Vie de Jésus, passim
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raison de sa fréquence, mais en raison de sa réalité. S'il est réel, fût-il unique, il est aussi croyable que le fait le plus multiple et le plus constant. J'ajouterai que sa rareté, loin d'en diminuer la vraisemblance, en est au contraire une condition lorsqu'il s'agît d'un miracle^ qui n'est tel que parce qu'il sort précisément de l'ordinaire que vous lui opposez, du régime général de la nature. Enfin je dirai que, plus vous êtes fort de ce régime général de la nature, moins Nous devez redouter l'abord de ce fait exceptionnel et particulier qui ne peut, selon vous, que s'y heurter. S'il ne peut être que faux, faux doit en être le témoignage; et alors pourquoi ne pas montrer cette fausseté ? pourquoi ne pas la confondre? Que dis-je? pourquoi fausser vous-même le témoignage et prendre sur vous le tort que vous lui attribuez ? Quoi ! vous avez l'avantage de la vérité, et vous vous donnez gratuitement le tort du roman! Et contre qui? contre ce que vous appelez la légende!... Vous vous constituez faux juge d'un prétendu faux témoin ! Lorsqu'il faudrait le presser de questions et le confronter, vous lui fermez la bouche et vous évitez de le regarder en face! Que dis-je? vous altérez sa déposition! En un mot, vous prenez son rôle, et c'est lui qui devient votre juge et votre accusateur!!!
Convenez-en, à l'aveu de l'authenticité et de la crédibilité des Évangiles, vous ajoutez par là un argument singulièrement confirmatif . A quel point faut-il que l'Évan-
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gile 0oii véritable et que les faits surnaturels dont il dépose soient réels, puisque vous ne pouvez en avoir raison qu'en combinant et en sollicitant les textes jus^ qu'à ce qu'ils arrivent à se rapprocher et à fournir un ensemble négatif?
Vous finissez par le comprendre, et vous faites un essai de discussion sur le miracle de Lazare. Où arrivezvous par là? à vous couvrir de ridicule ; et à être désavoué par M. Sebérery et même par M. Havel. Et quelle autre preuve vous donnez en cela de la vérité des miracles évangéliques : vérité telle, qu'il faut Téviter ou s'y briser I
Je vous retrouverai tantôt sur ce terrain. Pour le moment je ne saurais vous laisser plus longtemps en possession de votre sophisme tiré de l'inflexibilité du régime général de la nature, malgré tou^ les avantages qu'il me laisse contre vous.
Qu'est-ce que cette inflexibilité du régime général de la nature^ qu'est-ce que cette science expénmerUale de la nature dont M. Renan fait comme une ligne de douane pour empêcher le miracle de passer? C'est une vérité faussée dans son application.
C'est une vérité, en effet; tellement, que je la retiens |
pour l'invoquer tout à l'heure contre l'auteur de la Vie \
de JésuSy qui, après en avoir abusé, va la méconnaître et la violer.
U est vrai que la nature suit une loi constante, et que
chaque être en lui-même, comme dans ses rapports avec les autres êtres, et tous dans ce vaste ensemble que présente la création, oiFrent une régularité solennelle, un régime invariable dans sa merveilleuse variété. Il est vrai que la science expérimentale de la nature a découvert un grand nombre des lois qui constituent cet ordre magnifique, et que Tunivers apparaît comme un système arrêté et clos, d'où la nature ne se départ pas. Cela est vrai, très-vrai.
Mais qu'est-ce que cela fait à la question du surnaturel?
C'est dans son ordre, en effet, c'est dans son régime que la nature est inflexible. La science qui le constate est la science de la nature, la science des phénomènes naturels. Et alors, que signifie votre objection? Elle signifie que la nature est toujours fidèle à elle-même, que dans la nature, que naturellement les aveugles ne voient pas, les sourds n'entendent pas, les morts ne ressuscitent pas, les profondeurs de l'avenir sont impénétrables à toute prévision humaine. Sans doute, cela est vrai : les lois de la mort et du temps sont inflexibles et inexorables,
Et l'avare Achéron ne lâche point sa proie.
Mais est-ce de cela qu'il s'agit? Prétendons-nous que Lazare soit ressuscité naturellement? N'est-ce pas de phénomènes surnaturels qu'il est question, de miracles,
qui De sont tels, et qui ne témoignent de l'intervention d'un être supérieur, que précisément parce que la nature est naturellement inflexible, et que lorsqu'elle cède elle proclame l'action surnaturelle d'un Créateur?
Les miracles sont des modifications aux lois de la nature. Pour que ces modifications fussent impossibles, il faudrait que ces lois fussent nécessaires; c'est-à-dire qu'il y eût contradiction pour l'esprit à concevoir qu'elles eussent pu être autres qu'elles ne sont. Or, les lois de la nature sont constantes, mais elles ne sont pas nécessaires. Il n'implique pas contradiction qu'elles eussent pu être différentes : par exemple, qu'au lieu d'être de cent ans au plus, la vie de l'homme eût été de mille ans, ou que cette vie eût été immortelle, ou qu'après avoir quitté le corps elle eût fait naturellement retour en lui ; que la procréation se fît par la femme seule ; que les corps ne fussent pas impénétrables ou pesants, etc. Tout cela aurait pu être, et alors ce sont les choses qui sont actuellement : la petite durée de la vie de l'homme, la mort, la génération, la pesanteur, l'impénétrabilité, etc., qui, venant accidentellement à se produire, eussent été autant de miracles. Cet état actuel lui-même, que nous appelons nature^ n'a été à l'origine que l'effet d'un miracle, et du plus grand de tous les niiracles, celui de la Création. Sa conservation n'est encore qu'un miracle continuel, n'ayant d autre principe et d'autre règle que la puissance et la sagesse de
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l'Être Souverain , qui soutient ce grand ouvrage audessus du néant d'où il Ta tiré. Après cela , tout le monde conçoit que ce que nous appelons miracle n'étant qu'une modification dans la création, c'est-à-dire qu'un moindre miracle dans ce grand miracle, sa possibilité ne saurait être mise en question. Il est manifeste que la même puissance qui a créé , et qui en conservant crée tous les jours, peut modifier.
Que si on nie cette puissance, je dirai que les miracles la prouvent : et que, par cette négation, on fournit la raison même des miracles.
Les miracles, en effet, étaient les seuls moyens de notifier aux hommes oublieux et pervertis l'existence et l'intervention du Créateur. Dans l'état naturel des choses, Dieu ne se révèle à nous que par ses œuvres. La création est son langage. Il était donc conforme à ce premier état des choses, que, voulant se révéler plus particulièrement à sa créature, il agit plus particulièrement comme Créateur. Et comme, outre la nature déjà existante, il ne pouvait faire acte de créateur que par des actes surnaturels^ par des miracles, ces actes extraordinaires de création étaient les seuls moyens de révélation extraordinaire du Créateur. Les faits généraux de la création ne sont assurément indignes, ni de la sagesse, ni de la majesté de Dieu : pourquoi les faits particuliers le seraient-ils? En quoi y aurait-il moins de majesté à dire à un homme mort : Sors du tombeau ,
qu'à dire au premier homme : Crois et multiplie?
Ainsi, la possibilité et la convenance du miracle est rationnellement démontrée, par rapport à cette inflexibilité du régime général de la nature qu'on lui oppose sophistiquenient.
Je yais plus loin. Je n'admets pas que le miracle soit tenu dans cette suspicion d'invraisemblance qui résulterait de son opposition avec les lois de la nature. Je n'accorde pas qu'il ait contre lui l'ordre naturel et humain. Le miracle est avrdessus et en dehors de l'ordre naturel ; comme la divine puissance d'où il émane, il BîX surnaturel: mais il n'est ipsiscontre-naturel. L'ordre naturel n'y résiste pas. On peut dire même qu'il y aspire comme à un état supérieur. Seulement il en est incapable. Eu ce sens je conviendrai, j'aurai môme à rappeler bientôt à mes adversaires qui l'auront oublié, que le miracle est non-seulement improbable , nais absolument impossible selon l'ordre naturel.
Mais selon l'ordre surnaturel^ le miracle est possible, convenable et même probable. Il est dans l'ordre; l'ordre surnaturel. Il est même en harmonie supérieure avec l'orére naturel, on tant que cet ordre est préordonné pour l'ordre surnaturel et qu'il s'y rapporte. Nous avons dans l'Évangile un éclair de cette belle vérité. Sur le point d'opérer le grand miracle de la guérison de l'aveugle-né, le Sauveur dit à ses disciples, qui lui demandaient pourquoi cet homme était né aveugle :
c< Ce n'est point (ju'U ait péché, ni ceux qui Tont mis au c< monde, mais c'est a/în qtie les œuvres de la puissance « de Dieu éclatent en lui * . » Ainsi, voici un fait naturel, la cécité de cet homme, dont la raison d'être, dont la cause finale était le miracle de sa guérison. Cela parait encore dans cette parole du Sauveur, sur la maladie de Lazare : « Cette maladie n'est pas à la mort, mm pour a la gloire de Dieu, tf/fei que le Fils de Dieu soit ghri-- « fiépcar eUe. {Jean, xi, 4.) » Il en est ainsi de tous les mimcks; et s'il nous était donné de le voir, tout l'ordre naturel nous apparaîtrait gravitant ainsi vers l'ordre surnaturel du miracle. Et n'est-ce pas dans l'aveugle-né l'histoire de tout le genre humain? Le genre humain était comme un seul homme aveugle, quand le Fils de Dieu est venu le visiter. Pourquoi l'était-ii devenu à ce degré effrayant d'aveuglement et de corruption que nous présente le monde païen, si ce n'est a/in que les oeuvres de la puissance de Dieu éclatassent en lui, et non-seulement de la puissance, mais de l'amour? C'est là comme la loi de l'histoire entièrement incompréhensible sans Jésus, comme le dit M. Renan, gravitant autour de la Croix , et du grand miracle de son triomphe.
En vue de ce centre qui en régit toute l'économie, l'ordre surnaturel s'est toujours manifesté dans le