Eevue des Deux Mondes, avril 4858, p
(c les formules élevées ^ » — Ce en quoi seulement M. Renan difière d'eux. — Enfin, parlant de M. Feuerbach, qui a été la personnification la plus avancée do l'athéisme allemand dans ce siècle, il réclame pour lui contre la qualification d'athée, — ou, s'il était athée, dit-il, il l'était « dévotement et avec une sorte d'onc- « tion *• »
Nous n'accusons pas M. Renan de l'être autrement : ou plutôt nous l'accusons précisément de l'être de cette façon, beaucoup moins franche et plus dangereuse.
Nier Dieu en face serait trop fort : on irait se heurter par là contre le genre humain. D'autres Font tenté et s'y sont brisés. On s'y prendra différemment. On niera Dieu en Jésus-Curist, et le surnaturel dans l'Évangile, par une présupposition qui impliquera la négation de Dieu dans celle du surnaturel, et qu'on fera passer sans
discussion; mais « dévotement et avec onction »
Oh! la franche manœuvre!
La Vie de Jésus surprend ainsi la religiosité du lecteur frivole. Elle cache la face hideuse de l'Athéisme sous une vapeur d'encens. Mais la profusion même du divin l'y dénonce.
Aimez-vous le divin, on en a mis partout.
Comme ces essences parfumées dont parle Juvénal,
4. Eevue des Deux Mondes, avril jS58, p. 504. 2. Liberté de •penser^ t. VI, p. 347.
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qui trahissent par leur excès le mai dont celui qui en abuse est atteint.
Qui bene olet, maie olet.
Voilà le fond de la Vie de Jésus.
Voilà la méthode.
Voilà la question.
La méthode! elle a pour procédés auxiliaires la divination et la conjecture; le roman et le libelle ; la théorie de rimposture et de la folie. Mais elle a pour critérium la négation indiscutable du surnaturel en possibilité et en essence : Tathéisme. C'est là le creuset où Thistoire la plus véridique devient légende, et où le Christ qu'adorent les anges, devient celui que patronne M. Renan.
La question! elle n'est plus que Jésus soit Dieu;mais que Dieu soit. Elle n'est plus de savoir si nous devons revenir au paganisme, mais si nous devons aller à ce qui était en horreur même au paganisme.
Montrons que nous devons rester au Dieu de l'Évangile, au Fils DU Dieu vivant ^ »
1. MM. Renan et Havet donnent la main à M. Proudhon, dans son livre de la Justice dans la Bévolution et dans VÈglise, Ce livre en effet roule sur rélimination de Dieu, sous le nom à! absolu^ de la conscience humaine, comme la Yù de Jésus roule sur Félimimiion du surnaturel. C'est ce que M. Proudhon appelle la Doctrine de la Révolution. Ce n'est pas que celle-ci soit athée, M. Proudhon Ten défend. « La Révolution n'est point athée, elle est
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a antithéiste, » elle ne nie pas Vabsolu, elle le chasse, elle veut en délivrer la France. MM. Renan et Havet sont en progrès sur M. Proudhon. Pour eux, le surnaturel, l'absolu n'est rien, ne saurait être compté^ pour rien. 11 n'y a pas à éliminer Dieu et à lui faire la guerre : il n'est pas ; ou mieux encore il n'est que l'humanité. C'est beaucoup plus simple. « L'absolu de la justice et « de la raison ne se manifeste que dans l'humanité. Envisagé « hors de l'humanité, cet absolu n'est qu'une abstraction ; envi- « sage dans l'humanité, il est une réalité. Vinfini n'existe que « quand il revêt une forme finie. » (Article de M. Renan sur la métaphysique de M. Yacherot.)