Vie de Jésus, p. lix
diminuer. M. Renan a ohoisi ainsi le plus angélique idéal du dévouement et de l'abnégation tendre et humble, pour en faire un rival de fortune, et pour faire de Jésus son affidé.
Le lecteur n'est pas tenu de me croire sur parole, il faut citer.
c( Jésus quitta la Galilée, et se rendit avec sa petite a école auprès de Jean. Les nouveaux venus se firent a baptiser comme tout le monde... Les deux maîtres « étaient jeunes ; ils s'aimèrent et luttèrent devant le a public de prévenances réciproques. . . Les deux jeunes « enthousiastes , pleins des mêmes espérances et des a mêmes haines^ ont bien pu faire cause citmmune, et « s'appuyer réciproquement. Un vieux maître, voyant « venir à lui un homme sans célébrité, et garder visce à-vis de lui des allures d'indépendance, se fût ré^ (c volté... Mais la jeunesse est capable de toutes les abc( négations, et il est permis d'admettre que Jean c( accepta Jésus sans arrière-pensée personnelle... Mais « loin que le Baptiste ait abdiqué devant Jésus, Jésus, « pendant tout le temps qu'il passa près de lui, le re« « connut pour supérieur, et ne développa son propre « génie (jue timidement. A toutes les époques, d'ailtt leurs, Jésus céda beaucoup à l'opinion^ et adopta bien c( des choses, dont il se souciait assez peu, par Funique (( raison qu'elles étaientjD0/m/aire5... Le baptême avait « été mis par Jean en très-grande faveur ; il se crut
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« obligé de faire comme lui, il baptisa... L'élève égala « bientôt le maître, et son baptême fut fort recher- (( ché... La supériorité de Jean était d'ailleurs trop inc( contestée pour que Jésus, encore peu connu, songeât « à la combattre. Il voulait seulement grandir à son (( ombrCy et se croyait obligé, pour gagner la foule, « d'employer les moyens extérieurs qui avaient valu à « Jean de si étonnants succès^. En somme, l'influence (( de Jean avait été plus fâcheuse qu'utile à Jésus. Elle « fut un arrêt dans son développement... Tout porte à a croire que ce fut par une sorte de concession qu'il a inclina un moment vers le baptême ^. La seule chose « qu'il dut à Jean, ce furent en quelque sorte des le- « çons de prédication et d'action populaire... Jésus « ne sera plus seulement un délicieux moraliste; « c'est le révolutionnaire transcendant ' ! » — a Après « la mort de Jean, Jésus, comme confrère affidé, « fut un des premiers avertis de cet événement. »
i. Vie de Jésus, p. 106, 108.
2. Cet un moment est incroyable, et montre à quel point M. Renan ose tout dans les ténèbres d'ignorance où il suppose ses lecteurs. Qui ne sait, en effets que Jésus-Christ a prêché le baptême jusqu'à la fm, et qui n'entend cette grande parole qui remplit les siècles, par laquelle, terminant sa mission, il imprima à l'Église le caractère de celle qu'elle remplit à jamais : Allez donc, et instruisez tous les peuples, les baptisant ad nom DU Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer ce que je vous ai commandé?