Luc, Iv
o94 JÉSUS-CHI[ST.
tion (le l'art religieux qui fut son culte et qui est sa gloire.
Tout l'lvangilc, qui, de la crèche à la croix, n'est qu'une traînée, si je peux ainsi dire, de soufïrance, de pénitence, de persécution, de contradiction, de mépris et de sacrifice; qui n'est qu'une ascension de l'auguste Victime à ce sanglant Calvaire oit elle est restée pour le moJde le divin Cruci/qé: cette face hidetse de l'Évangile, mais en cela d'autant plus aimable et adorable, parce qn'clle n'est hideuse que par amour, la S, i l TE FA(:E est ainsi égayée, enluminée, barbouillée par le pinceau bouffon de M. Renan ! On nous la fait joviale ! ! ! Juste ciel! en quels jours "rivons-nous! Et M. Sainte- Beuve en présage encore de plus mauvais, oit nous regretteros, dit-il, M. Renan, et oit nous dirons « qu'on « nous rende la Vie de Jdsus de M. Renan ! Au moins « celui-là il ne méconnaissait pas le doux maître'. )) Ah ! viennent ces jours plus sombres ! Nous y aspirons. çu'on nous rende l'Ecce Homo de la Passion, et qu'on nous d61ivre du c]armant rabbi de la pastorale ! qu'on nous tresse la couronne d'épines, mais qu'on nous épargne la couronne de muguet!
M. l(enan a eu bien raison de dire : « Ceux qui sor- « lent du sanctuaire ont dans les coups qu'ils portent « au dogme une sûreté de main que le laïc n'atteint
t. Constitutionnel du 7 septembre t 863.
SA PEnSOIIE. O93 « jamais. >) Il a bien compris que le meilleur tt'ait ponr effacer la diviuité de J,sus-CrtniST était le ttait du rire. Voltaire riait dn S A U V E ç r ; M. Renan le fait rive : il y a là tin progrès. Mais il y a là anssi une preuve nouvelle dont nous nous emparons, etquc nons retournons contre l'impic.
On a remarqué que Jgss-CrtltST n'avait jamais ri '. Mais je ne sache pas qu'on en ait jamais donné la raison. Elle est donblê, ce me semble: raison d'intelligence et raison de cur. Le rire, qu'on l'observe bien, ne jaillit jamais qnc d'une surprise faite à l'esprit par une opposition de choses ou de situations qu'il n'a pas prévuês. Aussi, le génie comique, qni crée les sitnations qui font le plus rire, n'est pas l'ienv. II voit tl'op le fond des choses pour en être surpi-is. Molibre ne riait pas. Combien donc le rire est-il incompatible avec la divine intelligence qni voit tout, qui sait tmt, et à qui les coenrs sont découverts, comme Jsus nous apparaît dans l'Évangile! Mais, snrtout, le rire est incompatible avec cette immense compassion, avec cette intinie miséricorde qni s'est inclinée de la félicité des cienx dans l'abîme de notre misevê, et qui l'a rêvètue pour rions en gnérir. C'est le sentiment de cette infinie sagesse et de cette
1. Je ne dis pas souri. Le sourire n'est pas le diminutif de rire. Il n'a rien de commun avec lui. Il est le rayon (le la bienveillance réfléchie, comme le rire est l'éclat d'une surprise à la personnalité.
296 jÉsus-cnalSr.
iutînie misérieorde, qui rend le rire impossible à nos yeux dans la sublime figure de I'ItoIilIE-DIEU, et qui fait ainsi de la dissonance du portrait qu'en a tracL M. l-{enan, un témoignage de divinité; et d'une raison de godt une raison de foi.
M. lenan a donc offensé, en tout ceci,, le gofit autant que la raison, que la "«érité historique et que la foi; et par toutes ces offenses, il a fait éclater autant de témoignages de cette divinité de Jsvs-Cttisa" qU'Oll ne peut insulter sans tout insulter : tant elle est ritable !
Yenons au Jésus politique..
Cette joyeuse vie ne pouvait avoir qu'un temps, car elle ne faisait pas le compte de l'ambition du héros de M. Renall. « Il sentait déjà que po«r jouter un r61e de « premier ordre, il fallait sortir de la Galilée, et atta- « quer le judSisme dans sa place forte, qui était Jéru- « salera . »
Il y avait préludé en faisant servir à ses desseius l'engouelnent dont il était l'objet de la part des femmes et dès enfants de Galilée. « Ces derniers faisaient autour « de Jésus comme une jeune garde pour l'inauuration « de son innocente royauté, et lui décernaient de pe-
t. Vie de Jésus, p. 206.
SA PEItSONNE. 297 « tites ovations auxquelles il se plaisait fort, l'appe- « lant « fils de David, » criant Hosana, et portant des « palmes autour de lui. Jésus était bien aise de voir ces « jeunes apôtres, qui ne le com]»'oïnettaient pas, se « lancer en avant et lui décerner des titres qu'il n'osait « prendre hd-n«ême. Il les laissait dire, et quand on « lui demandait s'il entendait, il répondait d'une [açoz « évasive qne la louange qui sort de jeunes lèvres est « la plns agréal)le à Dieu'. »
Arrêtons-rions pour respirer; car la conscience est oppressée.
Nous avons déjà le ton du Jésus politique. M. Renan ne l'a trouvé nulle part; pas plns que le Jésus idyllique. Comme celui-ci a été nnc création de son goût, celui-là l'est de sa conscience : et tous deux de son impiété. Et voyez comment il procède. II trempe sa plmne dans l'Évangile, pour colorer son roman d'mm teinte historique. Il y prend un peu de ,érité, parce qu'il en faut, et que ce n'est que là qu'on en trouve. Puis, il altère aussitôt cette vérité, en pluralisant les traits les plus singuliers, comme le trait unique de la Madeleice dont il dit : «les/emmes veaient verser de l'huile sur sa tête; comme celui de l'ovation du Sauveur à Jérusalêm, dont il fait de petites ovations auxquelles Jésus se plaisait fort, et où il représente Jésus, tantôt sur une mule au
Vie de Jésus, p. | 9 t.
grand veil noir, tant5t sur l'âuesse prophétique, brisant et éteignant ainsi les traits les plus saillants et les plus lumineux de la vie du SAUVEUI. Cela fait, il prête à ces traits des iutentions qui ne résultent que de cette fréquence qu'il leur a domée mcnsongèrement. Et quelles intentions! Oh en a-t-il trou,cWrombre dans toute la vie de l'&mble de coe»', qni, dans la pleine conscience de sa graudcur, sachant que tout aait été remh" par le Père entre ses mains, et que, sorti «le Dieu, il allait retourer à Dieu, se prit à lave lesp&ds de ses apôtres ? Des inteutions abjectes de roncrie, qui diffameraient rambitieux le plus vnlgaire, et que M. Renan ne craint pas d'iufliser "à celui qui est l'homeur commm de tortt ce qui porte un coeur d'hommeL Avais-je raison de dire que les baisers et les génuflexions alteruent avec les soufllets et les crachats dans la Vie «le Jdsus?
Mais l'ambition de Jésus va rencontrer un rival qui a pris les devants dans la popularité à laquelle il aspire, et avec lequel, en fin politique et en profond diplomate, il va lutter d'artifice, d'hypocrite déférence et de concessions intércssées. Ce rival, c'est, ne vous récriez pas, le précurseur Jean-Baptiste, l'ami «le l'Époux, qui se proclamait indigne de délier les cordons de sa chaussure, et dont il disait : II[aut qu'il croisse et q«e je sois
t. Jean, XIII, 3.