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290 JÉSUS-t:IIfiISTo Épictbtc, cela pourrait passer pour de l'élo$c. Eh bien, ce qni serait éloge pour l'homme le plus digne et le plus pur, est pour JÉsçs-C«s seul un out-ge, nn blasph6me. M. Renan lui-même l'a jug6 ainsi. C'est bien le blasphème, et le blasphème le plus raftin6 quïl s'est propos6 de distiller dans cette [igure d'un J6sus charmant et riant. Pour cela, il n'a eu qu'it faire descendre la personne divine au niveau humain le plus attrayant, mais qui s'est trouv6 le plus repoussant, par rapport h l'id6al du rai Jgsus dans l'àme humaine. Par ccltc offense, il a nmnifest6 la sainlet6, la divinil6 du l(6dcmpteur : il en a fait 6clater le t6moignage, dans ce sentiment de d6goût et d'indignation qu'en a ressenti toute hme honn6te.
Il a montr6 ainsi le rapport 6troit qu'il y a entre tbi chr6tienne et le sens moral, le sens du bien. 11 a montré, eu même temps, la solidarit6 de cette lutine foi avec le sens du vrai t avec le sens du beau, avec la raison et avcc le goût, non moins ottenss par cette conception absurde et ridicule autant que sacril6ge.
çtu'ai-je besoin de dire à l'appui de cette seconde considdration, qui n'ait ét6 compris et senti d6jà par le lecteur lui-mêlne ?
JÉSUS-CtttST et son uvre, prodige qui sort de roules les proportions hutnaines, s'explique merveilleuselneut par la foi à sa parole et à sa divinit6. Si vous
sA ,Rso. 291 sortez de cette explication, à quelle autre vous rattacher car il faut une explication à ce problème qui nons saisit de toute part. Eh bien, voici celle qnc vou propose l'incrédulitè, c'est que : Le wrdsedde [ait le ch'istianisme, a coquis l'humanité. Et conment? Parce qu'une nature 'avissante i»q»ri»tait à tous les 'ê-t, es de ht Galilée un tom" idyllique et charruant; et que toute l'histoire du ehristiauisme sant est deeentte de ht sorte tte ddlicieuse pastor«d«, m M«ssee auz repas de noces, aceo»pand d'une bancale de joyeuz en[ants, etc., etc.
Qui est-ce qui est le pins offensé par cette explication, je le demande, de la raison, du goût, ou de la foi?
Dirai-je, d'abord, que la description de la Galilèe, par 3I. Renan, fait biên peu d'holmenv à la mission scientitiqne qni l'y a envoyé et qu'il rappelle si indiscrètement dans ce livre que très-certainement on ne lui a pas donn6 mission d'en rapporter? L'état de la Galil6e dément cruellement ce paysage k la Watteau, auqnel il attribue d'avoir" [ait le christianisme. Et conime il prévoit que la Galilée n'est pas si inconnue qu'on ne puisse réclamer contre la fidélité de cette description, il croit s'en tirer par cette simple note : « l'horrible état « où le pays est réduit, surtout près du lac de Tibé- « riade, ne doit pas faire illusion. Ces pays, mainte- « riant brûlès, ont été autrefois des paradis terres-
292 jÉsvs-cnaST.
« tres. » -- M. Renan traite la nature comme l'vangile '. Mais c'est l'Évangile surtout qui réclame contre cette joyeuseté dont M. Renan s'égaye à le farder.
Sans doute, il y a une joie dans l'vangile, et une grande joie. Il y a des béatitudes, et c'est par là que s'ouwe la vie ct la prédication de JÉSCS-CHalST. Mais quelle joie? Est-ce la joie qui rit? On le sait. « Bienheureux ceux qui pleurent! bienheureux ceux « qui souffrent! bienheureux ceux qui sont pcrsécutés ! « qu'ils se réjonissent et qu'ils tressaillent de joie, parce « que leur récompense sera grande dans les cieux. » -- « Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous « pleurerez et sangloterez! » -- « Le royanme de Dieu « souffre violence, et il n'y a que les déterminés qui « l'emportent. » -- « Si votre oeil vous scandalise, af- « rachez-le; si votre main vous scandalise, coupez-la.--
t..l'ai nommé Watteau. Voici des vers qu'on fit sur lui, et qui peuvent s'appliquer à la miguardise de M. Renan : Par6e à la française, un jour dame 3ahtre Eut le dsir secret de voir sa portraiture.
Que fit la bonne mère? Elle enfanta Watteau.
Pour elle, ce cher fils, plein de reconnaissauce .Non content de tracer sa vive ressemblance Fit tant, et fit si bien qu'il la peignit Ch beau. M. Renan renchérit encore sur Watteau, et c'est en joli qu'il peint mème l'horrible, et en grotesque le divin. 5I. Schérer luimëme croit devoir rappeler à 5I. Renan que , le grand art est « celui qui, en tout sujet, confornte son ton, son dessin, son « style au caractère des faits qu'il reproduit ; et que les adroit raleurs de son livre ne peuvent s'empècher de lui faire le re- « proche d'y axoir manqué. » (Article du 2.q sept. 1863.)
SA PERSODDE. 0 93 « Que celui qui veut erre sauvé prenne et porte sa croix « et qu'il inc suive, etc., etc. » Voilà comment l'lvangile est une délicieuse pastorale, au tour idyllique et charmant, et Jésus t clmrmat mbbi, dont la gaieté s'exl»'imait sans cesse p«r d'aimables plaisameï'ies, etc. Et quant à ces bons Galiléens, n'a),ant jamais entendu une l)arole aussi accommode'e à leur imajination riante et qui chogaient le charmant rabbi, voici ce qni en est : « Alors il eommenç'a à reprocher anx villes de Galilée « de n'avoir pas fait pénitenee. Malheur à toi, Coro- « zaïn! malheur à toi, Bethsaïde! car si les miracles « qui ont été opCés dans ton sein l'avaient été en Tyr « et Sidon, elles eussent autrefois fait pénitenee dans « le cilice et la cendre '. » « Entendant cela, ils lu- « rent tous remplis de colère ; ils le jetèrent hors de la « ville et le menèrent au sommet d'un mont pour le « préeipiter . »
« Ce qu'il faut chercher, dit M. Renan, dans la vie de « Jésus, c'est laj ustesse du sentiment général, la vérité de « la couleur. » -- Comment trouvez-vous qu'il y arrive? Je n'en appelle pas aux eroyants, ni même aux pensenrs, j'en appelle aux artistes, i'en appelle à la mémoire et aux uvres du peintre de la Tentatio et du Christ cousolateur, de cet Ary Scheffer dont le sang, allié à celui de M. Renan, doit refluer devant une telle profanat. lIatth., xi, 21.