Id., p
SA IaERSOblblE. 261 aurait révolté sans cet assaisonnement du blasph6me ; et on comprendra bien mieux cela dans le chapitre suivant. J'ajoute, pour ce que je me propose d'établir dans celui-ci, qu'il était condamné à cette manière de parler de JÉsus-CrlRIST, par la négation même de sa divinité, qui cependant en résulte : tant on ne peut éviter une telle vérité!
L'homme, en effet, devait être exagéré dans ce Jésus de rolnan, pour remplir le vide fait pal" la négation du Dieu, et pour être à la taille de l'oeuvre.
Mais en cela il a prouvé cette divinité niée, et prouvé de la manière la plus irréfragable, dont tout le monde, amis êt elmemis, a été frappé. De toutes les preuves nouvelles que nous fournit son livre, celle-ci est la plus saillante.
En effet :
Il n'a pu ôter de Dieu en J , s u s- C u r s'r que le mot; mais il a laissé la chose : tant la force de la vérité, supérieure à celle de son dessein, l'a emporté. Il n'a fait que transposer les att'ibuts de la divinité à l'humanité. Qu'importe qu'il ne l'appelle qu'un homme, s'il en fait un être qui dépasse la condition de l'homme, s'il en fait un Dieu? Cet homme forcé jusqu'au 13leu, et ce caractère de Dieu ravalé jusqu'à l'homme (et quel homme, nous le verrons!), composent sans doute t, ne lnonstruosité qui n'esl ni Dieu ni homme, et qui fait ressortir la vérité, la beauté harmonique de Jsvs-
CHRt S', si parfaitement Dieu et homme tout ensemble. Mais elle ne prouve que davantage l'impossibilité de se défitire de cette divinité; puisqu'on ne peut la détrSner dans l'llot IE-D lEU sans l'ériger dans un pur homme, et, comme nous le verrons, dans le plusvil des hommes. 0r, que le Jésus de M. Renan implique en lui la diinité, c'est ce qui n'est pas contestble.
Nous avons en effet un criteritm infaillible pont (listing(tcr l'ltomm,: de Dieu : c'est l'absol««, c'est l'i,arrivable. L'homme est, comme toute créaturc, et plus que toute autre ct'éattu'e, tre ëtrc essentiellement relatif. Il est capable de perfection au plus haut degré, sauf l'absolu. L'humanité peut toujours se surpasser ellemême. Dire d'un homme qu'il ne pourra jamais surpassé, c'est dire tout simplement que cet homme est Dieu. Dieu est s)'nonyme d'absolu.
Sur cette vérité développée dans nos Études , nous avons assis, il y a vingt ans, la d6monstration de la divinilé de JSS-CHIST. Cest, selon nous, une de nos plus $rndes prenves. Nous invitons le lectem" h la voir, en sou lieu, dans tout son développement et dans toute son application à Js çs-C n , s't. La transcrire ici serait prendre une place que mus préf6rons réserver à nos advetsaires.
Il est, nous l'avouons, satisfaisant pour notre foi, de I. Tome IV, ch. i. Lapsonne de Jésus-Christ, p. 37, 3, 3, 40, 41, 2, 43 de la seizième dditiou.
sa l'EttS0Ir. .°63
voir ceux-ci venir se jeter.à l'envi dans le filet de cette vérité, et concourir à s'y prendre les nns les autres. M. Renan d'abord, qui n'en saisit pas les conséquences, dit et redit, comme nous l'avons vu, sur tous les tons et avec un luxe d'expressions que nous avons soulignées, que JÉsus est hors de paii" avec l'hnmanité tout entière. Il épuise snrlui le vocabulaire du superlatif et de l'absolu; non pas métaphoriquemenl, mais à la lettre : tellement que, non-senlement pour rbumanité, mais si d'autres planètes ont des habitants clou& (le raison et «le moralité, dit-il, leur religion ne peut être différente de celle que Jésus a proclamée près du puits de Jacob. Maintenant, M. llavct, M. Sainte-Beuve et M. Larroque se chargent de faire ressortir la conséquence logique et inévitable de cette vérité.
M. Havet : -- « M. Renan me parait trop complaisant « pour la légende sacrée et trop facile à accepter, sous « le nom de Jésus, nn Jésus imaginaire, plus graud et « plus pur que rien d'humain ne saurait l'être '. M. de « Sacy a dit : « Si Jésus-Christ n'est pas Dieu dans l'ou- « vrage de M. Renan, il est encore le fils de Dieu ; je ne « sais pas trop, à la v&ité, pourquoi ni comment. » « ¥oiei ce pourquoi et ce comment, si je ne me trompe.
1. M. Havet est injuste dans ce reproche. Il juge trop M. Renan sur lui-m, ème. Tout le monde n'a pas ses exemptions, et il ignore les pressantes raisons qui ne permettaient pas h 1!. Renan de tenir un autre langage.
64 JÆsus-cnsv.
« Si Jésus est dans ce livre, un homme à part, de;ni- « Dieu et fils de Dieu, un homme de proportions co- « lossales, s'il est placé au plus haut sommet de la « grandeur humaine, si en lui s'est condensé tout ce « qu'il y a de bon et d'Cevé&ms notre ature, si enfin « l'auteur d6clare que Jdsus ne sera pas su;7asse et « que tous les siècles proclameront qu'entre les fils des « hommes il n'en est pas né de plus grand que Jésvs, « tout cela, h mon sens, peut être traduit ainsi - Jésus « etle seul homme historique qui n'ait pas d'histoire. « Nous saisissons la personne réelle dans les autres, en « lui nous n'atteignons que le personnage idéal... Je « ne puis donc croire, quant à moi, qu'il puisse y avoir « jamais un homme qui soit avec le reste des hommes « hors de proportion. Je ne crois pas m6me qu'aucun « homme puisse être appelé le plus grand des hommes, « car cela est trop difficile à mesurer, et il n'y a guère « de supériorité absolne t. »
Donc, si Jsus-CnST est un tel homme, il n'est pas seulement un homme .
. levue des Deux Mondes, ! « août 863, p. 590, 392. 2. M. Havet ajoute qu'un tel Jésus ne serait pas celui de sa vénération et de son amour, parce qu'il ne serait pas abordable et imilable. J'ai répondu " cela dons les passages sus-indiqués de mes tudes : « Le propre (le la sagesse de Jsus-CIIST, disais-je, « c'est qu'elle ne relève que d'elle-mème, c'est qu'elle est « créëe. Mais ce qui ne la distingue pas moins, c'est qu'elle est « crëatrice. Chose prodigieuse, et qui n'est que simplement di- « vine! cette sagesse incomparable, que nul n'a pu et ne pourra
SA PERSOIIE. 265
M. Sainte-Beuve, de son côté, rapporte ce propos d'un pur sceptique sur le Jésus de M. Renan : -- « Je « ne m'explique pas qu'un homme, tel que l'auteur me « dépeint Jésus, puisse être si divin sans être Dieu, au « moins en bonne partie 1. Moi, je ne connais les hommes
« jamais égaler, est en mème temps lal3hts imitable, et celle qui « a engendré le l)lus de disciples. Tous les autres sages n'ont « pas influé, comme dit. Voltaire, sur les meeurs de la 'ue qu'ils « habitaient ; et J Ésus-CHn IST a influé sur le monde entier, et « tout s'est réfl»vmé h son image, est dex enu chrëtien... C'est cehfi « qui a fait le plus d'imitateurs, et le seul qni soit resté au- « dessus (le ses imitatcurs. Caractère nouveau de sa divinité. Car « c'est encore là le propre (les influences humaines, (le s'ensevelir « dans leur triomphe; je veux dire de produire «les effets qui les « dél)assent. Le disciple fait oublier le maltre, et plus celui-ci ge « donne (le successeurs, l)lus il se prépare de rivaux; et. cela se « conçoit, parce qu'après tout il ne dispose que d'une force com- « mune à tous, et dont il n'est qu'un moteur accidentel. J rlsus- « C H n ST seul domine à jamais son propre ouxrage, et quel ou- « vrage ! » -- « En J É s u s- C H l I ST, l'homme ne disparait jamais « et la nature jouit de tous ses droits; mais en mème temps « les vertus s'y montrent sans faiblesse, sans tache. En lui, « l'homme et le Dieu sont entiers, et c'est la parfaite jointure « de ces deux états (lui fait la merveille de I'HoMF.-DtU... « C'est là prëcisément ce qui nous séduit en lui, ce qui nous « charme, ce qui nous encourag.e à l'imiter, ce qui fait que le « modèle le plus achexé est en même temps le moins désespé- « tant. Avec JÉSus-CHIIS% OU peut se plaindre, on peut « pleurer, on peut écarter la souffrance, on peut tolérer les pé- « cheurs, on peut aimer tout ce qui est aimable... Et axec cela, « ou plut5t par cela même, il nous invite, il nous al)pelle , il nous « fait monter jusqu'aux plus éminentes vertus, jusqu'aux plus « douloureux sacritices, jusqu'à ia croix. »
t. En bomel3a'tie est juste, puisque en Jsus-CHns il y a la partie humaine, comme en uous il y a la partie animale.
266 JÉSUS-CItRIST,
que comme llorace et tous les moralistes es ont connus. Le meilleur est celui qui a le moins de défauts et de vices. Je n'en ai jamais vu d'une autre étoffe. M. Renan nous présente un homme comme il n'y en a jamais eu, et au-dessus de l'humanité, un homme type. Alors je ne sais plus qu'en faire. Ce n'Oait pas la peine de changer le nom.., i. » Entin M. Larroque " -- « Dans les critiques qu'ils ont faites de son livre, les divers adversaires chrétiens de l'auleur ont recueilli ces paroles avec bonhcur, et s'en sont se is pour le batlre à outrance. En effet, ce simple raisonnement se présentait tout d'abord -- « Établir la religion absolue, c'est-àdire la seule religion parfaitement w'aie, ne saurait être le fait d'un simple mortel, fût-il incomparable; la science et la puissance d'un Dieu sufiisaient seules à une telle uvre. Si Jésus a fait cela, comme vous le dites si bien, nous concluons de votre aveu et contre vous qu'il était Dieu. )) -- « Ce qu'il y aurait à opposer à ce raisonnement, en demeuran! ferme sur les principes, ce n'est pas pour nous une question =; mais nous ne "«oyons pas ce que M. Renan trouvera à y répondre. Il a été retenu dans ses propres filets, et comme nous ne sommes pas pris