‹ La dixième escouade; scène de la vie du frontChapitre 7 sur 15 · SCÈNE V BOUDEPIPE, LES COPAINS, do l'o.ce.ado · texte numérisé non relu

SCÈNE V BOUDEPIPE, LES COPAINS, do l'o.ce.ado

LES COPAINS, faisant irruption dnns la salle.

Qui çà? la voilà.

l'un d'eux, à la fenêtre.

Une femntie qui passe!

TOUS, se précipitant à la fenêlro, avec une explosion d ètonneinent.

Une femme 1...

BOUDEPIPE, à la fenêtre se retournant.

Eh, bien ! oui, une femme et après ? (Revenant en scène.) On n'est pas libre d'avoir sa liberté maintenant, après la vie sauvage dans les bois, dans les tranchées, dans les boyaux, au milieu des gaz asphyxiants ou sous les 420, après les relèves dans l'eau et dans la boue, c'est-y pas comme un rayon de soleil, quand tout étonnés, nos yeux peuvent contempler une petite femme qui passe ? blaizel.

T'as raison Boudepipe, la femme c'est la force du soldat. Ce sont nos petites marraines de guerre qui viennent entretenir en nous le feu sacré ; les

paquets, les mandats, çà fait plaisir, mais les lettres, oh ! çà, les lettres, c'est quelque chose aussi, on les lit, on les relit, on croit deviner les portraits, on croit les voir, jolies, jolies, on finit par les aimer, même par les aimer pour de bon : on a plus dès lors qu'une idée fixe, on veut devenir un héros et le poilu obscur devient superbe pour elle, il se bat pour elle, il meurt pour elle. l'un d'eux.

Vivent nos petites marraines de guerre!

LEDRU

Vivent aussi celles qui portent le voile blanc de la Croix-Rouge. Tenez, moi qui vous parle, lorsque j'ai eu ma première blessure, je pensais bien ne pas en revenir, on croyait sans cesse que j'allais rendre l'âme, c'est bien grâce au dévouement d'une petite infirmière que je suis de nouveau parmi vous. Il fallait la voir le jour, la nuit, sans cesse aux aguets pour tâcher d'apporter un adoucissement aux souffrances, pour aller au-devant des moindres désirs des moribonds. Ah! c'était une femme, une vraie femme de France ! C'était bien aussi un coin du ciel pour nous.

BL AIZEL.

Et le bon accueil que l'on reçoit si gentiment dans les « foyers du soldat » à chaque perme; on est choyé comme de grands gosses çà compte également, çà, et celles qui, dans les usines, travaillent courageusement pour nourrir les enfants...

BOUDEPIPE.

Eh bien, alors, nous tombons tous d'accord ;

VOUS avez l'air de me regarder avec des yeux de poissons rouges parce que je suis amoureux d'une petite femme. La femme c'est-y pas tout pour nous, c'est bien mieux encore que la croix de guerre. Je suis tout changé depuis que je l'ai vue, vous ne trouvez pas que je suis rajeuni? que j'ai le teint plus frais? ce n'est plus le front du cafard au fond de la sape, mais le front tout gai resplendissant de bonheur au grand jour.

BLAIZEL.

T'as raison Boudepipe, les femmes, pour le poilu il n'y a que çà de vrai.

LEDEU.

Et comme dit la chanson; la femme ce n'est que Madelon (Avec emphase.) mais pour nous c'est l'amour!

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