‹ La divinité de Jésus prouvée par les faits: résponse à M. RenanChapitre 6 sur 8 · LES MIRACLES · texte numérisé non relu

LES MIRACLES

Arrêtez! esprits prétendus forts, hommes, indociles ! à ce seul mot de miracle, j'entends votre voix; vous vous récriez, vous vous inscrivez en faux; votre incrédulité s'arme d'avance contre toutes mes preuves.

Attendez, ce n'est point là la route où je veux vous conduire; je pourrais sans doute ici, au lieu de parler moi-même, faire parler, pour la gloire de Jésus-Christ, tant d'aveugles éclairés, tant de paralytiques relevés, tant de malades guéris, tant de morts ressuscites; je pourrais appeler en preuves les tempêtes conjurées, les orages calmés,

les flots de la mer si souvent apaisés : leur veiz mOlefûis plus éloquente que tous les cUseours, formerait un témoignage sans ré*»

piique de la vérité que j^annonce; je^le piourrais, dis-je, et en le faisant, que n^au-r rais-Je pas à apporter en preuve de ces mi** racles? Les témoiiis oculaires les publîe<^' raient^ les auteurs en grand nombre les annonceraient, la possession dé plus de dix-huit cents, ans et la croyance de Tunivers les attesieraient; une raison saine > aurait de quoi se contenter et se rassurer.

Mais, comme vous pourriez intérieurement contester, vous inscrire en feux, et qu'en cette matièi» je ne veux donner au-* cun préted», aucun lieu au. doute, je laisse tous les autres miracles de Jésus^Christ; je n'en choisis qu'un seul, qu'il est impos-^ fiiblede contester, parce qu'il est actuelle*, ment sous les yeux. Et queLest^il ? La re-*ligion même de JésusrChrist, à présent, existante, et sa jreligion ^considérée dans son étabUssement.et. danstsa . pearpétuitâ : 4aùsi

toute autre preuve que j'apporterais, vouî appelleriez le miracle au tribunal dé votre raison ; dans celle-ci j'appelle votre raison mélne à Texamen du miracle ; je ne veux pas même encore rappeler.un miracle; je ne fais qu'en expliquer la nature et les effête, après quoi je vous laisserai vous-même la nommer de son nom. Entrons dans le détail.

€'est un fait qui nous est attesté par tous les historiens tant sacrés que profanés, qu'à l'époque où les apôtres entreprirent de convertir le monde, l'univers tout entier, à l'exception du peuple juif, était plongé dans les ténèbres les plus épaisses sur ses âiis dernières. L'idolâtrie, avec ses hideuses passions auxquelles elle élevait des autels, régnait partout : Thomme avait oublié sa céleste origine et sa noble destinée, aussi en vint-il aux derniers excès de la corruption la pliis grossière; il prostituait des hommages qui n'étaient dûs qu'à Dieu seul, à la pierre/ au bois/aux plantes et même

aux plus vils animaux. T<mt était Dieu, dit rUlustre Bossuet^ excepté Dieu lui--

Cependant les apôtres, animés par le zèle que. le Saint-Esprit leur avait commuf»

nique, ne se proposent rien moins que de renverser le paganisme, d'anéantir le judaïsme, et de fonder sur leurs ruines la re« ligion de Jésus-Christ. Je vous le demande^ une telle entreprise aurait-eUe pu entrer dans l'esprit de douze pauvres pécheurs, si Tœuvre qu'ils allaient entreprendre n'eût été l'oeuvre de Dieu? Tout était contre eux. La morale du paganisme, bien loin de mettre un frein aux passions, les abandonnait, à elles-mêmes; on n'éprouvait qu'une froide indifiérence pour la vertu, et si quelquefois on lui dressait des autels, c'é-^ ^it plutôt par l'enthousiasme du moment que par conviction. . Les crimes pour les-^ quels l'homme éprouve un penchant si impérieux étaient non-seulement tolérés»

mais encore en honneur : aussi décernait^^

osMdéa réoompoQses^aiiXiviees les^plw hosK* feux et les pliis\ré¥oltant»: à l'ivrognerie,, à rimpudicité, à la vengeance ; $e psoslt»* tu»r pubH^emenl' était*^ ufie a^em méritoire aux yeus de^ la divini1é« Ce qui.

coBrtHlmait encore 4 l^V0âgla3a<»it- des JsA*^* sérabteB m&tbeiîAy c'était' Topinion reçae»> qu^on ne puois^itdasis l'autre yie que da»^ ciâmea monstrueur que tou& peuv^it éviter sans-efforts. Âtissi eette religion était*eUe fortement enracinée dans tous les cœurs $ car OB' TaYait sucée avec le lai4/et.pas une veix ne se faisait entendre pour en démontrer l-absurdité et la fausseté.

'Quel ne dût pas être Tétonnement despeuples, lorque tout à coup les ap6tresf)rè-r chent une religion • qui, par la profondeur de ses 'dogmes et la sublimité de sa moraley< étidt plus ^pable d'éloigïier des hommes grossiers que de les attirer! -^ crils aixnon^ ceait un Dieu, unique qui^ pour montrer sa mtfjesté suprême, a créé'de rien cette masca'v immense de tous^lds étres^ Sa parole a eom^

gB8$e aarmogé, sa.gmndenE; infinie le §ait oeiumitrd auzboauBOfisetle laisse «pendant iiKoanu aux h<imme8>iCe Dieu incom»

prében&ihle. est. en troi& personnes, et. la deuxième s^est faite homme; une Viei^ lui a; donné, naissance,, et il est venu sur ia terre i^w retirer Ifhomme des crimes dans lesquels il était plosfé. Il est mort^ peur le racheter^ sur un bois infâme, et il est ressuscité le troisième jour^ après sa mort.

Tous. les hommeS'doivent aussi ressusciter, et. les^^ méchajMs seront punis de sapplieea étemels. D [Tertuliien.),

La. morale que les apôtres prêchaient n^était pas mioina sév^e que ses dogmes élmient incompréhensibles^ Se faire cbré-* tien, c'était renoncera ses passions; et £ru^ cifiar saxbair. Quelattraitpfiupdesihommea charnela que.de voir les disciple» de Jésns^ Christ pâ^es et défaits par l^auatérilé de leur vie, leurs veilles et leurs, longs j^Kinesl ^a méprisaient les. mipiili<»9 leib pluft;js^

freux; ila volaient au-devant des bûchers que l'enfer avait allumés contre eux. Qui ne serait frappé de cette opposition entre ridolàtrie.et la religion chrétienne? qu'on juge par là des difficultés qu'elle dut ren^ contrer pour s'établir. Cependant, dès le troisième siècle, le christianisme dominait partout. Écoutons encore TertuUien : — « Nous.ne sommes que d'hier, et déjà nous remplissons tous les lieux, les villes^ les^ forteresses, les colonies, les camps, les tribus, les décuries, le palais^ le sénat^ le barreau; nous ne vous laissons que vos temples, et il n'y a que les spectacles in^ sensés du cirque, les impudicités de vos théâtres, la barbarie de vos arènes, le faste de vos fêtes, où nous ne prenions point de paj?t» Qui ne voit par ces paroles que déjà l'Évangile avait pénétré dans les pays les plus éloignés. Semblable à un torrent impétueux qui, dans sa coursé rapide, renverse tout ce qui s'oppose à son passage, la religion, chrétienne avait tout surmonté.

Car ee n'est poiat à une ville^ à une provkiee, que les apôtres bornent l'ardeur qui le» dévore ; Tunivers tout entier, voilà leur champ de bataille. Les pays glacés du Nord, comme ceux du Midi brûlés par le soleil, l'immensité des mers, Tâpreté des montagnes, ne peuvent en fixer les limites.

Emploieront -ils les charmes de l'éloquence, la subtilité des arguments pour convaincre l'univers d'erreur? Non, la simplicité de leurs paroles, une conduite irréprochable, voilà ce qui les distingue.

Bien loin de rougir des humiliations de leur divin Maître, ils s'en font gloire, et se vantent de l'adorer comme leur Dieu. Se serviront- ils de richesses pour corrompre les hommes, et leur faire embrs^ser leur doctrine? Oh! non^ car ils sont pauvres, et obligés de vivre du travail de leurs mains* Ajouterons -nous qu'ils pouvaient avoir quelque considération?

ma^s de quelle autorité peuvent être des hommes sortis de la dernière dasse du

9ff

peujde et aussiiinépsisaltoraiisrydUK du> iBCMicle^ par leur ortgiiia^ que par ieur.'pooH fessionl.

Cepeiidant^ ont pcuTraitienaiBre: oigeeto qu'à dé£aut,d^éloquencfi.et;de tit^aies^. îL leur restait un: mayea plu» effieaeev 1& force des armes ;. et nous voyons,, en. efieft^. daes VbistmtBj que pluaîeuss- seelee religieuses se sont formées ainsi. Mais^ en< vàrité, quelle armée pour vaincre le mo8ide)> que douze pécheurs I Non! ce n^est point par la force des armes qu'ils <>ntvaineu le monde^ c'est en se laissant égorger comme de tin^ides agneeur.  la fureur de leurs persécuteurs, ils n'ont opposé qu'une dou-* cour; inritéiwbàe; Prêcher, souffirir et mou*^ rir, telle a été leur. vie. Aussi est-ce par le sang de ses martyrs que l'Évangile a sur^ monté les obstacles qui s'opposaient à son établissement, commet Jésus-Ghristi l'avait d'ailleurs annoncé.

En envoyant ses apôtres prèchm: l'Ëvan^^ gile par toute la terre (IVfiiKt., xxvni> 19), i^

Icaor donae. sa parole seule peur rezéentioa i d%ui tel projet. Loiade letir promettre dea* seoouarB biUQai&S} il leur offre la Yuedtft.

chatades, de» tciHiaents^ de la. mort qui leur< ^st; puéparée : Je . vous envoie > leiuri dUril^ comme .des agaeaux au milieu desr lo»pa (Ltic,;^); on. vous haïra^. ozu vouar persécutera; tous serez^ traînée en crimir nfile devâint les jugea et les tribunaux de^ la. terre; là, vous serez accttâés, traité» indignement^ et regardés- 43omme d%nes da* toflia les supplices, et en agissant ainsi on c£oica servir la divinité*. (Mat^ x; Joan;, xvi^) . L'effet suivit de près les promesses. A peine les apôtres ont -ils. commencé leur juiesion,. que de toutes parts on s'élève constre eux et qu'une conspiration générale conjure leur perte». Ici, les Juifs etla Syaa<t< gegue s'arment de tout ce que la haine >et la jalousie peuvent inspirer de fureur : là^ la philosophie païenne, orgueilleuse et su- ^ perbe, cherche, en insultant à leur simjdi''» > cité, à iea couvrir de, méprisât d'oppcobses^ .

La populace en fureur^ animée par tout ce que la superstition et Terreur peuv^Okt inspirer^ les charge d'imprécations et de malédictions. Bientôt les princes et les rois de la terre s'arment d'édits menaçants^ dé»

]^oient la terreur des supplices; de toutes parts, les cachots se remplissent, les écha-^ fauds se dressent, les bûchers s'allument ; tous les instruments de mort ne présentent aux yeux qu'un spectacle affreux de carnage et de sang. Rien de si terrible que la peinture qu'en fait saint Ambroise. Les nations, dit-il, frémissaient de rage, les rois^ les puissances armées, exerçaient les cruau* tés les plus inouïes; toutes les erreurs, toutes les superstitions, toutes les impiétés réunies déclaraient une guerre implacable, et ne visaient à rien moins qu'à étouffer la religion chrétienne dans son berceau, et à la noyer dans son sang.

Voici ce qui donna lieu à cette sanglante persécution, qui devait durer trois cents ans et se terminer par le triomphe de l'Ë-

Tttngile. Pierre et Jean montaient au temple pour assister à la prière. Il y avait là un homme boiteux dès le sein de sa mère, qui demandait Taumâne à ceux qui entraient. Cet homme, voyant Pierre et Jean^ les pria de lui donner Taumône. Mai»

Pierre lui dit : a — Je n^ai ni or ni argent ; ce que j^ai, je vous le donne : au nom de Jésus de Nazareth , levez-vous et marchez. »

En même temps^ il le prit par la main, et le boiteux marchaj. Ce miracle attira une foule de peuple, et Pierre, voyant un si grand concours, profita de l'occasion pour leur parler ainsi : « — Israélites ! qu'admirezvous en ceci? pourquoi nous regardez-vous?

comme si c'était par nous-mêmes ou par notre puissance que nous avions fait mar-> cher cet homme? Le Dieu d'Abraham, dlsaac et de Jacob a glorifié son fils Jésus^ ^ue vous avez livré et renoncé devant Pilate, qui jugeait qu'on devait le renvoyer absous./Yous, au contraire, vous avez renoncé le saint et le juste, et vous avez de»

mancM qu'on vous relâchât un meurtrier.

Gè{ieiidant vous av^ mis- à mort TautÊnT de la vîe^ mai» Dhn Fa ressuscité': c'est de quoi Boue sommes témoins. Or, c'est par la foi en son nom qu'a été opérée cette gaé* rison en présence de vous tous, s Ce discours^ précédé etprouvé par un prodige si éclatant) produisit un effet plus miracalaux que le mirade luî-»méme; cinq mille hommes se convertirent^ sans compter las femmes.et les enfaaita.

C'était là que l'enfer attendait ea proie.

Aussitât le feu de la persécution s^alïume, et| semhlftbte à un vaste incendie, il veut consumer tout^ Les prêtres, les sadducéens»

lee commandante du temple, les arrêtent et les mettent es prison, et après plusieurs interrogatoires dans lesquels saint Pienre les confondit, les disciples de Jésus-Christ sent battus de verges^ et on leur fait dé-' fense de parler ou* nom de Jésus. Maislesapétres, joyeux d'avoir été jugés dignes de > seuffitr pour le nom de Jésue-Christ n'en'

uraai que plus aiiimé& à prêcher r&raa*

A peine lé signal de la perséautioH est41 .

donné que Tunivers tout entier va ciMaspt-' ref la ruine de la religion chrétienne. Les.

viUes, les peuples, les royaumes se.seai^ lèvent contre les adomteurs de Jésu84]lhri&t. Ils sont poursuivis comme des bétesféroces^ et ûB. ne peut lire sans frissonner d^épouvante les récits que les historiens nous ont laksés des tourments qu'on leur faisait en-'durer. Se contentera-t-on de les &ire mourir comme les autres hommes? Non^ les • suppUôes des criminels paraissent trop doux pour ceux -que Ton regarde comme les en»

nemis des dieux de l'État..

a lis scmt) dit un célèbre historien, battus de; verges, appliqués aux tortures, écorchéspar des;Qngles d'airain . On les déchire par le fêr^ on les consume par le feu, oa les cloue svff. des croix; on se fait un jeu barbare demies voir mettre en pièces par les chiens^: et dévorés par les^lions. lis^soisi couverts.de ,

lames embrasées, assis sur des chaises ardentes , plongés dans Thuile bouillante, brûlés à petit feu; on les broie sous des meules, on les submerge dans les flots ; on les enterre tout vifs ; on les coupe par morceaux. Dans leurs corps couverts de blés* sures, on ne déchire plus que des plaies; on les guérit par des soins barbares pour les mettre en état de souffrir de nouveau* La pitié est éteinte' pour eux dans le cœur des hommes ; et le peuple, qui voit presque toujours avec quelque mouvement de compassion les plus grands criminels sur Féchafaud, applaudit à leurs supplices par des cris d^allégresse. La mort même ne les met point à couvert de la rage de leurs per-^ sécuteurs; on s^achame sur les tristes restes de leurs corps ; on les réduit en cendres , on les jette au vent, pour les anéantir s'il était possible.... Rome s'enivre de carnage et de sang, elle en. fait couler des fleuves, elle en inonde la terre ; on n'épargne ni sexe, ni âge, ni condition. Ce n'est point une per-

sécùtion de quelques mois , de quelques aimées, c'est par des siècles qu^il faut compter le temps des souffrances dé FÉglise. On ne peut la suivre pendant 300 ans, qu'à la tracé du sang qu'elle répand, où à la lueur des bûchers que Ton allume contre elle. »

Mais, qui pourrait lire sans fréinir ce que nous rapporte rhistoire romaine de la cruauté de Néron? Cet empereur impie, que saint Paul appelle un mystère de cruauté ^ et qui se souilla des crimes les plus déshonorants pour l'humanité, faisait enduire des chrétiens de poix et de bitume, et les plaçait dans son jardin pour Féclairer, disait-il, pendant la nuit ; il fait mettre le feu au quatre coins de Rome, et il accuse les chrétiens de ce crime, afin qu'on en fasse un carnage affreux.

Plus de douze millions de chrétiens périrent ainsi, en haine de Jésus-Christ. Bien loin de trembler à la vue des supplices, ils volaient au martyre, selon l'expression de leur plus grand ennemi.

En vof iuit aiosi le saog éée chiétiéas Tuisseier de tous côtés^ qui n^aurait dit : La

. religion chiéliexme Ta périr^ et sa ruine .va prouver ^imposture de son auteur? Et, cm

^ effet, Â en juger humainement, il en devait être ainsi , si la ntain toute-puissante de Dieu n'eût été là pour la soutenir, Gepen-

-dant, qn'cst-il arrivé î. à quoi ont servi toute la fureur et tous les supplices des tyrans? C^est qu'au lieu d'être anéantie par la

- persécution, c'est par la persécution qu'elle s'est accrue. L'Église a traversé en triomphe l'espace des siècles depuis plus de IBOG ans^

. d'âge enàge, de générations en générations, elle a porté son divin flambeau des nations policées chez les nations sauvages; le midi

.l'a publié au nord, le levant l'a annoncé au couchant : dans les .cinq parties du monde, elle a porté le nom et la gloive de son auteur. On demande des miracles! En est^il de plus grand? Et ce miracle est sous nos yeux. En vain l'incrédule, pour se x;a6sureroupour s'étourdir^ opposera*t-il mille

< difilealtés m disant que le peuple embraaie aveuglément tout ce qu'on lui présente ; qu'il est facile de Tentiaîner par la nouveauté, M q]ae tout consiste à frapper d'abord les esprits par quelque chose d'extraordinaire pour les entraîner.

A tout cela, je pourrais répondre : Mais n'y a-t-il que le simple peuple qui ait embrassé le christianisme? mais les Justin, les Origène, les TertuUien, les Basile, les Augustin et tant d'autres étaient-ils des hommes du commun? maisdix*buit sièdes .n'ont-ils pas suffi pour dissiper l'illusion? mais durant ce temps toutes les puissances de l'enfer ne se sont-elles pas armées pour renverser l'édifice de la religion? C'est là ce que je pourrais dire, et ce que je dirais avec fondement» Mais, outre tout cela, je répoi^ds par la preuve des yeux, et confee tout ce qu'on peut opposer, je présente des laits cooLstants qui seront à jamais :sans réplique. Je dis donc :

l*" Que rétablissement du diristianisme

a commencé à JéruBalém^ où Ton attendait un Messie conquérant, et où ce Messie a été mis à mort sur la croix ;

a*» Que ceux qui ont travaillé à son établissement étaient douze pécheurs pauvres, faibles^ grossiers, ignorants, et^ selon le le inondé, les derniers des hommes;

3* Que les moyens qu'ils ont employés n'ont été que le dépouillement de tout et le manque de tout secours ;

A"* Que les succès qu'ils ont eus ont fait changer de face à tout l'univers ;

5® Que cet ouvrage est actuellement subsistant, qu'il parle aux yeux, et qu'il s'annonce encore aujourd'hui par lui-même.

Après cela, je laisse à conclure; j'ajoute (seulement une réflexion, et je dis :

Si^ au moment où Jésus-Christ expirait sur la croix, quelqu'un eût osé dire : Voilà la c^oix, instrument d'abjection et de souffrance : eh bien I dans 300 ans ce signe d'infamie va devenir le siigne de la noblesse et de rhonneùr, Vembléme de la paix et de

la clémence ; cette croix brillera sur le cœur des rois; ils la placeront sur leur diadème, et les conquérants sur leurs étendards ] cette effigie si honteuse va briller sur les coupoles des palais et des basiliques , chefsd'œuvre inspirés par cette religion dont elle est le signe; les temples païens tomberont, et sur leurs ruines on construira des églises magnifiques où les plus grands potentats viendront adorer la croix; je vous le .demande ; n'aurait-on pas traité d'insensé un homme qui eût osé alors tenir un pareil langage? et cependant ce miracle s'est opéré, et nous en sommes les témoins; car, malgré les révoltes de la nature^ malgré la force des préjugés, le crucifié est adoré : sa morale, si pure et si sublime, que ses plus grands ennemis ont été forcés d'admirer, est partout annoncée, persuadée, pratiquée. Tous les esprits la comprennent, et voilà l'ouvrage de douze pauvres pêcheurs !

GHAPITBE V.

SI M<mt!

Mais cet homme e^ mort, dira-t^on peutêtre; sa gloire n'est-elle point ternie par les ombres de la mort, et sa divinité éclipsée par les horreurs du tombeau? Non, sans doute; je prétends au contraire que ses souffrances mêmes et sa mort ont été glo- . rieuses et donnent un nouvel éclat et une nouvelle forcé à la preuve de sa divinité.

Comment cela?

1» C'est qu'il meurt après Tavoir prédit ; .2<> C'est qu'il meurt parce qu'il l'a voulu ;

3*^ C'est que sa mort même est un nouveau prodige de puissance et de vertu ;

4» C^est enfin que, parla vertu de sa mort, il a couronné le grand ouvrage de sa mission ; tout cela signifie , parce qtf il est ' mort en Dieu : Vere filitis Del erat iste.

î Ilm«iiria9rèsr4n>ir{iréd4t» . .

11 meurt, et sa mert, comme sa naissance, avait- été prédite depuis plusieurs siècles; les prophètes l'avaient annoncée dans toutes ses circonstances, toutes les Écritures retentissaient des oracles lugubres de cette mort: le Christ devait être immolé, le Saint des Saints devait entrer par la voie» de son sang dans le sanctuaire ; la victime par excellence devait succéder aux sacrifices imparfaits de la Loi ancienne ; la nouvelle alliance devait élre cimentée par le sang de TÂgneau sans tache : ainsi avaient parlé les siècles précédents; mais la preuve était encore bien plus sensible par la prédiction qu'avait faite Jésus-Ghristmôme de sa mort prochaine , détaillant toutes ses circons-

tances, et en parlant comme Tayant sons les yeux. — a Voici que nous allons à Jerusalem^ disait-il à ses disciples : c'est là que le Fils de THomme sera livré aux Gentils, qu'il sera trahi, outragé, crucifié, ///mdetur et crucifigeiur (Luc, xvni). Ainsi dépeini-il avec les plus tristes et les plus vives couleurs la sanglante catastrophe de sapassioa.

Il ne meurt que parce qu*U Ta tedu.

Non, ce n'est point ici une victime forcée^ qu'on traîne malgré elle à l'autel ; c'est Tinnocent agneau qui s'offre volontairement à la mort, oblatus est quia ipse voluit (Is. un), n l'a désirée, cette mort, il a soupiré ardemment après elle : Baptismo habeo bap^ tizari, et quomodo coarctor donec perficiatur (Luc, xii)? En vain ses disciples, effrayés de ces prédictions, veulent-ils l'empêcher d'aller à Jérusalem : — Retirez-vous de moi, leur dit-il, mon Père me présente le calice, ne

le>ecevrais-je pas avec joie de sa main?

Calicem quem dédit mihi Pater non vis ^t bi* bam illum (Joan., xviii). Quand ses ennemis viennent pour le saisir, il va lui-même audevant d'eu? , et se livre sans résistance.

SurgitCy eamus, ecce appropinquavit qui me tradet(M.dLiÙï.y xxvi).

Sa mort est un noaveau prodige de poissance et de vertu.

Mais rien peut-être ne prouve plus sensiblement sa divinité, que là manière toute divine dont il est mort , et les sentiments qu^il fait éclater au milieu des opprobres, des tourments et de tous les supplices, sans que jamais il lui échappe une parole, une plainte, un geste, un soupir qui ressente, je ne dis pas Tamertume et le fiel , mais la moindre agitation ; au contraire, toujours égal à lui-même, toujours possédant son âme en paix, et cela , non point par une vaine ostentation qui semble vouloir braver

là mort, mais avec un air de modestie etdeti force qui sied ai bien à la vertu oppiimée^v et qui n'^ rien & la. sensibilité delana^ture souffirante.

Voyez cette douceuc ioaltéraMe avecilaff*^ quelle il permet aux soldats dr se saiair der . sa personne sacrée ; ce silence si admirable ^ et si constamment soutenu devant ses juges, ne rinterrompant jamais que lorsque la vérité et la gloire de son Père céleste Terigent : on Taccuse, et il ne dit mot j Tinnocence se justifie par elle-même ; on le conduit au tribunêtl, il obéit ; il entend l'arrêt • de sa mort, il s'y soumet ; on lui présente la- croix, il la reçoit entre ses bras ; enSn^ élevé sur cette croix, placé entre le ciel et* la terre, donné en spectacle à tout Funiver», r comment s'y montre-t^il? enDieu^ et d'une manière digne de Dieu. Il voit des pécheurs et il intercède pour eux; il a ses bourreaux 80HS ses yeux, etil sollicite leur grâce ; il a à ses côtés un coupable, mais péniteût, il le justifie, et il signe cet arnètde son sang.

Sentant enfin approcher son dernier mnment, il raccëpte avec résignation, il remetson âme entre les mains de son Père céleste*, il baisse la tête, et il expire ; consummatum esty tout est consommé. (Jean xix.)

Page 1