Vie de Jésus, p
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demeure de se prononcer et de ^oter en quelque façon pour ou contre.
Ouelle question, en effet, si on la mesure sur ses conséquences !
Jésus-Christ n'est-il pas Dieu, en effet, il n'est qu'un homme : un homme qui a trompé le genre humain en se faisant passer pour Dieu ; un homme qui a jeté Thumanité dans les liens d'une morale fausse, puisqu'elle repose tout entière sur l'amour exclusif qu'on doit avoir pour lui, sur la haine de soi, la mortification, le crucifiement, l'inmiolation à sa personne. C'est un géatit sombre^ dévorant la vie à sa racine^ et réduisant tout à un affreux désert; qui a fait et qui fait périr tous les jours des milliers d'hommes, sur la foi mensongère à sa divinité, et qui asservit et dégrade les multitudes par la superstition de son cadavre pendu à un gibet.
S'il n'est pas Dieu, nous recouvrons la hberté de nos penchants, qu'il a contrariés, de nos rêves (fc plaisir ou de sagesse, qu'il a interdits, de nos idolâtries pour les beautés ou les forces de la nature, qu'il a renversées. Nous pouvons relever les autels de Yénus, et les fêtes <r Adonis près de la sainte Byblos et des eaux sacrées^ où les femmes des mystères antiques venaient mêler leurs larmes. Nous n'avons plus à compter avec les pauvres et les malheureux, dont il a pris en main la cause, et nous pouvons rétabhr l'esclavage par le droit naturel et social de la guerre, de la fortune ou de l'in-
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térét, qui place les deux tiers du genre humain dans la dépendance forcée de l'autre tiers.
S'il n*est pas Dieu, il faut refaire le sermon sur la montagne et les huit béatitudes. .11 faut dire s Bienheureux. les riches, bienheureux ceux qui rient, bienheureux les forts , bienheureux ceux qui ne sont pas altérés de la justice, bienheureux ceux qui n'ont pas sous les yeux le spectacle de la misère, bienheureux les voluptueux, bienheureux les puissants, bienheureux les heureux !
S'il n'est pas Dieu, c'est même une question de savoir s'il y a un Dieu, du moins un Dieu qui s'occupe de l'homme, et qui lui tienne rigueur, en deçà ou au delà de cette vie, pour les faiblesses d'un moment.
S'il n'est pas Dieu, c'est une forte présomption qu'il n'y a pas de Dieu. Comment, en effet, ce Dieu aurait-il laissé usuroer son culte par une idolâtrie aussi sacrilège, et en même temps aussi spécieuse? Comment se serait-il laissé dérober, par ce nouveau Prométhée, lo feu du ciel, tous ses attributs de justice, de miséricorde, de sainteté, de sagesse et de vérité?
Enfin, s'il n'est pas Dieu, une révolution immense, pareille à celle qui a asservi le monde au christianisme, doit l'en affranchir : le monde roule sur le faux ; nous sommes les dupes d'une jonglerie de dix-huit siècles ; tout est à refaire : les mœurs, les coutumes, les institutions, les lois, l'honime même.
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D'autre part, s'il est Dieu, ah ! s'il est Dieu ! sa parole est la vérité même, ses oommandemeuts sont la loi du monde, ses préceptes la règle obligée de nos mœurs, ses jugements infaillibles et inévitables.
S'il est Dieu, malheur au monde, malheur aux sensuels, aux oppresseurs, aux superbes, aux lâches, aux infidèles, aux impies, aux apostats !
S'il est Dieu, il faut prendre sa croix et le suivre, prétendre au céleste royaume, et le ravir contre tous nos penchants.
S'il est Dieu, nous allons avoir, d'un instant à Fautre, à lui rendre compte de nos vies, et de l'usage que nous avons fait de ses dons, de notre intelligence par rapport à sa doctrine, de nos affections par rapport à sa morale, de nos biens par rapport à sa charité.
S'il est Die\4, et que nous ne l'ayons pas servi, adoré, aimé comme tel, il nous dira au jour où il sera notre seul refuge 2 « Je ne vous connais pas. »
S'il est Dieu, il est le maître de nos destinées, il a des biens ou des maux infinis à nous départir. lei^bas même il a des forces, des consolations et des joies que nous perdons à ne pas nous attacher à lui, et nous restons follement loin de lui dans des misères, des dou^ leurs et des hontes dont il est le remède spécifique, le soulagement infaillible, le libérateur souverain.
S'il est Dieu, enfin, nous sommes des insensés autant que des coupables, de braver sa loi, de jouer avec sa
divinité, de nous liguer contre lui, d'élever contre nous la masse accablante de nos infidélités et de nos révoltes, et de nous faire des trésors de justice, au lieu des trésors de grâce qu'il nous réservait.
Voilà toutes les conséquences négatives ou affirmatives que cette question porte dans ses flancs.
D'elle dépend ainsi, du tout au tout, la manière de voir les choses et les événements de ce monde : le bien, le mal, la prospérité, l'infortune, la vie, la mort ; de les juger, de les souffrir, de les posséder, de nous conduire dans les mille rapports qui en résultent. Elle affecte toute l'économie de notre existence, et la rend folle ou sage, selon sa solution. Elle est, par conséquent, éminemment préjudicielie^ et, toutes choses cessant, chacun devrait se mettre à l'étudier. Si enccjje ses conséquences s'arrêtaient au tombeau, ce serait déjà une grande folie que de finir la vie avant d'avoir examiné comment on aurait dû la commencer. Mais qu'est-ce donc, lorsqu'on considère que cette vie, en elle-même, est la moindre des choses dans les conséquences de cette question ; que toute sa portée est dans l'avenir qui suit, avenir irrévocable, avenir éternel, et avenir dans lequel nous pouvons tomber à chaque pas, dont nous ne sommes séparés que par cette bulle d'air qu'on appelle la vie, que par un fil qui s'use, et que le moindre accident peut briser?