‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 7 sur 152 · Luc, I · texte numérisé non relu

Luc, I

16  ÉSUSoCIIR1ST. truments de son trio:nphe. M. ltenan au dix-neuvibme sibcle, comme Voltaire au dix-huitième, comme Socin, Arius, Julien, Celse et Marcion dans les siècles ant6rieurs, a été lâch5 contre ce signe toujours posden butte à la contradiction, parce qu'il la provoque touiours par sa sainteté et qu'il la vainc toujours pat" sa vérité et par sa puissance. Dr«peau de nos contradictions, s'écrit M. Rcnau lui-mt:me, tu seras le sçqne autour duTuel se licrera la l;lus ardente b«taille  ; pour la ruine et la confusion de tes ennemis, aurait-il dù ajouter a-ec la prophétie et avec l'histoire, autant que pour le réveil et la résurrection de tes tidèles.

Voici donc JSCS-(iuST redevenu encore une lbis, grSce à ses ennemis, la question du jour; aussi vivante, aussiardente qu'elle le fut jamais parmi les Juifs quand il tait visible sur la terre; parce qu'il n'y est pas moins présent : la grande question, comme l'appelle très-bien M. llavet; le plus grand sujet qui l, aisse occuper une plume, comme dit encore tl'èsbien M. Schérer. Cette question, renfermée depuis trop longtemps dans les temples, la -oici à l'Institut, dans la lCecue «les Deux Mondes, dans le Premier-P«ris des journaux, dans toutes les conversaàons, dans l'air ; et tout le monde, depuis le philosophe et le magistrat jusqu'à l'oisif des boulevards et à la femme frivole, en

t. Vie de .ldstts, p. 426.

LA QUESTION. " demeure de se prononcer et de voter ch quchiuc faç'on pour ou contre.

çtucllc question, Ch effet, si on la mesure sur ses conséquenccs  J s  s-C l li s T n'est-il pas Dieu, en ettçt, il n'est qu'un homme : un homme qui a trompé le genre humain eu se faisant passer pour [fieu ; un homme qui a jet5 l'humauitd dans les liens d'une morale fausse, puisqu'elle repose tout entière sur l'amour exclusif qu'on doit avoir pour lui, sur la haine de soi, la mortiticafion, le crucitiement, l'immolation h sa personne. C'est un gdat 'ombre, ddvorant h« fie à sa racie , et rdduisattt tout à un a/]'eux ddsert; qui a fait et qui fait périr tous les jours des milliers d'homlnes, sur la foi mensongère h sa diviuité, et qui asservit et dégrade les multitudes par la superstition de SOli cadaTe pendu h un gibet. S'il n'est.pas Dieu, uous reeourons la liberté de uos peuehants, qu'il a contrari6s, de nos rêves de plaisir ou de sagesse, qu'il a iuterdits, de uos idolhtries pour les beautés ou les forces de la nature, qu'il a renvers6es. Nous pouvons relever les autels de Vénus, et les [ètes d'A dotds près de h« sainte Byblos et des eaux sac»ées, oh les femmes des mystères antiques venaiett mèler &urs larmes. Nous n'aons plus à compter avec les pauvres et les lnalheureux, dont il a pris en maiu la cause, et nous pou'ons rétablir l'esclavage par le droit naturel et social de la guerre, de la fortune ou de l'in-

térç:t, qui place les deux tiers du genre humain dans la dépendance forcée de l'autre tiers.

S'il n'est pas Dieu, il faut refaire le sermon sur la montagne et les huit béatitudes. Il faut dire : Bienheureux les riches, bienheureux ceux qui rient, bieuheureux les forts, bienheureux ceux qui n'ont pas souci de la iustice, bienheureux ceux qu! n'ont pas sous les ),eux le spectacle de la misère, bienhenreux les w»luptueux, bienheureux les puissants, bienheureux les heureux !

S'il n'est pas Dieu, c'est mme une question de savoir s'il ), a un Dieu, du moins un Dieu qui s'occupe de l'homme, et qui lui tienne rigueur, en deçà ou an delà de cette vie, pour les faiblesses d'un moment. S'il n'est pas Dieu, c'est une forte présomption qu'il n'), a pas de Dieu. Comment, en effet, ce Dieu aurait-il laissé usurper son culte par une idoltrie aussi sacrilége, et en même temps aussi spécieuse? Comment se serait-il laissé dérober, par ce nouveau Prométhée, le feu du ciel, tous ses attributs de justice, de miséricorde, de sainteté, de sagesse et de vérité ?

Entin, s'il n'est pas Dieu, une révolution immense, pareille à celle qui a asservi le monde au christianisme, doit l'en affranchir : le monde roule sur le faux ; nous sommes les dupes d'une jonglerie «'e dix-huit siècles ; lout est à refaire : les mœurs, les coutumes, les institutions, les lois, l'homme même.

LA QUESTIOI. ']9 D'autre part, s'i} est Dieu, ah ! s'il est |lieu ! sa parole est la érit même, ses commandements sont a oi du monde: ses préccptes la rgc ob}igée de nos mœurs, ses jugements infai[lihles et iuévitables.

S'il est Dieu, malheur au monde, malheur aux sensuels, aux oppresseurs, aux superbes, aux lâches, aux infidèles, aux impies, aux apostats  S'il est Dieu, il faut prendre sa croix et le suivre, prétendre au céleste royaume, et le ravir contre tous nos penchants.

S'il est Dieu, nous allons avoir, d'un inslaut à l'aure, à lui rendre compte de nos vies, et de l'usage que nous ax'ons fait de ses dons; de notre intelligence par rapport à sa doctrine, de nos affections par rapport à sa morale, de nos biens par rapport à sa charité. S'il est Dieu, et que nous ne l'ayons pas servi, adoré, aimé comme tel, il nous dira au jour où il sera notre scul reïuge : « Je ne vous connais pas. »

S'il est Dieu, il est [e maitre de nos destinées, il a des biens ou des mauxinfinis à nous départir. Ici-bas mSme 1 a des forces, des consolations et des joies que nous perdons h ne pas nous attacher h lui, et nous restons follement loin de lui dans des misères, des douleurs et des hontes dont il est le remède spécitiqne, le soulagement inhillible, le libérateur souverain.

S'il est Dieu, enfin, nous sommes des insensés autant que des coupables, de braver sa loi, de jouer avec sa

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divinité, de nons ligncr contre lui, d'élever coutre rions llt masse accablante de nos inlidélit6s et de nos révoltes, et de nous faire des trésors de justice, au lieu des sors de grâces qu'il nous réservait.

Voilh toutes les conséquences uégatives ou aflirmarives qnc cette question porte dans ses ilancs. I'clle dépend ainsi, dn tout au tout, la manière de voir lcs choses et les événcments de ce monde : le bien, le mtl, la prosp6rit6, l'infortune, la vie, la mort; de les juser, de les souffrir, de les poss6der, de nous conduire dans les mille rapports qui en résultent. Elle affecte tvute l'6conomie de notre existence, et la rend folle ou s;gc, selon sa solution. Elle est, par conséquent, éminomment prdjudicielle, et, toutes choses celant, chacuu devrait se mettre à l'6tudier. Si encore ses cotts6queuces s'artîtaient au tombeau, ce serait déh nne Srande folie que de tinir la vie avant d'avoir examin6 comment on aih'ait dù la commencer. Mais qu'est-ce donc, lorsqu'on considère que cette vie, en elle-m.me, est la moindre des consdquences de cette question; que toute sa portée est dans l'avenir qni suit, avenir irrévocable, avenir éternel, et avenir dans lequel rions pouvons tomber h chaque pas, dont nous ne sommes s6parés que par cette bulle d'air qu'on appelle la vie, que par un fil qui s'use et que le moindre accident peut briser?

LA QUESTIOI%  | Elle est donc la plus grande, la plus sérieuse, |a plus urgente de toutes les questions qui peuvent se dresser dans une conscience d'homme. Nous ne saurions l'examiner de trop près et trop religieusement. Ce n'est pas une question facultative et sp6culatie, une question dont le docteur, le prëtre ou le philosophe seuls soient chargés. C'est la question individuelle par excellence; qui s'attache à chacun de nous sous les divers personnages que nous faisons dans le monde, et qui saisit en IIOHS ['hOllllne lneme, conltlle une questiou de ante ou de maladie, de,le ou de mort, avec cela de plus que sa portée est au delà. ri'est la deslinée humaine tout elltière.

Tel est le caractère éminemment personnel et prié de cette suprëme question.

Enfin elle a un caractère social et public que je n'ai pas besoin de développer. On peut dire que toute la société, que toute la ci,ilisation, lout l'a, enir de l'humanité y sont suspendus, ae ne Drai à cet égard qu'une seule observalion.

La guerre depuis cent ans, pour ne pas remonter plus haut, est entre la Révolution et 1 Eghse. Cela es! évident. Et par llévolution je n'entends pas telle révohltion; mais cet esprit antireligieux et antisocial qui reiette Dieu du inonde et l'Église de la société. l'Église étant l'institution par laquelle astJs-(ln[sT

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s'affirme et règne dans le monde, la Révolution est la guerre ouverte ou souterraine à Jsus-CnntsT. Et dans cette question de J  sus-C tf R sa aftirmé ou attaqué se trouve contenue et agitée la question de lieu, du surnaturel, de toute leligion. L'Eglise, c'est I)ieu rcconuu et servi par l'humanité : la Révolution, c'est l'lmmanité affranchie de I)ieu, réx, oltée coutre l)ieu, à l'assaut de Dien. Ce sout les deux Citds dont saint Augustin a Iracé le tableau dans son immo'tel ouvrage, et qui, toujonrs en guerre sous des formes et des noms divers, sont arrivées de nos jours à leur position la plus aval}cee.

Juclqucs-uus de mes lecteurs, peut-être, trouve.font que je force ici les choses. Je ne m'en étonnerai pas; parce que nombre d'esprits de ce temps s'arrêtent anx surfaces, et prêtent aux situations les intentions honnotes qu'ils y apportent. Il y a donc dans le camp de la Révolution, à diers degrés, des âmes qui sont loin de nier tout l'ordre divin et surnaturel, et qui bornent les questions à l'lglise, ou à Jscs-CnRts; mais qui réservent la foi en Dieu, à une vie future, à quelque h'ein supéricur, sans lequel la société leur paraitrait • ouée aux abimes.

Eh bien ! ils se trompent. Dans la question de l'Église se trouve engagée la question de JÉSUS-CrlRIST et du christianisme, et dans le christianisme Dieu et tout l'ordre surnaturel.

LA QUESTION. 3 Au fond de toutes ces questions, et de bien d'autres qui en sont les corollaires, il n'y en a qu'une seule : DtEC, avec toutes les conséquences que je n'ai pas besoin de déduire pour le salut ou la ruiue des sociétés.

« La lévolution croit à l'humanité, l'Église croit en « Dieu, » dit M. Proudhon. ¥oilà les deux termes de l'antagonisme créé pal' l'impiété. « L'Église croit en « Dieu, reprend-i - elle y croit mieux qu'aucuue secte; « elle est la plus pure, la plus complète, laplus éclatante « manifestation de l'essence divine, etil n'y aqu'elle qui « sache l'adorer'. » Voilà pourquoi il but luî faire la guerre.

Il n'y a que l'Église qui sache adorer Dieu et qui en conserve la notion pratique dans le monde; parce qu'il n'y a qu'elle qui affirme JÉsts-CnatsT, qui conserve sa doctrine et qui communique sa vie. JÉSus-CHRIST, qui est la forme de Dieu'-', la/hjure de sa substance , Dmç AVEC rOUS , Fils adorable de l'Éterel, par qui seul nos adorations, pat' rapport à la divine Majêsté, ont une valeur infinie, et qui, dès lors, en soit digne. L'ÉC;LISE, JÉSuS-CHatST, DiEU : trois vérités, trois croyances pratiquement solidaires dans le monde; qui

I. De la Justice dans la 13ét'olution et dans l'glise, t. I er, p. 27. 2. Saiut Paul, thilipp., li, 6.

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