Vie de Jésus, introductiOB, p. li
6S JÉSU»-GH&1ST.
« dans de telles conditions, la résurrection s'opérait , une a probabilité presque égale k\à certitude serait acquise. « Cependant^ comme une expérience doit pouvoir tou- (k jours se répéter. « . le thaumaturge serait imité à repro* « d uire son acte merveilleux dans d'autres circonstances) a sur d'autres cadavres, dans un autre milieu. Si chaque « fois (combien ?) le miracle réussissait, deux choses <( seraient prouvées : la première, c'est qu'il arrive dans ui le monde des faits surnaturels; la seconde, c'est que « le pouvoir de les produire appartient ou est délégué (( à certaines personnes*. • — Jusqu'à nouvel ordre ^ <i donC) conclut M. Renan, nous maintiendrons ce prince cipe de critique historique, qu'un récit surnaturel ne <i peut être admis comme tel, et qu'il impUque toujours « crédulité ou imposture ^ n
Je hvre au bon sens du lecteur, en attendant que j'en fasse justice au chapitre des miracles, le projet de cette commission^ en dehors de laquelle Dieu ne pourrait plus faire de miracles, ni le genre humain croire de miracles. Ce projet^ cependant, M. Renan n'y tient pas si absolument, qu'il ne daigne discuter le miracle de la résurrection de Lazare. Mais il le fait si heureusement, que M. Schérer et Mé Havet en sont effrayés, et qu'ils interviennent pour mettre ordre à tout ce scandale de raison et de discussion.
i. Vie de Jésus, introductioni p. uu
LA MKTHOSK. 63
M. Schéref) d'abord^ trouve que M« Renan concédant que le miracle n'est pas impossible, n'a pas pris assez de précautions contre les conséquences de cette con^ cession, en se bornant à dire qxïil n'y a pas eu encore de miracle constaté. Il aurait dû aller plus loin, et affirmer qu'eV est impossible de constater rigoureusement le miracle^ même au moyen de sa commission. Que résulterait-il, en eifet, de la résurrection bien avérée d'un mort, de plusieurs morts, même? Uniquement ceci : (( qu'on aurait un fait sans exemple, inexplicable, dont « on ne saurait rendre compte par les lois connues de « la nature. » Mais que ce serait là un fait surnaturel^ un miracle? Nullement. Au contraire, a c'est à Topposé « qu'il faudrait conclure) dit M. Schérer ; il faudrait « dire : Tout phénomène a une cause, ^\. jusqu'à preuve « d%i contraire^ cette cause doit être tenue pour natucc relie*. »
Il faut convenir, cette fois, que M. Schérer a mis la chevillettc, et que voici Dieu bien empêché. Peut*étre se serait-il déterminé à descendre devant la com/nmeow. Mais le moyen, les morts étant ressuscites, de prouver encore que ces résurrections sont des miracles? La résurrection d'un mort ne doit^elle pas être tenue pour chose naturelle???
Et M. Havet, lui, que dit-il de tout cela? M* Havet,
\ . Troisième article sur la Vie de Jésus par M. Renan, journal le Temps du 28 juillet 1863*
plus franc ou plus imprudent, en véritable enfant terrible de M. Renan, répète ce qu'il a toujours entendu professer à son maître, sans paraître comprendre pourquoi celui-ci y met, dans sa Vie de Jésus, quelques ménagements.
<c C'est le principe dominant, dit-il, de la vraie his- «c toire, comme de toute vraie science,— et sans lequel «c on peut dire qu'elle n'existe pas, — que ce qui n'est « pas dans la nature n'est rien, et ne saurait être «c compté pour rien, si ce n'est pour une idée. . .
« Ce principe, continue M. Havet, a mis entre le a passé et l'avenir, dans l'ordre intellectuel, un abîme «c infranchissable. Ceux qui refuseraient encore d'adc( mettre ce principe n'ont rien à faire du livre de a M. Renan, et M. Renan, de son côté, n'a pas à s'in- « quiéter de leur opposition et de leur censure, car il « n'écrit pas pour eux. »
a On ne s'étonnera donc pas que je ne confronte point « son ouvrage à d'autres travaux faits dans un tout a autre sens. Si je n'entre pas dans cette discussion, «t c'est par l'impossibilité d'y entrer, sans accepter par (( cela même une supposition inacceptable, celle que le ft surnaturel soit seulement possible. Le philosophe « part de la raison, le croyant part de la foi. — L'orthoa doxe n'a pas besoin de prouver le miracle *, il est con-