Vie de JésuSy p. 40 à
Mais la yraie force de Jésus, la vraie influence qui, agissant sur lui, a agi sur le monde, M. Renan ne Ta pas encore montrée. Il Fa fait entrevoir ; et cependant aucun de mes lecteurs ne la devinerait ; car personne encore que M. Renan ne Ta découverte, et elle serait restée un secret étemel pour le monde, si « la mission scientic( âque ayant pour objet Texploration de l'ancienne « Phénicie, que M. Renan a dirigée en 1860 et 1861, c( ne l'avait amené à résider sur les frontières de la Gaie lilée et à y voyager fréquemment *. » Cet agent qui a fait Jésus, qui seul ei (ait le christianisme, et refait l'humanité, c'est... le paysage de la Galilée et son influence sur Jésus; c'est une délicieuse pastorale, l'idylle dans toute sa fraîcheur :
Telle qu'une bergère aux plus beaux jours de fête ;
mieux encore : la joie des noces et festins • voilà le royaume de Dieu prêché par Jésus.
Lecteur sensé, lecteur honnête, vous ne me croiriez pas; voyez plutôt:
tt Tout peuple appelé à de hautes destinées, doit être
<i un petit monde complet renfermant dans son sein les
• a. pôles opposés. La Grèce offrait ainsi, à quelques lieues
« de distance, Sparte et Athènes. Il en fut de même
(( pour la Judée. Moins brillant, en un sens, que le dé-
i . Vie de Jésus, p. lui.
« veloppement de Jérusalem (qui était le pôle sud), cece lui du nord fut en somme bien plus fécond. Avec ses (( docteurs solennels, ses insipides canonistes, ses dé- « vots hypocrites et atrabilaires, Jérusalem n'eût pas <( conquis Vhumanité. Le nord a donné au monde la « naïve Sulamite, Thumble Chananéenne, la passionnée « Madeleine, le bon nourricier Joseph, la vierge Marie. (( Le nord seul a fait le christianisme.
<i Une nature ravissante contribuait à former cet es- (( prit beaucoup moins austère, qui imprimait à tous « les rêves de la Galilée un tour idyllique et charmant. . . ce La Galilée était un pays très-vert, très-ombragé, trèsce souriant, le vrai pays du Cantique des cantiques et ce des chansons du bien-aimé. Pendant les deux mois ce de mars et d'avril, la campagne est un épais massif de ce fleurs, d'une franchise de couleur incomparable. Les ce animaux y sont petits, mais d'une douceur extrême, ce Des tourterelles sveltes et vives, des merles bleus si léce gers qu'ils posent sur une herbe sans la faire plier, des ce alouettes huppées, qui viennent presque se mettre « sous les pieds du voyageur, de petites tortues de misée seaux, dont l'œU est vif et doux, des cigognes à l'air ee pudique et grave, dépouillant toute timidité, se laisee sant approcher de très-près par l'homme et semblant ee l'appeler. En aucun pays du monde, les montagnes ce ne se déploient avec plus d'harmonie et n'inspirent ce de plus hautes pensées. Jésus semble les avoir parti-
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« culièremeot aimées. C'est là qu*il se montrait aux « yeux de ses disciples, déjà transfiguré... Ce joli pays « surabondait, à Tépoque de Jésus, de bien-être et de « gaieté,.. La campagne devait être délicieuse... le m tt était délicieux et on en butait beaucoup. Cette vie « contente et facilement satisfaite... se spiritualisaiten « rêves éthérés, en une sorte de mysticisme poétique (1 confondant le del et la terre. Laissez Taustère Jeance Baptiste dans son désert de Judée... Pourquoi les « compagnons de TÉpoux jeûneraient-ils pendant qu'il « est avec eux? La joie fera partie du royaume de Dieu. « N'est -elle pas la fille des hommes de bonne yo- « lonté?
«Toute l'histoire du christianisme naissant, conclut «( M. Renan, est devenue de la sorte une délicieuse pasa torale, un Messie aux repas des noces^ la courtisane « et le bon Zachée appelés à ses festins, les fondateurs « du royaume du ciel comme un cortège deparanym- « phes : voilà ce que la Galilée a osé, ce qu'elle a fait « accepter...; et derrière cette idylle s'agite le sort de « l'humanité ^
« Jésus vivait et grandissait dans ce milieu enivrant. . . tt II parcourait ainsi la joyeuse Galilée au milieu d'une « fête perpétuelle. Il se servait d'une mule (la mule « n'est ici substituée à Tânesse que pour éviter la pro-