I. Vie de Jésus
LES MIIACLES. c)37 Je n'oserai pas dire le contraire, mais j'oserai di'e que cela n'a rien de commun avec ce que nous voyons î 0 ° dans 1 Evanglle, oit les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont gnéris, les sourds entendent, et les morts ressuscitent. ¥oilà ce qtte le cotact d'une personm exqzdse ne fera jamais.
Il fallait donc en venir à la seule et unique explication dont rien ne pent préserver celui qui ne iléchit pas le genou devant le CnRsv, son imposture.
« Ce serait manquer à la bonne méthode historique, « dit M. lenan décidé à tout braver, que d'écouter « trop ici nos répugnances, et, pour nous soustraire « aux objections qu'on pourrait être tenté d'élever « contre le caractère de Jésus, de supprimer des faits « qui, aux yeux de ses contemporains, furent placés « sur le premier plan. »
M. lenan, et il faut lui en savoir gré, parce que c'est assez rare, pose ici franchement la question. La certitude des faits évangëliques, que l'incrédulité moderne (car l'ancienne la teconnaissait) a si opiniâtrément niée ou éludée, est acquise. le veux dire qu'il est cet'tain que tous les faits merveilleux qni sont racontés du Sauveur ont été donnés par lui et ont passé aux yeux de ses contemporains pour des miracles réels.
« Il serait commode, ajoute M. Renan, à l'adresse de « flavet et de toute son école, de dire que ce sont
238 JÉSIJS-EHIIlSTo « là des additions de disciples bien inférieurs à leur « maître, qui, ne pouvant concevoir sa vraie grandeur, « ont chcrcb6 à le rclc'erLpar des prestiges indignes « de lui. Mais les quatre narrateurs de la vie de Jésus « sont unanimcs pour wmtcr ses miracles... Nous ad- « mettrons douc sans hésiter que de tels actes, consi- « dérés maintenant comme des traits d'illusion, ont (t tenu une grande place dans la "oie de J6sus'. » Là n'est donc plus la question.
Elle est tout entière dans le point de savoir, Jésus- Christ n'étant pas Dieu, à quel caractère en lui il faut rapporter ses miracles.
Or, nous avons vu que, ni l'explication tirée de la crédulité propre de Jésus et de ses contemporains, sut' l'Cat normal du miracle; ni celle tirée de l'état anormal d'exaltation et de folie en Jésus; ni celle eutin tirée (ho contact de sa personne exquise, ne pou'«aient résoud'e la difiiculté.
P, cste donc la dernière explication, seule issue de l'incrédulité : que celui qu'elle refuse d'adorer comme Dieu, elle doit le conspuer comme un imposteur.
Cest ce que M. Renau n'hésite pas à trauchcr ainsi. Mais, témoignage admirable de la érité dans ce grand outrage! il ne tranche ainsi la difiiculté en JÉs's,
!. Ve de Jésus, p. 266.
LES IIIRA CLES. 239 qu'en se rejetant sur la conscience humaine, par la négation de ses plus imprescriptiblcs lois, par l'apologie de l'imposture.
Par là, il fait ressortir au plus haut point cet invincible argument oh toute incrédulité viendra échouer, et qui a été formulé ainsi par un grand critique. « II faut, selon moi, croire au grand principe des mi- « racles, ou arriver à cette conclusion absurde, sinon « inconcevable, que le Christ était un fripon, et que « ses disciples fm'ent ses dupes ou des menteurs. » Ce juement est d'un homme qui a fait révolutio dans la science historique, par l'heureuse hardiesse de ses investigations, le célèbre Niebuhr . Le même amour de la vérité qui lui avait fait bouleverser le champ fabuleux de la plupart des ori8ines de l'histoire, lui avait fait reconuaih-e la solidité inébranlable des origines du Christianisme, et de la réalité des miracles, qui en est le premier fondement.
Cet argument est admirable, en ce que l'incrédulité y est ramenée de ses mille ïuites, qu'elle y est acculée et comme bloquée; et nul, jusqu'à ce jour, n'a mieux servi à le montrer que M. Renan.
En effet :
Le monde physique diffère du monde moral en ce que les lois du monde physique sont constantês en elles-
l. Voir tlevue britannique de décembre i840.
c2-0 ,1 ÉSUS-CI|Ill ST.
mêmes, mais non pas nécessaires, et que, dès lors, le miracle qui y déroge est possible : tandis que les lois du monde moral sont, non-seulement constautes, mais nécessaires et absolues, et que toute exception à ces lois est impossible. La résurrection d'un mort n'implique pas contradiction avec la puissance qui a créé la vie; au contraire : tandis que le mensonge ilnplique contradiction avec la vérité et avec la conscience. Plus on s'Alève à la Puissance que révèlcnt les lois de la nature physique, plus le miracle apparait comme possible : phls Oll s'élève à la Justice que révèlent les lois de la nature luorale, plus leur compatibilité avec le mensonge apparalt comme impossible. Celui qu'oli conçoit le plus comme pouvant faire iléchir les lois physiques, Dieu, est celui qu'on coin:oit le moins comme pouvant faire iléchir les lois morales.
Là donc où nous a-ons d'un côté les lois phy»iques, de l'autre les lois morales, et que pour prendre parti il faut absolument nous prononcer sur l'inviolabilité des unes otl des autres de ces lois, le doute ne saurait tre possible. L'inviolabilité absolue des lois morales nous pousse, en ce cas, à reconnaitre la déroation aux lois physiques : le miracle.
La croyance au miracle repose alors sur la conscience même; elle l'a pour garant.
C'est ce qui se présentepar rapport à Js , s-Ca tsr et à ses miracles.
LES MIRACLES. 24 Ses miracles sont possibles, et ils sont historiquement ce qu'il y a de plus prouvé.
L'immoralité en lui est impossible, étant lui-mme l'idéal moral. Ses miracles sont donc vrais comme lui-in,me, comme la conscience humaine en hfi.
On ne pourrait échapper à cetie conclusion qu'en niant cette identification de Jsts avec l'idéal moral et avec la conscience humaine.
Or, tout le monde aujourd'hui décerne à J Ésvs- ClilIST cet hommage.
Notre idéal moral nous vient de JÉSts-CHIIST luimëme. Il a élevé la conscience humaine à une hauteur qu'elle n'avait jamais connue avant lui. Lui seul l'y soutient. « La morale évangélique, dit M. Renan, est la « plus haute création qui soit sortie de la conscience « humaine, le plus beau code de la vie parhite qu'au- « cun moraliste ait tracé'. » -- Et Jsvs reste pour l'hmnanité un « principe inépuisable de renaissances « mol'ales% »
J É s t s - C t s T est devenu notre conscience, laquelle n'est plus seulement humaine, mais chrétieme. Et il a, par là, magnifiquement justifié ce qui a été dit de lui, qu'il était la lumière qui éclaire tout homme venant en
t. Vie de Jésus, p. 8.