‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 79 sur 188 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3, Ihid., p. 164. — Voir aussi un excellent opuscule dô M. Athanase Coquerel, Réponse au livre du docteur Strauss, la Vie de Jésus, Paris 1841 .

c( gnons de Jésus. Il demeure indécis et vague, il dit : « Ils sont à peu près des auteurs auxquels on les attri- « bue, » comme s'il pouvait y avoir en cette matière de l'à-peu-près ! Ou bien : k Je n'ose être assuré que « le plus ancien évangile ait été écrit tout entier de la « plume d'un ancien pêcheur galiléen, » quoi qu'il lui « soit absolument impossible de faire le départ entre « ce qu'il accepte et ce qu'il rejette *. »

Ceci est d'un sens parfait. Il n'y manque que la conclusion, à savoir que les Évangiles ne sont pas à peu près^ mais eiitièrement des auteurs dont ils portent les noms, — et cela par toutes les raisons qu'en a données M. Renan lui-même.

Mais M. Havet est trop conséquent avec l'incrédulité pour l'être avec la vérité, et ce n'est pas pour nous qu'il s'est mis en frais de raison. De ce que les Évangiles ne peuvent être à peu près vrais, il conclut qu'ils sont entièrement faux^. Mais, plus prudent en cela que M. Renan , il le fait de manière à ne pas se compromettre : à la façon des oracles.

« Un traité complet sur la rédaction des évangiles a serait un ouvrage à lui seul, dit-il; je ne puis faire • (( ici ce traité, et toute discussion m'est impossible;.

\, Revue des Deux Mondes, 1" août 1863, p. 582.

2. A ce point que M. Havet, professeur au Collège de France, a bien osé écrire ces lignes : « Même dans les Évangiles, la vérité « n'est pas absolument effacée, et il s'y retrouve des traces qui « l'accusent. » P. 591 .

« ie ne puis qu'énoncer ^ sans le prouver, ce que je « pense. Je pense donc que, non-seulement Jésus n'a <( rien écrit, mais que les compagnons de Jésus n'ont « rien écrit; qu'ainsi, aucun évangile, ni aucune ppr- « tion d'évangile, n'est authentique, et qu'il n'y a d'é- « crit authentique dans ce qu'on appelle le Nouveau (( Testament que les seules Lettres de Paul. » — J'ai dit.

Voilà qui est expéditif . La question est mieux que tranchée, elle est supprimée par autorité de libre penseur. Il ne s'agit plus même de savoir si les Évangiles sont faux , et comment ils sont faux : il n'y a plus d'Évangiles : le corps de la discussion a disparu ; et nous n'avons plus qu'à nous regarder les uns les autres. Je pense donc a fait tout cela. C'est à se demander si M. Havet est Aristote, et si nous sommes au moyen âge.

C'est, qu*en effet, c'est à un moyen âge que veulent nous ramener ces messieurs, mais à un moyen âge de matérialisme et d'athéisme, comme le premier fut un âge de métaphysique et de foi.

Comme nous n'y sommes pas tout à fait encore, je me permettrai de dire très -franchement à M. Havet, qu'on se met soi-même hors de la discussion quand on la supprime; que, quand on a été honoré d'un éloge comme celui que M. Sainte-Beuve a fait de lui, quand il a dit que « c'était un écrivain qui sortait tous les « trois ou quatre ans de sa retraite et de son silence,

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tt pour nous produire chaque fois un chef-d'œuvre de <( critique en son genre, » on doit se mettre un peu plus en frais de le justifier; que, quand on prend ainsi trois ou quatre ans pour rassembler ses preuves, on a, moins que tout autre, le droit de s'en dispenser ; qu'il vaut mieux, dans ce cas-là, rester encore dans son silence, et qu'on a toujours le temps de se taire, quand on n'est pas en situation de parler; que, si cela est vrai de toute thèse tant soit peu contestée, et qui n'a pas pour elle l'entière évidence, cela est inqualifiable d'un démenti donné à l'Évangile et à la foi du genre humain, donné à l'évidence historique, donné à la science même ennemie, donné à une vérité qui réunit tous les partis.

Qu'il sache, en effet, que Strauss lui-même convient « qu'à la fin du deuxième siècle après J.-C, nos quatre « évangiles, comme nous voyons par les écrits d'Irénée, a Clément d'Alexandrie et TertuUien, étaient reconnus a comme provenant cT apôtres et de disciples d'apôtres <c parmi les orthodoxes', et qu'en qualité de docu- (( ments authentiques sur Jésus, ils avaient été séparés « d'une foule d'autres productions semblables ^. » Il y a plus, Strauss convient, sur le témoignage de Justin, de Papias, de Celse lui-même, « que dans les trente et c( quelques années écoulées entre la mort de Jésus et la

i. Et aussi bien parmi les hérétiques. — Voir saint Irénée. 2. Strauss. Vie de Jésus, introduction, § 13.

a destruction de Jérusalem, la plus grande partie des « récits évangéliques ont dû se former ^ ; » sous l'œil, dès lors, des apôtres, et par eux ou leurs disciples.

Et c'est contre de tels aveux, contre de telles preuves, que M. Havet rejette les Évangiles au delà de la génération apostolique,[c'est-à-dire vers le deuxième siècle ! On conçoit bien qu'il ne puisse qt/énoncer cela sans le prouver. Mais, ce qu'on ne conçoit pas, c'est qu'il rénonce même. Il est vrai qu'il le pense, et qu'après tout il est libre penseur, dispensé de la preuve, affranchi de la science et de la raison, pour mieux l'être de la vérité et de l'Évangile.

Et encore, ne l'est-il pas, car il admet les Lettres de Paul.

Ces lettres, en effet, comme les Actes qui en sont le récit, supposent partout l'Évangile, je veux dire les faits surnaturels de la vie de Jésus et sa doctrine; elles en sont imprégnées, ou pour mieux dire, elles sont l'Évangile même mis en prédication ; et les Évangiles n'existassentrils pas, elles pourraient en tenir lieu. Si on ne les rejette donc, elles aussi, c'est-à-dire l'histoire même tout entière des origines du Christianisme , on ne prouve rien contre la cause chrétienne , elle se soutient dans toute sa force. Les écritures du Nouveau Testament sont liées entre elles par un nœud si étroit,

L Strauss, Vie de Jésus, introduction, § !4.

par un rapport si intime, qu'on ne peut se dispenser de les recevoir toutes comme authentiques, ou de les rejeter toutes comme supposées. Les mêmes faits et les mêmes dogmes se trouvent dans toutes. Ainsi le livre des Actes contient ce qu'il y a d'essentiel dans les Évangiles. Les Épltres de saint Paul sont inintelligibles, si vous n'admettez les Évangiles et \q^ Actes. Les Épîtres de saint Pierre, de saint Jacques et de saint Jean, sopt manifestement relatives à celles de saint Paul. 11 n'y a pas enfin jusqu'à celle de saint Jude, quoique très-courte, qui ne rappelle tout ce que le Christianisme a de fondamental, soit pour les miracles, soit pour la doctrine. Le choix ici n'est donè pas possible ; car ce qui serait excepté ferait revivre tout le reste. Il faut briser les tables de l'histoire : et encore, chacun de leurs moindres fragments refléehirait-il la divine figure de ce Christ qui en est la loi, et vous n'auriez fait qu'en multipUer les témoignages. Voilà à quoi s'est exposée l'incrédulité en sortant de la négative, et en se hasardant sur le terrain positif de la science et des faits. Quoi qu'en dise M. Scherer, elle aurait mieux fait de continuer à éluder la difficulté, et^ de se tenir dans la brutale négation où veut la ramener M. Havet. Le public, qui n'a pas le temps de remuer ces questions, et qui n'en croit pas toujours les hommes spéciaux sur parole, aurait pu croire qu'il y avait toujours quelque chose à répondre aux apologistes chrétiens, et que le silence ou la raillerie des esprits forts

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cachait quelques hautes raisons de ne pas se rendre. Mais M. Renan a déchiré le voile : il a mis à nu tout ce que peut l'incrédulité ; c'est-à-dire tout ce qu'elle ne peut pas. Il a fait plus : il a compromis à jamais sa cause par des aveux sur lesquels, quoi qu'on fasse, Tincrédulité ne pourra jamais revenir , et qui entraînent fatalement aux conséquences les plus monstrueuses pour 1^ raison et la conscience, s'ils ne ramènent à la foi.

C'est ce qui va apparaître de plus en plus dans la suite de ce travail.

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