus personnel, ci, si j'ose ainsi (lire, le miracle (le l'amitié. Oh! qu'une àme qui travesfit ainsi le dixiu en ignoble est malheureuse [ . M. Renn, qui s'y connaît, voit par[out des artifices de composition : comme un homme à bonnes fortunes voit partout <[es  er[us fragiles.

. n d'auto'es termes, j'aurais bien voulu pouvoir nier le miracle, mais force m'est de le confesser, et je n'ai plus que la ressource «le l'expli(lue'.

230 JSUS-CmXST.

« La renommde attribuait déjà à Jésus deux ou trois « faits de ce genre t. La famille de Béthanic put être (( amenée presque sans s'en douter à l'acte important « qu'on désirait. J6sus y était adoré. H semble que « Lazare Cail malade, et que ce flt même sur un mes- « sge des sœurs alarmées, que J6sus quitta la Périe. « La joie de son arrivée put ramener Lazare à la vie. « l'cut-«tre aussi l'ardent désir de fermer la bouche à « ceux qui niaieut.outrageusemcnt la mission divine « de lcurami en/raî[a-t-ellc ces personnes passionnées « au dclt de toutes les bornes. Peut-être Lazare, pMe « cucore de sa maladie, sefit-il cntotver de bandelettcs « comme uu mort et enfermer dans son tombeau de fa- « mille. Marthe et Matie vinrent au-devant de Jésus et, « sans le laisser entrer dans Bétbanie, le conduisirent « h la gt'otte. L'émotion qu'éprouva Jésus près du tom- « beau de son ami, qu'il croyait mort, put être prise « par les assistants pour ce trouble, ce frémissement « qui accompagnait les miracles; l'opinion populaire « oulant que la vertu divine frit dans l'homme comme « un principe bpileptique et convulsif, Jésus (toujours « dans l'hypothèse ci-dessus énoneée) désira voir en- « eore une fois celui qu'il avait aimé, el, la pierre ayant « Cf éeartée, Lazare sortit avec ses bandelettes et la t. La rcnommde ici, c'est l'Évangile, aussi digne de foi dans salut Matthieu, dans saint )lare et dans sai»t Lue que dans saint Jeall.

LES MIRACLES. 231 « tête entourée d'un s«ab'e'. Cette apparition dut na- « turellemeut être regardée par tout le monde comme « une résurrection  La foi ne connaît d'autre loi « que l'intérêt de ce qu'elle croit vrai. Le but qu'elle « poursuit étant pour elle absolument saint, elle ne se « fifitaucun scrupule d'invoquer de mauvais arguments « pour sa thèse, quand les bons ne réussissent pas. Si « telle preuve n'est pas solide, tant d'autres le sont !... « Si tel prodige n'est pas réel, tant d'autres l'ont été !... « Justement persuadés que Jésus était Ihaumaturge, La- .( zare et ses deux sœurs purent aider un de ccs mi- « racles à s'cxécutcr . Comme tant d'holnmes pieux « qui, convaincus de la vérité de leur religion, ont « cherché à triompher de l'obstination des hommes, « par des inoyens dont ils voyaient bien la faiblesse «. .. « Quant à Jésus, il n'était pas plus maitre que saint ,, Bernard, que saint François d'Assise, de modé-

1. M. Renan oublie de dire que Lazare avait poussé la plaisanterie jusqu'à rester quatre jours dans le tombeau, et à sentir déjà mauvais, ,tare foetêt, qttatridttamts est ênim. 2. Tout le monde est natttrellement si niais, hors les chimistes, les physicien., les physiologistes et les critiques.., et Lazare, qui, à lui seul, se trouvait avoir plus d'esprit que tout le moede!

3. Admirez le raisonnement[ Jésus étant pour eux un ,,rai thaumaturge, dat être aidé à faire le miracle. Le purent aider suppose en effet le dt«rent aider.

4. M. Renan, on le xoit, est passé maltre dans l'art d'enseigner la fraude pieuse et de l'excuser.

232 ÉSUS-CmtST.

« rer l'avidité de la foule et de ses propres disciples « pour le merveilleux. La mort, d'ailleurs, allait dans « quelques jours lui rendre sa liberté divine, et l'arra- « cher aux fatales ncessités d'tre rôle qui chaque jour « devenait plus exigeant, plus difficile à soutenir Ainsi, lecteur, dont la foi à l'Évangile est encore hésitautc, vous voici eu situation de vous prononcer. Pour que le miracle de la résurrection de Lazare n'ait pas eu lieu (et dans ce miracle ",'ous pouvez voir tous les antres miracles évang61iques), il faut admettre que les choses se sont passées comme vous venez de le voir. Lisez cette page de l'Évangile; je vous y invite et vous le devez : r,lisez ensuite celle de M. lenan; et choisissez. C'est sans doute après avoir lu une de ces pages de M. Renan que le vieux bon sens de M. I)elécluze  ecrla « Le con- « traire doit être vra ! »

M. Penan, après avoir dit au commencement de son explication que la conscietce de Jdst«s avait quelque close de sgt limpidité, pour nous préparer à le voir complice de l'imposture, ne lui fait jouer cepen.dant qu'un rôle inconscient. Mais en disant à la fin, pour l'excuser, qu'il n'étaitpas maltre de modérer l'avidité de la foule pour le merveilleux, il l'accuse manifestement de s'y être prêté.

Ici se dresse l'écueil off l'auteur de la lïe de

vie de $ésus, p. 39-363.

LES IHRACLE$. 33 devait venir se l)riser • l'inputation d'ilnposture à J es [s. De quelles précautions, de quelles insinuations, de quelles 6rasions n'a-t-il pas us6 peur amortir le choc. Mais il ne s'est montré par là que plus coupable, en faisant voir qu'il avait tome la conscience de son m6fait sans en avoir la franchise, en pratiquant lui-même la fraude qu'il prètait h son h6ros ; plus que cela, en ia professant. Avant d'en venir lb, il essaye d'abord de plusienrs explications.

La premibre est de présenter son Jésus comme la première d«pe de la crédulité dont ses miracles étaient l'objet. « Le merveilleux n'6tait pas pour lui l'excep- « tionnel; c'était l'Cat normal'. Nulle idée des lois de « la nature ne enait, dans son esprit ni dans celui de « ses auditeurs, marquer la limite de l'impossible... Il « n'y avait pas pour lui de snrnaturel, car il n'y avait « pas de nature =. Il n'avait pas la moindre idée d'un « ordre naturel réglé par des lois. La faculté de faire « des nfiraclcs passait alors pour une licence régulière- « ment départie par Dien aux hommes, et n'avait rien « qui s«rprlt 3. »

On comprend combien cette première explication était insoutenable, lorsqu'à chaque page de l'Évangile on voit précisément la surprise, ou plut6t la stz«peur de t. Vie de Jésus, p. 1.

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