‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 53 sur 188 · Vie de Jésus^ p · texte numérisé non relu

Vie de Jésus^ p

plus exactement, reconnut ce moment aux signes précis que les prophéties y avaient attachés.

« La Révolution *, ou en d'autres termes le messiacc nisme, faisait alors travailler toutes les têtes. On se «( croyait à la veille de voir apparaître la grande rénoc< vation; TÉcriture, torturée en des sens divers, servait « d'aliment aux plus colossales espérances. A chaque « ligne des simples écrits de TADcien Testament, on « voyait l'assurance et en quelque sorte le programme <c du règne futur qui devait apporter la paix aux justes « et sceller à jamais l'œuvre de Dieu^. Les règnes « des derniers Asmonéens et celui d'Hérode virentrexal- <K tation grandir encore. Ils furent remplis par une sétt rie non interrompue de mouvements religieux. Le « monde, distrait par d'autres spectacles, n'a nulle con- « naissance de ce qui se passe en ce coin oublié de « l'Orient. Les âmes au courant de leur siècle sont « pourtant mieux avisées. Le tendre et clairvoyant a Yirgile semble répondre, par un écho secret, au second « Isale; la naissance d'un enfant le jette dans des rêves a de palingénésie universelle. Ces rêves étaient ordia naires et formaient comme un genre de littérature, (c que l'on couvrait du nom de Sibylles. La formation « toute récente de l'empire exaltait les imaginations ;

4. Étrange anachroDisme de langage, dans le sens absolu et subversif que M. Renan attache à ce mot. 2. Yie de Jénis, p. 63. — Ce n'est pas là to Bëuo/utûm.

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« la grande ère de paix où Ton entrait, et cette impres- « sion de sensibilité mélancolique qu'éprouvent les c< âmes après les longues périodes de révolutions fai- « saient nattre de toutes parts des espérances illimi- « tées ^ »

« En Judée Tattente était à son comble -, de saintes ce personnes, parmi lesquelles on cite un vieux Siméon c( auquel la légende fit tenir Jésus dans ses bras, Anne, « fille de Phanuel, considérée comme prophétesse, c< passaient leur vie autour du temple, jeûnant, priant, <c pour qu'il plût à Dieu de ne pas les retirer du monde

i . Tout ceci est très-habilement insinué pour affaiblir le prodige en Tavouant, tant cet aveu a de la portée. l\ se pourrait que la naissance du Fils de Dieu, si obscure qu'elle ait été, ait imprimé au monde des âmes comme une sorte de tressaillement, dont Virgile, Fâme la mieux faite pour le sentir, aurait rendu l'impression dans sa célèbre églogue , remarquable, en ce sens, par une sorte d'emphase en opposition avec le goût toujours si tempéré du divin poëte. Cependant, à considérer froidement les choses, Virgile ne me paraît pas avoir été plus avisé et plus dairvoyantquG Cicéron, Suétone, Tacite et Josèphe, qui, s'autorisantdes oracles juifs, comme ils le disent, oracles recueillis sous le nom de Sibylles^ redisaient, eux aussi, la grande attente du genre humain. Pour Virgile, il y a ceci de particulier, au rapport de Josèphe(Anf^ quitéSj liv. xix, ch. 25, et liv. xv, ch. i3), que Hérode le Grand vint à Rome en 714, l'année même où Virgile composa son églogue, et qu'il y habita chez Pollion, l'ami de Virgile, Pollion dont l'églogue porte le nom, et au consulat duquel il est fait honneur du prodige qui y est chanté... Comment douter qu'un rapport si immédiat avec le roi des Juifs, alors si fort préoccupé delà venue du Messie, n'ait influé sur le tour et la couleur de cette églogue, et ne lui ait imprimé un cachet d'actualité ?

c( sans avoir vu raccoaiplissement des espérances d'Isc( raël. On sent une puissante incubation, proche de « quelque chose d'inconnu.

a Ce mélange confus de claires vues et de songes^ « cette alternative de déceptions et d'espérances, ces « aspirations sans cesse refoulées par une odieuse réa- « Uté *, trouvèrent enfin leur interprète ^ dans l'homme (( incomparable auquel la conscience universelle a dé- « cerné le titre de Fils de Dieu ^ et cela avec justice, a puisqu'il a fai( faire à la religion un pas auquel nul « autre ne peut et probablement ne pourra jamais être « comparé. »

N'en demandons pas davantage à I^T. Renan. C'est assez d'aveux. Maintenant demandons-nous, d'abord, comment il a été amené à les faire ; et en second lieu, comment il a cherché à s'en tirer.

C'est la première fois, depuis l'origine du christianisme, que l'incrédulité a fait de tels aveux, et que

1. Phraséologie échappatoire pour éviter dédire : prophéties claires, soutenues, suivies et grandissantes. Il n'y a jamais eu de songe ni de déception à l'endroit du Messie jusqu'à sa venue, ni après, si ce n'est pour ceux qui l'ont méconnu et le méconnaissent. — Mais on ne peut faire de tels aveux sans grimacer.

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