Revue des Deux Mondes, l^^août 1863, p
LA VXJiIRGfi KAKiE. 4r43^
La critique touche là un des points les. plus convaincants contre elle de la vérité évangélique, au sujet de Marie^ et tout à fait décisif en ce (jni regarde la scène du Stabat.
En effet :
Les différences dont on parle ne sont pas^ relevées^ comiae de» contradictions. On ne yeul pas dire; na^éme que ce soient des différences ; c'est-àrdire. que ce que dit l'un diffère de ce que dit Tautre sur an même point. On veut dire seulement que Tuu tait ce) que* Tautre rapporte;que saintLuc ne parle pas du^/ési^x^ dont park saint Jean, et saint Jean du Pertransivit gkuiius dont parle sainib Luc. M. H&vet fait ainsi remarquer que saint Marc ne préconise en rien Marie, et rapporte même des paroles de Jésus qui la dépriment ; que saint Matthieu, par TappUcation de la prophétie Ecce Virgo concipiet à Marie, présente pour la première fois la conception et la naissance de Jésus comme surnaturelles ; que saint Luc, développant la légende, raconte seul l'Annonciation, La Visitation, la Présentation^ Jésus retrouvé parmi les docteurs, et aéanmoins dit des choses qui diminuent et effacent ensuite tout à fait Marie; «t enân, que saint. Jean qui, pm des raisons qui ne sont pas de mon sujet, dit M. Havet, ne dit rien qui ait rapport à la maternité miraculeuse de Maide, qui l'humilie même en rapportant la réponse que lui fit le Sauveur aux nœes de Cana, cep(8ndant la met en lumièiie au pied de la cBoix.
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Tout cela est très -vrai, et très -concluant contre M. Havet et contre l'impiété envers Marie.
Qui ne voit, en effet, que c'est précisément parce que ce qui est dit ou tu de Marie est ainsi disséminé sans système dans les Évangiles, qu'il faut y voir la preuve de sincérité la plus désintéressée et la plus véridique?
Combien Tapplication que saint Matthieu fait à Marie de la prophétie Ecce Virgo condpiet^ est-elle exempte de parti pris, puisqu'il laisse à saint Luc le soin de raconter dans la scène de l'Annonciation l'accomplissement littéral de cette prophétie, dont, à son tour, saint Luc ne parait pas être préoccupé!
Combien saint Luc, qu'on accuserait infailliblement de complaisance pour la gloire de Marie, à s'en tenir à toutes ces grandes scènes de l'enfance de Jésus préconisé et adoré dans les bras de la Vierge Mère, est-il purgé de tout soupçon à cet égard par la simplicité avec laquelle il dit d'elle et de Joseph, au sujet de la réponse que leur fit Jésus retrouvé parmi les docteurs : Et ils ne comprirent pas ce qu^U leur disait l a Trait inconcett vable après tout ce qui remplit les premiers chapi- « très, » observe M. Havet : inconcevable, en effet, étant donné votre système de partialité évangélique, qui en est dès lors renversé.
Et maintenant que dire de saint Jean et de la scène du Stabat^ objet de ce propos ! Quoi, Mi Renan taxe cet Évangéliste d'avoir voulu se donner de l'importance en
en donnaDt à Marie au pied de la croix; il lui impute d'avoir voulu attacher ainsi à sa doctrine du Verbe incamé une haute autorité, et voici que, selon la remarque de M. Havet, saint Jean néglige de parler de la maternité miraculeuse de Maiûe ! Pourquoi a-t-il omis de mettre en relief, comme saint Luc, comme saint Matthieu, ce caractère de Mère de Dieu qui devait donner tant de grandeur à celui de Mère des hommes, dont il lui fait donner Finvestiture par Jésus mourant? C'est pour des raisons qui ne sont pas de mon sujet , dit M. Havet. En vérité, il n'y a que M. Havet pour se tirer d'embarras de cette sorte; et cela peut aller avec son je ne puis qu'énoncer sans le prouver ce que je pense. C'est encore pour des raisons qui ne sont pas de votre sujet, sans doute, que saint Jean pu son école, qui cherchait toujours à se donner de l'importance en se rattachant à Marie, aura, seul des Ëvangélistes, infligé à cette mère ce prétendu désaveu par lequel Jésus, selon vous, la réprime publiquement aux noces de Cana^? C'est enfin pour ces mêmes raisons que saint Jean évite de relier la scène du Calvaire à la prédiction qui en fut faite par le vieillard Siméon, et réciproquement, que saint Luc, qui rapporte cette prédiction, évite de la justifier par le récit de son accomplissement au Calvaire?
1 . Voir pour l'explication de cette scène l'étude spéciale que nous lui avons consacrée dans notre Vierge Marie d'après V Évangile.
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Voilà la lo^que de Timpiété.
Nous lui devons ainsi la démonstration de la sincérité éyangélique touchant Marie, et de la vérité historique de ces grandes paroles du Testament de Jésus : Femme, voila votre fii^s; Fils, voila votre mère.
Maintenant, il oeui rasteraU à oiûntrer que ces paroles ont k portée d'une maternité devant s'étendre à rhumaaité tout entière. Nous Tavons fait amplement ailleurs ^ Eoire auti^ea raisons^ très-ridies autant que nombreuses, que nous a fournies ce grand sujets il en est une que M. Renan vient confirmer et que pour ce motif nou& devons meltre ici en lumière.
tt La hauteur ei^lyéma du eanetèi» de Jésus, dit « M. Renan^ ne rend pa& un tel attendriasemanJt parie sonnel vraisemblaUe, au moment où, uniquement a préoccupé de son (Buvre, il n'existait plus que pour « Thumanité* »
M. Renan a raison : donc, ce n'est pas par attendrissement personnel, mais uniquement au point de vue de son œuvre et de l'humanité qu'il a légué sa Mère.
M. Renan me donne parfois, et surtout ici, de l'orgueil. Il me ferait croire qu'il a lu ma Vierge Marie^ et même qu'il en a profité. Qu'il me permette de profiter à mon tour de sa Vie de Jésus et de reprendre mon bien où je le trouve.
i . La Vierge Marie diaprés l'Évangûe,
Yoiei en efiEet ce que j'ai écrit à ce sujet, et ce que la réflexion de M. Renan vient confirmer.
Si ces paroles de Jés os ont un sens mystique, c'esV àrdire si, sous Tenveloppe d*un fait particulier, elles ont une signification générale, une application universelle à tous les hommes dans un seul, par rapport à Marie, toute la thèae catholique sur le culte dû à Marie par tout disciple de Jésus est une fois de plus justifiée.
Or^ cela ne peut pas faire question.
Il ne peut pas faire question, disons-nous, que Jésus n'ait parlé à l'humanité tout entière dans saint Jean.
La raison en est péremptoire: c'est que Jésus n'a jamais parlé qu'à l'humanité.
Comme il n'est venu que pour le salut du monde, tout ce qu'il a dit et tout ce qu'il a fait n'a pas eu une moindre portée. Affranchi qu'il était par sa divinité et par sa Providence de tout besoin, il n'a pas eu à faire quoi que ce soit qui ait eu son intérêt privé pour objet, commâ l'eût été la conservation de sa Mère. Loin d'avoir besoin de suppléant et de curateur pour prendre soin d'elle après sa mort, lui qui allait du sein de celte mort rejeter la pierre de son sépulcre et ressusciter à jamais dans la gloire, il avait plutôt à faire effort, si j'ose dire ainsi, pour ne pas y pourvoir en Dieu, comme pour ne pas pourvoir à sa propre défense. Il n'aurait eu qu'à ne pas vouloir souffrir^ comme il l'a dit lui-même, pour
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qu'aussitôt douze iégians d'Anges^ eussent préserré son humanité de toute atteinte. Ces mêmes Anges eussent gardé sa Mère, comme ils Font portée à la fin dans les cieux. Mais comment se seraient œcomplies les ÉcritU'res^f c'est-à-dire le dessein de notre salut?C*est donc uniquement en irue de ce dessein que le Fils de Dieu a fait et dit tout ce qui est rapporté dans Y Évangile^ dont le nom seul exprime Funiversalité de tout ce qui y est contenu. En un mot, le caractère de Sauveur du mande étant le propre de Jésus, a imprimé son cachet et sa portée à toutes ses actions et à toutes ses paroles. Il n'en est aucune qui n'ait été l'action et la parole du Sauveur, et qui n'ait eu pour objet l'humanité tout entière.
Que s'il en est ainsi de tous les actes du Sauveur dans le cours de sa vie, qu'estrce donc de ceux qu'il a accomplis sur la Croix, et au moment même où il opérait le salut du monde? L'instant de la mort est ordinairement celui où se font entendre les suprêmes paroles, celles où le mourant exhale en quelque sorte ce qu'il y a de plus profond dans son âme, son âme même dont il imprime le caractère dans ces novissima verbaque l'histoire met un si religieux empressement à recueillir. Si donc le Christ n'a jamais eu dans son âme d'autre sentiment que sa divine charité pour les hommes, comment lui en supposer un autre dans ce moment des moments, qu'il
i. Matth., XXVI, 53.