Vie deJésu8, p
56 JÉSUS-CHBIST.
Nous verrons, en particulier, combien il est absurde autant qu' odieux de l'appliquer àJÉsus-CHBisx, de qui nos sociétés modernes tiennent précisément ce haut sentiment moral de sincérité qui la repousse. Pour le moment, je me borne à constater que cette théorie immorale est un des procédés de la méthode employée dans la Vie de Jésus.
Je dois dire que M. Renan en a seul la responsabilité et que tous ses panégyristes la déclinent. Mais nous verrons rimpos&ibilité où ils se trouvent de se tirer sans elle de la négation de la divinité de Jésus -Christ, et ce ne sera pas une des moindres preuves de cette divinité. Ce n'était pas assez de la théorie de l'imposture; M. Renan devait y joindre celle de la folie, et elle ne lui était pas moins nécessaire pour commettre son dessein. Il le fait surtout dans la page suivante, digne pendant de celle que nous venons de citer.
Après avoir présenté la sainteté comme synonyme d'extravagance^ il dit : — « Gardons-nous donc de mute tiler rhistoire pour satisfaire nos mesquines suscep- « tibilités. Qui de nous, pygmées que nous sommes, « pourrait faire ce qu'a fait l'extravagant François d'As- « sise, l'hystérique sainte Thérèse? Que la médecine « ait des noms pour exprimer ces grands écarts de la « nature humaine; qu'elle soutienne que le génie est (( une maladie du cerveau ; qu'elle voie dans une cerc( taine délicatesse de moralité un commencement d'é-
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« tisie; qu'elle classe Tenthousiasme et Tamour parmi (( les accidents nerveux, peu importe. Les mots de sain « et de malade sont tout relatifs. Qui n'aimerait mieux a être malade comme Pascal que bien portant comme « le vulgaire? Les idées étroites qui se sont répandues tt de nos jours sur la folie égarent de la façon la plus (( grave nos jugements historiques dans les questions « de ce genre. Un état où l'on dit des choses dont on a n'a pas conscience, où la pensée se produit sans que a la volonté l'appelle et la règle, expose maintenant un (( homme à être séquestré comme halluciné. Autrefois, « cela s'appelait prophétie et inspiration. Les plus belles i< choses du monde se sont faites à l'état de fièvre ; toute « création éminente entraîne une rupture d'équilibre, « un état violent pour l'être qui la tire de lui^ »
Telles sont, sur le sens commun comme sur le sens moral, les théories que M. Renan a dû se faire pour écrire sa Vie de Jésus. Je lui fais l'honneur de croire que, pour son usage personnel, il les réprouve, et que, comme le dit M. Sainte-Beuve, il ne s'en est pas plus tiré à sa satisfaction propre qu'à celle de ses lecteurs. Mais, comme incrédule, il ne pouvait pas s'en tirer autrement. Si on ne lui passe pas ces théories^ si on lui oppose les éternels principes de la raison et de la conscience, son œuvre ne peut pas se soutenir.