‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 71 sur 188 · Id., ibid,, p. xviii · texte numérisé non relu

Id., ibid,, p. xviii

ic hors ligne pour les discours; là sont les Logia, les « notes mêmes prises sur le souvenir vif et net de Fen- « seignement de Jésus. Une espèce d'éclat à la fois « doux et terrible, une force divine, si j'ose le dire, t( souligne ces paroles, les détache du contexte, et les « rend pour le critique facilement reconnaissables. La « personne qui se donnera la tâche de faire, avec l'his- <c toire évangélique, une composition régulière, posa sède, à cet égard, une excellente pierre de touche. a Les vraies paroles de Jésus se décèlent, pour ainsi « dire, d'elles-mêmes; dès qu'on les touche (dans ce « chaos de traditions d'authenticité inégale '), on les « sent vibrer ; elles se traduisent spontanément, et yien- « nent d'elles-mêmes se placer dans le récit où elles « gardent un relief sans pareil. »

Saint Marc a une valeur différente, mais non moins importante ; car il l'emporte autant sur saint Matthieu, pour le récit, qu'il lui cède pour les discours. Les parties narratives dans saint Matthieu n'ont pas, en effet, suivant M. Renan, la même autorité que les discours. Il s'y trouve beaucoup de légendes d'un contour assez mou, sorties de la piété de la deuxième génération chrétienne. (Nous rechercherons, dans un instant, les raisons que doit donner sans doute M. Renan à l'appui de cette grave opinion.) Reste que « l'évangile de Marc

i . Nous mettons entre parenthèses les passages objet de nos réserves dans les citations.

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« est bien plus ferme, plus précis (moins chargé de « fables tardivement insérées) ; c'est celui des trois sy- <c noptigues, qui est resté le plus ancien, le plus origi- « nal (celui où sont venus s'ajouter le moins d'éléments a postérieurs). Les détails matériels ont, dans Marc, oc une netteté qu'on chercherait vainement chez les m autres évangélistes. Il est plein d'observations minu<- « tieuses, venant sans nul doute d'un témoin oculaire. « Rien ne s'oppose à ce que ce témoin oculaire, qui « évidemment avait suivi Jésus, qui l'avait aimé et re- 1 gardé de très-près^ qui en avait conservé une vive « image, ne soit l'apôtre Pierre lui-même, comme le « veutPapias^ »

Chacun des trois premiers Évangiles se recommande ainsi à un très-haut degré d'authenticité et de crédibilité par des caractères différents, dont nous contestons, bien entendu, la répartition, mais qui nous suffisent comme aveu.

Reste le quatrième, celui de saint Jean. M. Renan est animé, à son égard, des dispositions les plus défavorables ; et cela se conçoit, si l'on remarque que cet Évangile a été plus particulièrement composé contre lui, l'ayant été contre les négateurs de la divinité de Jésus-Christ. Aussi M. Renan débute-t-il par élever des doutes sur l'authenticité de cet Évangile, et par le

i. Vie de J^sus, introductioR, p. xxxvii-xxxix.

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déprécier sous un faux air de critique scrupuleuse et impartiale. « Tout cela est grave, conclut-il, et, pour « moi, je n*ose être assuré que le quatrième évangile c< ait été écrit tout entier de la plume d*un ancien pé- « cheur galiléen. » Yoilà le plus haut point de la critique contre saint Jean. Mais elle, ne pourra pas même s*y tenir, et la vérité, manifestée par les travaux dont cette question a été l'objet, oblige M. Renan à une première confession.

i( Mais, qu*en somme, dit-il aussitôt, cet évangile K soit sorti vers la fin du premier siècle de la grande ce école d'Asie Mineure, qui se rattachait à Jean, qu'il « nous représente une version de la vie du meltre digne a cTêtre prise en haute considération^ et souvent d'être « préférée; c'est ce qui est démontré ^ et par des témoia gnages extérieurs, et par l'examen du document lui- (( même, d'une façon qui ne laisse 7nen à désirer. »

Développant ce premier aveu, M. Renan arrive à un second : c'est que l'Évangile est nécessairement de saint Jean lui-méjaie. On ne peut mieux plaider contre soi : tant la vérité, derrière lui, le pousse et le domine.

« Et d'abord, continue-t-il, personne ne doute que, (( vers l'an ISO, le quatrième évangile existât et fût atii tribué à Jean. Des textes formels de saint Justin, d'Ace thénagore, de Tatien, de Théophile d'Antioche, d'Iré- « née^ montrent, dès lors, cet évangile mêlé à toutes a les controverses, et servant de pierre angulaire au

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a déYeloppement du dogme. Irénée est formel ; or, Iré^ « née sortait de l'école de Jeim, et, entre lui et l'apôtre, « il n'y avait que Polycarpe. Le rôle de notre évangile (( dans le gnosticisme, et en particulier dans le sys- « tème de Yalentin, dans le montanisme, et dans la « querelle des Quartodécimans, n'est pas moins dé» a cisif. L'école de Jean est celle dont on aperçoit le a mieux la suite durant le deuxième siècle ; or, cette tt école ne s'explique pas, si l'on ne place le quatrième (( évangile à son berceau même. Ajoutons que la pre- « mière épître, attribuée à saint Jean, est certainement « du même auteur que le quatrième évangile ; or, l'é- (( pUre est reconnue comme de Jean, par Polycarpe, « Papias, Irénée. — Mais. c'est surtout la lecture de « l'ouvrage qui est de nature à faire impression. L'au* « teur y parle toujours comme témoin oculaire ; il veut « se faire passer pour l'apôtre Jean. Si donc cet ou- « vrage n'est pas réellement de l'apôtre, il faut ad* (( mettre une supercherie que l'auteur s'avouait à lui- « m^e. Or, quoique les idées àm lemp&, en fait de « bonne foi littéraire, différassent essentiellement des a nôtres, on n'a pas d'exemple, dans le monde aposto* « lique, d'un faux de ce genre \.. »

Voilà, ce me semble, assez de bonnes raisons de conclure que le quaitrième Évangile est bien de saint Jean,

i. Vie de Jésus, introduction, p. xxv-xxvk.

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de ce grand témoin qui rapporte ce q^/il a vu, ce qvfil a entendu^ ce quHl a touché du Verbe de vie. M. Renan cependant ne se contente pas de ces bonnes raisons, et comme pour se les faire pardonner, il en ajoute de mauvaises, tirées de ce qu'on reconnaît bien Tapôtre de la charité, dans cet Évangile, à sa préoccupation de petite vanité et de jalouse rivalité contre saint Pierre (lui qui précisément est le seul des Évangélistes qui raconte rinvestiture de la principauté faite à saint Pierre, sur le témoignage de son amour pour Jésus supérieur à celui de tous les autres apôtres ! ) ^

La conclusion inévitable, ce semble, après tout ce qui précède, que le quatrième Évangile est bien de saint Jean, éprouve cependant une grande difficulté à sortir de la plume de M. Renan. Il ne peut pas pardonner à cet Évangile le ton mystique des discours qu'y tient Jésus, ou dont il est l'objet, touchant sa filiation divine et son incarnation humaine. Il en fait un grief à saint Jean. De là toute la mauvaise grâce qu'il met à confesser son authenticité, et qui est poussée jusqu'au ridicule, a S'il faut tout dire^ ajoute-t-il, probable- « ment Jean lui-même eut en cela peu de part. On est « parfois tenté de croire que des notes précieuses, vête nant de l'apôtre, ont été employées par ses disciples. « // est difficile, à distance, d'avoir le mot de tous ces

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