Ceci, en effet, est indubitable
3. Où M. Renan a-t-il pris cela? Où a-t-il pris, par exemple, que les textes de saint Matthieu et de saint Marc n'ont pas été arrêtés dès leur première rédaction ; et comment, sur ce point, rëclame-t-il plus que la foi qu'il refuse à rÉvanglle?
4. C'est possible, mais qu'importe contre ceux qui nous sont parvenus, et qui en furent démêlés dès le principe comme le reconnaît Strauss lui-même? Voir ci-après.
5. Papias est la marotte de M. Renan, qui lui fait dire ce qu'il veut. Or, cet auteur du premier siècle, que nous ne connaissons plus aujourd'hui que par Eusèbe, fut un scrupuleux investigateur des traditions apostoliques. Il constatait, dès le premier siècle^ l'importance des Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc sous
a Comme on croyait encore le monde près de finir, on « se souciait peu de composer des livres pour Tavenir; (( il s'agissait seulement de garder en son cœur l'image « vive de celui qu'on espérait bientôt revoir dans les « nues* De là, le peu d'autorité dont jouissent, durant «c cent cinquante ans, les textes évangéliques^ On ne (( se faisait nul scrupule d'y insérer des additions, de IL les combiner diversement, de les compléter les unes
ce titre : Ensemble des orades (ou des discours) du Seigneur; disant de saint Matthieu ; « Matthieu a écrit en hébreu les oracles « du Seigneur. Or, cbacun les a interprétés comme il a pu, » et de saint Marc : « Marc a'avait qu'un souci, celui de n'omettre « aucune des choses qu'il avait apprises, et de n'y rien mêler de « faux. » M. Renan conclut de là que l'Évangile de saint Matthieu ne se composait d'abord que des discours, et celui de saint Marc que des faits de Jésus, malgré le démenti que lui donne le titre commun sous lequel Papias les désigne tous deux : Ensemble des discmsrs du Seigneur, Tout cela pour en venir à prétendre, sans autre raison, que les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc ont été fondus postérieurement à leur rédaction primitive, et que ce qui n'était que discours ou que faits chez chacun d'eux est devenu mélange de discours et de faits chez l'un et l'autre ; que dès lors il y a eu remaniement de ces Évangiles. Voilà ce qui s'appelle divination et conjecture.
1 . Ce que dit ici M. Renan sur le peu d'importance et d'autorité des Évangiles durant 150 ans, n'a rien pour soi et tout contre soi. Papias, d'abord, qui dit que chacun inteiyrétait les oracles du Seigneur écrits en hébreu par saint Matthieu; saint Justin, ensuite, qui nous apprend que de son temps, c'est-à-dire au commencement du second siècle, il était d'usage, tout comme aujourd'hui, de lire dans l'assemblée des fidèles, pendant la célébration du sacrifice, les mémoires des apôtres, que l'on nomme, dit-il, Èvan' giles, (1'* Apologie, n. 66-67.) Enfin le témoignage de saint Iré-
« par les autres'. Le pauvre homme qui n'a qu'un a livre, veut qu'il contienne tout ce qui lui va au cœur. « On se prêtait ces petits livrets ; chacun transcrivait à c< la marge de son exemplaire les mots, les paraboles « qu'il trouvait ailleurs et qui le touchaient. La plus a belle chose du monde est ainsi sortie d'une élabora- <( tion obscure et complètement populaire. »
Tout ceci demande plus de crédulité que les Évangiles ne demandent de foi. C'est aussi faux en histoire qu'en logique. En histoire, il n'y a pas eu, entre la rédaction des Évangiles et la tradition qui les a consacrés, un intervalle de temps où ils aient été ainsi abandonnés à la fantaisie populaire. En logique, tous ces petits livrets diversement annotés par chaque pauvre homme ^ puis fondus un jour qu'on ignore et à l'insu de l'Église et de tous ses ennemis en la plus belle chose du monde, par je ne sais quel coup de baguette qui n'aurait été soupçonné que par M. Renan en 1863, est digne des contes de Perrault. Enfin M. Renan lui-même s'est interdit toutes ces rêveries, lorsqu'il a confessé de l'Évan-
née, si connu, où il fait voir le contexte de chacun des quatre Évangiles invariablement déterminé et garanti par le combat môme dont leur sens était Tobjet de la part des divers hérétiques contre TÉglise. Ceci fait crouler tout ce qui va suivre dans la citation de M. Renan.
1. Gomme cela est imaginable, de livres dès lors sacrés, lus dans la solennité des assemblées des fidèles, et faisant autorité même pour les hérétiques I
gile de saint Marc qu'il était a sans nul doute d'un <c témoin oculaire qui évidemment avait suivi Jésus, qui « l'avait aimé et regardé de très-près^ qui en avait cou- « serve une vive image, et qui devait être l'apôtre Pierre t( lui-même, comme le veut Papias. y>
Du reste, ce n'est qu'aux deux premiers Évangiles que M. Renan applique ce procédé d'explication légendaire. Quant à saint Luc et à saint Jean, il essaye de s'en tirer autrement.
Saint Luc est récusable par un caractère qui est précisément l'opposé de la légende. L'Évangile qui porte son nom est bien de lui, c'est une composition régulière h'il en fut jamais, écrite tout entière de la même main^ et de la plus par faite unité. Mais elle a le tort précisément d'être trop personnelle. C'est un document de seconde main ; on sent l'écrivain qui compile ; c'est un dévot très-exact, mais qui exagère le merveilleux, qui affectionne par-dessus tout les anecdotes, mettant en relief la conversion des pécheurs, l'exaltation des humbles... enfin un Évangéliste. C'est là son crime.
La vérité est que les Évangélistes nous of&ent, dans leur unité supérieure, une diversité admirable de garanties, qui ont été caractérisées par les attributs qui leur ont été prêtés. Saint Luc justifie bien en particulier la patience et la fidélité du laborieux animal qui le symbolise, dans le soin qu'il s'est donné de recueillir scrupuleusement tous les éléments historiques qui composent
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son Évangile. Habitué à l'observation et à l'exactitude par sa première profession de médecin, formé par le haut enseignement de Paul au zèle généreux de la la vérité, il commence son Évangile par cet exorde, dont chaque mot respire la rigide conscience d'un grave historien qui sent tout le poids de sa mission, et qui connaît le fond, déjà éprouvé, de certitude historique sur lequel il travaille :
<c Parce que plusieurs se sont appliqués à mettre par « ordre un récit de choses qui se sont entièrement occ( complies au milieu de nous^ comme nousTouttrans- « mis ceux qui, dès le commencement les ont euxa mêmes mtes^ et qui ont été les ministres de la parole ; c( — il m'a semblé bon aussi, après rrCètre diligem- « ment attaché à la suite des faits dès leur origine, de c( vous en représenter tout V enchaînement, excellent « Théophile, — afin que vous connaissiez bien la vé- « rite de tout ce dont vous avez déjà été informé*. »
Voilà le tort de saint Luc aux yeux de M. Renan, Je même que celui de saint Marc : « qui^ lui aussi, n'a eu a qu'un soud, celui de n'omettre aucune des choses a qu'il avait apprises et de n'y rien mêler de faux ; » comme dit Papias.
1. Luc, 1, 2, 3. Sur quoi Grotius fait cette réflexion : — Significat Lucas se non antè quiesse, quam renim quas diversi scriptores prodiderant testimonia radicitus inquisivisset, ut ita explorata ab incertis discernons, nihil ipse non bene compertum literis consignaret. {AnnoU ad Lucam,)
tES ÉVANGILES. 1S3
Quant à saint Jean, il devait naturellement avoir le tonde V Aigle: celui de s'élever trop haut dans sa métaphysique du Verbe, que M. Renan confond avec la gnose de Técole de Philon, contre laquelle elle fut précisément composée. Nous n'entreprendrons pas de défendre contre M. Renan la subUmité du début de l'Évangile de saint Jean, que les néo-platoniciens auraient voulu graver en lettres d'or dans leur Académie, ni les discours de Jésus à l'institution de l'Eucharistie, où les entrailles mêmes de la divine charité semblent se rompre et se répandre sur les hommes, et où M. Renan a le malheur de ne sentir que le procédé factice, la rhétorique et l'apprêt. Tout cela, pour conclure que les discours ne sont pas de Jésus , parce qu'il y est trop parlé de sa divinité : c'est-à-dire parce qu'elle y éclate.
Mais qu'importe à la démonstration générale que nous voulons tirer de l'œuvre de M. Renan, puisque, tout en inclinant à croire que les discours ne sont pas de saint Jean^ il admet cependant, et il établit même par toutes sortes de raisons, que, surtout quant à la partie narrative, nous avons dans saint Jean un témoin oculaire de la plus grande autorité, et que c'est bien là l'Évangile « selon Jean » dans le même sens que les autres Évangiles sont bien les Évangiles a selon Mat- «c thieu », a selon Marc » et « selon Luc » ; c'est-à-dire à peu près?
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M. Renan accordera tout^ pourvu que vous lui passiez cet à peu près.
Le parti qu'il en tire, en effet, est merveilleux. Ecoutez :
tt Les détails (alors) ne sont pas vrais à la lettre, mais a ils sont vrais d'une vérité supérieure; ils sont plus « vrais que la nue vérité, en ce sens qu'ils sont la vé- <c rite rendue expressive et parlante, élevée à la hauteur m d'une idée^ Dans'les histoires du genre de celle-ci, «c le grand signe en effet, qu'on tient le vrai, est d'avoir <i réussi à combiner les textes d'une façon qui constitue « un récit logique, vraisemblable, où rien ne détonne, a Ce qu'il faut rechercher, ce n'est pas la petite certia tude des minuties, c'est la justesse du sentiment « général, la vérité de la couleur. Les textes ont besoin « de l'interprétation du goût, il faut les solliciter dou- « cément (jésuitiquement comme on le dirait de nous] a jusqu'à ce qu'ils arrivent à se rapprocher et à fournir a un ensemble où toutes les données soient heureuse- « ment fondues ^. » Et d'où tout surnaturel soit éliminé.
merveille de Y à peu près/
Mais peut-être demandez-vous quelle est la donnée, la pierre de touche , le critérium enfin , d'après le-