Daniel, vu, 13 et suiv
liO jiSUSKÎHBIST.
pour B'élever à la plus haute puissance ? Et encore une fois, si prophétiser des événements naturels est un prodige, qu'est-ce donc de prophétiser des prodiges ?
Ce n*est pas tout.
Ce même Daniel a prophétisé non-seulement cette puissance prodigieuse du Christ, mais il a prédit son immolation, qui la rend encore plus prodigieuse. Il a prédit la gloire du Crucifié. — Et il a fait cette prédiction avec une telle précision de dates et de circonstances, que l'histoire et l'astronomie s'en sont aidées ^
4 . Un jeune astronome du siècle dernier, enlevé à la science par une mort prématurée, et dont les rares et nombreuses connaissances, dit le savant naturaliste Bonnet, étaient relevées par . une modestie, «ne candeur et une piété plus rares encore, M. de Cheseaux, fit dans les prophéties de Daniel des découvertes astronomiques qui étonnèrent deux des premiers astronomes de ce siècle, Mairan et Gassini. « 11 n'y a pas moyen de disconvenir « des vérités et des découvertes qui sont prouvées dans votre disa sertation, lui écrivait Mairan ; mais je ne puis comprendre (il « était incrédule ) comment et pourquoi elles sont aussi réelle- « ment renfermées dans l'Écriture sainte. » Gassini, sans s'arrêter comme Mairan aux comment et pourquoi, déclara bientôt après, avoir trouvé toutes ses méthodes pour le calcul des mouvements du soleil et de la lune, déduites du cycle de Daniel et de l'arrivée des équinoxes et du solstice au méridien de Jérusalem, très-démontrées et parfaitement conformes à l'astronomie la plus exacte. « Eût-on soupçonné, ajoute Bonnet, que l'étude d'un proa phète enrichirait l'astronomie transcendante, et qu'elle nous « vaudrait, sur certains points très-dif&ciles de cette belle science, « un degré de précision fort supérieur à celui que le calcul avait « donné jusqu'alors? » {Becherches philosophiques sur les preuves duChrisUanisme, par G. Bonnet; Amsterdam, 1783, p. 163, note.)
LBS «ROPH<TIKS. 131
Tout le monde connaît cette célèbre prophétie des Semaines, que, pour cette raison sans doute, M. Renan n'a pas citée ; car du reste elle fait corps avec celle du Fils de l'Homme qu'il vient (\e rapporter. Il est bon cependant de la reproduire. La voici :
a Écoute la parole, dit l'Esprit do Dieu au prophète, a et vois la vision :
(( A soixante et dix semaines ^ se réduit le temps déa crété sur ton peuple et sur la ville sainte, pour que la a prévarication soit abolie, que le péché s'expie, que « l'iniquité soit effacée, que la Justice des siècles « soit introduite, que les visions et prophéties soient c( consonmiées, et que le Saint des saints soit oint^.
(( Apprends donc, et saisis bien :
i . Semaines d'années, chacune de 7 ans, font 490 ans, durée exacte à partir du point que va fixer la prophétie jusqu'à la mort du Christ. — Voir les justifications de détail, dlailleurs incontestables, dans nos Études^ t. lY, p. 253.
On comprend maintenant l'intérêt de M. Renan et de Porphyre à prétendre que le livre de Daniel, œuvre d'un inconnu, disentils, sous le règne d'Antiochus Épiphane, ne remonte qu'à 475 ans avant Jésus-Christ, au lieu de sa date véritable : c'est de faire tomber tout le calcul des semaines. Mais, outre que cette prétention est purement gratuite, il reste toujours contre eux le prodige des événements prophétisés, dont la précision est aussi prodigieuse que celle des dates, et c'est au moins cela que reconnaît M. Renan.
2. Yoilà le cadre général de la prophétie, où tout le but de l'avènement du Christ (la rédemption du genre humain de la faute originelle, objet de toutes les prophéties qui y trouveront leur consommation) est clairement défini. Et dans quels termes!
122 lÊSCS-CHEIST.
« A partir de FÉdit qui sera donné pour la recona struction de Jérusalem, jusqu'à ce que le Christ a paraisse, sept semaines et soixante-deux semaines a (soixante -neuf semaines sur les soixante -dix du c compte général] s'écouleront; et de nouveau seront ic bâties les places et les murailles de la ville parmi des c< temps fâcheux ^
<x Et après les soixante-deux semaines^ le Christ a sera mis à mort, et le peuple qui doit le rejeter ne « sera plus sien ^. Un peuple avec son chef doit venir ft fondre sur la ville et le sanctuaire, et en disperser les « débris : fin dévastatrice! et, la guerre finie, la désolaa tion prononcée suivra^.
\ . La précision chronologique est ici des plus grandes, le point de départ (Fédit ^'Artaxerxés à la Longue Main) et le point d'arrivée (l'apparition du Christ) étant clairement déterminés. — Remarquons ici que le système de Fincrédulité, de postrdater la prophétie, devient puéril, car ce n'est pas de la date de celleci que part le compte des semaines, c'est de rÉdU.
2. Il résulte de cette coupure des semaines en 7 et 62, que les 7 semaines, c'est-à-dire 49 ans, sont données à la reconstruction de Jérusalem parmi des temps fâcheux, ce qui s'est réalisé à la lettre sous la conduite de Néhémias (Esdras,tiv. U, ch. 4, 5, 6, 7), et les G2 autres à tout le temps écoulé ensuite jusqu'à' la mort du Christ. Reste la soixante-dixième semaine qui, à elle seule, va être l'objet de l'arrière-plan de la prophétie.
3. Quel trait! Il vient du reste se relier à toutes les autres prophéties qui font pareillement coïncider la réprobation des Juifs avec la vocation des Gentils, par la mort du Christ.
4. Ce mystère si inimaginable n'est pas seulement prédit en général, il est raconté ici en détail, et la prophétie devient l'his-
LES PHOlTIÉTlBf^. iSJ
a Cependant il (le Christ) confirmera gôti alliance « avec un grand nombre dans la dernière semaine (qui « est la soixant'vdixième); et, à partir de la moitié de « cette dernière semaine, les sacrifices seront abolis, (( l'abomination delà désolation sera dans le temple, et « la désolation qui doit suivre durera jusqu'à la con- « sommation et jusqu'à la fin *. »
toire. Les Romains, Titus, le siège de Jérusalem, la ruine et la dévastation du temple, la désolation du peuple Juif à jamais, apparaissent ici 500 ans avant l'événement dans la vision de Daniel, tels qu'ils ont été décrits dans le De bello Jttdaîco de Josèphe* £t Josèphe lui-même, de la même plume qui raconte l'événement, confesse ainsi la prophétie : « Tous ces malheurs fondirent sur « notre nation, comme Daniel l'avait préàit longtemps avant le « règne d'Antiochus... 11 a parlé aussi de la puissance des Romains « et de leur empire, et il a prédit les maux dont ils devaient accabler « notre nation, » Enfin, entendez, ftoh plus l'historien ^ulement, mais l'exécuteur de la prophétie, Titus, prédit lui-même {dv^e venturo), s'écrier : <r C'est sous la conduite de Dieu que nous avons « fait cette guerre. . . Ce n'est point moi qui ai vaincu : je n'ai fait « que prêter mes mains à la vengeance divitteî » (Jos., de BelL Jud., lib. VII, c. XII.) Est-ce du surnaturel ?
Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir. Peuple ingrat!
i . Le prophète porte ici la précision dans la précision même. Après avoir. en effet coupé les 70 semaines en 7, 62 et i, après avoir fait tomber la mort du Christ après les 62, c'ést-à-dire les 69 du courte général, et par conséquent dans la 70® semaine, soit entre l'an 30 et 37 de l'ère chrétienne, comme elle arriva en effet, il reprend cette 70« et dernière semaine comme étant digne, par son importance, d'être considérée à part ; et, concentrant nos regards sur ce fond de la perspective prophétique, il en précise
lil jfsus-cmisT.
On a peine à croire ses yeux lorsqu'on Ut cet oracle, qu'on prendrait pour une chronologie faite après Tévénement ; et on est saisi de ce mouvement qui fit tomber Nabuchodonosor aux pieds de Daniel et le fit s'écrier : a Votre Dieu est véritablement le Dieu des dieux et le a Seigneur des rois, et celui qui révèle les mystères; « puisque vous avez pu découvrir un mystère si ca« « ché^ »
Nous avons cité et fait ressortir cette grande prophétie, parce qu'elle se relie étroitement à celle du Fils de l'Homme que signale M. Renan en parlant de ce « Livre de Daniel » qui donna^ dit-il, en quelque sorte aux espérances messianiques leur dernière expression; — et parce que d'ailleurs elle n'éprouve aucune diminution de la seule objection qu'il fait à ce livre, de n'avoir été composé que sous le règne d'Antiochus Épiphane.
M. Renan avoue, sans en rien dissimuler, une autre
ainsi Fobjet r a Pendant une semaine, le Christ confirmera son « alliance avec plusieurs. » — Et c'est, en effet, à la 30<^ année de sa vie, que Jésus ouvrit, par ses prédications, le règne de la nouvelle Alliance. — a Et, à partir de la moitié de cette dernière « semaine (c'est-à-dire de 33 ans et 6 mois), les holocaustes et « les sacrifices seront abolis, » comme ils le furent, en effet, universellement, par le seul Sacrifice de Jésus-Christ, dont ils n'avaient été que les figures. Puis « Tabomination de la déso- « lation sera dans le temple, et la désolation durera jusqu'à la « fin, » comme nous voyons qu'elle dure encore, et qu^elle se poursuit sous nos yeux.
\ . Daniel, ii, 47,
magnifique prophétie : ceUe de Malachie, touchant le Précurseur :
« Le prophète Malachie, dit-il, dont l'opinion en ceci « fut vivement relevée, avait annoncé avec beaucoup « de force un précurseur du Messie, qui devait préparer « les hommes au renouvellement final, un messager « qui viendrait aplanir les voies devant l'élu de Dieu^ »
Pour apprécier le caractère de cette prophétie il faut remarquer que c'est la dernière. Il était réservé au dernier prophète de prédire une circonstance de la venue de Jésus-Christ inconnue jusqu'alors, à savoir qu'il aurait un précurseur. — Malachie, qui d'un côté termine la chaîne des prophètes en remontant jusqu'aux patriarches, se penche de l'autre, en quelque sorte, comme pour donner la main, à travers quatre siècles d'attente silencieuse, à Jean-Baptiste, précurseur immédiat de Jésus-Christ. — Les termes du prophète répondent admirablement à ce caractère finalement indicatif :
tt Je vais vous envoyer mon ange, qui préparera ma « voie devant ma face; et aussitôt le Dominateur « que vous cherchez, et TAnge de l'Alliance si « désiré de vous viendra dans son temple. Le voici « QUI vient*. »
M. Renan, abusant de la croyance juive que le prophète Élie devait revenir pour préparer les voies au