‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 132 sur 188 · Fie de i/ésus, p · texte numérisé non relu

Fie de i/ésus, p

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étroites, filais ce lexique est tout fait : vous n'avez qu'à prendre le Dictionnaire de rAcadémie française au rebours. Et comme toutes les langues fraternisent dans un verbe intellectuel commun, il faut renverser toutes les langues, tous les livres, ou plutôt renverser ce verbe commun de la raison humaine. Alors seulement on comprendra Tincrédulité.

Voilà où en arrive Tincrédulité dans M. Renan.

C'est-à-dire à une des plus souveraines, des plus triomphantes et des plus vengeresses démonstrations de la foi chrétienne.

Nous allons la dégager en peu de mots.

Je n'ai pas besoin de faire ressortir d'abord tout ce que la manifestation de l'adorable caractère de Jésus- Ghaist, si admirablement fidèle à lui-même dans son incomparable type d'un bout à l'autre de sa vie : tout à la fois, si humain, si saisissable, si concret; et si divin, si attirant, si céleste, par l'harmonieux accord de sa double nature et la profonde unité de sa personne, — tout ce que la manifestation de Jésds-Christ, dis-je, gagne à cette monstrueuse et incohérente discordance des divers Jésus que l'incrédulité veut lui substituer : un Jésus idyllique, un Jésus politique, et un Jésus frénétique ; c'est-à-dire un niais, un fourbe et un fou : sans

préjudice du Jésus héroïque qu'on fait parader sur la façade, pour faire entrer le lecteur naïf dans ce spectacle de boulevard.

Lecteur qui en sortez, qu'en pensez-vous? Comment pouvez-vous accorder cet ignorant villageois avec ce charmant rabbi ; celui-ci avec ce rusé politique, qui devient un anarchiste, qui devient un charlatan et un franc imposteur, puis un géant sombre, et finalement un frénétique dont le paroxysme croissant le pousse à se faû*e tuer ÎEt tout cela, comment concevez-vous que ça puisse être à la fois et en même temps Y honneur commun de ce qui porte un cœur d^ homme, — F homme incompa'rable auquel la conscience universelle a décerné avec justice le titre de Fils de Dieu, — un principe inépuisable de renaissances morales, — le créateur du plus beau code de la vie parfaite qu^ aucun moraliste ait tracé, — le fondateur de la religion absolue, non-seulement pour cette terre, mais pour les autres planètes si elles ont des habitants doués de raison et de moralité? Comment conciliez-vous tout cela enfin avec cette remarque, que la morale de Jésus-Christ, que la religion de Jésus-Christ, c'est Jésds-Christ luimême; c'est l'imitation de ses exemples, de sa conduite, de sa vie : c'est-à-dire, dans le héros de M. Renan, de la sottise, de la duplicité, de l'imposture et de la folie?

Lequel de ces deux Jésus vous parait digne de votre

raison et de votre conscience, et par conséquent de votre foi?

Sans doute, direz- vous, cette conception de M. Renan est insensée, est abominable, et je la répudie. Je rougis même pour mon pays et pour mon temps qu'elle ait pu voir le jour. Mais je la laisse pour le compte de son auteur : ce n'est pas nécessairement la conception de Tincrédulité.

Honnête illusion !

Je ne répondrai pas seulement que fresque tous les organes de Tincrédulité ont avoué cette conception , Font exaltée, et que sa honte est devenue celle du camp tout entier qui réclamera probablement contre Texécution que j'en fais ici. Je dirai qu'en cela l'incrédulité a été juste envers M. Renan comme envers elle-même. Tellement, que je prendrai moi-même la défense de M. Renan, ou plutôt de la vérité, en maintenant cette solidarité de son œuvre avec l'incrédulité.

Sans doute M. Renan y a mis du luxe. Il a traité son sujet avec haine. Comme ce peintre de l'antiquité qui, pour faire sa Vénus, l'avait composée de toutes les beautés de la Grèce, il compose son Jésus de toutes les pauvretés et de toutes les laideurs morales qu'il peut ramasser, alors même qu'elles s'excluent. Il ne lui suffit pas du choix entre l'imposture ou la folie, les deux et d'autres ne sont pas de trop. — Mais, au fond, il est

dans les données nécessaires de toute incrédulité.

322 rfsWB-cîreiST.

Cdnsïiwnt tjela?

Rien n'est plus simple.

La conscience imiverselle et l'histeitie lui Iraçaieifl de ÎËSts-CHRisT et de son œuvre utttype de grandeur et de perfection dont il ne pouvait pas s'écarter. Nous ûfesommes plus au dernier -sièdle : il Ifairt tirer au moins le'chapea» aujaard*hui devaM Jésits-^hri sr ; si même il ne faut pas, avec M. Renan, regretter les places cù l'humanité voudrait venir baiser ^empreinte «fe ses pieds: — prettiière nécessité tjue nous ainoM reconnue avec sesi5onsé(ie€nces ûans te chapitre précédent.

MaintenaTit, powvait-iîl'se 1»ttir à ce Jésus, Yhonî^ur commun de ioutce'qui parfis nn tsœur d''komme?

Absolumentuon; et mm seconde nécessité le pressait.

Laquelle ?^ — 'Celle de «s'élever jtFsqu% JiÉ»u«-C'ffRTBT Dieu, ou de descendre à un Jésus 'infâme; oelle «fle le mettre au-dessus ^u au-dessous de Flnramie. Car cet être 'h part, que l'incrédultté me pourra jamais expliquer, est nécessairement plus ou moins qu'un homttie, ist il îmti l'adorer ou te conspuer.

Jésto-C HïiiBT, -en efiét, iious i'awns'vw, a fait 'et voulu paraître faire des miracles en graiid trofflfew^, guideraient d'un jongleur s'ils «'étaient pas 'd'un iHeu; ^ 'BOUS avons *^u ce dilemme dans teKfoel n(d«is avcms teissé M. fia^et'étll. Schérer «enfermés, pour no pas avoir VMiltt sui^e M. Aenandans son atleotat oonine ia

SA 1ȣRS0NNE. l]%i

conscience. Mais ce même dilemme se représente ic', indépendamment des miracles, dans des termes plus absolus, et qu'on n'a pas même essayé de discuter : dans les termes de la prétention, de l'affirmation solennelle de J.ésus-Chrisï', qu'il est Dieo même.

Maintenanrt;, «u il a dît vrai, ou il a dit faux : si vrai, il «si Dieu; si faux (Dieu me pardonne ce blasphème, mon co&nr l'efface à mesure que ma main Técrit), îlest un impoi'teur on un fou : je dirai même l'un et l'autre, avec M. Renan.

Si Jésus-Christ n'est pas Dieu, Hérode a eu raison . de le traiter comme un insensé, le grand prêlre comme un blasphémateur. Jésus-Christ, même, ne réclame pas contre ce traitement : il le s^iuffre comme un effet de l'aveuglement des Juifs, qui ne veulent pas voir en lui le Fils de Dieu. Sa seule défense a été de dire qu'il l'était réellement. Ou ne l'a pas cru. Dès lors il va de soi qu'il doit être traité comme il le fut dans sa passion et dans son supplice.

Of, cette situation de Jésus -Christ devant Hérode ^ devant Caïphe est encore et sera toujours la seule qu'il puisse avoir devant la conscience humaine. Cette conscience, mise en demeure de se prononcer sur sa personne, devra s'écrier, avec Pierre : Vous êtes le Christ, Fils Dru Dieu vivant! ou avec le grand prêtre juif : // a blasphémé, il est digne de /nort! Dans le premier cas l'adoration et l'amour, dans le

second, les crachats et les soufflets doivent s'ensuivre K Nous avons consacré vingt pages de nos Études à éprouver cet argument sous toutes ses faces ; et plus nous réprouvions, plus il grandissait; plus les objections déployaient sa force. Nous croyons avoir épuisé son étude et nous osons prier le lecteur d'y recourir^. Mais M. Renan, je l'avoue, a dépassé toutes nos hypothèses par ses énormités. On dirait même, qu'en ceci, comme en d'autres points, il a fait la part du feu en vue de nos démonstrations, et qu'il a posé la résistance en dehors des limites où nous la croyions possible.

Ainsi nous avions prévu et discuté l'argument du succès de Jésus-Christ, l'argument du bienfait^ l'argument même du départ qu'on voudrait faire entre son œuvre et sa personne; enfin l'argument de ï hypothèse

1 . Deux remarquables articles publies récemment par M. Garo dans le journal la France, se terminent ainsi : « Ou Jésus est le « Fils de Dieu, réellement Dieu, ou il n'est môme pas un homme « supérieur, pas même un homme d'une haute moralité... Ou le « christianisme est la vérité religieuse absolue, définitive, su- « prême, ou bien il n'y faut voir qu'un long mensonge de vingt « siècles... M. Renan semble ne pas s'apercevoir que tout ce « qu'il a ôté au Dieu dans le Christ diminue d'autant l'homme à « nos yeux, l'avilit môme devant la conscience humaine. Si vous « éliminez le surnaturel de cette vie, vous en faites moins qu'un « grand homme, moins qu'un honnôte homme : il a trompé le « monde 1... Cette Vie de Jésus est la mise en demeure de la « conscience moderne devant le christianisme. Pour nous, notre « choix est fait. »

2. Tome IV, ch. ii De la personne de Jésns^Christ, p. 60 à 80.

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de sa divinité créée par lui pour l'exécution de son dessein : et nous n'avons pas eu de peine à montrer que le succès du mensonge en serait le règne; que le bienfait du Christianisme en supposait la vérité ; que la séparation entre Jésus -Christ et son œuvre était impossible, puisque cette œuvre était lui-même appliqué au monde ; enfin que l'hypothèse de sa divinité créée par lui pour donner un fondement à son système, en aurait tout à la fois usurpé la fin par l'idolâtrie de sa personne, et contrarié cette même fin par tous les obstacles que cette idée d'un Dieu crucifié a soulevés dans le monde, et dont elle n'a pu triompher que précisément parce qu'elle est la vérité.

Mais dans tous ces raisonnements développés par nous, nous avons toujours pris pour point d'appui la conscience et la raison. Il ne nous était pas venu à la pensée qu'on pût les supprimer.

Et cependant, je comprends qu'à moins de se rendre, M. Renan ait été obligé de pousser jusque-là la hardiesse du désespoir.

Mais, par là, il n'a fait que poser le comble à la démonstration de la foi chrétienne.

Il a montré, en effet, qu'on ne pouvait nier Je sus - Christ sans entreprendre sur la conscience, sans entreprendre sur la raison ; qu'il y avait soUdarité, équation, identité entre le Christ et la Vérité, entre le Christ et la Raison essentielle, ou le Verbe qui parle

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en nous ; et que cette Vérité, cette Raison, ce Verbe, incarnés en Lui, û'ont fait dès lors que s'affermer, que se proclamer eux-mêmes lorsqu'il a dît :

c( Je suis la Vérité. -^ Je s\m la Lumière dix monde, a — Je suis le Pirincipe, lecfud vous parle. ^ Eôo stw Veiutas^ — Egù sum Lux Mo^fit^. — Phincipwm, qvi

ETLOOUOR VOWS'.

i. Joan., XIV, 6.

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