CHAPITRE III
(la nôtrb)
Les deux chapitres que nous allons donner sur la méthode sont des plus importants. A eux seuls ils devraient faire préjuger la question. Telle méthode, en effet, telle thèse; tel chemin, tel but.
Si une méthode est rationnelle, logique, vraie dans ses procédés; si elle appelle la lumière sur la question; si elle en appelle au juge, à l'adversaire lui-même, à sa raison, à sa conscience ; . si enfin elle met en jeu les principes élémentaires de toute conviction, tellement qu'elle prépare la condamnation éclatante de celui qui s'en sert, si sa thèse est fausse, — il y a tout lieu de croire que cette thèse est vraie, en vertu de la même droiture qui a présidé à la méthode, et surtout de l'intérêt de celui qui n'a pas craint de l'employer.
Par contre, si une méthode est excessive, en dehors des voies communes du raisonnement ; si elle se donne des immunités et s'arroge des dispenses; si elle se retranche dans le parti pris et se donne en preuve d'elle-même; si
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elle s'impose par la hardiesse ou se glisse par Tinsinuation; si elle en est réduite, malgré ces licences, à récuser ouvertement la conscience et lé sens commun, et à créer pour le besoin de la cause une morale et une logique exceptionnelles dont Tapplication en toute autre matière serait taxée d'improbité et de déraison, — je laisse à juger ce que peut être une teUe cause !
Or la première de ces méthodes a toujours été celle du Christianisme ; la seconde est celle dé M. Renan.
Le Christianisme^ a dit Fontenelle^ est la seule reR-^ giùn qui ait des preuves. Et quelles preuves I imposantes, nombreuses, diverses, de nature à frapper toutes sortes d'esprits et de caractères; à frapper un même esprit dans les différentes dispositions où il peut se trouver, sans le laisser jamais dans un doute légitime. Preuves colossales, palpables, irréfragables, pour qui ne veut pas volontairement s'aveugler : les prophéties, les évangiles, les miracles, la personne de Jésus- Christ, rétablissement du christianisme, sa doctrine, ses fruits, sa Stabilité et sa perpétuité invincibles dans le miracle permanent et grandissant de l'Église. Et indépendamment de ces preuves fixes et générales faites pour les esprits dé tous les lieux et de tous les temps, le Christianisme réserve encore » pour chaque siècle et pour chaque évolution de l'esprit humain, des preuves toutes spéciales, qui ne sont appréciées qu'au moment où elles
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deviennent nécessalresi et qui répondent d'une ma» nière exacte et parallèle à la tendance des besoins» dei idées et des'tàtuations de Thumanité.
Le Christianisme est un système de foi hérissé d'un appareil de preuves. La foi est au centre d'un bataillon carré et en marchai opposant de toutes pails à l'incré»dulité les arguments historiques et rationnels d'une Aé^ monstration invincible»
Arguments historiques et rationnels , dis-je, qui n'empruntent rien à la foi, qui y concluent, mais en partant toujours de la raison : en prouvant la divinité de l'institution par des faits, ces faits par des témoignagesi ces témoignages par l'écriture et la tradition; faits» té^ moignages, écriture et tradition comme tous ceux sur lesquels repose l'histoire, et qui n'en diffèrent que parce qu'ils sont incomparablement plus certains, plus véri* dîques, plus authentiques et plus garantis : tellement, qu'on ne peut les récuser sans voir crouler tous les fondements de la crédibilité humaine*
Quels faits, en effet, que ceux qu'il a fallu pour oon* vertir le monde 1 Quels témoignages que ceux doot les auteurs se font égorger 1 Quelles écritures, quels procès*verbaux que les Évangiles, que dix*huit siècles de dis«cussion n'ont pu entamer, et dont Tauthenticité est avouée aujourd'hui par la critique la plus subversive ! Quelle tradition, enfin, que celle qui s'adapte immédiatement aux Évangiles par toutes les églises qui en sont
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sorties, et qui se prolonge jusqu'à nos jours dans ia grande Église !
Il ne fallait pas moins, j'en conviens, pour déterminer la raison à croire : à croire des choses qui ne la choquent pas sans doute, qui la ravissent même quand elle vient à les pénétrer, mais qui la dépassent. Dieu se devait et nous devait des preuves qui ne permissent pas à la conscience éclairée de douter de son intervention, pour qu'elle n'eût plus après qu'à croire à sa parole.
Mais autant il le devait, autant il ne devait pas se plier aux mauvaises exigences de l'incrédulité de parti pris, qui n'appelle les preuves que pour les fuir, et qui n'y cherche que des prétextes de ne pas s'y rendre. Dieu ne devait pas être la dupe de l'homme.
Le Christianisme est donc éminemment et sagement probant^ remplissant toute la mesure de la conviction humaine qui ne s'y soustrait pas.
Ce caractère l'a distingué dès son origine. Son auteur, Jésus- Christ, tout Dieu qu'il s'afBrmait, ne prétendait pas être dispensé de faire la preuve de son affirmation, ni être son propre témoin à lui-même : Si testimonium perhibeo de me ipso, disait-il, testimonium meum non est verumK Posant, le premier, de ses divines mains, les colonnes de l'apologétique chrétienne, il en appelait, contrç l'incrédulité qui s'agitait