Eevue des Veux Mondes^ p
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tiques) après avoir mentionné les beaux travaux de M. Wallon et déclaré qu'il ne confrontera pas avec eux le livre de M. Renan, et que s'il n'entre pas dans cette discussion, ce n'est pas par dédain pour l'autorité des personnes ou pour les preuves qu'elles ont données dans ces livres; mais par l'impossibilité d'y entrer, sans accepter par cela même une supposition inacceptable, celle que le surnaturel soit seulement possible.
Nous ajournons l'examen de cette dernière proposition. Seulement la fin de non-recevoir qu'en tire M. Havet contre nos travaux apologétiques nous explique comment il ne les a pas lus, et la fausse opinion qu'il en a conçue.
S'il les avait ouverts, en effet, il aurait vu qu'ils ne sont pas autre chose que des démonstrations historiques, critiques ou philosophiques, et toujours exclusivement rationnelles, du christianisme. Il doit me suffire d'en appeler au public qui veut bien lire ces sortes de livres^ contre le préjugé de M. Havet, qui ne les connaît qu'à travers la couverture, sans que le titre même arrête ses regards, et qui n'y voit que des entorses, des suppositions, des artifices, et surtout du surnaturel.
Dans son excusable erreur, puisqu'il ne les a pas lus; et son inexcusable témérité, puisqu'il en parle, il confond la méthode des croyants entre eux et la méthode des croyants vis-à-vis des philosophes. Ces deux méthodes, qui ont toujours été employées dans la société
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chrétienne, ne se sont jamais mêlées'. De nos temps seulement, la méthode rationnelle a tellement prévalu, qu'elle a presque entièrement banni la méthode croyante, et que la raison et la philosophie sont montées jusques dans les chaires, et ont relégué la foi derrière Tautel. Qui ne connaît les immortelles conférences du R. P. Lacordaire, dont la Vie de Jésus de M. Renan a reçu à l'avance les coups terribles, dans la Vie de Jésus du docteur Strauss? Si on peut leur reprocher une chose, reproche qui tombe encore plus sur leurs imitations, c'est d'être restées en deçà du mouvement de foi qu'elles ont produit, et d'avoir laissé le prédicateur plus philosophe que l'auditoire.
Je parle des prédicateurs ; qu'est-ce donc des écrivains, et des écrivains laïques? Qu'il me soit permis de dire, pour mon compte, que je crois avoir, quant à la méthode, justifié le titre d'Études philosophiques ^ donné à tous mes travaux, même à ceux, j'en demande bien pardon à M. Havet, qui ont pour sujet la Vierge Marie; et j'espère l'éprouver sur lui-même bientôt.
Dans tous ces travaux, les apologistes partent toujours de la raison, et n'arrivent à la foi que par de bonnes preuves, logiquement déduites. L'exposition, l'observation^ la discussion historique ou philosophi-»
i. Leur distinction apparaît dans la grande Somme de saint Thomas, et sa Somme contre les Gentih,
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que, et laifoi sortant à la fin, comme le fruit mûri de la raison, yoilà notre marché; Nous ne disons pas, comme se l'imagine M. Havet, le livre est sacrée donc il est vrai; mais nous établissons d'abord que le livre est vrai, et nous ajoutons ensuite que le caractère qu'il porte est sacré. Nous prenons un texte, ou un fait, ou un principe, abstraction faite de son caractère ou de ses conséquences surnaturelles, et nous éprouvons sa vérité historique oii rationnelle, comme de tout autre fait^ de tout autre principe humain. Nous jugeons tout, et ne préjugeons rien.
« Pourle croyant, dit M. Havet, la foi n'a pas de titres c( à produire, mais tout au plus à se défendre contre ceux <c qu'on prétendrait produire contre elle. » — Comment? nous ne produisons pas de titres? Et que faites-vous donc depuis dix-huit siècles? que combattez-vous, si ce ne sont nos titres, nos Écritures, nos prophéties, nos Évangiles, nos miracles, la personne de notre divin fondateur, notre établissement et notre histoire : titres inviolables, que Voltaire appelait spirituellement et justement le dossier de la partie adverse^ et que nous n'avons cessé de vous opposer, dont nous n'avons cessé de vous accabler, sans que vous ayez jamais pu en diminuer une pièce ?
c( La foi se défend tout au plus contre les titres qu'on c( prétendrait produire contre elle ! » — J'aime bien cet on prétendrait produire; il est modeste et prudent ;
son caractère conditionnel sied à merveille. Il manque, en effet, une certaine condition à la production des titres de l'incrédulité contre la foi, c'est qu'elle en ait jamais eu. Je l'ai déjà fait observer, et la conséquence est décisive. Jusqu'à nos jours, l'incrédulité, non-seulement n'a jamais produit aucun titre qui vînt faire échec aux nôtres, mais elle s'est abstenue de se risquer dans la moindre explication du grand problème historique dont nous seuls tenons la clef. Elle a éludé le Sphinx, dont nous sommes restés les seuls Œdipe. Aujourd'hui seulement, M. Renan se risque, dans sa Vie de Jésus. Il produit une explication, enfin, et à l'appui, des titres. Et ces titres, quels sont-ils? Les nôtres, rien que les nôtres. Nos Évangiles avoués ou dénaturés, voilà vos titres !
Reste donc que notre méthode est la grande méthode rationnelle, ne partant pas du surnaturel et de la foi, ne les supposant pas même, mais aussi ne les écartant pas; et ne les admettant finalement que lorsque nous ne pourrions les rejeter sans désavouer la raison même.
Mais tout ceci va devenir plus clair par l'examen de la méthode de nos adversaires. Ils vont, en effet, nous venger eux-mêmes, avec usure, de leurs fausses imputations.