‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 114 sur 188 · Id.y p · texte numérisé non relu

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à Épictète^ cela pourrait passer pour de Féloge. Eh bien, ce qui serait éloge pour rhomme le plus digne et le plus pur, est pour Jésus - Christ seul un outrage, un blasphème. M. Renan lui-même Ta jugé ainsi* C'est bien le blasphème, et le blasphème le plus raffiné qu'il s'est proposé de distiller dans cette figure d'un Jésus charmant et riant. Pour cela, il n'a eu qu'à faire descendre la personne divine au niveau humain le plus attrayant, mais qui s'est trouvé le plus repoussant, par rapport à l'idéal du vrai Jésus dans l'âme humaine.

Par cette offense, il a manifesté la sainteté, la divinité du Rédempteur : il en a fait éclater le témoignage, dans ce sentiment de dégoût et d'indignation qu'en a ressenti toute âme honnête.

Il a montré ainsi le rapport étroit qu'il y a entre la foi chrétienne et le sens moral, le sens du bien.

Il a montré, en même temps, la solidarité de cette même foi avec le sens du vrai et avec le sens du beau, avec la raison et avec le goût, non moins offensés par cette conception absurde et ridicule autant que sacrilège.

Qu'ai-je besoin de dire à l'appui de cette seconde considération, qui n'ait été compris et senti déjà par le lecteur lui-même ?

Jésus-Christ et son œuvre, prodige qui sort de toutes les proportions humaines, s'explique merveUleusement par la foi à sa parole et à sa divinité. Si vous

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sortez de cette explication , à quelle autre vous ratta* cher? car il faut une explication à ce problème qui nous saisit de toute part, Ëh bien, voici celle que vous propose l'incrédulité, c'est que : Le nord seul de la Judée a fait le christianisme^ a conquis r humanité. — Et comment? — Parce qu'wne nature ravissante imprimait à tous les rêves de la Galilée tm tour idyllique et charmant; et que toute l'histoire du christianisme naissant est devenue de la sorte une délicieuse pastorale^ un Messie aux repas de noces, accompagné d'une bande de joyeux enfants, etc., etc.

Qui est-ce qui est le plus offensé par cette explication, je le demande, de la raison, de la vérité, du goût his» torique, ou de la foi?

Dirai-je, d'abord^ que la description de la Galilée, par M. Renan, fait bien peu d'honneur à la mission scientifique qui l'y a envoyé et qu'il rappelle si indiscrètement dans ce livre que très-certainement on ne lui a pas donné mission d'en rapporter ? L'état de la Galilée dément cruellement ce paysage à la Watteau, auquel il attribue d'avoir fait le christianisme. Et comme il prévoit que la Galilée n'est pas si inconnue qu'on ne puisse réclamer contre la fidélité de cette description, il croit g'en tirer par cette simple note : « Y horrible « état où le pays est réduit, surtout près du lac de Ti- <& bériade, ne doit pas faire illusion. Ces pays, main- « tenant brûlés, ont été autrefois des paradis terres-

m très.» — ^M. Renan traite la nature comme l'Évangile ^ .

Mais c'est TÉvangile surtout qui réclame contre cette joyeuseté dont M. Renan s'égaye à le farder.

Sans doute, il y a une joie dans TËvangile, et une grande joie. Il y a des béatitudes, et c'est par là que s'ouvre la vie et la prédication de Jésus-Ghrist. Mais quelle joie? Est-ce la joie qui rit? On le sait. « Bieni< heureux ceux qui pleurent! bienheureux ceux qui t< souffrent! bienheureux ceux qui sont persécutés! c< qu'ils se réjouissent et qu'ils tressaillent de joie, parce a que leur récompense sera grande dans lescieux. » — a Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous « pleurerez et sangloterez !» — « Le royaume de Dieu a souffre violence, et il n'y a que les déterminés qui <c l'emportent. » — «Si votre œil vous scandalise, arra- « chez-le ; si votre main vous scandalise, coupez-la. —

i. J'ai nommé Watteau. Voici des vers qu'on fit sur lui, et qui peuvent s'appliquer à la mignardise de M. Renan :

Parée à la française, un jour dame Nature Eut le désir secret de voir sa portraiture.

Que fit la bonne mère? Elle enfanta Watteau, Pour elle, ce cher fils, p*ein de reconnaissance , Non coûtent de tracer sa tîtc ressemblance.

Fit tant, et fit si bien, quMl la peignit en beau.

M. Renan renchérit encore sur Watteau, et c'est en joli qu'il peint même l'horrible, et en grotesque le divin. M. Scbërer luimême croit devoir rappeler à M. Renan que « le grand art est « celui qui, en tout sujet, conforme son ton, son dessin, son « style au caractère des faits qu'il reproduit ; et que les admi- « rateurs de son livre ne peuvent s'empêcher de lui faire le re- « proche d'y avoir manqué. » (Article du 29 sept. 1863.)

« Que celui qui veut être sauvé prenne et porte sa croix « et qu'il me suive, etc., etc. » Voilà comment l'Évangile est une délicieuse pastorale, au tour idylle et charmant, et Jésus un charmant rabbi , dont la gaieté s" exprimait sans cesse par d'aimables plaisanteries^ etc. Et quant à ces bons Galiléens, n'ayant jamais entendu une parole aussi accommodée à leur imagination riante et qui choyaient le charmant rabbi, voici ce qui en est : « Alors, il commença à reprocher aux villes de « Galilée de n'avoir pas fait pénitence. Malheur à toi, c( Corozain ! malheur à toi, Bethsalde ! car si les mia racles qui ont été opérés dans ton sein l'avaient été « en Tyr et Sidon, eUes eussent autrefois fait péni- <( tence dans le cilice et la cendre \ y> — a Entendant c( cela, ils furent tous remplis de colère; ils le jetèrent a hors de la ville et le menèrent au sommet d'un mont <( pour le précipitera»

« Ce qu'il faut chercher, dit M. Renan, dans la vie de <( lésus, c'estla justesse du sentiment général, la vérité de (( la couleur. » — Commenttrouvez-vousqu'ily arrive?

Je n'en appelle pas aux croyants, ni même aux penseurs, j'en appelle aux artistes, j'en appelle à la mémoire et aux œuvres du peintre de la Tentation et du Christ consolateur^ de cet Ary SchefFer dont le sang, allié à celui de M. Renan, doit refluer devant une telle profana-

i. Matlh., XI, 21.

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