‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 33 sur 188 · DÉMONSTRATION PRÉLIMINAIRE TIRÉE DE CE QUI PRÉCÈDE · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION PRÉLIMINAIRE TIRÉE DE CE QUI PRÉCÈDE

Ainsi que nous aous le sommes proposé, ce livre ne doit pas être mie simple polémique : nous ne devons pas nous y borner à confondre uniquement Tœuvre de M. Renan, de telle sorte que Teffet soit seulement un livre effacé par un autre livre, qui lui-même s'effacerait dans ce succès.

Nous voulons tirer un résultat durable et qui survive ; et pour cela concluant et af&rmatif. En réfutant la Vie de Jésus, nous voulons 4out à la fois la détruire et la conserver ; la repousser et nous en emparer ; Tempêcher de nuire et la faire servir à notre foi.

Déjà, dans le chapitre deuxième, où nous avons fait valoir Timportance de la question, et dans le chapitre troisième, où nous avons exposé notre méthode, nous avons préparé ce travail apologétique qui doit se croiser avec le travail polémique dans notre ouvrage, soit en chapitres distmcts, soit dans le même chapitre.

Maintenant, après avoir Mt une large part à la polé-

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mique dans le chapitre qui précède, nous devons dans celui-ci dégager et tirer nos premières afQrmations.

Elles seront courtes, mais fortes et simples, parce que ce sont les affirmations du bon sens.

Jésus- Christ est Dieu, dison&-nous : cela résulte déjà de la question posée, et de la méthode employée pour le nier.

Et d'abord cela résulte de la question.

Je veux bien concéder, pour le raisonnement, que ce soit une question. C'est une vraie concession que je fais là, à considérer sérieusement et d'un cœur impartial le fond des choses. Car^ enfin, tout ce qu'il y a eu de grands esprits honnêtes a embrassé Faffirmative; et sur cette affirmative crue, professée et pratiquée jusqu'au dévouement, jusqu'au sacrifice, la partie la plus éclairée du genre humain marche, depuis dix-huit siècles, dans la vraie civilisation. Nos adversaires, M. Renan surtout, en tombent d'accord avec nous, et ils épuisent tout le langage de l'admiration et de l'enthousiasme pour rendre hommage à cette vérité. Tout ce qu'ils disent, en effet, pour préconiser l'influence morale et sociale de Jésus sur le monde, n'a jamais eu lieu que par la foi à sa divinité : foi qu'ils répudient, mais qui a toujours été la condition de cette influence. L'affirmative de la question

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a donc pour elle, de leur aveu, le monde, rtiumanité. Quant à la négative, je ne sais pas si elle ralHe beaucoup de partisans ; car je ne considèi*e pas comme tels ceux qui doutent; et le doute, selon M. Schérer, au sujet de cette question, est la forme suprême de la science.

Dans de telles conditions, entre une telle affirmation et le doute, j'ai le droit de dire que la question, posée comme sérieuse, est une concession; et je n'en voudrais pour témoignage que l'effet général de témérité et de paradoxe produit sur la masse du public par le livre de M. Renan, et toutes les protestations éclatantes ou secrètes qu'il a soulevées.

Mais enfin, la divinité de Jésus-Christ, étant sérieusement, je le veux bien, une question', et de cela seul qu'elle peut l'être, cette question se résout affirmativement pour le bon sens : elle implique son affirmative.

Elle l'implique à deux points de vue : par rapport à Jésus- Christ et par rapport à nous.

Et d'abord, se représente-ton bien ce que c'est de la part d'un être, que de pouvoir être sérieusement l'objet d'une telle question ; que de la soulever et de la soutenir depuis dix-huit siècles ; que de pouvoir sérieuse-

1. Quand je dis une question, j'entends non en soi, mais en fait, et dans Tëtat des esprits.

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ment tenir rhumanité en suspens sur le point de savoir s'il n'est pas réellement Dieu?

Selon l'observation très-judicieuse qu'on attribue à Napoléon, dans un jugement sur cette question qui est digne de son génie, Jésus est le seul qui ait osé dire clairement, non pas je suis un Dieu, mais, ce qui est bien différent, je suis Dieu. L'histoire ne mentionne aucun autre individu qui se soit qualifié lui-même de ce titre de Dieu dans le sens absolu.

Dans ce sens absolu, en effet, l'idée que nous avons de Dieu est si grande, si accablante, si formidable, la distance qui en sépare l'homme le plus éminent est si infranchissable à l'imagination même, que se mesurer avec cet idéal jusqu'à se l'identifier, jusqu'à se le personnifier, est le comble de la Me en tout autre sujet que Jésus, et ne soutient pas un regard de la raison. Comment en Jésus seul, parmi tous les mortels, cette affirmation se concilie-t-elle avec une sagesse qui devrait l'exclure plus qu'en tout autre, si elle ne la justifiait pas? — Gomment a-t-elle pu faire question un instant, autour de lui, comme nous le voyons dans l'Évangile, lorsque J^sus, se promenant sous le portique de Salomon, les Juifs l'entourèrent lui disant : oc Jusques à a quand tiendrez -vous notre esprit en suspens? » Quousque animam nostram tollis * ? — Comment, dans

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