AnnotaMonesm Evangelia, p
IfOUVELLE PASSION. 331)
toutes les insultes et de toutes les fureurs dont il est le jouet et la victime. II la révoque d'abord en doute, et la retire autant qu'il est en lui. « Selon une tradition dit- « il (il appelle ainsi l'histoire écrite par un témoin ocu- « laire), Jésus aurait trouvé un appui dans la propre « femme du proçurfiteur. » — Ppis il salit ce généreux sentiment de la sorte : — « Celle-ci avait pu ^trevoir « le dotuc Galiléen de ^Ique fenêtre du pplais, don- « naijt sur les cours du temple. Peut-être le revit-elle a en sonjge^ et le san^ de ce beau jeune homme qui ala lait être versé lui dpnna-t-il le cauchemar *. »
Il faut plaindre îfi. Renan! ! !
Ce n'est pas notre faute si le procès de Jésus devient ainsi le sien, par la part qu'il lui platt d'y prendre. Pourquoi se mêle-t4l de ce qui toiœhe ce Jdste?
Il admet, <c selon tous les récits^ 1^ scène révoltante <( des soldats mettant sur le dos de Jésus une casaque « rouge, sur la tête une couronne formée de branches a épineuses, et un roseau à la main^ le souffletant et « crachant sur lui tour à tour, et le saluant avec génu- <c flexions roi des Juifs, v — Puis il ajoute tout aussitôt : (( On comprend difficilement que la gravité romaine se a soit prêtée à des actes si honteux. » — Pourquoi, si la g;ravité critique Jçs renouvelle fii\yourd'hui sur le Roi
\. Vie de Jésus, p. 403.
des siècles, et si elle est jalouse de l'intérêt qui lui en revient?
Mais surtout, et c'est là le couronnement de l'œuvre, qui passe non-seulement tout ce qu'on a vu sur ce sujet, mais tout ce qu'on verra, M. Renan tient à disculper Pilate, à disculper les Juifs du déicide. Ce sang du Juste, qu'ils appelèrent eux-mêmes sur eux et sur leurs enfants, pèse, ce semble, de tout son poids sur lui seul comme un cauchemar. Il faut qu'il le rejette. Mais encore ne sera-t-il satisfait qu'à demi , s'il ne le rejette, — sur qui? — sur la victime, sur les chrétiens. — Cela n'est pas croyable, direz-vous. — Il est vrai ; mais cela est.
Il commence d'abord par laver de nouveau les mains de Pilate. — Ces mots : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants qui proclamaient la responsabilité du procurateur romain sans l'en décharger, «c ces mots, dit « M. Renan, furent-ils réellement prononcés? On peut « en douter. Mais ils sont l'expression d'une profonde « vérité historique. » — Comme on le voit déjà, Q écarte ce sang des mains de Pilate et de la tête des Juifs, et il le retient pour compte de qui il appartiendra. — <c Vu l'attitude, continue-t-il^ que les Romains avaient « prise en Judée, Pilate ne pouvait guère faire que ce a qv^il fit. Combien de sentences de mort dictées par a Vintolérance religieuse ont forcé la main au pouvoir
a civil! Le roi d'Espagne )» (comme il arrive bien ici, le roi d'Espagne!) ce qui, pour complaire à un clergé faa natique (nous y voilà!), livrait au bûcher des cena taines de ses sujets, était plus blâmable que Pilote; a tar il représentait un pouvoir plus complet que n'était
a encore à Jérusalem celui des Romains Le bras
« séculier derrière lequel s'abrite la cruauté cléricale^ « n'est pas le coupable, etc., etc. »
Comme on le voit, les choses sont déjà bien avancées, et si M. Renan ne conclut pas dès à présent que le parti clérical est le coupable, c'est qu'il est bien modéré. Mais patience, suivons la dégradation des nuances.
« Ce ne furent rfo/ic ni Tibère ni Pilate qui condamfc nèrent Jésus. Ce fut le vieux parti juif; ce fut la loi « mosaïque. Selon nos idées modernes, il n'y a nulle « transmission de démérite moral du père au fils. . . Tout tt juif, par conséquent, qui soufifre encore aujourd'hui m pour le meurtre de Jésus a le droit de se plaindre. a Mais les nations ont leur responsabilité comme les a individus. Or, si jamais crime fut le crime d'une na- « tion, ce fut la mort de Jésus. Cette mort fut légale « en ce sens qu'elle eut pour cause première une loi qui « était l'Ame même de la nation.
Comment? une loi d'immoler celui dont le juge même proclame qu'eï n'a rien trouvé en lui de ce dont on l'accuse^ et qu'on ne Va convaincu d'aucun crimé^ ;
i. Luc, xxm, i4, 22. — Jean, xix, 6.
342 j£sus-cuRiST.
demandant qtiel mat à-t-il fait '? fejetant sur ses accusateurs le sang de ce Juste ^ et lés accusant dé ne lé poursuivre que par envie '? une telle loi d'inî^uîfé juridique serait /'4/W5, non d'un parti, lùais d'une nàtionî Mais c'est là une calomnie de M. Aetiâti, Aùûi tout Juif y ce me semble, a le dfoit de se plaindre.
M. Renaît, toutefois, explique sa pensée, et les Juifs vont être disculpés à la charge de Jé^u s.
a ÏA loi Mosaïque, dans sa forme moderne, il est vrai, d mais acceptée (ce n'est donc plus le vieux parti juif ?), «c prononçait la peine de mort contre toute tentative « pour changea le cuite établi. Or, Jésu^, sans nul a doute, attaquait ce culte et aspirait à le détruire. Les Cl Juifs le dirent à Pilate avec une FfiANCHiss simple et a VRAIE (!!!) : a Nous avons une loi, et, selon cette loi, « il doit mourir ; car il s'est fait le Fils de Dieu. » La loi a est détestable; mais c'était la loi de la féfocitë an- « tique, et le héi*os qui s'oflBrait pouf Patbroger devait a avant tout la subir*, y»
Yoilà le Sauveur du monde bien et dûnifètit coïnraiûVu, et ses bourreaux appuyés par M. K proctffeu^ gêûéral Renan près le prétoire impérial éKf Jtidée^, donnant seS conclusions dans le procèi^.